‹ RomeChapitre 7 sur 18 · A6 ROM H · texte numérisé non relu

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fut décorée l'église du Forum, les douze agneaux sortis des deux bercails s'avancent vers l'agneau de Dieu; le paradis est un jardin où le groupe des élus se dispose entre deux palmiers; mais Saint-Pierre et Saint-Paul présentent de nouveaux saints, les médecins de Médie, ( ''^me et Damien, que suivent saint Théodore et le pape donateur. Le Chri-a est debout, non plus sur une montagne en miniature, mais suspendu, comme dans une Ascension, au milieu des nuées. Ce Christ est celui de Sainte-Pudentienn<-. amaigri et durci.' Il lève la main pour montrer sur l'un des palmiers un oiseau qui n'avait paru encore sur aucune des mosaïque^ conservées à Rome : le phénix au nimbe radié, dont les légendes des naturalistes anciens avaient fait depuis longtemps un symbole d'immortalité. Les >aint> que le Christ accueille ainsi dans la vie éternelle ont le corps plus trapu, la tète plus carrée, le regard plus dur que les apôtres de Sainte-Pudentienne. Mais les formes ont encore une solidité sculpturale. Le coloris est dune intensité magnifique. Le Christ vêtu et nimbé d'or se détache sur le ciel 1 ileu rayé par les nuées rouges d'un couchant. Cette harmonie splendide du bleu et de l'or était digne d'être célébrée dans le premier vers de l'inscription dédicatoire où s'est nommé le pape Félix, représenté dans la mosaïque; l'éclat des émaux illumine vraiment la salle antique transformée en église :

Aula Dei claris radiât speciosa metallis.

La mosaïque de l'église du Forum est la dernière œuvre où l'art chrétien de Rome montre encore, dans le modelé des visages et le jet des draperies, une science qui est l'héritage de l'antiquité. Lorsque cette mosaïque fut commencée, Rome était occupée par une garnison de Goths, que Bélisaire chassa en 536. Dès 543 Totila reprenait la ville et la livrait au pillage. Bélisaire et Narsès y rétablirent par deux fois l'autorité de Justinien. Rome est en perpétuel état de siège. Après les Goths. les Lombards viennent battre ses murailles. Les calamités naturelles achèvent les ravages des armées ; les inondations du Tibre dévastent Rome, la peste la dépeuple. Dans l'année 590. qui est celle de l'élection de saint Grégoire le Grand, tous les fléaux étaient déchaînés contre la ville C'est al<>r> que, d'après la légende, Grégoire, passant en procession devant le mausolée d'Hadrien, vit au sommet du monument l'ange des colères divines remettre au fourreau son glaive de feu L'apparition, qui est relatée à partir du Xe siècle, donna au mausolée le nom de château Saint Ange1.

1 L'ange colossal qui surmonte aujourd'hui le château est un bronze du .wui -

Pendant plus de cinquante ans le travail lent et coûteux de la mosaïque se trouve abandonné : après l'abside de Saint-Cosme-et-Saint-Damien, Rome n'a plus aucune décoration à opposer aux mosaïques qui se déploient à Ravenne le long des nefs de Saint- Apollinaire et dans le chœur de Saint- Vital. Depuis le milieu du Ve siècle, la ville écartée où

Fig. 19. — Mosaïque absidale de l'église des Saints-Cosme-ei-Damien, au Forum (vie siècle'.

Honorius avait transféré sa cour s'était couverte d'églises dont chacune resplendissait d'émaux et d'or1.

Les grandes compositions qui décorent les basiliques et les rotondes de Rome et de Ravenne diffèrent assez d'une ville à l'autre pour que certains historiens aient pu croire à l'existence d'une école ravennate originale et indépendante ; elles se ressemblent assez entre elles pour que d'autres aient pu considérer l'art de Ravenne comme une variété provinciale de l'art romain. De nos jours, les études et les découvertes ont déplacé la question. Les mosaïques de Ravenne ne peuvent plus être considérées comme des œuvres italiennes ou romaine*: au VI' siècle.

1 Voir, dans la même collection, Ravenne, par Charles Diehl.

sous Justinien et déjà sous Théodoric, elles sont aussi purement orientales que les anciennes mosaïques de Salonique et de Constantinople. Dès le milieu du Ve siècle, au temps où Ravenne était la capitale des derniers empereurs romains d'Occident, elle formait, non pas une province de l'art romain, mais une colonie de l'art chrétien d'Orient. Dans ces conditions, il est nécessaire de se demander si les ressemblances partielles qui existent entre les mosaïques de Rome et les mosaïques de Ravenrre ne doivent pas être expliquées par une commune influence orientale. Dans l'abside de l'église des Saints-Come-et-Damien et dans celle de Saint-Vital, décorées l'une et l'autre vers 530, saint Théodore et saint Vital sont représentés dans la même attitude cérémonieuse, en face du pape Félix et de l'évêque Eutychius, dont chacun offre l'édifice élevé par lui; les deux saints laïcs portent tous deux le manteau de soie brochée d'un courtisan de Byzance. Les plus magnifiques mosaïques de Ravenne ont la même harmonie fondamentale que la mosaïque de Saint-Cosme et Saint-Damien : blanc, bleu sombre et or. Cette richesse de couleur, qui contraste avec la sécheresse des fonds blancs à l'antique, conservés parles mosaïstes de Sainte-Constance, a dû apparaître d'abord dans l'art chrétien d'Orient, qui revêtait les formes hellénistiques de la magnificence persane.

Au Ve siècle, la décoration du mausolée de Galla Placidia, avec le paysage où est assis le Bon Pasteur et les étoiles d'or qui brillent dans le bleu profond de la coupole, n'a aucune ressemblance avec la mosaïque apocalyptique exécutée aux frais de la même princesse sur l'arc triomphal de Saint-Paul hors les Murs. Cependant les souvenirs de l'Orient sont frappants, vers le même temps, sur l'arc triomphal de Sainte-Marie-Majeure. où la Vierge est parée comme une impératrice. Les modèles venaient-ils d'Éphèse, où le concile venait de glorifier la Mère de Dieu, ou bien d'Antioche, ou encore d'Alexandrie? Entre l'Annonciation et la Présentation au Temple, dont la solennelle ordonnance fait penser à quelque cérémonie de la cour de Byzance, un trône d'or constellé de gemmes est le piédestal de la croix. Ce trône, au-dessous duquel est placée l'inscription du pape Sixte, paraît vers le même temps à Ravenne, sous la coupole du baptistère des Orthodoxes : il deviendra le symbole ordinaire de la puissance divine dans l'art byzantin. Dans l'abside de Sainte-Pudentienne. le type du Christ et le décor du solennel tableau de mosaïque font penser à la Palestine et à Jérusalem. Aux origines mêmes, les symbole^ qui parlent d'espérance dans l'ombre des cimetières ont été imaginés en Syrie ou en Egypte.

Rome n'a été que l'une des capitales de l'art chrétien ; dans la formation des types, des groupes, des couleurs mêmes dont elle 'gardera la tradition, une part est revendiquée par l'Orient, où les écoles préparaient la formule des dogmes, où les conciles la proclamaient. Mais cette part, il sera sans doute impossible à l'histoire de la déterminer avec exactitude. Sur Antioche, sur Alexandrie, sur Jérusalem, l'invasion arabe a passé. On n'a pu retrouver encore en Orient ni une fresque chrétienne antérieure à Constantin, ni une mosaïque antérieure à Justinien. Tout l'art chrétien, jusqu'au Ve siècle, l'art oriental aussi bien que l'art romain, est à Rome.

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