INTRODUCTION XVII
même temps tantôt des preuves, qu'il n'aurait aucun droit au trône, lors même qu'il serait le vrai fils de Jean IV, tantôt des promesses de soumission, s'il parvient à dissiper leurs doutes sur ses origines. Sous le règne de Théodore, au moment critique, où il s'agissait de gagner l'armée pour en faire le dernier rempart d'un pouvoir déjà ébranlé, ni le jeune souverain, ni ses boyars n'ont le courage de s'expliquer clairement : dans la formule envoyée à Basmanov pour la prestation du serment on se sert de longues périphrases, mais le nom de Grichka Otrépiev n'y est pas prononcé. Basile Schoujski se décide à le faire en 1606; toutefois la faiblesse de ses preuves correspond mal à l'assurance de son langage. Admirablementfavorisépar les circonstances, désireux d'éclairer l'opinion publique, il s'empresse dès les premiers jours de son règne de publier un vrai réquisitoire contre Démétri us. Rien n'y est omis de ce qui peut le rendre odieux au peuple moscovite, ni son prétendu commerce avec les démons, ni son mépris des mœurs nationales, ni ses concessions de territoire aux Polonais, ni ses plans de réforme religieuse ; un seul point est effleuré légèrement, celui de l'identité de Démétrius avec Grichka Otrépiev (1). Si sa famille était à Moscou,* si ses anciens confrères de Tchoudov l'avaient reconnu, comme on l'a affirmé, pourquoi ne pas citer ces témoignages? Pourquoi ne pas détruire le prestige des nouveaux aventuriers, qui» séduisent encore le peuple avec le nom de Démétrius et ne pas raffermir du même coup le trône du nouveau tsar, sérieusement menacé par ces rumeurs? Cependant rien de tout cela ne s'est fait; Schoujski s'est renfermé dans les affirmations sans jamais donner des preuves convaincantes.
Si l'on oppose le fait de la tradition sur l'identité de Grichka avec Démétrius, nous répliquerons que l'argument est plus spécieux que solide. L'opinion populaire a été forte-
(1) Collection Roumianzoi\ II, 146.