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du culte chrétien. La marqueterie de marbre n'est pas abandonnée, mais elle sert uniquement à des revêtements découpés en figures géométriques ou en motifs architectoniques, comme ceux que l'on peut voir à Rome même, dans la basilique de Sainte-Sabine. Dans les représentations animées et dans les décorations végétales, VopUS sectile est remplacé par Yopus vermiculatum, qui finit par supplanter la peinture à fresque. Pour la peinture, le christianisme ne se contentait pas, comme pour la sculpture, d'imiter les procédés et les formes de l'art antique ; il apportait une innovation technique qui devait entraîner une transformation de style. La mosaïque, considérée comme une peinture incrustée touche par touche aux murs d'un monument, est un art chrétien.
Cependant les mosaïques des baptistères et des églises, aussi bien que les fresques des catacombes, furent d'abord des imitations ou des adaptations des formes gréco-romaines. La rotonde de Sainte-Constance, dont tous les murs avaient été lambrissés de marbre et toutes les voûtes revêtues de mosaïques au temps de Constantin, n'a conservé que la décoration de sa voûte annulaire. Un kaléidoscope de petites images tourne en suivant la courbure de cette voûte. Le fond, composé de cubes d'une blancheur laiteuse, a la couleur d'un enduit de fresque. Dans cette première mosaïque chrétienne, comme dans les premières décorations des catacombes, ce ne sont que pampres, génies vendangeurs, danseuses, amours et Psychés (fig. n). Les peintres et les archéologues du XVIe siècle ne se trompaient pas complètement, lorsqu'à la vue de ces figurines voltigeantes, de ces chariots et de ces cuves remplis de raisins, ils prenaient le mausolée de la fille de Constantin pour un temple de Bacchus.
La décoration de la coupole de .Sainte-Constance, qu'un cardinal a fait disparaître sous le stuc en 1620, n'est connue que par des descriptions et des dessins. Au-dessus du tambour, revêtu d'une marqueterie d'opits sect/lc, la base de la coupole était cerclée d'une bande brillante d'argent, qui représentait un fleuve sur lequel s'ébattait un petit peuple d'oiseaux aquatiques. Des amours nus, montés sur des radeaux et des nacelles. s<divertissaient à la pêche. Douze écueils sortaient de l'eau, séparés par des intervalles réguliers. Ils servaient de piédestal à des caryatides, dont le corps svelte jaillissait hors d'un fleuron d'acanthe et supportait toute une frondaison de volutes qui se ramifiaient et s'entre-croisaient jusqu'au sommet de la coupole: Une série de scènes, disposées, avec leur décor, sur la berge du fleuve, apparaissaient dans l'espace laissé vide entre les caryatides et la voûte de feuillage, à la manière des a dioramas » qui semblent ouverts dans la paroi peinte de la maison de Livie sur le
BASILIQUES ET MOSAÏQUES 3q
Palatin : c'était, au milieu du décor profane, une suite de scènes bibliques. Les mosaïques de la rotonde constantinienne, à peine dégagées de l'imitation de l'antiquité, contiennent déjà les motifs qui seront reproduits et développés dans les plus anciennes basiliques. Le fleuve couvert d'oiseaux et d'amours passait au bas de la demi-coupole qui formait la conque des absides de la basilique de Latran et de Sainte-Marie Majeure, décorées au IVe et au Ve siècle. Le gracieux paysage est encore visible au-
Fig. 16. — Oratoire de Sainte-Rufine, dans le Baptistère de Latran (Mosaïque du iv" siècle)
dessous des additions faites au décor de ces deux absides par des mosaïstes du XIIIe siècle. Ce sont peut-être ces derniers artistes qui auront inscrit au-dessus de l'eau brillante le nom sacré de Jourdain, où fut baptisé le Christ. Le fleuve qui a été représenté par les premiers mosaïstes chrétiens à Sainte-Constance, au Latran et à Sainte-Marie-Majeure est bien un fleuve d'Orient ; il n'est pas un fleuve biblique. Pendant l'Empire, ! !S mosaïstes païens n'avaient cessé de répéter l'image du Nil, avec sa faune pittoresque et son cortège d'amours, sur des pavements dont le plus riche a été retrouvé à Palestrina. L'art chrétien s'est approprié le motif de ce paysage animé de tableaux de genre qui gardait encore toute la grâce pittoresque et frivole de l'art alexandrin.
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Dans l'abside de Sainte-Mariè-Majeure, des rinceaux analogues à ceux de la coupole de Sainte-Constance se déployaient jusqu'au sommet de la demi-coupole. Quelques volutes apparaissent encore au-dessus des grandes figures qui ont été ajoutées par le mosa'iste Jacopo Torriti en 1296. Il est facile de se représenter l'effet de ces grands feuillages verts, détachés sur un tond bleu sombre, en visitant l'une des chapelles qui furent élevées au iv et au v" siècle autour du baptistère de Latran. Dans l'abside de cette cfîapelle, dédiée à sainte Rufine, la frondaison verte qui se déploie sur la conque est surmontée d'une rangée de minuscules animaux symboliques : l'agneau de Dieu, portant au front une petite croix, et à ses côtés les âmes fidèles représentées par quatre colombes fig. 16 . Le souvenir des catacombes est encore plus manifeste dans la décoration légère qui orne la voûte d'un autre oratoire attenant au baptistère de Latran et consacré parle pape Hilaire, vers l'an 465. Comme sur la voûte des cryptes souterraines, une division architecturale est sommairement indiquée ; l'agneau occupe le centre, dans un médaillon en forme de couronne ; tout autour de lui des oiseaux sont groupés deux à deux devant un vase.
Sur la coupole de Sainte-Constance, les scènes bibliques dont les dessins du XVIe siècle ont conservé la silhouette appartiennent encore au cycle des catacombes : dans ce baptistère qui est un tombeau, Moïse frappant le rocher, Isaac sous le couteau d'Abraham, Suzanne devant le juge. Daniel confondant les accusateurs, Tobie péchant dans le fleuve peuplé d'amours le poisson qui doit lui rendre la vue, parlaient du salut promis au peuple de la Nouvelle Alliance par le Dieu qui avait défendu contre tous les périls ses serviteurs en Israël. Dans les grandes basilique- les longues bandes de murailles qui restaient nues sur les parois des nefs entre la colonnade et les fenêtres se prêtaient au déploiement de l'histoire sacrée. Un réeit continu remplaça sur ces parois les scènes symboliques qui se montraient encore sur la coupole de Sainte-Constance. Les premières de ces Bibles en images furent des peintures à fresque, et non des mosaïques : les deux Testaments étaient ainsi représentés dans les basiliques de Latran, de Saint-Pierre et de Saint-Paul. Dans cette dernière église, une série de portraits de papes, peints au-dessus des arcades de la nef, montrait dans les chefs de l'Eglise les successeurs des patriarches et des apôtres. Quelques-uns de ces portraits ont échappé à l'incendie de 1823, qui a détruit les grandes fresques ; ils ont été détachés de la muraille avant la reconstruction et se trouvent aujourd'hui dans une chambre voisine de la sacristie. Ces médaillons d'une exécution énergique et large rappelaient
encore, dans la partie de l'église qui remplaçait Y atrium des premières maisons ouvertes au culte, les images d'ancêtres exposées par les familles patriciennes.
Dès le IVe siècle la mosaïque est employée, aussi bien que la fresque, à la représentation de l'histoire biblique et évangélique. Dans l'église de Sainte-Marie-Majeure, recontruite et décorée entre 432 et 440 par le pape Sixte III, les mosaïques de la nef, dont une grande partie s'est conservée, racontent la Genèse, depuis l'histoire d'Abraham jusqu'à celle de Josué, avec une multitude d'épisodes. Il semble que le mosaïste n'ait fait qu'agrandir, pour le dérouler au-dessus de l'entablement, un de ces rouleaux couverts de miniatures dont la bibliothèque du Vatican possède un précieux exemplaire, contenant l'histoire de Josué. Les figures sont encore toutes classiques et « romaines ».
Les mosaïques de l'arc triomphal, mieux conservées encore que celles de la nef, ne forment point la suite de l'histoire biblique : elles exposent en quelques épisodes, étages sur trois bandes, le commencement de 1 histoire évangélique, développée avec le concours des apocryphes : à gauche du spectateur, l'Annonciation, l'Adoration des mages, le Massacre des Innocents; à droite, la Présentation au Temple, l'Enfant adoré en Egypte par le roi Aphrodisios, les Mages devant Hérode. L'ensemble, consacré à la gloire de la Mère et de l' Enfant, a un sens à la fois historique et dogmatique conforme aux intentions du pape dont le nom est inscrit en lettres d'or au sommet de l'arcade. Sixte III reconstruisit la basilique du pape Libère pour la dédier à la maternité divine de Marie, que Cyrille, patriarche d'Alexandrie, l'adversaire de Xestorius, patriarche de Constantinople, venait de proclamer au concile d'Ephèse. Sur la mosaïque de l'arc triomphal, la Vierge porte un vêtement de brocart, lourd de pierreries, avec le diadème d'une princesse de Byzance ; elle reçoit l'Annonciation du messager divin, assise et impassible comme une impératrice. En même temps l'Enfant est représenté comme un souverain. Dans la scène de l'Adoration des mages, le nouveau-né n'est point assis sur les genoux de sa mère, mais sur un trône chargé de coussins, derrière lequel veille l'escorte des anges. La Vierge est assise à sa droite ; une autre femme, drapée d'un simple pallium, qui est assise à la gauche du Rédempteur, est sans doute une allégorie de l'Église, associée, comme la Vierge, à la gloire de l'Enfant que viennent adorer les rois. Tout souvenir des catacombes et de Sainte-Constance est effacé. L'art s'éloigne des traditions gréco-romaines, en même temps que du christianisme simple et populaire des premiers siècles, pour revêtir la pompe orientale.
L'abside qui s'ouvre derrière l'arc triomphal de Sainte-Marie- Majeure, où le récit évangélique prenait le ton d'un hymne de victoire, ne reçut au temps du pape Sixte qu'un décor de rinceaux épanouis audessus du fleuve égayé par les jeux des oiseaux et des amours. Cependant, dès le IVe siècle, des groupes solennels s'étaient rangés dans les absides comme sur les arcs triomphaux. Deux grandes niches ouvertes l'une en face de l'autre dans la paroi circulaire de Sainte-Constance montrent deux compositions qui diffèrent entièrement des mosaïques de la voûte annulaire, bien que les groupes se détachent encore sur un fond blanc : les visages sont d'une laideur barbare et le coloris d'une vivacité brutale. D'un côté Dieu le Père, sous la figure d'un homme à barbe brune, assis sur le globe du monde, donne à .'Moïse la Loi ancienne ; de l'autre le Christ imberbe, comme le représentaient les peintres des catacombes et les sculpteurs des plus beaux sarcophages, donne la Loi nouvelle à saint Pierre et à saint Paul. Au milieu d'un jardin céleste planté de palmiers, le Rédempteur est debout sur un rocher d'où s'écoulent les quatre fleuves du paradis terrestre, symboles des quatre évangélistes. A ses pieds sont rangées quatre brebis. Cellesci ont pour bercail deux édicules, visibles derrière les deux apôtres et qui représentent les deux Églises : Jérusalem, l'Église qui sort du Temple, l'Église des circoncis; Bethléem, où sont venus les mages, qui représentent la foule des gentils. La seconde composition peut être considérée comme une réduction simplifiée de la mosaïque qui couvrait l'énorme abside de la basilique de Saint- Pierre : dans cette mosaïque, un agneau symbolisait le Christ, au-dessous du Dieu fait homme, et vers lui s'avançaient, sortis des deux villes saintes, douze agneaux qui étaient les douze apôtres. Ainsi, un thème de décoration solennelle était trouvé pour les absides : deux compositions, dont l'une était comme la traduction de l'autre, superposaient sur deux zones les symboles vénérés des catacombes et les nouvelles images de paix et de gloire qui semblaient associer l'Eglise délivrée des persécutions au calme triomphe des élus. Cette division sera conservée Longtemps après le siècle de Constantin dans l'art chrétien de Rome : elle v perpétuera le souvenir des premiers signes de la foi, sous la figure des agneaux.
Le thème constantinien a pris, dès la fin du [Ve siècle, un développement magnifique. Sous le pontificat de Siricius $85-3 8), trois prêtres firent entourer de portiques et décorer de marbre et de mosaïque l'église de Pudens, établie dans la maison où saint Pierre était venu
officier. La mosaïque de l'abside a survécu. A la fin du XVIe siècle un remaniement de l'église a fait disparaître la zone inférieure, avec les douze agneaux, au-dessus desquels est resté seulement l'agneau nimbé: aux extrémités du groupe supérieur, deux figures ont été supprimées. L'assemblée est encore imposante : les apôtres sont assis aux côtés du Christ qui siège sur un trône élevé. A droite et à gauche du trône deux femmes debout présentent des couronnes : ce sont les personni-
Fig. 17. — Mosaïque absidale de l'église de Sainte-Pudentienne vFin du r
fications de l'Église des circoncis et de l'Église des gentils, qui étaient figurées plus bas par les édicules d'où sortaient les agneaux. Derrière le Christ, des portiques et des rotondes forment une assemblée d'édifices autour d'un rocher surmonté d'une énorme croix d'or. Dans le ciel volent les quatre symboles des évangélistes, l'ange de .Mathieu, le lion de Marc, le bœuf de Luc, l'aigle de Jean, qui étaient représentés dans la zone des figures symboliques par les quatre fleuves coulant aux pieds de l'agneau (fig. 17),
Poussin a admiré la grandeur romaine de cette composition et de ces figures puissantes. En vérité les apôtres, larges d'épaules et de front.