Les fondements de l'édifice social
Ces efforts contraires ont duré mille ans, à peu près sans relâche. Les raconter serait faire 1 histoire de l'Europe ; car, de même qu'aucun siècle n'a passé sans en produire quelque exemple, aucun pays n'a joué un rôle important dans l'histoire sans prendre part à cette lutte de l'esprit de Satan qui veut continuellement abattre ce qu'a édifié et ce que soutient continuellement l'Esprit de Dieu. Le combat a été plein de vicissitudes inouïes. Que de secours inattendus 1 que d'amis ingrats, que de retours soudains ! De nos jours nous avons vu ces coups de l'enfer, ces contre-' coups de Dieu. L'histoire, toujours surprenante, en est écrite à l'avance pour l'éternité. Quand le Pape est à Rome, tranquille, — si ce mot de la
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langue humaine peut être appliqué ici, — sur son trône de justice et de douceur, alors les séditieux argumentent, et les dupes écoutent avidement leurs discours pervers. Pourquoi un trône au Pape ? Son royaume n'est pas de ce monde !
Pourquoi un peuple et des tributs à ce prêtre du Dieu pauvre et mortifié ? Il n'est pas juste qu'un peuple, si petit qu'il soit, demeure privé des institutions des autres peuples, soit sujet des prêtres, ne puisse ni mourir sous ses hommes de guerre, ni s'agiter à la voix de ses tribuns, ni se lancer dans les entreprises à la suite de ses hommes d'Etat ! Ou bien quelque prince ambitieux comptant ses armées et discernant les mauvais instincts de la foule, se dit tous bas : « Je n'ai que les corps, et le Pape gouverne les âmes. Si le Pape était mon sujet, si je le tenais dans mes terres et sous ma main, ou s'il n'y avait plus de Pape, j'aurais tout ; car ôter le Pape, le monde appartient à la force, et la force est à moi. »
Voilà le point où se forme l'orage ; il grossit ; l'orage éclate, l'incendie s'allume ; mais alors les yeux s'ouvrent et les aveugles voient clair. Il y a dix ans, lorsque le Pape était en exil et que la république, à coups de couteau, s'installait dans Rome, on n'entendait de tous les côtés que les paroles les plus saines et les plus sages sur la nécessité sociale et européenne de l'indé-
pendance du Vicaire de Jésus-Christ. Ce n'étaient pas les ciirétiens qui parlaient ainsi, mais les politiques, les incrédules, les hérétiques eux-mêmes, quoique toujours plus acharnés dans la folie de leur haine et plus lents à s'en déprendre. Ce tremblement de terre mettant à nu les fondements de l'édifice social, tout le monde les voyait, tout le monde en comprenait la merveilleuse structure, tout le monde sentait qu'ils n'étaient pas de main humaine et que nulle force humaine ne les remplacerait s'ils venaient à crouler. Les médiocres avocats et gens de lettres à qui, chez nous, le pouvoir appartenait par aventure, la veille éclatants ennemis de la Papauté, maintenant consternés de ses embarras , plus honteu?:et plus intimidés qu'incertains dece qu'ils devaient faire, disaient eux-mêmes que la Papauté ne pouvait pas disparaître et qu'il était également impossible que le Pape devînt jamais le sujet d'un gouvernement quelconque et fût leur hôte pour plus d'un instant. En tremblant, mais non pas à regret, ils avançaient la main pour soutenir le temporel du Souverain Pontife, lorsque le pouvoir leur fut ôté.