VINGT-QUATRIÈME LETTRE
La vallée le Josaphat — Quatre priacisaur
laine de Siloé — La Gétenne et ses horreurs — Les pleurs des Juifs — Autres souvenirs — De Jé
nausolées — La Fon-
rusulein à Jéricho — Jéricho — La ner Morte — Le Jourdain — La
fontaine « Eliste ot le inont de lu Quarantaine.
JÉRUSALEM, 13 mars 1898.
ÉRUSALEM est assise
rangée de collines par
sur une double allèles, et des montagnes l'entourent de toutes parts. C’est
à aucune autre,
une ville qui ne ressemble sans mer, sans fleuves et sans voies faciles
d'accès. L'isolement était sa destinée. Et
pourtant, elle eut ses gloires, ses splendeurs, ses
monuments, son Temple incomparable, ete, Mais, depuis le déicide, d malheureuse cité ! 1 )
Quelle main en un jour t'a ravi tous tes charmes ?
Le fait est qu'aujourd'hui,môme À extérieur, un rem-
Li] ay crnienserenanesen es ere.
part de désolation environne Jérusalem : “collines sans
ombres, vallées sans eau, terre sans verdure, des rochers grisâtres perçant le sol crevassé, quelques plants de vignes rampant au milieu de champs rougis par un implacable soleil, de loin en loin un bouquet de nopals ou d'oliviers rabougris jetant une petite tache de feuillage sur les flancs escarpés d'un coteau, à l'horizon un térébinthe où un noir caroubier se détache triste ct seul sur le bleu du ciel ; partout le silence, la désolation, la mort autour de cette reine découronnée qui porte au front une tache de sang et comme une tache indélébile de réprobation ; et si elle a conservé dans sa détresse un certain air de majesté, c'est la majesté du malheur. Il convenait qu'autour du tombeau du Christ régnât un grand deuti, une solitude immense.”
Visitons cette “solitude immense” qui ‘appelle li vallée de Josaphat et de la Géhenne.
La vallée de Josaphat !. Qui ne frémit à ce mot ! Ah: c’est qu’il éveille immédiatement dans l'âme chrétienne l'idée de la mort et du jugement universel. Le prophète Joël (Joël IIT, 2, 12) ne désigne-t-il pas ce lieu sinistre comme devant Ôtre le théâtre des suprêmes assises (le l'humanité? Et cette croyance, que l'Eglise n’a cependant pas déclarée article de foi, n'est-elle pas commune parmi les théologiens? Comment la révoquer sérieusement en doute? N’est-il pas naturel de penser que le
Fils de Dieu viendra juger le mondelà où le monde la
“ collines sans
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de penser que le
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jugé? N'’estil pas rationnel
de croire que son honneur sera publiquement réparé 1à où il lui fut ravi ? A
quoi bon objecter que cette vallée est trop étroite pour contenir les 32 milliards d'hommes qui ont déjà paru sur la terre ? Est-ce qu'on oublie qu'il n’est pas nécessaire que
tous soient exclusivement entassés en cet endroit 1? Quoi qu'il en soit, l'aspect de ce val profond, pre et sauvage, est sinistre. C’est une immense nécropole où s'accumulent depuis longtemps de nombreuses générations de Juifs et d'Arabes. Regardez : toute la rive droite est tapissée de tombes musulmanes 2, et la rive gauche, de tombes juives. Les premières se composent en général d'une pierre, ayant aux deux extrémités deux petites colonnes surmontées de tur-
bans ; les secondes sont des dalles de pierre \
, posées À plat et couvertes d'inscriptions hébraïques.
Or, la célèbre vallée de Josaphat — qui n’a qu'une lieue de longueur — commence au nord-ouest de Jérusalem, se rétrécit considérablement au-dessous de Gethsémani, contourne la ville, et court au sud-est se confondre avec la vallée du fils d'Ilennon ou la Géhenne. Et pendant qu’elle enserre dans ses gorges
sinueuses le torrent desséché du Cédron, elle est elle-
1— Voir $, Thomas (Suppl. q. 88, art. 4, «d 1), 2—Les Arabes choisissent dès à pré ‘nt le côté droit pour être plus assurés, disent-ils, de le posséde: au jour
de la r'ésurrection. — Risum teneatis !
même renfermée, à l’est, par les monts du Scandale, des Oliviers, et des Viri Galilæi; au nord, par Île
8 ! " a K 4 mont Scopus ; au sud, par le champ des Foulons ; et
à l'ouest, par les monts Bézétha, Moriah et Ophel. k*%
Sur ces pentes toutes pavées de pierres tumulaires,
quatre principaux monuments funèbres attirent l’atten-
tion.
Le premier que nous rencontrons, à la racine du mont des Oliviers, est le tombeau d'Absalon. C’est un monolithe quadrangulaire, haut de plus de cinquante pieds, et surmonté d’un eylindre d’où s’élève un pyramidion orné d’un bouquet de palmes. Or bizarre mausolée, dont le soubassement présente l'alliance de trois ordres différents d'architecture, est rempli de cailloux qu'y jettent en passant les Arabes et les Juifs, en mépris du fils rebelle. Toutefois, ses cendres déshonorées n’ont pas à souftrir de cette laptdation posthume ; car, si Absalon, de son vivant s’est fait ériger ce monumental sépulere, ses restes mortels,
vraisemblablement, ny ont jamais reçu la se ‘pulture. (Livres des Rois III, eh. XVII, 17.)
Voici, tout à côté, le tombeau de Josaphat, le plus accompli des princes de Juda. Son nom vénéré a été donné à toute la vallée. Malheureusement, ce cénoti-
phe disparaît sous les décombres. Nous nous en con-
s du Scandale, nord, par Île es Foulons ; et
h et Ophel.
res tumulaires, attirent l’atten-
\ la racine du Absalon. C’est : de plus de dre d’où s'élève le palmes. Ce ement présente architecture, est sant les Arabes
Toutefois, ses ir de cette lapison vivant s'est s restes mortels,
çu la sépulture.
Josaphat, le plus rénéré a été
1om vénéré :
ement, ce cénota-
[ous nous en CON-
FOME ET JÉRUSALEM
solons en pensant que le pieux r
oi n'a pas non plus reposé là. Selon le récit sacré, Josaphat
a été enseveli
avec ses pères sur le mont Sion.
Châteaubriand raconte qu'un soir,
au soleil couchant, il s'était assis au pied de ce ti mbeau, le
vers le temple, pour relire Athali ; et il ajoute :
. , Visage tourné
‘ À ces premiers vers :
“Oui, je viens dans son temple adorer l'Eternel, ete,”
il m'est impossible de dire ce que j'éprouvai, entendre les cantiques de Salomon et | Prophètes ; l'antique Jérusalem se leva devant moi ; les ombres de Joad, d’Athalie, de Josabeth sortirent du tombeau : il me sembla que je ne
depuis ce moment le génie de Racine.
Je crus
a voix des
connaissais que
Quelle poésie !
puisque je la trouvais digne du lieu où j'étais ! saurait imaginer ce qu'est Athalie lue sur du saint roi Josaphat, au bord du tor et devant les ruines du temple, ee temple
On ne
le tombeau
rent du Cédrou,
Mais qu'est-il devenu
... Orné partout de festons magniques ?
Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il ch Quel est dans ce lieu saint ce pontife égorgé ? Pleure, Jérusalem : pleure, cité perfide, Des prophètes divins détestable homicide :
De son amour pour toi ton Dieu s’est dépouillé, Ton encens à ses YEUX est un encens souillé
angé ?
“ La plume tombe des Mains; On est honteux de
ee D Me LS
ROME ET J ÉRUSALEM
barbouiller encore du papier, après qu'un homme «à écrit de pareils vers.” -
A une centaine de pas, une troisième sépulture mérite beaucoup d'intérêt : le tombeau de saint Jacques le Mineur. — D'après la tradition, cet apôtre — cousin du Seigneur — se serait enfui dans cette grotte au moment où Jésus était arrêté et garrotté dans le Jardin des Olives. Après son martyre, l'an 62, on déposa ici son corps avec ceux de Zébédée, de Cléophas et de Simon.
Ce monument a un beau portique, large de vingt pieds et orné de quatre colonnes doriques.
Eufin le quatrième mausolée qui se dresse devant nous, est le tombeau de Zacharie, fils du grand-prêtre Joïada. On sait que le cruel roi Joas le fit égorger & entre le vestibule et l'autel,” pour avoir reproché aux Israélites d'abandonner le eulte du vrai Dieu.
Nous étions vers le milieu de la vallée de Josaphat. Dans ce vaste cimetière, la sombre image du jugement nous poursuit partout. On eroit entendre déjà le son de la trompette de l'ange :
Tuba mirrm spargens sonitnt Per sepulchra regiontm.
Oh! comme le Dies iræ nous glace d’épouvante,
surtout ici ! Jamais cette prose sublime ou plutôt ce
sublime poème de la mort et du jugement ne nous 1
plus vivement impressionnés qu'aujourd'hui. Aussi
un homme «à
épulture mérite int Jacques le tre — cousin du otte au moment
; le Jardin des n déposa ici son as et de Simon.
large de vingt
e dresse devant du grand-prètre 8 le fit égorger -oir reproché aux ü Dieu.
lée de Josaphat.
age du jugement
endre déjà le son
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ourd'hui.….. Aussi