‹ RomeChapitre 3 sur 18 · C 1 M E T I E R E S ET S A R C O P H A G E S ('II R E T I E N S · texte numérisé non relu

C 1 M E T I E R E S ET S A R C O P H A G E S ('II R E T I E N S

nites des saisons, images du Soleil et de la Lune debout sur leur quadrige. Les bustes des fidèles, isolés ou réunis par couples, se détachent parfois au milieu du sarcophage sur le médaillon en forme de coquille. Comme dans les catacombes, Amour et Psyché viennent continuer leurs jeux et Orphée reprendre sa lyre, à côté du Bon Pasteur. Sur un sarcophage du musée de Latran, l'image du Rédempteur est entourée par douze agneaux qui représentent les apôtres ; aux extrémités du bas-relief,

Fig.

Sarcophage chrétien du iv° siècle (Musée de Latran)

deux autres pasteurs représentent les prêtres qui font entrer au bercail de nouvelles brebis (fig. 1).

Quelques reliefs du IVe siècle copient directement les peintures des cryptes ; l'histoire de Jonas se développe sur un sarcophage du musée de Latran, comme sur une suite de petites fresques (fig. 6). A côté de la résurrection de Lazare se déroule le récit de quelques miracles des Evangiles. Les groupes se pressent parfois sur deux étages de bas-reliefs. Le sarcophage devient une homélie en images, telle qu'aucun caveau des cimetières n'en avait offert aux regards des fidèles ; le sculpteur arrive à mel en scène dans un raccourci audacieux, l'histoire chrétienne du monde, depuis la Création et le Péché jusqu'à l'Incarnation, figuré adora-

tion des mages, et jusqu'aux origines de l'Eglise romaine, représentée par saint Pierre fig. 7}. Une épopée sacrée se laisse déchiffrer, à travers le désordre et les redites, dans ces salles du musée de Latran. où onl n. -

rassemblés, sous le pontificat de Pie IX, tous les sarcophages chrétiens que le P. Marchi a pu faire apporter de la ville et des environs.

Le sarcophage le plus monumental par ses dimensions, par la vigueur de ses reliefs et par l'abondance des thèmes religieux qu'il évoque, reste dans l'ombre d'une crypte de Saint-Pierre, auprès du lieu où il a été trouvé. D'après l'inscription, ce sarcophage est celui d'un magistrat, Junius Bassus, préfet de Rome, qui se convertit au christianisme vers la fin de sa vie. « Néophyte il s'en alla vers le Seigneur sous le consulat d'Eusèbe et d'Hypatius », en l'an 359 (fig. 8). Ce monolithe de marbre de Paros, sculpté un demi-siècle après la conversion de Constantin, est une synthèse des divers motifs rapprochés et combinés par la sculpture chrétienne. Des génies vendangeurs, debout sur les côtés du sarcophage appartiennent encore à la décoration antique. Entre les deux étages du portique en bas-relief dont les colonnes séparent les grandes scènes, de petits reliefs rappellent, dans le langage symbolique des catacombes, 1' « initiation » qu'a reçue, sans doute au baptistère de Latran, le néophyte qui était préfet de Rome. Tous les rôles sont joués par des agneaux : un agneau tient la verge de Moïse pour faire jaillir du rocher l'eau baptismale ; un agneau touche de son bâton les pains eucharistiques ; un agneau, qui est le prêtre, verse l'eau d'une coquille sur la tète d'un autre agneau, qui est 1' « initié » ; plus loin, il lui remet le livre de la doctrine ; trois agneaux tiennent dans une fournaise la place des trois Hébreux du livre de Daniel, dont l'histoire était lue dans la cérémonie du baptême ; enfin, un agneau lève le bâton. miraculeux devant un tombeau minuscule d'où sort un autre agneau : la résurrection de Lazare, mise en fable ésopique, promet la vie éternelle au fidèle qui a reçu l'eau sainte et le pain consacré.

^ Sur la face du sarcophage, le Christ, un jeune homme aux cheveux bouclés, trône au-dessus de la voûte du ciel, soutenue à ses pieds par le dieu LTranus. Il donne sa Loi à Pierre et à Paul. C'est le triomphe cél si du Christ; au-dessous est représenté le triomphe terrestre, à la veille du supplice : l'entrée à Jérusalem. Aux côtés de la figure glorieuse sont réunis des personnages et des scènes des deux Testaments, dont quel- *-ques-uns seulement appartiennent au cycle des catacombes. Adam et Eve, f>Daniel entre les lions, Job sur son fumier attendent le Rédempteur. Le sacrifice d'Abraham annonce le sacrifice de Jésus, qui est représenté, non par le crucifix, mais par le jugement de Pilate. Pierre et Paul conduits au supplice rappellent les martyrs qui ont t'ait triompher la foi. La suite logique des temps et des idées est sacrifiée à L'ordonnance de

ig

groupes symétriques. La sérénité des visages, la solennité des attitudes, comparées à l'informe puérilité des reliefs sculptés, cinquante ans plus tôt, pour Tare de triomphe de Constantin, attestent que les marbriers chrétiens avaient réalisé à Rome une première et éphémère Renaissance.

Ces marbriers avaient trouvé quelques souvenirs des plus nobles modèles dans les sarcophages païens qui jusqu'au IVe siècle reproduisaient, avec les scènes de l'épopée et de la tragédie grecques, les attitudes des statues et des groupes célèbres \ Les figures des sarcophages chrétiens rappellent la Grèce antique, plutôt que Rome, par leur costume même.

Fig. 8. — Sarcophage du préfet de Rome Junius Bassus (an 359 de J--C). Crypte de Saint-Pierre.

Le Christ, les apôtres, les patriarches, n'ont point revêtu la toge. La société chrétienne, qui se tenait en dehors de l'Etat, a toujours eu une sorte de répugnance pour le vêtement qui était comme l'uniforme du citoyen romain. Les fidèles portaient le manteau carré, VJiimation athénien, que 4 les Romains appelaient pallium. Ce vêtement, adopté à Rome par les philosophes cosmopolites, devint le vêtement chrétien : Tertullien célébra ses vertus dans un traité spécial. Le manteau des philosophes resta pendant tout le moyen âge le vêtement exclusif du Christ, des personnages bibliques et des apôtres, aux portails des cathédrales comme sur les sarcopha;

Il est probable que Byzance, la nouvelle capitale, et les grandes villes de l'Orient ont eu part au développement de la sculpture chrétienne. Le

1 Voir Rome, V Antiquité, p. 158-159.

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musée de Constantinople possède des fragments d'un monument de porphyre dont les reliefs ont la plus frappante ressemblance avec ceux qui décorent les deux sarcophages de porphyre exécutés pour la sépulture d'Hélène et de Constance, mère et fille de Constantin, et placés autrefois dans deux mausolées bâtis hors de l'enceinte de Rome. Ces sarcopha ont été transportés au Vatican sous le pontificat de Pie VI. Autour du sarcophage de l'impératrice sont représentés une parade militaire et un défilé de barbares vaincus; sur celui de la princesse, de petits génies portent des guirlandes et vendangent parmi des pampres. Les proportions des figures sont lourdes et les groupes disposés comme au hasard: mais le travail qui a presque détaché les personnages en haut relief dans une matière aussi dure a vaincu des difficultés incroyables. Rien que pour restaurer, au commencement du xix13 siècle, ces blocs de porphyre dignes d'un monument de pharaon, vingt-cinq marbriers ont été employés pendant neuf ans. Quelques sarcophages provenant d'Asie Mineure, et qui se trouvent au musée de Constantinople, représentent des personnages alignés entre des colonnes couvertes de pampres et qui supportent des architraves et des niches finement refouillées. C'est l'architecture du sarcophage de Junius Bassus. Les tombeaux de marbre étaient objet d'industrie et de commerce ; ils pouvaient être commandés au loin. Mais l'étude des premières œuvres de la sculpture chrétienne n'a pas encore permis de déterminer exactement, dans les échanges d'influences artistiques qui s'établirent dès le IVe siècle, ce que Rome a donné à l'Orient chrétien et ce qu'elle en a reçu.

Quelques statues de marbre, qui décoraient peut-être des oratoire-, ont pris place dans le musée de Latran, à côté des anciens sarcophages chrétiens. Comme les reliefs, ces statues reproduisent des formes antiques pour traduire des idées nouvelles et représenter des personnages nouveaux. Le saint Hippolyte du musée de Latran est assis et drapé dans le manteau grec que portait Julien, l'empereur philosophe. Peut-êtr marbre d'une exécution large et souple représentait-il en effet un philosophe, sur le siège duquel un chrétien aura grave les titres des ouvrages du saint, avec le calendrier pascal dont il était l'auteur. Près de saint ilippolvte, le Bon Pasteur est une figure d'une grâce /juvénile, qui a la taille d'un adolescent tïg. g . Aucune œuvre ne montre d'une manière plus éclatante la supériorité des sculpteurs du iv siècle sur les peintres des catacombes, auxquels ces sculpteurs empruntent Leurs motifs. Le berger de l'Évangile, portant sur ses épaules la brebis g imite quelque statuette alexandrine qui reproduisait elle-même l'attitude

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d'une ancienne statue attique : le fidèle apportant au temple le jeune veau ou le mouton destiné au sacrifice l. Le christianisme rendait un sens sacré à une scène de genre qui avait été jadis une œuvre religieuse.

Ainsi l'art grec se continuait et achevait de se transformer en donnant des formes pures et nobles à tous les dieux. Dans les premiers siècles de l'ère nouvelle, il régnait à Rome et à Byzance, comme aux confins de l'Inde.

Les plus anciennes statues du Christ sont des bergers criophores, ou des philosophes grecs:

les plus anciens Bouddhas., que l'on peut voir au musée de Lahore et aussi à Londres et au Louvre, sont des Apollons.

L'art dont le sarcophage de Junius Bassus et le Bon Pasteur de Latran sont les chefs-d'œuvre déclina rapidement. Au Ve siècle, les sculpteurs, comme les peintres qui descendaient encore dans les catacombes , imitèrent les mosaïques solennelles des absides. Puis les désastres qui accompagnèrent la prise de Rome par les Goths et les Vandales ruinèrent l'industrie de luxe dont les marbriers étaient les artisans et les patriciens les clients. Vers la fin du v° siècle, la sculpture de marbre à sujets chrétiens est un art oublié. Elle est pratiquée encore pendant le VIe siècle à Ravenne, devenue la capitale de l'Italie; puis elle achève de disparaître. Pendant le moven âge, les anciens sarcophages païens et chrétiens seront emp] indifféremment à Rome pour la sépulture des dignitaires et des papes.

Fig\ 9. — Le Bon Pasteur (Musée de Latran).

1 On peut voir un marbre grec du commencemenl du v siècle avant J.-C, représentant un robuste éphèbe qui a chargé un petit veau sur ses épaules, dans La col! du sénateur Barracco, que le collectionneur vienl de donner à la ville de Rome, (Cf. h' mue, l'A ntiquité, p. 20, n. i et qui forme un nouveau et pn ix musée d'antiques.

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