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Le grand miracle qu'ils ne voient pas

On entend des voix qui demandent des miracles. Cest une des dérisions de ces forts penseurs du Siècle. Ceux qui demandent des miracles ne les veulent point voir. Dieu les sert à leur g-ré. Ils ont et ils auront ce miracle de l'invincible durée de l'Eg-lise ; miracle au milieu duquel ils vivent, dont ils sont eux-mêmes les principaux instruments, et qu'ils ne voient point. Lorsqu'on le leur montre, ils font de beaux rires ; mais il y a long-temps qu'ils rient, et l'Eglise subsiste, elle marche, laissant derrière elle des pierres tumulaires qui mar-

quent la lin des plus longues et des plus fîères destinées. Le miracle de son établissement sest renouvelé bien des fois, rarement avec plus d'éclat que de nos jours. Il y a soixante-cinq ans, où était l'Eglise, où était son chef, où étaient ces prêtres, où était son peuple? On a ri beaucoup de l'Eglise, en ce temps-là. Elle s'est rétablie telle que nous la voyons, sans avoir répandu d'autre sang que le sien. Est-ce que, sincèrement, la fécondité du sang chrétien a paru épuisée? Est-ce ce que ce n'est plus ce sang dont parlait Tertullien, ce sang du témoignage, qui, du tombeau de chaque martyr, faisait le berceau d'une église ? Ceux qui le prétendent ne veulent point voir ; et si leur volontaire aveuglement ne nous faisait pas pitié, nous aussi nous pourrions rire. xV travers leurs risées, Dieu marche son pas tranquille et rapide, détruisant les o])stacles, abaissant les montagnes, jetant des ponts sur la mer, ouvrant à son Eglise des champs nouveaux, hier encore inabordables ou encore inconnus

« Dieu, disait Balaam, homme droit et sincère, « Dieu n'est point comme l'homme pour être capa- « ble de mentir et sujet au changement. Quand « il a dit une chose ne la fera-t-il pas ? Quand il « a parlé, n'accomplira-t-il pas sa parole ? » Or, Dieu a dit des choses, touchant le siège de saint Pierre, que la politique humaine a souvent voulu

contredire, et qu'il n'en a pas moins, jusqu'à présent, parfaitement maintenues ; il a prononcé des paroles, il a fait des promesses qui ont résisté aux entreprises des empereurs de Rome, aux trahisons des empereurs de Byzance, aux forces de beaucoup d'autres souverains, aux trahisons de beaucoup d'autres sectaires, aux défections des peuples, et que la coalition de toutes les violences, de toutes les trahisons et de toutes les défections ne l'empêchera pas d'accomplir.

La force des choses.

Les pontifes de la libre pensée, qui parlent en ce moment contre l'Eglise avec tant de sécurité, et qui se trouvent si bien à couvert des objections de l'Eglise, ne veulent pas que l'accomplissement des promesses faites à l'Eglise tienne du miracle. Nous leur ferons une concession pour les engager à réfléchir plus sérieusement qu'ils n'en ont l'habitude. Nous leur concéderons qu'il n'y a pas de miracle, qu'il n'y en a pas eu jusqu'ici, qu'il n'y en aura pas. Quoique cette raison du miracle nous paraisse la plus évidente de toutes et la plus accessible à l'intelligence humaine, nous concevons

qu'elle les gène : leur superbe craint de rencontrer Dieu, ils aiment mieux s'incliner devant la matière. Etrange goût ! Mais il suffit d'avoir de l'orgueil pour être tout de suite condamné à cet abaissement. Plions-nous à leur infirmité. Ecartons Dieu de l'histoire de l'Eglise, comme les grands esprits des temps modernes ont eu soin de l'écarter de toutes les histoires, afin qu'elles fussent plus claires et plus instructives. Considérons cette importune institution de la Papauté, de l'œil dont pourrait la considérer M. Havin (i), s'il avait un peu de lecture. La vie de la Papauté, depuis dix-neuf siècles, offre un côté purement historique et naturel qui est encore assez intéressant à étudier, et qui rend assez difficile de croire à sa fin prochaine. Dieu n'est plus là ; mais il y a autre chose. Cette autre chose à quoi il faut bien donner un nom, puisque ce n'est plus Dieu, nous l'appellerons la Force des choses. Nous ne voyons pas que l'on puisse qualifier autrement ce je ne sais quoi d'invmcible qui, sans concours et sans intervention de Dieu, a jusqu'ici vérifié si pleinement les promesses que l'Eglise a toujours dit avoir reçues de Dieu.

Les pontifes, les prêtres et les prophètes de l'esprit moderne qui siègent au Siècle, d'où ils ensei-

(i) Directeur du Siècle.

LA PAPAUTE, INSTRUMENT DE DIEU ^-j

g-nent et endoctrinent quotidiennement trois cent mille hommes sur les affaires de TEg-lise catholique, nous oblio-eront s'ils veulent bien nous dire comment ils expliquent la Force des choses.

(3. MéL, Y, pp. 537-544.)

Vers l'horizon céleste.

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