‹ Rome et Démétrius d'après des documents nouveaux, avec pièces justificatives et facsimileChapitre 4 sur 73 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

attentifs. Théodore Ivaiiovitch n'avait pas d'héritier et Ton ne pouvait espérer qu'il en aurait. La seule fille, issue de son union avec Irène Godounov, n'avait fait que passer du berceau à la tombe. En même temps, tous ceux qui pouvaient aspirer, ne fût-ce que de loin, au trône des Ruriks, disparaissaient l'un après l'autre de la scène du monde. Ainsi Marie Wladimirovna(l), veuve de Magnus, et sa fille Eudoxie, attirées à Moscou par des promesses trompeuses, y moururent bientôt toutes deux. Siméon Bekboulatovitch (2), tsar de Russie pendant Vopntchina (3) et allié des princes Mstislayski, fut exilé de Tver et ne tarda pas à perdre la vue d'une manière assez étrange. Arrivant à point nommé, comme s'ils eussent été calculés d'avance, tous ces malheurs étaient autant de voix accusatrices, qui reprochaient à Godounovde marcher vers le trône par une voie jonchée de cadavres et. baignée de sang innocent. Quoi d'étonnant, si ces sinistres rumeurs s'accrurent lorsque Moscou consterné apprit que le dernier fils de ses tsars venait de succomber?

Des doutes trois fois séculaires, que la science n'a pas encore dissipés, planent au-dessus de cet événement. Démétrius a-t-il échappé au poignard des sicaires, ou bien a-t-il réellement cessé de vivre le 15 mai 1591? Dans l'hypothèse de l'assassinat, le tsar couronné au Kremlin en 1605 n'est évidemment qu'un aventurier aussi audacieux que coupable, et il ne reste plus qu'à rechercher si c'est un accident ou un

(1) Marie, fille de Wladimir de Serpouhov, était parmi les femmes la plus proche parente de Théodore.

(2) Siméon était un prince tartare. Après la dissolution de Topritchina^ il fut envoyé à Tver avec le titre de tsar et grand prince de Tver. Il descendait de Jean III par la ligne féminine.

(3) L'histoire appelle ainsi le système d'affreux terrorisme, que Jean lY fit régner dans quelques villes de ses États et quelques quartiers de la ville de Moscou, qu'il s'était réservés, renonçant à tout le reste. Recueillir les délations et tourmenter les prétendus coupables, servait d'occupation aux opritchniki^ qui n'étaient au fond que les compagnons de débauche du tsar et ses exécuteurs des hautes œuvres.

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