Dieu veut que son Eglise règne sur la terre
Sans doute on ne peut pas comparer absolument la monarchie à l'Eg-lise, ce qui est éternel à ce qui est périssable. La monarchie en général, les familles royales en particulier n'ont pas reçu les
promesses si mag-nifiquement remplies qui ont été faites au pêcheur d'hommes, et, les eussent-elles reçues, il faut bien reconnaître qu'elles n'en ont pas, comme lui, mérité l'accomplissement. Mais cet exemple montre au moins ce que valent les serments des peuples, ceux qu'on leur fait faire et ceux qu'ils font réellement. Toujours^ jamais; paroles légères sur les lèvres humaines ! Nous voulons ceci, nous ne voulons point cela, paroles plus vaines encore ! Vous voudrez ce que Dieu voudra, et vous le ferez vous-mêmes, ou par la république ou par la monarchie, et des deux façons vous le ferez en abjurant ces rêves d'org-ueil qui vous ont laissé croire que vous aviez secoué le joug- divin. Vous ferez ce que Dieu voudra, et Dieu voudra que son Eglise règne sur la terre, ornée de toutes les gloires et parée de tous les triomphes. Vous consentez à lui donner le triomphe du martyre, Dieu lui donnera celui de la victoire. Sa victoire sera de vous conduire à la liberté par la vérité.
Pour soutenir le combat contre le monde, l'Eglise n'a jamais dit que deux mots qu'elle a scellés de son sang. A ceux qui voulaient commettre l'injustice, elle a dit : Aon licet ; à ceux qui voulaient la rendre complice de l'injustice, elle a dit : Non possumus. Avec ces deux mots, elle a vaincu la foule innombrable des oppresseurs et des sec-
taircs qui ont entrepris de persuader aux hommes que tout leur était permis, afin de pouvoir euxmêmes se permettre tout. Par ces deux mots, le droit et la justice sont restés inébranlables sur la terre. Rien n'empêchera la conscience humaine de savoir qui les a maintenus.
Nul ne peut dire encore ce qui a péri, ce qui restera ou ce qui se relèvera des choses anciennement îablies qu'a renversées le choc révolutionnaire. Ce que chacun peut voir dès à présent, c'est que la Papauté sera l'instrument de Dieu pour la réédification de la société, et que Fhistoire des rois et des peuples futurs sera la môme que celle des rois et des peuples passés : heureux autant qu'ils ont protégé l'Eglise, grands autant qu'ils l'ont aimée.
(Mél., 2« s., t. VI, pp. 194 à 199.)
Belle Apologie de l'Eçjlise