‹ Rome et Démétrius d'après des documents nouveaux, avec pièces justificatives et facsimileChapitre 11 sur 73 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

couronne, et malgré ses protestations feintes ou sincères on l'obligea de Taccepter sous peine d'anathème.

Les joies du nouveau règne ne furent pas de longue durée. Deux années assez paisibles s'étaient à peine écoulées, que les suites funestes et profondes de Vopritchim avec son cortège de délations, de rapines, de débauches et de cruautés commencèrent à produire leurs fruits. Un fléau physique vint s'ajouter à ce désordre moral. La famine remplit le pays de morts et de mourants, et la munificence vraiment royale de Godounov ne suffit pas pour subvenir aux besoins des affamés. A en croire les annalistes indigènes et étrangers, la Russie se trouvait à cette époque dans un état de prostration tout à fait extraordinaire.

Ce fut dans ces circonstances critiques que, vers 1604, une nouvelle inattendue se répandit tout à coup dans le pays avec la rapidité de la foudre : Bémétrius n'est pas mort^ il a été sauvé d'une manière providentielle, et déjà il se prépare à rentrer en Russie à la tête d'une armée pour monter sur le trône de ses pères. Rien ne pouvait impressionner davantage Pesprit du peuple, ni causer à Boris ainsi qu'à ses clients une plus grande frayeur.

Un voile impénétrable enveloppe les origines du personnage, qui parait sur la scène sous ces étranges auspices. Bémétrius, proclamé tsar de MosScou en 1605, ét9.it-il ou n'étaitil pas le vrai fila de Jean ÏY \

Longtemps on a cru et affirmé que Bémétrius étaiUdentique, avec Grichka Otrépiev, moine apostat de Tchoudov. Telle est l'ancienne tradition de Moscou, et aujourd'hui encore les églises russes retentissent d'anathèmes pendant la semaiihe d^ortho^ dome contre le préteAdu usurpateur (I). M. Kostomavov a fait justicede cette opinion, en prouvant qu'elle repose sur des fonde^ ments trop fragiles pour être admise désormais dans l'histoire*.

(1) Voici le passage de l'office diyia qui s'y rapporte î « A ceyx qui

XVI INTUODL'CÏION

Quel est, en effet, le document authentique qui lui sert de base? C'est la charte du patriarche Job du 14 janvier 1605 (1). On y expose en détail les origines et la parenté de Grichka, la série de ses crimes, son vagabondage prolongé, sa fuite en compagnie de deux autres moines, enfin sa déclaration mensongère d'identité avec le prince Démétrius. Or, pour un esprit impartial, la valeur de ces déclarations n'est rien moins qu'incontestable : en dernière analyse, le patriarche ne s'appuie que sur des rumeurs, recueillies par des aventuriers. Benoît et Etienne, les principaux témoins, avouent eux-mêmes avoir perdu les traces d'Otrépiev à un moment donné; s'il persistent à l'identifier avec Démétrius, c'est qu'ils déduisent cette conclusion de leurs propres raisonnements. Encore si leur caractère personnel inspirait quelque confiance, mais le patriarche les nomme sans détour aventuriers {vory) ; on les interroge dans des conditions où le sacrifice de la vérité sert admirablement leur cause; qui pourrait par conséquent s'en remettre, sans autres preuves, à leur déposition? Il est si vrai que ce témoignage ne saurait engendrer la conviction, que les plus intéressés à l'avoir, ont trahi, sans s'en douter peut-être, leur incertitude au sujet de celui qui s'avançait sous l'égide d'un nom redoutable. Les démarches, tentées par le gouvernement de Moscou, en sont une preuve.

Ainsi sous le règne de Boris, Postnik-Ogarev et Smirnoï- Otrépiev, envoyés en Pologne, expriment bien la conjecture, que Démétrius est identique avec Otrépiev, mais ils n'osent pas l'affirmer d'une manière péremptoire, ils y ajoutent en

pensent, que les souverains orthodoxes ne sont pas élevés au trône par une disposi^tion spéciale de la bonté divine envers eux et que les dons du Saint-Esprit ne se répandent pas sur eax pendant le sacre pour Taccomplissement de leur haute vocation ; à ceux aussi qui osent se révolter contre eux et les trahir, comme Grichka Otrépiev, Jean Mazépa et autres semblables, anatbéme, trois fois. » (2) Expédition archéographique ^ II, 2S,

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