‹ Rome est au papeChapitre 8 sur 33 · La Papauté et l'esprit moderne · texte numérisé non relu

La Papauté et l'esprit moderne

Cependant le monde s'est séparé du Pape ! Est-ce bien vrai ? cela se dit de toutes parts ?... Oui, le monde, la partie active et bruyante du monde, s'est séparée du Pape. La politique, la science, l'art, le vaudeville, la taverne parlent contre la Papauté. Ils disent qu'elle n'a pas su marcher avec l'esprit moderne. Devant cette raison s'inclinent beaucoup de ceux qui trouvent que l'esprit moderne s'égare. Mais cette raison glorifie la Papauté .

La Papauté n'a pas su marcher avec l'esprit moderne, très vieil esprit, parce qu'elle ne sait pas

( I) Que toute âme soit soumise aux puissances supérieures. Car il n'y a point de puissance qui ne vienne de Dieu; et c'est lui qui a établi toutes celles qui sont sur la terre. (Rom.,

XIU, I.)

marcher clans Terreur. L'Eglise n'est pas sur la terre pour recevoir l'impulsion de l'esprit de l'homme, mais, au contraire, pour régler et diriger la marche de l'esprit de Thomme suivant les enseignements stables de l'esprit de Dieu. La grande misère de nos jours, c'est l'affaiblissement intellectuel et moral des catholiques qui laissent dire que l'Eglise catholique a failli en se séparant de l'esprit moderne, comme si quelque vérité catholique était devenue erreur, ou qu'une erreur autrefois définie fût devenue vérité ! Dieu est l'unique vérité, et l'Ea-lise catholique est l'unique Eglise de Dieu. Elle a proclamé toute la vérité en face de toutes les oppositions. Notre Seigneur avait prévu que son Evangile serait une pierre d'achoppement pour plusieurs. Dès saint Paul on commençait à n'y trouver que folie, et chaque siècle, chaque génération a voulu en ôter quelque chose, « Néanmoins, dit le Père Faber, Dieu n'a pas jugé à propos de donner une nouvelle loi à chaque siècle et à chaque génération ; il n'a pas voulu faire cet honneur à ces cohues triviales qui se pavanent dans l'histoire sous le nom d'esprit moderne. »

Les mêmes hommes qui demandent avec un accent de secret triomphe comment le monde s'est détaché du Pape avouent aussi avec une terreur mal déguisée que le monde s'est en même temps

détaché de l'autorité, et l'on voit assez qu'ils n'y savent pas de remède. Cependant l'autorité politique n'a pas fait comme la Papauté : elle a marché avec l'esprit moderne. C'est elle qui, lorsque le libre examen fut proclamé, autorisa ses investigations qui se pratiquaient la torche au poing. Elle en a recueilli les fruits : ils ont été amers pour elle et pour le monde, ils allument d'étranges fièvres I Dans la fumée des incendies on verra vaciller la civilisation et, selon toute apparence, les derniers apôtres du libre examen, héritiers de ses conquêtes, administreront de formidables narcotiques à l'esprit humain.

Ce sera le monde sans le Pape, situation assez comparable à celle du monde avant le Pape, lorsqu'un représentant de cette fière société romaine, que ses lumières, ses magnificences et ses triomphes avaient contrainte à se réfugier dans la dictature de Néron, disait superbement : Qu'est-ce que la vérité? et sans attendre la réponse versait le sang du juste. Aujourd'hui cette conséquence peut paraître extrême. Il y a encore trop d'esprit chrétien dans les peuples, et sur les trônes trop de reflets de l'ancienne royauté chrétienne. Mais attendez que ce reste s'évapore au souffle des histrions : le mépris de l'espèce humaine rouvrira le cirque.

(Parfum, I, p. 289.)

5. — La Papauté va-t-elle disparaître ? Le Pape ressaisira le monde.

Le monde' sans le Pape, est-ce à dire que la Papauté disparaîtra complètement? Non. (^uand le Pape s'en ira, en d'autres termes quand le christianisme s'en ira, il n'emportera pas la civilisation seulement, il emportera le g^enre humain. L'humanité, ne connaissant plus Jésus-Christ, ne lui donnant plus ni saints ni martyrs, ni sacrifices ni prières, n'aurait plus de raison d'être.

De bons esprits inclinent à penser que nous ne sommes pas loin de là, que nous touchons aux derniers temps, que le monde s'achemine rapidement vers cette apostasie totale où la tyrannie sera telle et la séduction si redoutable que le Fils de l'Homme devra en abréo^er la durée pour trouver encore de la foi sur la terre. On remarque plusieurs des signes annoncés. Les chrétiens aiment les hérésies, les méchants foulent le clerg-é et la justice, les esprits sont très bas, les cœurs plus bas, et le monde^ rapetissé en tous sens, pourra bientôt tenir dans une seule main. Sous cette main de fer présente partout, où l'Eglise trouverait-elle un refuge? Où seront les catacombes?

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Mais ces circonstances sont locales, et la plupart de tous les temps. Il faudrait savoir ce que nous avons encore de christianisme dans les veines ; il faudrait savoir surtout ce que pèse aux balances divines une seule goutte de sang répandu pour la vérité. La force, qui s'organise irrésistible d'une certaine façon, sera en même temps bien fragile, perpétuellement menacée d'apoplexie. Il y a chance qu'elle périsse soudain, précipitant tout dans une anarchie violente et destructive.

Il répugne de croire que l'histoire évangélique est à sa fin, et que cette arrière-lignée de Luther, dont le christianisme subit aujourd'hui les méfaits, arrachera le roc posé des mains du Christ. Je ne crois pas que Dieu veuille humilier à ce point la raison humaine. Nous n'avons pas besoin de cet affront pour savoir le peu que nous sommes, et quels misérables ennemis nous peuvent détruire. Ceux-ci seraient pires que le moucheron et l'abjecte sauterelle, fléaux muets du moins ?

Attendons le châtiment, non la mort. Toutes les transgressions seront vengées, toutes les ingratitudes punies; le monde, ses erreurs au cou, baigné de sueur, de sang, de larmes, passera par d'épaisses ténèbres, implorant la lumière, l'autorité et la liberté. Et c'est dans cette épreuve, dont ses gémissements demanderont à Dieu d'abréger le cours, que le Pape ressaisira le monde, ou plu-

tôt que le monde ressaisira Dieu. Alors l'inépuisable fécondité de TEg-lise se manifestera : de ses vieilles vérités écloront des forces et des merveilles nouvelles et elle poursuivra son œuvre, qui est de mettre Jé«us-Çhrist en possession de toute la terre, et toute la terre en possession de Jésus- Christ.

[Parfam, I, p. 253.)

*6. — Dieu présent et vivant sur la terre. Les droits de l'homme.

La polémique contre le ^gouvernement pontifical est basse, rapetissée, honteuse pour l'esprit public : tâchons de ne pas la laisser à ce misérable niveau. Tâchons d'amener nos adversaires à regarder la question du vrai point de vue, sous son vrai jour. Disons-leur bien qu'ils veulent détruire une œuvre de Dieu et la plus nécessaire au monde. Rome est le royaume propre de Jésus-Christ, la part qu'il s'est réservée sur la terre dans le miséricordieux dessein d'y établir la source de la vie intellectuelle et surnaturelle.

On a toujours vu dans le monde un parti pour refuser ce bienfait; et plus d'une fois ce parti s'est trouvé si puissant qu'il semblait êtrele monde

entier. Néanmoins, depuis dix-huit siècles, la force des choses a invinciblement plié le monde devant ce droit de domaine et d'habitation parmi les hommes que daisrne se réserver la clémence du Christ.

'' D'où vient cette force des choses, qui maintient la Papauté contre des conjurations si fréquentes, si formidables, si générales? L'heure est bonne pour apprendre l'histoire de l'Eg-lise, c'est-à-dire l'histoire de Dieu présent et vivant sur la terre. Si les hommes qui croient aimer sincèrement la liberté voulaient se donner à cette étude, considérer de près, tels que l'Eglise les expose, ces droits de Dieu auxquels leur aveuglement prétend opposer les droits de l'homme, ils verraient que les droits de l'homme n'ont de définition et de sauveg-arde que dans les droits de Dieu. Que le vicaire du Fils de l'Homme cesse de tenir le Gapitole,en vain l'insurgé de 1789 aura pris la Bastille !

Droits de l'homme, liberté humaine, existence distincte des nations, autant de pensées du Christ, voulues et accomplies par sa seule Eglise. Avant le Christ, l'état normal des sociétés était l'esclavage; le droit normal, le droit du plus fort pour imposer l'esclavage; la politique normale, la conquête, pour vendre ou pour tuer les vaincus. Humanum paucis vivii gênas. Un orateur chrétien disait : « La liberté est une invention chré-

tienne : elle suit le Christ où il va, elle disparaît d'où il se retire. » Les peuples que le Christ n'a pas visités sont assis à l'ombre de la mort ; ceux qui, l'ayant reçu, l'ont banni, voient remonter les ténèbres : leur tête paraît encore lumineuse et libre; déjà les membres sont eng-loutis et eng-ourdis. Dans ses Indes dorées par le soleil, dans les mines qu'elle appelle ses Indes noires, dans les vertes richesses de l'Irlande, regardez les sujets de cette grande Angleterre, si fîère d'avoir subjugué sous ses propres lois la loi du Christ : Hamaniim paucis vivit genus ! Quel est et que devient le droit de l'homme sous des maîtres qui méprisent le droit du Christ? « Dieu, dit saint Augustin, ne commande rien pour sa propre utilité, il commande tout pour l'utilité de ceux à qui il commande. » Il s'agit de savoir si ce maître sera remplacé par les dominateurs dont sa miséricorde avait brisé l'empire, et si c'est l'avantage du genre humain que le Capitole soit relevé au-dessus du Calvaire.

[Parfum, ], p. 295.)

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