VINGT-UNIÈME LETTRE
Le mont Sion — La Cénacle — L,
arabes.
Tour de David — Autres
souvenirs — Le e mon! Moriah et la
mosquée d'Onar — Légendes
JÉRUSALEM, le 9 mars 1893,
x Dieu : des Hébreux est le Die
u dés 7 Montagnes,” Jlisons- De
us au Livre des
vrai. Ouvrez la carte MX de la Paléati
ne, il n'est peut-être pas ombrables Montagnes de ce PAYS, pas une colline qui ne
‘appelle un nom de victoire, un prodige éclatant ou quelque
une des im
mystère de la vie de
Notre-Seigneur, Pour ne parler que des merveilles hrétiennes accomplies sur les hauteurs. Personne ne niera. que le mont des Béatitades, le
Thabor, le mont des Oliviers ont été
tour à tour l'objet des prédilections divines,
… Î est pourtant à Jérusalem que Jésus-Christ aim c'est le mont Sion ! Mons S
une petite montagne
a plus que toute autre :
(ON quem
dilerit. T1 l’aima mêmeavant sa naissance temporelle, l'illustra de toutes manières, et l’immortalisa à jamais, la veille de sa Passion, par le plus ravissant des miracles : l'Eucharistie ! !
‘“O Sion, qui pourrait égaler ses chants à tes grandeurs? Ton nom familier à notre enfance a quelque chose de mystérieux et de saint qui remplit harmonieusement le monde. Tu es le haut lieu de la prière, de la poésie sacrée et des visions prophétiques, l’image du ciel. Tu as entendu les plus beaux accents de la prière, résonnant sur la harpe de David et écios de ses enthousiasmes divins.”’— Sur ton sommet radieux reposa l'Arche & Alliance, à côté du palais royal. Tu vis les malheurs et les triomphes de David, son double délit et son amer repentir, le sceptre et lu lyre. Plus tard, ta gloire, à Sion, s’accrut bien davantage et atteignit même ses dernières limites : le Cécacle dont tu t’enorgueillis encore, éelipsa l’Arche d’Alliance !...
Mais, hélas !
Qu'as-tu fait de ta gloire ?
Sion ! tout l'univers admirait ta splendeur.
Tu n'es plus que poussière, et de cette grandeur Il ne nous reste plus que la triste mémoire.
Quand verrai-e, Ô Sion, relever tes remparts
Et de tes tours les magnifiques faîtes ?
La vérité est que la colline de Sion — dont les Livres Saints exaltent près de deux cents fois les beautés ct
les richesses — n’a pas échappé à la désolation qui règue
CO de lait tou infé log Et une de £ Bet] on = ontit ceint plong un p
chaî
nce temporelle, isa à jamais, la t des miracles :
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ndeur.
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-dont les Livres les beautés et
lation qui règue
partout jei. Même les rues environnante comme autrefois, on peut dir
Sion lugent !
S Sont tristes ; e qu’elles pleurent : Vice Et comment ne Pas pleurer nous-mêmes en voyant flotter ]n bannière du Cr
oissant 11 où se déployèrent jadis le
s étendards de la Croix ?
O palais de D Mont fameux Comment as-
avid et sa chère cité, par Dieu méme habité, tu du ciel attiré 1n colère ?
C’en est fait : une citadelle tur comme l'antique forteresse des de fossés, elle est fl
que est là, menacante Jébuséens, Entourée anquée de quatre tour laires dont Ja principale — la tour de D toujours notre admiration, inférieure de
S rectangu- Avid — excite Chose étonnante, la Partie cette Construction, d°
après les archéologues, remonte
Jusqu'à l’époque du Roïi-Prophète,
Et — mirage biblique — l’une des fenêtres plonge dans
ne salle appelée Oratoire de Duvid,
lieu témoin de ses larmes et de
ses regrets après sa chute avec Bethsabée, mère de Salomon.
on jouit d'un superbe p entière est sous
Enfin, de la plate-forme anorama. “Ta ville tout les yeux de l'observateur avec ceinture de vallées et de collines.
plonge sur la route de B:thléem : au sud, on distingue un petit coin de la mer Morte, e
chaîne des Montagnes de Moab, q
sa Au nord, le regard
t à l’est, la grande errière lesquelles on
devine le grand désert qui s'étend jusqu'aux champs de Sennaar, où cheminèrent les premières générations du monde. On embrasse ainsi d’un même coup d'œil la Genèse et l'Evangile.”
Cependant, le Cénacle nous attirait vivement, Il est D, vers l’extrémité orientale de Sion, en vue du chemin de Bethléem. Pour y arriver nous traversons le quartier arménien, l’un des plus riants de la Ville Sainte: couvents, églises, parterres verdoyants, le tout enrichi des plus attachants souvenirs. Ici, l'emplacement du priais d’'Iérode-le-Grand, où vinrent les Mages, et que recouvre aujourd’hui un temple hérétique. Là, une mosquées’élève à l'endroit de la maison de saint Thomas l’apôtre. Plus loin, l’église des Sœurs arméniennes offre plus d'intérêt encore: nous sommes chez Anne le grand-prêtre. Voyez, dans l’oratoire, le lieu de l’interrogatoire de Jésus (S. Jean, XIIL.) Il faut visiter aussi cette belle cathédrale des Arméniens {XIesièele), dédiée à saint Jacques-le-Majeur. A trois nefs et à coupole, elle est étincelante de dorures, de peintures, de mosaïques et d’incrustations de nacre. Dans une petite chapelle, à gauche, on vénère le lieu précis du martyre de lillustre Apôtre des Espagnes. On sait que ses insignes reliques sont à Compostelle, Entrons encore dans cet humble monastère que posstdent également les disciples d’'Eutychés : c’était autre-
fois la maison de Caïphe. Au fond de la chapelle,
aux champs de rénérations du
coup d'œil la
“ement. Il est vue du chemin traversons le s de la Ville oyants, le tout [ci, l'emplaceù vinrent Îles temple héréit de la maison lise des Sœurs nous sommes 8 l’oratoire, le an, XIII.) Il es Arméniens jeur. À trois le dorures, de ons de nacre.
vénère le lieu les Espagnes.
Compostelle, ère que possè-
: c'était autre-
e la chapelle,
l'autel majeur renferme un fragment très considérable de la pierre du Saint Sépulcre, Mais notre émotion est à son comble quand nous pénétrons dans la sombre alcôve qui se trouve dans le mur à droite: c’est Ja prison de Notre-Scigneur, misérable cellule où le
Maître, bafoué par les bourr
divin Caux et renié par saint Pierre—le Jeudi Saint — passa le reste de la nuit, nuit affreuse dont le souve
nir nous arrache des larmes comme à l’apôtre infidèle, nuit horrible qui ne pouvait avoir d'égale que l'horrible journée du lend
À quelques centaines de I
emain !
as de la cour du reniement, nous som; :Îlés voir une grotte solitaire qui porte encore LL 411 de Flevit amare (il pleura amèrement), L’apôtre présomptueux, converti par un revard de Jésus ct un rayon de sa grâce, vint aussitôt pleurer ic
faute. © puissance des larmes! © suprême consola-
i sa
tion des cœurs repentants !
Les cimetières chrétiens que nous traversons ensuite ne sont pas de nature à dissiper les sombres pensées qui nous obsédaicnt tout à l'heure. Au surplus, le Cénacle lui-même — que nous nous faisons une tôte de visiter — le Cénacle, hélas! ne devait laisser dans nos âmes qu'une bien pénible impression, Tout d’abord ce minaret, qui le surmonte insolemment, indique qu’il est la proie des Turcs, Et puis, vous qui êtes chrétiens ct catholiques, vous qui venez de loin vénérer la première église du monde, vous rûvez sans doute, pour l'honneur
de ce temple, une immense place publique qui y donne accès —} peu près comme celle de la basilique de Saint-Pierre de Rome. Quel désenchantement! A
peine avez-vous franchi une lourde porte voûtée, vous
traversez une vaste écurie et tombez dans une cour infecte ; oserai-je le dire? … Ce sont les alentours du Cénacle !
Nous étions au 6 mars, neuf heures du matin ; cette date ne s’effacera jamais de notre mémoire, Silencieux, recueillis, l'âme remplie d’un trouble étrange, nous gravissons lentement l’escalier en pierre fruste qui aboutit À la salle haute et bien ornée ?” dont parle l'Evangile, et où Notre-Seigneur envoya un jour ses disciples préparer la Pâque. Les ornements ont disparu, la table de la Cène est à Rome, dans la basilique de Saint-Jean de Latran ; mais ce lieu, en dépit des profanations des musulmans, est toujours saint et toujours cher aux cœurs catholiques ; le sacrifice eucharistique et plus tard la descente du Saint-Esprit sur les apôtres l'ont consacré à jamais !
Tombant à genoux, sous les yeux des gardiens turcs ébahis, nous disons à voix basse le T'antum ergo, que ces fanatiques nous empêchent de chanter. — Que de souvenirs émouvants se réveillaient en nous! Zei même, s’accomplit le plus auguste et le plus touchant des mystères. Zei, Jésus-Christ célébra la première messe
du monde. Zei, il institua la sainte Eucharistie par
jui y donne asilique de tement! A oûtée, vous s une cour
lentours du
atin ; cette Silencieux, ange, nous
fruste qui dont parle un jour ses ont disparu, asilique de pit des pro- ; et toujours acharistique
r les apôtres
rdiens turcs m ergo, que , — Que de ! Jéi même, uchant des mière messe haristie par
ROME ET JÉRUSALEM 9337 ces sublimes paroles que Îles anges et les admireront éternellement :
est mon sang !?” Jei
hommes “ Ceci est mon Corps, ceci » Pour la première fois, il donna, en nourriture, à ses apôtres attendris,
Son Corps et son sang adorables.
Ici, il < frémit en lui-même,” et dénonça l'énorme sacrilège de Judas, disant : Lun de vous me trahira!” Lei,
malgré la prévision de toutes les profanations Sacramentelles qui commen-
çaient si vite, il résolut de perpétuer, À travers les siècles, son sacrement d'amour : il établit donc le sacerdoce catholique ! Et alor
$, Qui pourrait en douter ?
En contemplant ses chers disciples, en voyant leurs
lèvres encore teintes de son sang, le divin Maître pensait à tous les futurs communiants ; il pensait à: vous, il pensait À moi! Il entrevoyait, par exemple, les douces joies de notre première communion
… Et nous, ses humbles prêtres de lave
nir, il nous nommait 4 "à l'écordatus est nominis Mei ! (Ts. XLIX, 1, 2.) — Or, cette année — Ja vingt-c ma première communion et ]
dans son cœur
inquième depuis à onzième de mon ordinae tion sacerdotale — je me trouvais tout
Cénacle, point de départ de ces deux de ma vie. Ai-je besoin de le dire ?
à coup dans le grandes grâces Je ne sus, dans l'impuissance de remercier dignement le Seigneur, que répéter : Quid relribuam, Domino ? Ah ! S'il m'avait été douné d'ajouter :
: Calicem salutaris accipiam ? # Je prendrai le calice du salut,”
Je l’offtirai en actions de
wrâces?... Mais, non. Le crime de l’Iscariote a-t-il valu
aux catholiques une pareille privation, un tel châtiment ?
Mystère ! Quoi qu’il en soit, depuis des siècles, la sainte
messe, au Cénacle, est absolument interdite... Baisons au moins ces murs sacrés, et ce pavé, mouillons-le de nos larmes !
Autre déception. Vous voyez, à gauche de l'entrée, cet escalier qui descend dans la salle inférieure du “Javement des pieds ” : le fanatisme musulman vous en interdit l'accès, — Avant de partir, jetons un coup d'œil dans l’alcôve, sur le sarcophage en dos d’âne que recouvre un tapis vert fané : c’est, dit-on, le cénotaphe de David.
Notre excursion était terminée,
En repassant près de la Tour de David, en longeant de nouveau cette colline autrefois la “joie de toute ja terre,” et aujourd’hui si désolée, nous nous sentons envahis par un vague sentiment de tristesse et de mélancolie. Toutefois, évoquant la douce image des gloires du passé, nous nous surprenons bientôt à "etaire ce beau rêve de Lamartine.
& J'aurais, dit-il, moi, humble poète d’un temps de décadence et de silence, j'aurais, si j'avais vécu à Jérusalem, choisi le lieu de mon séjour et la pierre de mon repos précisément où David choisit le sien à Sion, C’est la plus belle vue de la Judée, de la Palestine et de la
te a-t-il valu lchâtiment ?
les, la sainte te... Baisons
uillons-le de
* de l'entrée, nférieure du sulman vous ons un coup os d'âne que
le cénotaphe
en longeant » de toute ia ous sentons stesse et de e image des
tôt à “ofaire
an temps de vécu À Jéruerre de mon À Sion, C’est
tine et de la
Galilée. Jérusalem est à gauche avec le temple et les
ds du roi pouvaient plonger sans être vu, Devant lui, des jardins fertiles, descendant en pentes mourantes, le pouv:
fond du lit du torrent, dont il
édifices sur lesquels les reg
ent conduire jusqu’au
aimait l’écume et la voix.
Les figuiers, les grenadiers, les oliviers l'ombragent ;
c’est sur quelques-uns de ces rochers, c’est dans quelques-unes de ces grottes so:ores, rafraîchies parl’halcine et le murmure des eaux, c’est au pied de ces térébinthes, que le
attendre le souffle
de quelques-uns poète sacré venait sans doute qui l'inspirait si mélodieusement, Le palais de David Pionge ses reg
ards sur la ravine alors verdoyante et arrosée de Josaphat ; una large ouverture
dans les collines de l’est, conduit de pente en pente, de
cime en cim?, d'ondulation en ondulation, Jusqu'au bassin de la mor Morte, qui r'fliehit là-bas les r
ayons du soir dans 23
CAUX posantes ct Opaques Comme une
épaisse glace de Venise qui donne une teinte mate et
plomb£e à la lumière qui l’efleure,”’ #* y À Jérasalom, deux
à des titres di
que du Saint-S
magnifiques monuments fixent,
ets, l’attantion des étrangers : la basiti-
Spalero et la MOUÉ3 d'Onar; Ja basi-
lique du Saint-S ipulers, l'église par excellence» des chrétiens ; la m quée d'Onar, le temple le plus saint
les musnlmans, après celui de |
a Mecque, la Kuaba,
040 RCME ET JÉRUSALEM
Nous connaissons la basilique, allons à la mosquée. Dominant le mont Mcrah, elle occupe l’emplaccment du temple de Salomon. Le temple de Salomon ! —Ô prestige de l'histoire !— qui ne tressaille À son souvenir? Sa magnificence, chantée par les Saintes
Ecritures, nous éblouit sncore. Que dis-je? même le
plateau qui lui servait d’assise — le Moriah — a acquis,
à travers les âges, une illustration qui nous jette dans le ravissemeut : €’est vraiment la montagne de l’Eternel. Malheureusement, À peine pouvons-nous tracer les grandes lignes de son histoire. Voyez le patriarche Abraham gravissant cette montagne, prêt À immoler son fils Isaac, sur l’ordre de Dieu. David y offre des victimes pour apaiser Jéhovah et obtenir la cessation de l’horrible fléau qui décimait son peuple. Salomon enfin a l'honneur d'élever, sur ce plateau, le Temple, “Tune des plus belles créaticns du génie humain.” Détruit parle général de Nabuchcdunosor, ilest relevé par Zorobabel, embelli par ITérode, puis de nouveau ct pour toujours anéanti par Titus.
Avant de disparaître, le Temple de Zorobabel eut une gloire que ne connut jas celui Ce Sa'omon. La Sainte Vierge vint ici, dès sa plus te:dre enfance, se consacrer au Seigneur, Plus tard, cle y présenta son divin Fils. A douze ans, Jésus étcnna ’es docteurs de la loi par sa sagesse surhumaine, Le voyez-vous aussi
inaugurer son ministère publie en chassant les vendeurs
à la mosquée, e lemplaccde Salomon !
ssaille À son r les Saintes -je? même le D — a acquis, us jette dans ne de l’Eters-Nous tracer ez le patriarprêt à immo- David y offre enir la cessaple. Salomon 1, le Temple, ie humain.” ,ilest relevé
de nouveau
orobabel eut a'omon. La ‘e enfance, se présenta son s docteurs de eZ-VOUS Aussi : les vendeurs