‹ Rome est au papeChapitre 24 sur 33 · Il y a deux horizons · texte numérisé non relu

Il y a deux horizons

Si la g-uerre éclate en Italie, si la France et l'Autriche évacuent les Etats de l'Eglise, que se passera -t-il à Rome? Yerra-t-on la sédition se dresser aussitôt ? Le g-ouvernement pontifical pourra- t-il la réduire par ses propres forces ? Que deviendra le Saint-Père ?

Assurément, l'horizon est sombre. Un vent peut encore se lever et emporter tous ces nuag-es. Mais lorsqu'il s'ag-it de Rome et de l'Eg-lise, on ne doit pas oublier qu'il y a deux horizons : l'un bas et terrestre, l'autre plus haut, plus profond, tout céleste et qui ne perd jamais sa sérénité. Jetons d'abord un reg'ard sur celui-ci. L'Eg"lise ne cesse pas de le voir et comme aucun orage ne lui peut dérober cette lumière, aucun ne l'empêche de se dirig-er vers ce repos. Elle marche, elle avance

iuvinciblementjSans risquer d'abandoDDer la route, sans redouter une atteinte mortelle. La foudre ne tombera que sur ses ennemis ; eux seuls resteront dans les précipices qu'ils obligent à traverser.

L'Eg"lise sait bien que sa vie est laborieuse ; elle a eu le temps et l'occasion de rapprendre ! De Jésus-Christ à Pie IX, du Golgotha à Gaëte, il y a plus de dix-huit siècles. Entre ces deux calvaires, où furent les jours, nous ne dirons pas heureux, mais tranquilles? Le pape se nomme aujourd'hui Pie IX : il s'est appelé Pierre, et il a été crucifié la tête en bas. Il s'est appelé Clément, Alexandre, Sylvestre, Léon, Grési-oire : sous tous les noms qu'il a portés, il a vécu dans les catacombes, il a été exilé, prisonnier, fug'itif, calomnié, mutilé, supplicié. Les empereurs d'AlIemaçne, après ceux de Bvzance, ont lancé contre lui leurs armées, ont prétendu lui prendre sa couronne, comme ils lui avaient pris sa terre et ses sujets. Un roi de France Ta souffleté dans l'exil; d'a.utres l'ont insulté dans Fiome ; d'autres l'ont fait diffamer dans le monde par leurs jurisconsultes, par leurs écrivains, par leurs apostats .Autant en ont fait les séducteurs des peuples, communiquant ce fiel aux multitudes abruties. Le Pape a épuisé l'insolence de Luther et l'insolence de Voltaire, et l'effort de toutes les brutalités, et la bassesse de toutes

les trahisons, et vidé mille fois jusqu'à l'extrême

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lie le vase toujours plein des iniquités humaines. Pie VI est mort à Valence, pendant que la canaille le sifflait sur les théâtres de Paris. Pie VII était captif à Fontainebleau, et il y avait alors un autre roi de Rome. Pie IX a dû chercher un autre refug^e dans l'exil contre des séditieux et des assassins qu'il avait pardonnes. Voilà l'histoire de la papauté ; mais elle a deux faces. Le Pape est revenu de Gaëte comme il était revenu de Fontainebleau, comme il était revenu d'Avignon, comme il était sorti des catacombes et de toutes ses captivités. Il est revenu dans sa ville, qui meurt sans lui ; il est remonté sur son trône. Ce trône, dénué de remparts visibles, la force n'a pu Tusurper, ni la ruse le surprendre, ni le temps le dissoudre ; les conquérants n'ont pas pu s'y asseoir, les larrons n'ont pas su s y cramponner ; plus fort que les siècles, plus fort que les délires du monde, il a résisté à tous les torrents qui ont roulé sur la terre, emportant les institutions, les empires et les peuples.

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