Le Sacre de Gharlemagne
Ce fut en 800, à Rome, le jour de Noël, vig-ile d'un siècle nouveau, que le successeur de Pierre, saint Léon III, sacrant Charlemag-ne, institua l'empire d'Occident, le Saint-Empire romain. Il le fit de sa pleine autorité, et lui seul le pouvait faire. Charles, disent les historiens modernes, « le comprit avec une intelligence parfaite des temps nouveaux ». Ils ajoutent, mais qu'en savent-ils? que le chef des Francs, par un raffinement de prudence, voulut paraître surpris lorsque le Pape versa sur sa tète l'huile sainte et posa sur son front la couronne d'or. La philosophie de Gharlemagne n'allait pas jusqu'à douter du droit du Souverain Pontife, ni sa prudence jusqu'à craindre les armées de l'impératrice Irène, veuve de Çopron^ine et mère de Flavius Constantin. S'il parut surpris, c'est qu'il l'était, et que le Pape n'avait parlé qu'à Dieu de ce qu'il voulait faire au nom de Celui que le genre humain régénéré reconnaissait pour Maître et roi de tous les empires.
« Dans la nuit illustre de la Nativité du Sau-
veur, dit le savant évêque de Tulle, le Souverain Pontife remet ou destine une épée et un casque surmonté d'une colombe à quelque grand prince chrétien. Cet usag-e est plein de symboles. Par l'incarnation, le Fils unique de Dieu a vaincu l'inventeur de la mort ; une si grande victoire est bien représentée par l'épée. Les Ariens infidèles, autrefois, eurent l'audace d'affirmer que le Fils de Dieu était une simple créature. L'Evangile de la nuit de Noël affirme que Dieu a tout fait par son Verbe. En conséquence, le Souverain Pontife remet une épée, exprimant l'infinie puissance dans le Christ vrai Dieu, ég'al au Père, et vrai homme. .Le Sièg-e de Dieu, c'est-à-dire le Siège apostolique, tire sa solidité du Christ et est un composé de droit jug-eraent et de justice; avec ces armes, Notre Sauveur, Jésus le vrai Dieu, a battu les ennemis de ce siège ; à savoir les hérétiques et les tyrans, conformément au dire prophétique : La ûistice et le jugement sont les éléments de votre siège. Enfin l'épée figure la puissance suprême conférée par Jésus-Christ au Pontife^ son vicaire ici-bas, selon les textes sacrés : Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre ; et ailleurs : // dominera d'une mer à une mer^ei des bords du fleuve aux extrémités de la terre, he casque avec la colombe est l'emblème de la protection du Saint-Esprit étendue sur l'homrne valeureux ho-
noré des dons du Souverain Pontife. Tels sont les beaux sens de cette cérémonie. La main armée de l'épée ; la tête couverte du casque mystérieux, le noble chrétien est tenu de se montrer jusqu'à la mort l'intrépide défenseur de la Foi et du Siège apostolique. »
Ainsi se montra Charlema^-ne, et ce fut là sa g-randeur ; elle est immortelle. Sa race a fini, l'empire est tombé; de ses lois et de ses institutions, il n'est resté qu'une trace. Un autre homme de g'uerre,un autre empereur, moins grand et moins heureux, occupe à sa place la mémoire des peuples. Pour les lettres, les arts et les sciences, pupilles volontiers ingrats, il n'est qu'un lointain protecteur, encore grossier et ignorant ; mais dans l'établissement anonyme du pouvoir temporel des Papes, sa main reste visible à jamais, comme si huit siècles n'avaient lentement élevé l'œuvre que pour qu'il eût la gloire d'y mettre le couronnement, et que dans la suite des âges aucune tempête acharnée à la détruire ne passât sans paraître vaincue par le génie et la piété de Charlemagne.
(3Iél., 2» s,, VI., t. 171 à 175.
L'indépendance des Papes et le Pouvoir temporel.