‹ RomeChapitre 6 sur 18 · KO M E · texte numérisé non relu

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gardent sous le pallium grec la gravité des sénateurs païens, <|ui. au temps où fut exécutée la mosaïque, siégaient encore, après un sacrifice à la statue de la Victoire. Mais tout n'est pas romain dans cette assemblée et dans ce décor. Les deux femmes ont enveloppé leur tête dans le voile syrien que les peintres orientaux donneront à la Vierge. Le Christ n'est plus le jeune homme, beau comme un dieu grec, qui revêtait sur les fresques des cryptes et sur les sarcophages la courte tunique du Bon Pasteur ou le manteau du philosophe. Assis sur un trône d'or, le Christ est vêtu d'or: sous la longue chevelure noire, qui couvre les épaules, son visage allongé par la barbe noire est celui d'un Syrien, et non d'un Romain. Pour la première fois, Jésus paraît dans l'art de l'Occident, non point représenté par une sorte de figurant tiré des accessoires de l'art antique, avec les amours et les Psychés, mais tel que l'imaginaient les chrétiens d'Orient et tel peut-être que l'avaient dépeint ceux qui l'avaient vu passer au bord des lacs de Galilée. Ce Christ oriental ne trône point devant une ville quelconque, ni devant un quartier de Rome chargé de figurer la Jérusalem Céleste. Il est au milieu même de Jérusalem, telle que Constantin l'avait rebâtie, en élevant autour des lieux saints des portiques et des rotondes. Le rocher qui se dresse au milieu de l'abside de Sainte-Pudentienne est le Golgotha, et la croix d'or qui le surmonte est celle qui fut plantée par Constantin au lieu du Calvaire, après l'Invention de la vraie croix. Le prêtre qui a commandé cette mosaïque et l'artiste qui l'a exécutée avaient été sans doute au nombre des pèlerins qui, pendant le IVe et le Ve siècle, ne cessèrent d'affluer vers la ville sainte. Aujourd'hui les visiteurs de Sainte-Pudentienne peuvent faire encore un pèlerinage à la Jérusalem de Constantin, en admirant la mosaïque qui est le chef-d'œuvre du premier art chrétien.

Les représentations de la Jérusalem Céleste, sous forme d'un jardin planté de palmiers ou d'une ville, l'assemblée des apôtres rangés audessus des agneaux exprimaient des idées de gloire, sans traduire expressément un texte. Seuls, les symboles des Évangélistes, peut-être aussi l'agneau de Dieu faisaient allusion à l'Apocalypse de saint Jean. C'est sur l'arc triomphal de Saint-Paul hors les .Murs, décore au milieu du Ve siècle par les soins de l'impératrice Galla Placidia, quele symbolisme triomphal des mosaïques devint une illustration fidèle de La vision de terreur et de gloire. La mosaïque de Saint-Paul, moins ravagée que les fresques delà nef par l'incendie de 1823, a été cependant refaite, au temps de Léon XII, d'après la composition ancienne. Au sommet de l'are le buste rayonnant du Christ apparaît dans un nimbe, accompagné par

lASILIQUES ET MOSAÏQUES

les symboles des Évangélistes qui volent parmi des nuées de feu. Les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse, rangés en deux groupes symétriques, présentent leur couronne sur un pan de leur manteau blanc. Audessous d'eux, les deux princes des apôtres lèvent le regard ou la main vers le Roi des rois. La composition apocalyptique dont la basilique de Saint- Paul a donné le modèle sera reproduite et développée sur les grandes

Fig. 18. — Basilique de Saint-Paul hors les Murs (Mosaïque de l'arc triomphal, v° siècle).

arcades des basiliques, comme la file des agneaux accompagnant le Christ entouré d'un groupe d'élus dans la conque des absides.

Les vingt-quatre vieillards reparaissent dans l'église des Saints-Cosmeet-Damien au Forum, sur l'arc de l'abside, décoré par le pape Félix IV, vers l'an 530. Il ne reste des deux groupes solennels que des bras tendant des couronnes; mais plus haut apparaissent des motifs apocalyptiques qui manquaient à Saint-Paul : les sept candélabres ardents et l'agneau étendu sur un autel, au pied duquel est ouvert le livre mystérieux.

Les mosaïques de l'abside sont entièrement conservées, à l'exception d'une figure, celle du pape Félix IV, qui a été refaite au xv 11" siècle. Comme dans l'abside de Saint-Pierre, déjà vieille de deux siècles lorsque

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