CHAPITRE VI
Fig- 53- — Ëcusson du pape Paul II.
Aucun des papes qui se succédèrent pendant la seconde moitié du XVe siècle ne put réaliser l'œuvre immense que Nicolas V laissait à peine ébauchée. Calixte III était un pieux Espagnol qui rêva de diriger contre les Turcs la croisade que la noblesse de son pays continuait de mener contre les Maures ; cet étranger ne fit que passer au milieu de la Renaissance, après avoir fait connaître à Rome le nom des Borgia. Pie II, l'humaniste siennois qui joignit à son nom de Piccolomini le nom académique d'^Eneas Sylvius, aima mieux la nature que les palais et la Toscane que Rome. Au lieu d'immortaliser sa mémoire par l'embellissement de sa capitale, il voulut attacher son nom à la fondation d'une ville de province qui s'éleva sur un coteau, non loin de ce mont Amiata, dont JEnezts Sylvius a laissé, dans ses œuvres latines, une description si fraîche. Sur la place déserte de Pienza (la ville de Pie), entre la cathédrale et le palais, le voyageur se croit transporté dans une Pompéi du Quattrocento : au Vatican, c'est à peine si quelques écussons aux armes des Piccolomini parlent de travaux sans importance exécutés par ordre de Pie II dans le palais de Nicolas V, Un Vénitien dédaigneux des savants, mais amoureux du faste et grand collectionneur, succéda au pape humaniste. Dès 1455. le cardinal Barbo avait commencé à côté de l'église de San Marco, dont il était titulaire, un palais gigantesque ; quand il eut pris la tiare, sous le nom de Paul II, il négligea le Vatican pour continuer le palais voisin du Capitole où il amassa ses
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trésors de pierreries et d'objets d'art, et qui est encore appelé le palais de Venise. C'est le plus imposant des palais romains du XVe siècle: il peut rivaliser avec le palais Pitti. L'extérieur est aussi sévère que les murs du Vatican de Nicolas V et couronné de créneaux comme un palais noble du xne siècle (fig. 54). Dans l'immense cour inachevée la Renaissance triomphe. L'architecte du pape ne s'est pas contenté de faire transporter au palais de Venise des tombereaux de pierres arrachées au Colisée; il a reproduit dans les deux étages d'arcades ouvertes sur la cour l'ordre inférieur du grand amphithéâtre (fig. 55). Vers 1470, Florence ne pos-
Fig. 54. — Le palais de Venise, bàii par Paul II.
sédait pas encore un édifice d'architecture aussi classique. Brunelleschi avait substitué pour longtemps aux colonnes adossées les pilastres légers et minces; dans la cour du palais des3Iédicis, les arcades bâties par Michelozzo retombaient, non sur des pieds-droits, mais sur de fines colonnes. Seuls deux maîtres qui avaient travaillé à Rome, le Florentin Alberti et Pietro de Milan avaient déjà élevé à l'entrée du temple des 3ialatesta,àRimini, et du château d'Alphonse d'Aragon, à Xaples, des arcades triomphales qui avaientle relief et la force des monuments romains. Mais c'est au palais de Venise que pour la première fois, depuis la fin de l'Empire, la colonne adossée au pied-droit se retrouve employée à la construction d'une grande loggia à deux étages l. Le pape qui prit le nom de Sixte IV avait été un moine austère, le
1 Une loggia toute semblable fut élevée devant la façade de l'église de San Marco, qui faisait partie du palais de Venise.
général des franciscains. Monté sur le trône pontifical, il songea avant tout à assurer la fortune de sa famille et pratiqua plus audacieusement qu'aucun de ses prédécesseurs le népotisme pontifical. A ses neveux et à ses cardinaux il donna l'exemple de la magnificence la plus prodigue.
Fig. )). — Cour du palais de Venise.
Les humanistes reconnurent en lui le digne successeur de Nicolas V et le saluèrent comme le fondateur d'une nouvelle Rome. Sixte IV lui-même proclamait dès 1473 sa résolution de ne rien épargner pour l'assainissement et l'embellissement de la ville qui était « la capitale du monde et le siège du prince des apôtres ». Le jubilé de 1475. aussi glorieux pour la papauté que le jubilé de 1450, apporta au Vatican un flot d'or qui grossit le trésor des pierreries et des diamants collectionnés par Paul II.
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Sixte IV put commencer la transformation de Rome en jetant bas nombre de tours féodales et en éventrant les quartiers sordides. Il fit apposer de tous côtés ses écussons, dont beaucoup sont restés encastrés dans les murs modernes et montrent au passant le chêne rouvre, emblème de la race énergique des délia Rovere. Parmi les constructions entreprises par Sixte IV, plusieurs ont été interrompues par la guerre et par les
Fig. 56. — Église de Santa Maria del Popolo.
menaces de schisme qui troublèrent le pontificat ; d'autres ont été détruites : la chapelle funéraire que le pape avait fait construire au flanc de la basilique de Saint-Pierre, pour recevoir son mausolée, disparut au commencement du xvii" siècle avec les derniers restes de l'ancienne basilique. Les deux édifices qui portent encore le nom de Sixte IV sont d'une architecture simple et archaïque. Le Ponte Sisto, qui unit le Trastevere à la ville et sur lequel passèrent, dès 1475, les pèlerins du jubilé, est un pont romain reconstruit, qui a gardé jusqu'à nos jours la solidité des édifices de l'Empire. Au Vatican, Sixte IV éleva, à l'angle de la forteresse de Nicolas V, un énorme bastion rectangulaire, qui s'avança en éperon
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