Les forces de la vie
La mission de l'Eg-lise est laborieuse. Quand ne le fut-elle pas? Nous ne voyons aucun temps où les ennemis de l'Eglise n'aient pu espérer, aucun oii ses enfants n'aient du craindre, aucun où ses plus formidables défaites ne contiennent le germe de ses triomphes prochains.
Il y a soixante ans, on ne disait la messe en France qu'au fond des souterrains et des déserts ; et les libres penseurs victorieux, voyant leurs bandes garnies de prêtres apostats, plombaient à Valence le cercueil d'un captif qui était le dernier pape. — Eh bien?...
Les chrétiens le savaient, ce cercueil du dernier Pape ne renfermait point la Papauté. Pie VI était mort captif; Pie VII, élu sous la protection des baïonnettes russes, était libre et vivant, Pie IX naissait. Le berceau de Pie IX a flotté sur le sang" des prêtres ég"org-és.
Vous ne savez pas ce que vous mettez dans les tombes, ni ce que Dieu met dans les berceaux, c'est encore la vie. En allant à la mort le chrétien jette une goutte d'eau sur le front de son fils nouveauné : c'est le baptême ! Arrachez cela ! Et vous n'empêcherez pas le chrétien d'offrir au moins le sang- que vous allez lui prendre pour servir de baptême à son fils enlevé par les bourreaux. Vos enfants, vos propres enfants, nous les baptiserons de notre sang à défaut des nôtres, et ils feront ce qui s'est fait depuis huit siècles partout où l'Eg-lise a souli'ert; ils apprendront le Credo sur la tombe des martyrs. Parce qu'il y aura eu des martyrs, il naîtra des saints ; les saints continueront et développeront l'œuvre de Jésus-Christ.
Les subordinations instituées de Dieu sont inaltérables; la folie et le crime multiplieront en vain des lois pour les violer. En dépit des codes que pourraient imposer les phalanstériens et les communistes, la fem.me restera soumi.se à l'homme, l'enfaut au père, l'adolescent aura moins de force que l'homme formé, l'homme formé moins de
sag-esse que le vieillard ;la passion sera gouvernée par la raison froide ; toute fureur, tout délire,n'étant qu'une force qui mène à la mort, finira par obéir à la prudence, à la tempérance, à la patience qui sont les forces de la vie.
Et les forces de la vie, personne ne les possède au même degré, aussi pleinement et durablement que les saints. L'Eglise triomphera donc par les saints, quand même ceux-ci n'y ajouteraient pas la force des miracles. Rangés autour du Pape, leur chef visible, qu'ils ne méconnaîtront jamais à quelque abaissement qu'un le réduise, ils lui rendront le signe visible de l'empire universel promis à Jésus-Clirist.