XVIII INTRODUCTION
ment influencée par les chartes des patriarches, par les lettres circulaires des évéques, et après la catastrophe du 27 mai par les gramotys des tsars. Quoi d'étonnant si après les anathèmes, lancés contre Grichka, après les affirmations répétées de l'autorité civile, le peuple s'est habitué peu à peu à confondre Grichka avec Démétrius? Ce qui passait ainsi de bouche en bouche a été recueilli par les chroniqueurs du XVII* siècle, que personne n'accusera de scepticisme outré dans la critique. Aucun d'eux ne s'est douté que Margeret, que d'autres témoins véridiques légueraient à la postérité une affirmation contradictiore à la leur (1). Aussi est-ce de nos jours seulement, que l'analyse raisonnée de tous les témoignages fait prévaloir en Russie l'opinion, d'après laquelle Grichka et Démétrius sont deux personnages différents.
Cependant, lors même que ce point serait acquis à l'histoire, la question ne serait pas encore complètement épuisée. Les mêmes doutes qu'auparavant se redresseraient sous une autre forme. Si Démétrius n'est pas Otrépiev, il faut nécessairement se «demander : qui est donc cet homme mystérieux, dont Russes et Polonais avaient autant d'intérêt à connaître les origines, qu'on a de la peine à les découvrir ?
Des historiens 'distingués ont essayé récemment d'établir, que Démétrius était un aventurier quelconque, tellement fasciné par le mirage d'un brillant avenir, qu'il n'avait même pas la conscience du rôle infâme, qu'on lui faisait jouer. L'hypothèse est séduisante; d'une part on n'a plus besoin de concilier les étranges contradictions des annalistes au siget de Grichka, dont ils ont presque fait un personnage légendaire; d'autre part les assertions constantes de Démétrius, la fermeté de ses allures, sa volonté inflexible de marcher vers le trône le sabre à la main, de s*en emparer, fût-ce même au prix du sang de son peuple, tout cela s^explique
(1) Ces témoignagos seront cités dans le cours du livre.