Le miracle infernaL — Dieu rendra Rome au Pape
K- Beaii qui persecutîoneni patiantur propter justitiani : Bienheureux ceux qui souffreni persécution pour ta justice.
J'ai entendu le Vicaire de Jésus-Christ prononcer ces paroles divines, et toute mon âme les lui appliquait. Bienheureux donc êtes-vous, ô Père très-saint 1 0 juste trahi, flag'ellé et crucifié ! 0 gardien et défenseur de la justice, qui souffrez pour elle de si dures persécutions!
Vous êtes bienheureux sur votre calvaire où
a4 ROME EST AU PAPE
VOUS combattez pour la justice, et vous ne craignez pas de souflPrir, sachant que la justice triomphera parce que vous combattez. Et nous, quand nous baisons vos pieds captifs, et quand nous sentons au-dessus de nos têtes vos mains enchaînées, nous recevons sur nos âmes le sang de la croix.
Le douloureux spectacle de Rome, ici captive et désolée, là ingrate et séditieuse, partout envahie, et la majesté affligée du Vatican où se rassemblent les souvenirs du Golgotha, ces scènes navrantes et ces terribles images déchirent nos cœurs sans les désespérer.Nous savons que la justice vaincra, nous savons que Dieu sera vainqueur, nous savons J que Rome est à vous.
Pierre l'a prise à Satan pour Jésus- Christ; une secte ennemie de la dignité et de la liberté humaines s'est armée afin de reprendre Piome à Pierre pour la rendre à Satan. Alors donc, avec Pierre, Jésus serait banni de Rome I L'ennemi labourerait et ravagerait ce sol sacré ; il en arracherait les ossements des martyrs, il abattrait les temples !
Rome, par la frénésie de ces mains violentes et impures, serait dépouillée de tous les trésors qui sont l'héritage commun des enfants du Christ; et en même temps ils la souilleraient des édifices et des pompes de leur brutale corruption ; ils la rempliraient de casernes, de lupanars et de théâtres ;
ils y mettraient un trône entouré d'espions et de soldats !,
Ainsi Rome perdrait ses parfums qui attirent à la vie divine, ainsi Tâme et la liberté de l'homme perdraient leur refug-e précieux, ainsi l'humanité demanderait où réside son pasteur ; et nous deviendrions tous étrang-ers dans Rome, et notre héritage nous serait volé. Et le servile ^enve humain laisserait détrôné ce roi que tout homme peut appeler Père et qui répond à tous : Mon fils!
Ceux qui tentent d'accomplir cet infernal miracle croient-ils qu'ils en viendront à bout ? Moi, je ne le crois pas. S'ils répondent qu'ils sont assez rusés et assez forts, et que l'humanité sans Dieu n'est pas seulement une bête féroce, mais qu'elle est surtout une bête lâche, je réponds que Dieu a pourtant racheté le genre humain.
Qu'ils tiennent Rome en leur puissance, qu'ils la saccagent, qu'ils la souillent, qu'ils l'embellissent à leur manière, cela est possible ; ils le feront si le monde a mérité ce châtiment et que Dieu le veuille laisser passer. Mais c'est Dieu qui est Dieu, et Dieu est père. Il rendra le Pape au monde et Rome au Pape.
Et Rome, vidée de ses habitants et détruite comme elle l'a été plusieurs fois, se repeuplera et se reconstruira. Les créations modernes tombe-
ront ou seront purifiées. Un vent se lèvera qui emportera fort loin le petit trône nouveau, et ce qu'on aura placé dessus, et ce qu'on aura planté autour pour en accroître le lustre et la solidité.
Et nos arrière-neveux retrouveront dans Rome tous les parfums de Rome, parfums de science et de sainteté, parfums lumineux et éloquents qui leur apprendront l'histoire et la vie. Et comme nous, de quelque terre lointaine qu'ils soient accourus, ils seront les citoyens de la ville et les enfants du Roi, et lorsqu'ils verront le roi immortel, quelle que soit leur petitesse, ils lui diront : Mon Père ! et il leur répondra : Mon Fils I
{Parfum, I, p. 14.)