‹ Rome est au papeChapitre 12 sur 33 · Les Papes et les Empereurs Byzantins · texte numérisé non relu

Les Papes et les Empereurs Byzantins

Quand, plus tard, à l'approche des jours de Pépin et de Charlemagne, cette royauté de fait et de droit prit son véritable nom; quand les Papes, pour sauver l'Italie et maintenir la civilisation dans le monde, durent enfin retirer aux lâches empereurs de Bjzance cette partie de l'empire qu'eux seuls leur conservaient depuis longtemps, il y avait des siècles que Rome n'était plus g"ouvernée, protégée, repeuplée, rebâtie, nourrie que par ses Evêques.

Ce fut, à vrai dire, Léon l'Isaurien, par son fanatisme pour l'hérésie des Iconoclastes, qui mit la couronne temporelle sur le front des Papes, en soulevant la tempête qui sépara définitivement de Byzance les dernières possessions de l'empire en Italie. Léon l'Isaurien était sot et avare. H y a toujours ou de l'ineptie ou quelque grand vice dans ces princes qui rompent avec l'Eglise, et

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souvent l'ineplie et le vice y sont à la fois. L'Empereur avait brisé à Gonstantinople les imag-es du Sauveur; les Peuples d'Italie brisèrent ses imag-es, sans s'efî'rayer des lauriers qui les couronnaient. Averti par le Pape, il le menace de le faire venir à Gonstantinople charg-é de chaînes. Prenez garde aux peuples ! lui dit encore le Pape. Mais les empereurs de Bjzance ne savaient plus ce que c'est qu'un Pontife.

Les empereurs Byzantins étaient parvenus à se donner une de ces Eglises nationales, si chères aux docteurs qui veulent une relig'ion pour le peuple. Gibbon, l'un des plus grands entre ces docteurs, dompté par sa conscience d'historien, fait voir la différence du Pontife et du fonctionnaire. (( Tandis, dit-il. que le patriarche de Gonstantinople, esclave, passait alternativement, suivant le caprice de son maître, d'un couvent au sièg-e patriarcal, du sièg-e patriarcal dans un couvent, le g-énie et l'indépendance des Papes étaient excités par le fait même de leur position éloignée et dangereuse au milieu des barbares de l'Occident. » Gibbon est un philosophe hérétique, et la philosophie et l'hérésie sont deux bandeaux.

Gibbon continue et parle vrai, sans parler plus juste : « Leur élection populaire les rendait chers « aux Pvomains; la misère publique et privée « trouvait un soulagement dans leurs amples

« revenus, et la faiblesse ou la négligence des ff empereurs les forçait de veiller constamment « dans la paix et dans la guerre à la sûreté maté- « rielle de Rome. Au milieu des calamités de toute « espèce, l'Evêque revêtait insensiblemeiit]Qs,ver- « tus et la magnanimité du prince, ettous, Italiens, (( Grecs ou Syriens, prenaient le même caractère, « adoptaient la même politique en montant sur la « chaire de saint Pierre. C'est ainsi que Rome, « après la perte de ses légions et de ses provinces, « retrouva sa suprématie dans le génie et la for- « tune de ses Pontifes. »

Que de précautions pour constater les faits et les interpréter en dehors du miracle de la foi et de l'assistance divine ! Gibbon, décrivant les temps affreux au milieu desquels s'accomplit ce prodige qu'il explique sans le comprendre, s'exprime ainsi : « L'influence de la religion pouvait seule (( suppléer au défaut de lois; le tumulte et la vio- « lence des assemblées où se débattaient également « les affaires particulières, et les négociations du (( dehors ne pouvaient être tempérées que par « l'autorité du Pontife. Ses aumônes, ses prédica- « tions, sa correspondance avec les rois et les préce lats de l'Occident, les services qu'il avait rendus (( si récemment, la gratitude et le serment des a Romains devaient les accoutumer à le considérer « comme le premier magistrat ou le prince de

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« leur cité. Malgré leur humilité toute chrétienne, « on donnait déjà aux Papes le titre de Dominns « ou Seigneur, et leur profil avec leur inscription (( se voit sur les monnaies de cette époque. Leur « domination temporelle se trouve ainsi fondée « sur mille années de respect, et leur plus beau « titre à la souveraineté est le libre choix d'un (( peuple qu'ils délivrèrent de l'esclavage. »

Après cet aveu d'un hérétique, écoutons la parole émue d'un évêque : « Rome est l'œuvre de (( l'amour, de l'intellig-ence, du dévouement des <( Souverains Pontifes. Ils l'ont pétrie avec leurs {( larmes et leur sang* ; ils l'ont parée des couleurs « célestes; elle est à eux. Pères, artistes sublimes, .( nobles défenseurs, ils ont tous les titres, ils ont « tous les droits (i). «

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