DIXIÈME LETTRE
Le mont Palatin — Le Panthéon d'Agrippa — Les deux pouvoirs à Fome— Lior XIII «t l'Histoire ecclésiastique du Cunada.
Roue, le 9 février 1898.
E quartier fashionable de la Rome primi- 5 ke tive était le Palatin.
“De tous les points du globe que les annales des révolutions humaines signalent à notre attention, le plus illustre peut-être est la petite coiline qui a vu naître sur son plateau, À sept siècles d’inter alle, la Cabane de Romulus et le Palais d’Auguste. Les souvenirs detrois mille ans planent comme ur ‘rage de gloire sur cette motte de terre...
“ Lorsque les Césars eurent établi leur demeure en cet endroit, elle fut désignée par un nom emprunté À celui de la colline, Palatium. Ce mot voyagea avec les Césars, et fut le nom propre de leur résidence, en
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quelque lieu qu'elle fût située. De là, il est advenu que, dans presque tous les idiomes dérivés de la langue latine ou modifiés par elle, les résidences des souverains et les édifices splendides ont été des palais.” Sur le Palatin commence et finit l’histoire romaine, Toutes les gloires et toutes les hontes du paganisme s’y sont donné rendez-vous, Les rois, les consuls, les orateurs les plus célèbres et les empereurs habitèrent tour à tour et embellirent l’auguste colline. sanc!
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Aucun, cependant, ne surpassa le faste, la magni-
= + TE : cles ficence, les folles prodigalités, le luxe tout oriental de les ü
qui <
Néron—‘ chef-d'œuvre de l’insolence de Satan.” Son
obset Flavi urne
palais, la maison d’or, bâti sur les ruines fumantes de la ville, était immense. D'après l’épigramme de Martial, le monstre couronné menaçait de faire de : Rome une seule maison : César répètc retent
Unaque jam tota stabat in Urbe domus.
Seulement il oubliait, le malheureux, que la Roche = Tarpéienne est près du Capitole !.. Sa fin fut misérable, du cie sa chute terrible, La maison d’or s’écroula de même. Que On finit par l’abattre tout à fait. “C'était un signe vivant
menaçant pour la fortune de Rome, que ce monument volupt
— en qui l’on voyait le symbole de toutes ses gran- saints
deurs— eût reçu son suprême éclat de l’homme qui De 1 personnifiait en soi toutes les folies et tous les crimes.”? 1e1 et IL
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On le rasa, et les Barbares, en dispersant ses ruines,
achevèrent l'œuvre de destruction,
Bien plus, par un de ces retours que mé Providence, les derniers débris de ce résidences impériales,
nage la 8 trop fameuses d'où étaient partis les terribles décrets de persécution contre les chrétiens, serviront en grande partie à reconstruire les églises où À réparer les basiliques des martyrs !
Aujourd’hui encore, sanCtuaires de Rome
remarquer des blocs de
“ dans ses visites aux divers
chrétienne, le voyageur peut
granit, des colonnes de jaspe, des mosaïques remarquables qui ornent les tombeaux des martyrs,
obscur qui, jadis, rougit de son se
des urnes de porphyre,
Tel chrétien ing l’amphithéâtre de
Flavien, a ses cendres soigneusement var
dées dans une A ” A à La rne précieuse, Les rôles sont changés :
César persécuteur n’est plus qu'un vain répète avec horreur,
le nom du scn que l'écho tandis que celui du martyr retentira À toujours dans les har
monies de Ja terre et du ciel,”
Que dis-je ? Le Palatin lui-mû
me à été sanctifié. Du vivant des Césars
» Ï Y avait au milieu de leur voluptueuse de chastes chrétiens, saints apôtres Pierre et Paul.
cour convertis par les
De nos jours, des églises et des Couvents couvrent
ici et Ià la montagne aride et déserte,
Quant À moi, je n’oublierai jamais le consolant pèlerinage que j’ai fait à Saint-Bonaventure. Ià, chez ces bons religieux de saint François d'Assise, j’ai eu le bonheur de célébrer la messe sur la tombe de saint Léonard de Port-Maurice. Le corps de lillustre missionnaire est parfaitement conservé. “ Admirable glorification d’une chair virginale et pure ! Glorification mille fois plus admirable dans ce lieu où la chair fut divinisée par l’orgueil et la débauche !?
Que si l’on me demande : Quel est l’aspect actuel du Palatin ? Je répondrai par la description qu’en a faite autrefois l’auteur des Fastes :
He ubi nune Roma est, orbis caput, arbor et herbx Et paucæ pecudes, et casa rara fui’.
Hûc ubi nune Roma est, olin fuit ard'ua silex, Tantaque res paucis pascua bobus erat.
Ou encore: “ C’est une ville morte dans la Ville-
Eternelle !”?
A l'exception du Colisée, nul monument antique n’est comparable au Panthéon d'Agrippa.
C'est une merveille d'architecture.
Et l'emblème le plus imposant de la transformation de Rome païenne en Rome chrétienne.
Le Panthéon est un vieux pécheur converti.
Auguste en ayant refusé la dédicace, Agrippa, son
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ROME ET JÉRUSALEN
gendre, le consacra, faute de mieux, À tous les dieux.
Les habitants de l’'Olÿmpe, installés dans des niches,
formèrent bientôt comme une couronne autour de la statue en bronze de Jupiter Vengeur.
Et que d’autres divinités s'entassèrent dans le Panthéon ! Toutes les idoles des peuples vaincus ÿ eurent droit de cité.
Ce fut le Forum de tous les cultes, dans un temple où “tout était dieu, excepté Dieu lui-même ! ”
Mais ce monument, unique au monde, ne. tait pas moins un chef-d'œuvre, Le plus bel éloge qu’on puisse lui décerner, selon Mgr Gerbert, c’est qu'ilravit Michel-Ange lui-même. Je le mettrai en l'air, ” s’écria un jour l'artiste, Et, de fait, ce Titan ‘par l’audace ct la force ” porta le Panthéon en l'air pour en faire la coupole de la basilique de Saint-Pierre,
Le temps a respecté cette merveille de l’art antique et les barbares ne l’ont Pas trop maltraitée,
Son péristyle est encore le plus beau de l'Italie, I] est formé de seize grandes colonnes corinthiennes de granit soutenant un fronton des plus imposants,
L'intérieur du temple ne le cède à l'extérieur ni en noblesse ni en majesté,
“ La forme convexe du Panthéon représente À morveille le ciel. L'ouverture de la voûte, par où le temple s’éclaire, offre, par sa forme sphérique et son éléva-
tion, une belle allégorie de la lumière éternelle qui d’en haut vient illuminer tout homme venant en ce monde. On est frappé en y entrant de cet œil sublime de la voûte, œil cyclopéen toujours ouvert, comme l’œil de Dieu sur l’univers. Le jour, on y voit briller le soleil et courir les nuages; la nuit, la lune y épanche sa lumière ; quand il pleut, la pluie y tombe à grand bruit au centre du pavé creusé en bassin, ce qui donne À l’eau un écoulement souterrain. On y entend parfois la messe en parapluie.”
Enfin, l'heure de la conversion du Panthéon vint à sonner : c’était en l’an 608 Boniface IV en ayant pris possession, le dédia à tous les saints, surtout aux martyrs et à la Reine des martyrs. “ Vingt-huit chariots magnifiquement ornés transportèrent au milieu des acelamations du peuple les ossements saints ravis au silence des catacombes. Le temple de tous les dieux s’appela dès lors Sainte-Marie-des-Martyrs. Au