‹ Rome est au papeChapitre 16 sur 33 · L'instinct public et la raison · texte numérisé non relu

L'instinct public et la raison

chrétienne

Dans la même enceinte où, quelques mois auparavant, les ministres (le Louis-Philippe s'étaient moqués des réclamations de l'Eg-lise pour la liberté d'enseig-nement, une assemblée républicaine applaudissait l'orateur catbolique (i) qui s'écriait : l'Eg-lise est une mère ! et qui flétrissait les parricides dont la main vile et débile l'avait frappée. Sous Louis-Philippe, on n'avait pas pris g-arde aux paroles de M. Guizot, calviniste, répondant aux menaces de la Révolution que ce qui avait résisté à Luther et à Voltaire résisterait bien à Mazzini. Sous la république, quelques mois plus tard, on comprit mieux Peilegrino Rossi, disant aux Romains :

« L'indépendance du domaine pontifical est « g-arantie par la conscience de tous les Catholi- « ques. Les trésors de l'Europe entière ont élevé « les monuments de Rome, et Rome, tête et « centre du catholicisme, appartient beaucoup « plus aux chrétiens qu'aux Romains. Soyez bien u assurés que nous ne laisserons pas décapiter la « chrétienté, ni réduire son fugitif fi demander un

(i) Montalembert.

•yO ROME EST AU PAPE

« asile que Ton pourrait faire payer cher à sa ^ « liberté. » Peilegrino Rossi ! encore un ancien ennemi de la Papauté. Il eut la g-loire de mourir pour elle, assassiné par ceux qui se proclamaient les libérateurs de la conscience humaine, et ses dernières paroles furent : « La cause du Pape est la cause de Dieu ! »

Dans cette explosion de Tinstinct public, qui ne différait pas de la raison chrétienne, on recherchait, on répétait, on réimprimait ce qu'avaient dit de tout temps les savants, les politiques et les sages, sur les convenances universelles de l'indépendance du pouvoir temporel des Papes. Prenons dans la foule quelques témoignages que nos adversaires ne peuvent récuser.

Un orateur du concile de Bâle, cité par le pro- j testant Rancke :

Autrefois mon opinion était qu'il aurait été utile de séparer le pouvoir temporel du pouvoir spirituel ; mais maintenant j'ai reconnu que le signe extérieur sans le pouvoir est ridicule, que le Pape sans le patrimoine de l'Eglise ne représente autre chose que le serviteur des rois et des princes.

Jenn Muller protestant :

Si le Pape fût resté à Avignon, il serait devenu un grand aumônier de France, qu'aucune autre nation n'aurait reconnu, à l'exception de la France.

LE POUYOïa TEMPOREL DES PAPES 7I

Napoléon I^r :

Le Pape est hors de Paris, et cela est bien : il n'est iS à Madrid et à Vienne, et c'est pour cela que nous tolérons son autorité spirituelle. A Vienne, à Madrid, on pourrait en dire autant. Croyez-vous que, s'il était à Paris, les Autrichiens et les Epagnols consentiraient à recevoir ses décisions ? Nous sommes donc trop heureux qu'il réside hors de chez nous, et qu'en résidant hors de chez nous il ne réside pas chez nos rivaux ; qu'il habite cette vieille Rome, loin de la main des empereurs d'Allemag-ne, loin de celle de la France et des rois d'Espagne, tenant la balance entre les souverains catholiques, inclinée toujours un peu plus vers le fort, et se relevant promptement si le plus fort devient oppresseur. Ce sont les siècles qui ont fait cela, et ils ont bien fait. Pour le gouvernement des âmes, c'est l'institution la meilleure et la plus bienfaisante que l'on puisse imaginer.

On citait aussi les ennemis de jla Papauté, anciens et nouveaux ; on rappelait leurs vieilles espérances et leurs vieilles embûches, dont le résultat, devenu imminent, était l'épouvante et la ruine du monde...

M. Mazzini, se g-onflant plus tard de ce qu'il avait fait à Piome, disait avec la candeur imbécile du crime :

« L'abolition du pouvoir temporel entraînait nécessairement, dans l'esprit de ceux qui comprennent le secret de l'autorité papale, l'éman-

cipation du genre humain de l'autorité spirituelle. »

Oui, et quand l'autorité spirituelle ne soutiendra plus la conscience humaine, qui émancipera le g-enre humain du bon plaisir de la force matérielle? Sans doute le poignard de M.Mazzinil

Mais cette conscience humaine, si méprisée par ces faquins trop fiers de leur g-laive royal ou de leur poignard, les a méprisés à son tour, et ils ont vu que le poignard n'assassinait pas les idées, et que les consciences ont aussi le glaive pour s'affranchir du glaive.

(( Quoi ! s'écriait un évêque, l'étroite limite nationale presserait donc l'universel monarque des esprits ! Le genre humain appelé au surnaturalisme, c'est-à-dire à des rapports avec Dieu, d'une grandeur et d'une délicatesse ineffables, entend que personne ne puisse avoir la triste tentation de les troubler ou de les corrompre ; il veut aller à sa fin sans heurter en son sentier les gardes des frontières humaines. La cité divine doit rester ouverte et le jour et la nuit, le m.essage céleste en sort, la prière y entre ; que ce soit sans contrôle et à toute heure. Les âmes volent vers ses sommets de tous les points du globe ; qu'on ne demande pas aux nobles voyageuses la couleur des drapeaux qui abritaient leur toit de boue. Là, que le particulier s'efface, que les rivalités écloses

au champ national soient ig-norées. Dieu saura bien discerner le sien, nonobstant les variétés et les oppositions issues des climats, des politiques, des civilisations, des barbaries. A une fonction tenue de rester si universelle, si impartiale, si aimante, l'indépendance est nécessaire ; ses magnifiques affaires ne peuvent être traitées convenablement sous l'œil de surveillants jaloux.

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