L'homme s'agite et Dieu le mène
Au milieu des fluctuations, des incertitudes et des écroulements de la politique humaine, jetons un dernier regard sur ce que Bossuet osait appeler la politique divine. Les triomphes de l'erreur nous ont entourés de ruines; à travers ces ruines la vérité fait son chemin, étend et consolide son empire ; consolons-nous par ce beau spectacle de la sagesse, de la certitude et de la durée.
Quelqu'un aurait-il su compter, il y a dix ans,
les Français qui proclamaient, eu toute assurance et en toute allég-resse, la déchéance irrémédiable du dogme catholique ? C'était le cri de tous nos professeurs, de tous nos écrivains, de tous nos orateurs, de tous nos censitaires, répété par les échos de toute l'Europe et dominant l'esprit de tous les gouvernements , Les plus déterminés de ces professeurs, de ces écrivains, de ces orateurs, sont arrivés au pouvoir par un coup de foudre qui a ébranlé le monde et mis Rome aux mains de leurs alliés... Ils ont chassé de Rome, à force ouverte, leurs alliés, et rétabli le Pape.
Le Pape rétabli par la France, et par la France en révolution, voilà l'événement du siècle. L'humanité vivra là-dessus longtemps. L'homme s'agite, Dieu le mène. Il ne suffit pas de savoir ce que les révolutionnaires français se proposent : il faut savoir ce que Dieu voudra. Si Dieu veut, comme tout l'annonce, que son Eglise soit glorifiée, il faudra bien non seulement qu'on s'y résigne, mais qu'on y travaille les révolutionnaires français tout comme les autres. La trombe formidable qui a passé sur le monde savait sans doute où elle voulait frapper, mais elle n'a pas su ce qu'elle frappait. En Allemagne elle a ruiné le joséphisme, démantelé le protestantisme et introduit les Jésuites, qui faisaient encore plus peur que chez nous. En Italie elle a, quoi qu'il en semble, semé plus
LA PAPAUTÉ, INSTRUMENT DE DIEU 8l
de germes de rég-énération que de g-ermes de mort. En France, elle a roulé dans la fange les principales chaires de l'impiété et laissé debout celles de la religion. Oue l'on nous permette une comparaison vulgaire : Dieu est comme le meunier, qui ne livre passage aux eaux que pour faire tourner la roue de son moulin. Epouvantés de la force et du fracas du torrent qu'il déchaîne, nous croyons qu'il veut tout submerger, tout détruire : nullement! Il veut moudre.
(Mél., 2^ s., t. VI, pp. 192 à 194.)