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veur de Démétrius. Cette fois il ne s'adresse pas à lui directement, mais au roi de Pologne, au cardinal Maciejowski et au palatin de Sendomir (1). Ce qui le préoccupe avant tout c'est le bien spirituel qui peut rejaillir sur les âmes, si celui que la fortune vient de placer à la tête de l'empire moscovite reste fidèle à l'Église romaine. Aussi n'a-t-il pas d'autre souci que de faire converger vers ce but les efforts de ceux à qui il s'adresse. En même temps, l'idée d'envoyer un représentant du Saint-Siège auprès de Démétrius surgit à la cour pontificale. Le cardinal Valenti en fait mention dans les dépêches à Rangoni, et pour éviter tout retard, il lui transmet, dès le 5 août, un bref pontifical dans lequel le comte Alexandre Rangoni, neveu du nonce, est accrédité auprès de Démétrius comme envoyé du Saint-Père. (2) Nous le trouverons en effet plus tard en 1606 à Moscou, oïl l'attendait un accueil solennel.
C'est ici le lieu de remarquer que l'envoi d'Alexandre Rangoni a été précédé par celui du prêtre Louis Pratissoli, chapelain du nonce de Pologne. Sans pouvoir indiquer au juste la date de son arrivée à Moscou, nous savons qu'il s'y trouvait au mois d'octobre 1605 (3) et que le 22 décembre suivant il repartait pour Cracovie (4). Sa mission semble n'avoir pas eu de caractère officiel, du moins n'en est-il jamais question dans les dépêches romaines. Rangoni lui-même nous avertit que Pratissoli se rend auprès de Démétrius pour le féliciter, être témoin de ses triomphes et rapporter de ses nouvelles à Cracovie. Ces formules diplomatiques doivent naturellement être ainsi comprises, que cette espèce d'ambassade avait
(1) Hist. Russix mon., II, xli, xlii, xliii.
(2) Ibid,, II, XLiv.
(3) Lettre inédite du P. Czyrzowski, datée de Moscou 24 octobre 1605, où il est dit que Louis Pratissoli se trouve dans cette ville.
(4) Lettre inédite du P. Czyrzowski, datée de Moscou 29 décembre 1605. Dans sa lettre du 15 novembre 1605 à Clauçle Rangoni Démétrius annonçait le départ de Pratissoli comme prochain. Voir Pièces just,^ I, 7.
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pour but de sonder le terrain et de constater les résultats obtenus par Démétrius. L'envoyé étaitporteur de présents pour le tsar de la part du nonce : c'étaient un crucifix, un chapelet avec une médaille indulgenciée, une Bible latine récemment imprimée, une image de la sainte Vierge, honorée à Reggio, avec une bague ornée de la même effigie en miniature.
La lettre de Rangoni, que le même abbé devait remettre à * Démétrius est aussi remarquable (1). Son style correspond à répoque, mais ne satisfait point le goût. Dès le début il emprunte force passages à l'Écriture pour exprimer sa joie du triomphe de Démétrius et ce qui plaide en faveur de sa sincérité, c'est qu'il ajoute avoir porté ses remercîments au pied des autels dans le saint sacrifice de la messe. Puis il insinue habilement au nouveau tsar l'utilité qu'il y aurait à rester en bons rapports avec le roi de Pologne et s'attachant à lui faire envisager sa fortune au point de vue surnaturel, il l'entretient des projets religieux, qu'il avait naguère formés. Les paroles du nonce, qui traitent de ce sujet, sont précieuses pour l'histoire, car on y trouve la réfutation anticipée du contrat bilatéral, imaginé par quelques auteurs, en vertu duquel les Papes auraient promis leur concours à Démétrius pour le mettre sur le trône, Démétrius se serait engagé à introduire le catholicisme en Russie (2). Rangoni parle en effet de l'u-
(J) Pièces just, j 1,5. — La collection Roumianzov (11,98) donne une traduction russe de ce document, où les dernières périodes manquent et dont quelques passages, grâce au traducteur, sont peu intelligibles. Dans Ten-tête Reggio est nommé Regsk et Louis Pratissoli — Pierre Alonsius.
(2) D'après nos conjectures, Cilli est un de ceux qui ont le plus contribué à établir la tradition, que Démétrius a prêté serment de vive voix et par écrit, en présence du nonce et de beaucoup de personnes, d'introduire la religion catholique en Russie. {Ristoria di Moscovia, p. 11.) Il j aune promesse de ce genre dans les pactes matrimoniaux, conclus à Sarabor avec Mniszech, mais Rome y est restée complètement étrangère. A Cracovie, rien dece genre ne s*est passé; Démétrius, qui demandait même au Pape le secret sur sa conversion, se serait bien gardé de se compromettre par une démarche pareille, qui aurait eu un retentissement inévitable.
nion, qu'il appelle de tous ses vœux, mais il se borne à rappeler au tsar les intentions manifestées autrefois, les promesses faites à Dieu, sans rien exiger.
La portée de ces paroles se comprend donc aisément : c*est une allusion aux déclarations faites spontanément par Démétrius à Cracovie, mentionnées dans la dépêche du 24 avril 1605 et renouvelées probablement dans d'autres occasions. Dans rhypothèse d'un pacte conclu entre les deux parties, Rangoni aurait eu entre les mains d'autres armes que de simples insinuations, et si on le juge capable de s'engager par de tels contrats, il faut encore le supposer assez conséquent pour en presser l'exécution.
Cette lettre du nonce est la seule pièce, qui contienne quelques détails sur la mission de Louis Pratissoli à Moscou. Sans attendre le départ de l'abbé diplomate, Démétrius envoya le 15 novembre son propre secrétaire Jean Buczynski à Cracovie pour y traiter ses affaires avec Rangoni. Toutefois les préoccupations extérieures n'empêchaient pas le souverain nouvellement couronné de songer aux besoins intérieurs de l'État.