SEIZIÈME LETTRE
Physionomie du peuple romain —$Son caractère ligieux -— Défauts et qualités — La “ Bouche de la Vérité ? — Echos de la messe jubilaire de S.S. Léon XIIT.
RoME, le 20 février 1898.
E rappelant, peut-être un peu tard, la LESE La , .
vérité de l’axiome :
Qui ne sut se borner ne sut jamais écrire,
: Je vous adresse présentement, ami lecteur, 1 ES ma dernière lettre sur Rome. — Et après ?— Nous visiterons les villes d'Orient, notamment Jérusalem.
Pour le moment, donnons un rapide croquis de mœurs italiennes.
Autrefois, le peuple romain, fier, ro! ste, maître du monde, inéritait d’être appelé le peuple-roi. Aujour-
d'hui—. quantèm mutatus ab illo ! == ce n’est plus la
même chose, Tout en gardant un reste de sa fierté naturelle et le sentiment de son antique primauté, le Romain s’est efféminé, En général, il est mou, énervé, indolent, Toutefois, ne le condamnez pas trop vite : le plus grand coupable, c’est le climat... D'ailleurs, Pourquoi le fils de Romulus s’astreindrait-il à un travail pénible et assidu, si ses besoins sont modestes et la vie à bon marché ? Il est très sobre, le Romain. Donnez-lui dix sous : il s’achètera des Provisions pour deux jours, D'abord, il ne Géjeune pas, dans son pays, où bien il déjeune swr le pouce : le midi, un plat de MaCaroni, avec ou sans Potage, composera son dîner, et il soupera avec une salade, des châtaignes ou des fruits verts. Est-il done étonnant que l'Italien s’adonne le plus souvent au doice far niente ?
Mais si l’Italien est mou, énervé, nonchalant, en revanche, sa foi est vive, ardente, eXpansive,
Le Français prie tout bas : l'Italien, tout haut, Le Français paraît 4 la gêne avec le bon Dieu ; l'Italien le traite d'égal À égal. Le Francais est poli, particulièrement dans ses oremus ; l'Italien est familier jusqu’à la hardiesse, Le Français supplie ; l'Italien com mande, Le Français se concentre en soi-même et s’isole ; l'Italien ne craint pas d'afficher sa foi : pas de moyen terme, pas de respect humain, il va droit au but.
e de sa fierté primauté, le mou, énervé, 18 trop vite :
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En voulez-vous des exemples saïisissants ?
Un pauvre paralytique venait tous les jours prier
devant une Madone pour obtenir sa guérison, mais
sans succès, Fatigué, vexé de ce refus, il dit un bon
matin à la sainte Vierge : “ Voilà assez longtemps que
je viens. Faites ce que vous voudrez, voici mes béc uilles. À Il ; l
Ou vous me rendrez mes jambes ou je reste ici.”
Le cœur de Marie ne put résister À cette sommation.
Aussitôt le pauvre perclus recouvra l'usage de ses
membres.
Et d’une.
+ Dernièrement, une femme était À genoux dans la
chapelle latérale de l’église San Paolo, À Na les : elle 2 ? 0]
était à genoux devant une statue de la sainte Vicrge
portant dans ses bras l’Enfant-Jésus. Les yeux de
cette femme étaient plutôt tendus qu'élevés vers la
sainte image ; il y avait dans le jeu de ses traitscomme
un mélange très marqué de prière et de reproche ; elle
était en proie à la plus vive émotion.
Tout à coup s'adressant à la Madone, sans s'occuper
des assistants : ‘ Oh ! sainte Vicrge, s’écrie-t-elle, est-ce
bien envers moi que vous pouvez agir ainsi? Vous
ai-je abandonnée, moi, comme vous m'’abandonnez
aujourd’hui ? Depuis que j'ai l’âge de raison, aicie passé t Î = 9 e
un seul jour sans dire au moins un dizain de chapelet ?
À la fête de l’Assomption, c’est encore moi qui vous ai ; Î
ROME ET JÉRUSALEM apporté ce beau cicrge qui a brûlé Jusqu'à minuit devant votre image ! Je ne Passe pas une seule fois devant votre églice sans m'y agenouiller le temps d’un Ave Maria... Et Pourtant, voilà que mon fils est désigné par le sort Pour Je service Militaire ! Si vous ne le sauvez, il va Partir, sainte Madone, il va partir, mon enfant, mon seul enfant |”. Alors, cette pauvre femme se met à fondre en larmes, À dire des paroles incohérentes, à pousser des sOupirs et des exclamations... Puis, l'œil en feu, elle se lève, et regardant fixement la Vierge : Ainsi Yous ne n'avez pas entendue, Vous ne voulez pas m’écouter Je n'ai Pourtant qu’un seul enfant comme Vous, moi !.. Et si votre Enfant vous laissait seule, À votre tour ! Si on vous l’enlevait votre Enfant !.. — Là-dessus elle s'élance, pose un genou sur l'autel et arrache violemment des bras de la sainte Vicrge l'Enfant-Jésus.. c ITé bien ! qu’en pensez-vous à présent ?”...
Vous le devinez : Marie ne put résister aux prières et aux larmes de cette mére désolée, Quelques jours après, son fils était eXempté du service Militaire,
Et de deux.
Avouons que saint Joseph n’est Pas mieux traité
que Sa sainte épouse quand il fait la sourde oreille,
La scène se passe sur les bords du fleuve-roi, le Tibre, dont maître Scarron, par Parenthèses, disait avec une Pointe de malice :
qu'à minuit ne seule fois temps d’un 10n fils est re ! Si vous l va partir, ette pauvre des paroles amations...
t fixement due, Vous qu'un seul ifant vous vait votre genou sur la sainte nsez-vous
X prières ues jours l'e,
X traité ille, e Tibre,
"ec une
11 vous sied mal,
monsieur le Tibre, De faire ici tant de façon, Vous en qui le moindre poisson
: À peine a le mouvement libre,
À Rome, quand un jeune homme dé
sire la main d’une jeune fille, il v
: A ° a, le soir, sous sa fenêtre, jouer un
air de guitare, de harpe ou de mandoline. Si alors la
croisée s'ouvre, si un mouchoir s'agite, le signe est
favorable et le prétendant peut monter :
est-ce assez poétique ?
Or, dans une rue qui longe le Tibre pour cela Æipetta, habitait avec fille qui n'était...plus jeune, prêtait l'oreille au bruit de 1
ct qu'on appelle ses parents une jeune
Depuis longtemps, elle a rue : mais la guitare ne jouait jamais...pour elle. En désespoir de ause, elle commence une neuvaine À saint Joseph, lui demandant la far: ur de rencontrer enfin l’objet de
ses désirs : un époux chrétien,
Dès le premier jour, notre Siÿhorina met la statue du
saint sur le bord de sa fenêtre, ot chaque soir, je vous l'assure, sa prière est fervente. — Elle ét jour, et le futur n'arri
septième se pas
ait au cinquième ait pas..Le sixième et le sent ; encore personne, Alors, presque furieuse, elle dit À saint Joseph : “ Prenez garde ! Si,
à la fin de ma neuvaine, le joueur de guitare ne vient
as Sous ma fenêtre, c’est vous « ui irez ! ”, , 1
Néanmoins, le huitième jour ressemble
aux autres ;
pas un chat dans la rue l— Aussi, le lendemain, la signorina apostrophe de nouveau saint Joseph : 4 IIé
bien ! lui dit-elle, si à neuf heure: ce soir personne ne
se présente, je vous fais eulbut “dans larue, c’est sûr !”
Les heues s’écoulent lentement. Le soleil disparaît enfin. ITuit heures sonnent. Quelle anxiété ! = Un bruit sec ! Est-ce ie futur ?..ITélas ! non : c’est l'écho du canon du Château Naint-Ange annonçant neufheures.
Neuf heures !... notre Sigrorina wy tient plus. Découragée, aftolée, elle ouvre la fenêtre d’un inouvement nerveux, saisit fièvreusement la statue de saint Joseph, et vlan ! la jette avec force sur le pavé... Puis, elle ferme les volets et pleure à chaudes larmes.
Cependant, au moment où la statue, après avoir tournoyé plusieurs fois dans l’espace, allait s’abattre sur le trottoir, un officier qui passait ]à, la reçut droit sur la tête. Son shako en jeta des étincelles.
Furieux de cette attaque imprévue, l'officier secoue le plâtre qui couvrait ses épaulettes et bondit dans la maison, En un elin d'œil, il arrive au deuxième étage. — “ Est-ce ici, rugit-il, est-ce ici qu’on assomme les gens paisibles qui passent dans la rue 2. C’est un vrai casse-cou cette Ripetta ! Per Buceo ! Qui à ouvert la fenêtre, dites ? ” — « Personne, signor. Nous avons entendu du bruit, voilà ! 4 Ah ! c’est donc là : les brigands !”’ — Il tourne sur les talons ct escalade
lendemain, la oseph Là r personne ne Le, C’est sûr |!” oleil disparaît ixiété = Un c’est l'écho tneufheures.
tient plus.
d’un inouvetue de saint pavé... Puis, rmes, après avoir ait s’abattre reçut droit les.
icier secoue dit dans la 1 deuxième ON assomme .. C’est un jui a ouvert Nous avons t done là :
et escalade
ROME Er JÉRUSALEM
le second escalier, « Hola ! s'écrie.t.il en entrant,
c’est bien vous qui m'avez jeté Par la fenêtre cette
bombe chargée de plâtre ? Reg:
irdez-en les débris, —
Pardon, Monsieur, —% Pyp Bacco ! ce sont les
Je suppose !.. Etes-vous seul ici ? ” — « Au fille est dans la piè
anges, ce Voisine, mais...” 2 « laites-la venir, Cette affaire n'en restera pas 14: j'irai jusqu'au
bout.” — Ja Siynorina, aussi brisée que sa statue, se présente timide, tremblante...
Qui l'eût cru ? En l'apercevant, le br
ave militaire perd contenance, Le voici dou
X Comme un agneau, aimable comme pas un, Et même vous le pressentez ,
déj, quelques jours après, il conduisait l’heureuse Jeune (?) fille à l'autel — grâce
à la statuette de saint Joseph ! — Curie
Ux hyménée qui se conclut cette fois sans autre musique que le fracas de] rules accents de lofticier !
Et de trois,
& statue et les
En vérité, je ne sais si, dans notre PAYS, où pourrait,
dans lès mêmes circonstances et avec le même succès,
Mmaltraiter de la sorte les saints ; mais ce qu'il y a de
certain, test que les Italiens n’ont Pas à se repentir de leur foi vive et de leurs ferventes prières,