VINGT-SIXIÈME LETTRE
Les cérémonies de lu Semaine stinte — Souvenirs de l4 S uinte Vierge — Béthanie — Aspect de Jér visite au pacha de Jérusalein
départ pour l' Egypte.
uealein — Us et coutumes — Une — Les Pères de Terre-Suinte — Le
JÉRUSALEM, 5 avril 1898.
TRE à Jérusalem pendant 1
& Semaine sainte, quel ineffable privilège !.. Si partout ailleurs les touchantes céré liturgiques dela grande Semaine sionnent vivement les fidèle ici où elles
monies
impress, combien plus EMmpruntent aux lieux et aux circonstances un charme tri
ste et doux, d’un Caractère indéfinisss
ible! Essayons de dire
quelque chose de cc que nous avons v
u et éprouvé, Le 25 mars, dimanche des Pr:
ulmes ou des Rameanx, la grand’messe fut chantée dans la basilique du Saint- Sépulcre, À sept heures précises,
les pèlerins
Mais, dès six heures, catholiques envahissaient le P
Jarvis et le
NÉE re 40 en se em me à À
temple pour y attendre l’arrivée de Son Excellence le patriarche, Mer Ludovico Piavi. Précédé des caivas où janissaires du patriarcat et du consulat français, le Pontife apparaît enfin escorté des chanoines, des prêtres et des séminaristes coiffés du fez ou calotte orientale, Sur la Place, un détachement de soldats turcs présente les armes au patriarche; à la porte de la Basilique, Son Excellence recoit l’eau bénite, revêt les ornements pontificaux et vient commencer l'office 4 l'autel — recouvert de lames d'argent — qu'on à placé à l'entrée de l'édifice du Saint-Sépulere.
Les palmes — symbole de celles qu'on jeta sur le passage de Jésus, de Bethphagé jusqu'au Temple — sont d’abord déposées sur le tombeau du Christ, Une
fois bénites, le patriarche les distribue au clergé, au
consul français (M. Ledoux) et aux fidèles.
Comme le chant de la Passion nous à émus! Ah! entre le Calvaire et le Sépuicre, on ne peut entendre froidement l’histoire des souffrances et de la mort de l'Homme-Dieu.
Pour abréger, qu'on me permette de m'en tenir aux quelques notes suivantes de mon carnet :
Le lundi saint, — Je dis la messe dans la chapelle extérieure du Calvaire, dédiée à Notre-Dame des Sept- Douleurs. En cet endroit se tenaient Marie et Jean
pendant que l’on crucifiait Jésus. — Cette après-midi,
n Excellence le écédé des caivas ulat français, le ines, des prètres alotte orientale, s turcs présente de la Basilique, it los ornements ce à l'autel —
placé à l'entrée
von jeta sur le wau Temple — lu Christ. Une e au clergé, au èles.
is à émus! Ah!
» peut entendre + de la mort de
m'en tenir aux t :
lans la chapelle Dame des Scptt Marie et Jean ette après-midi,
nous suivons la procession des Fr Sanctuaires de ln basilique,
ranc ic dins aux dive T's
Le mardi saint, Sainte messe sur le Calvaire, à l'autel du Stabut Mater, Oh ! eu lisant le récit de la Passion ici, est-il possible de retenir nos larmes ?
Le Mercredi saint. — Versles six heures, je descends
au Jardin de Gethsémani, par la rue appelée Vote dou. loureuse ct le torrent du Cédron. Arrivé À la Grotte
brer près de l'endroit traditionnel où Jésus & prouva sa sueur
de PAgonie, ; J'ai le bonheur de célt
de sang... Tmamotion envahit nos âmes dans cette obscure caverne, témoin de 1 l'étrange : agonie du divin M:
demie nous allons véné
ginez-vous quelle vive &
labbattement et de aître. — À nouf heures et
rer, dans la basilique du Saint-
Sépulcre, la colonne de la Flageliation. On la conserve
soigneusement derrière deux grilles de fer, dans la
chapelle dite de l Apparition de Notre- -Seigneur À très sainte Mère, Aujourd'hui, elle doit à tr solennellement. Afin d'év iter]
à sa e exposée a confusion et le désordre, on oblige tout d’abord le peupl
à quitter la chapelle ; j'obtiens la faveur
d'y rester, ainsi que trois autres prêtres, La voici enfin L
& Sainte colonne ! à laquelle Jésus fut attaché ot foue
tté jusqu’au sang | Je m'en approche, je la baise en pleurant, et
5 ù de
1—Eïle est en porphyre et haute de trois pieds seuleme nt,
ayant été brisée par Les Musulmans, en 1551.
reprises, je l’enlace danses bras, me souvenant qu'elle a été empourprée de sang divin. Quel moment précieux !
Le Jeudi saint, — A six heures, Son Exec. le patriarche commence l'office au Suint-Sépulcre, J'ai l’honneur d’être un des douze prêtres en chasuble qui sont comme les témoins de la consécration des saintes Huiles, — A l'issue de la messe, dans toutes les églises, un reposoir richement décoré reçoit en dépôt le Saint Sacrement ; à Jérusalem, le reposoir est le Saint-Sépulere lui-même, Trois fois le cortège fuit le tour du mausolée resplendissant de lumières à l'extérieur comme À l’intérieur ; puis le pontife pénètre dans la chambre sépulcrale, et dépose l’hostie divine dans un tabernacle d'argent massif artistement ciselé et placé pour cette circonstance sur le marbre qui recouvre la pierre où fut couché le Rédempteur. C’est là que demeure jusqu’à l'office du lendemain l’adorable Eucharistie, — A midi, nous allons visiter le Cénacle en souvenir de l’anniversaire dix-neuf fois séculaire de l'institution de l’auguste Sacrement de nos autels. — Un peu plus tard, je revenais au Saïint-Sépulcre pour y monter près de Jésus la garde de la fidélité et de l'amour.
Le Vendredi saint. — Après une autre reposoir, je gravis le Calvaire pour y assister à fonction du jour ; il était six heures. Quel saisisse-
ment !…. L’autel est nu, les cierges éteints, la croix
uvenant qu'elle
LA el moment pré-
Exe, le patriarre, J'ai l’honasuble qui sont on des saintes utes les églises, 1 dépôt le Saint : le Saint-Sépulait le tour du xtéricur comme ans la chambre s un tabernacle lacé pour cette re la pierre où ne demeure jusucharistie, — A en souvenir de l'institution de n peu plus tard, monter près de ur’.
autre y assister à la Quel saisisse-
teints, la croix
dans le tombeau vers les sept heur soûvenir de la descente de de Jésus, il y a ‘haque année Vendredi s:
et au Saint-Sépulcre,
représentation de ces dernièr
À l'heure indiquée, une grande foule se presse dans la
voilée de noir. Au chant de la Passion
impossible de maîtriser larmes,
,ilnous est notre émotion et de re
Le drame terrible dont le dernier Passé ici se renouvelle
tenir nos acte s’est en quelque sorte sous nos yeux :
nous tombons à baisous là pierre froide du C
nous frissonnons, genoux et nous alvaire sans pouvoir com primer nos soupirs et nos sanglots,
A une heure de l'après-midi, nous nous rendons au lrétoire pour y Commencer le chemin de la croix et le sde Jérusalem.
français, À chacune des stations,
continuer dans les rue On prêche, en A trois heures, nous terminons ce pieux exercice
au tombeau même du Christ, C'était À peu près le
moment où, il y a 1893
son esprit entre les mains de Père ! — Seigneur, à Dieu de
ans, Jésus remettait son miséricorde, appliqueznous, à tous, les mérites infinis de votre mort :
de vos souffrances et
Piis adauge gratian Reisque dele criminu.
On croit que le corps du Rédempteur fut déposé
es du soir, — En croix et de l’ensevelissement à Jérusalem, le soir du aint, une imposante Procession au Calvaire d'une frappante
es scènes de la Passion, —
accompagnée
basilique, Nous sorames environ deux cents prêtres en habit de chœur et tenant un flambeau À la main. En tête de la procession, présidée par le révérendissime père Custode de la Terre-Sainte, on porte une croix de bois sur laquelle est fixé un christ presque de grandeur naturelle ; et nous avancons vers le Calvaire en chantant des hymnes lugubres, à peine interrompues par des sermons de circonstance 1, Au somme: du Golgotha, après une vibrante allocution d’un prédicateur français, on reproduit la scène attendrissante de la déposition de la croix. A cette heure de la nuit, et À la lumière tremblante des lampes et des cierges, cette cérémonie nous impressionne vivement ; nous nous croirions transportés au moment de la mort du Fils de Dieu : nous pensons que nous allons assister À sa sépul-
ture... On applique une échelle À la croix de procession
placée le plus près possible de la cavité qui reçut la
vraie Croix : un religieux y monte tenant un marteau et des tenailles. ITenlève d’abord la couronne d'épines, et retire un à un les clous de la main droite et de la main gauche : les bras retombent inertes le long du corps. À chaque coup de marteau, un frémissement irrésistible parcourt lassemblée, En ce moment, des
Franciseains, remplissant l'office de Joseph d’Arima-
1—Dans le parcours entier de la procession, nous arrêtons sept fois pour entendre des sermons prononcés dans des langres différentes : hommage rendu à lPuniversalité de la Rédemption.
IX cents prêtres beau à la main.
:révérendissime rte une croix de jue de grandeur dvaire en chanterrompues par nmc! du Golgoun prédicateur drissante de la de la nuit, et à s cicrges, cette nt ; nous nous mort du Fils de ister À sa sépulix de procession ité qui reçut la ant un marteau ironne d’épines, droite et de la rtes le long du 1 frémissement #e moment, des seph d’Arimam,nous arrètons
s dans des lingres e la Rédemption,
thie et de Nicodème,
tueusement un d
son compatriote, gli ap sous les bras pour le soutenir, jusqu’à ce que les pieds an divin Supplicié soient détachés du gibet ; la tête sanglante s'incline, d’un cadavre sur l'épaule du re et le corps est descendu ] linceul blanc
ssent r'espec-
Comme celle ligieux qui la soutient, entement et déposé qui recouvre l'autel des L'émotion était générale, — Qu ciscains prennent ensuite le descendent avee ]
sur un Grecs.
atre dignitaires fran- S Coins du linceul, et a foule À Ja Dierre de l’Onction, bas du Calvaire, où ils étendent pieusement Je Meurtri du Christ. Aussitôt, le pè d’encens et de myrrhe, ] et l'enveloppe dans Je
en Corps re Custode le couvre
’arrose lessences parfumées
suaire, + me firent sur cette même pierre les disciples fidèles ä
al ensevelirent Jésus, Enfin, nous nous r
endons au Saint-Sépule sacré est couché sur Je mar ferme l'entrée de 1
Vendredi saint.
re ; le cadavre bre du tombeau et lon à Stotte, comme au soir du véritable Il était dix he
ures et demie : Log cierges s'éteignent, e
t nous nous Séparons e
n silence, émus et Consolés tout À ]
a fois ; car ce Sépulere doit bientôt rendre sa Victime vivante, imp
assible, glorieuse, immortelle !
Et sepulchrum us erit gloriosum !
Le Samedi &
int, — Les cérémonies symboliques de la bénédiction du feu nouveau, d
€ l’eau baptismate ct
du cicrge pascal, commencent à six heures et demie. 4 Ce n’est pas À la porte de l'église, mais dans Île sépulcre même du Sauveur, et sur son tombeau, que le patriarche tire d’un caillou, dont il fait jaillir des (tincelles, le feu nouveau, comme pour indiquer que
cest de cette tombe impuissante à garder sa victime,
que partit la lumière qui a éclairé le monde entier.”
On bénit le cierge pascal près de la pierre de l'Onction, et les fonts baptismaux, à l'entrée du Saint-Sépulere. La messe pontificale ne se termine qu’à dix Leures et quart.
Ce soir, je passe la nuit dans la basilique, étant un des six prêtres admis à dire demain la messe de Pâques sur la tombe même du Christ.
Le saint jour de Pâques — Toute la nuit, la basilique et le Saint-Sépulere ont éte splendidement illuminés. Pour cette fête des fêtes, les schismatiques — Grecs, Russes, Arméniens, Cophtes — se joignent aux catholiques et concourent à l’ornementation du temple. — A minuit, nous chantons les Matines au Saint-Sépulere. La messe solennelle, célébrée par le patriarche, conmence à six heures. Mon Dieu ! quelle vive émotion fuit battre nos cœurs, au souvenir de la résurrection de
Notre-Seigneur et de sesapparitions * dès l’aurore !....” Tout à l'heure, nous prions à quelques pas du tombeau divin, dans cet endroit du jardin où Jésus se manifesti
à Marie-Madeleine, quand on nravertit de venir célé-
heures et demie.
ise, mais dans Île son tornbeau, que t il fait jaillir des jour indiquer que garder sa victime, b monde entier.” xierre de l'Onction, tu Saint-Sépulcre.
> dix res et qu'à dix Leure
ilique, étant un basilique, étant
la messe de Pâques
a nuit, la basilique idement illuminés.
smatiques — Grees, oignent aux cathotion du temple. — au Saint-Sépulere.
e patriarche, one elle vive émotion e la résurrection de dès l’aurore !....” ues pas du tombeau 1 Jésus se manifestä
ertit de venir eélé-
ROME ET JÉRUSALEM brer. Je rentre aussitôt d
ans le vestibule du S Sépulere — la
chapelle de Ange icrés À côté du fr fermait le tombe
aint- — je revêts Jos agment de ]
au, ct je vais dire ] de cette dalle en m
Ornements se à pierre qui & nCsse au dessus arbre qui recouvre l’auguste tombe, Saints ravissements de |
‘âme! En vérité, première messe
seule Ja produit quelques-une a fois fortes et douc
d'un prêtre s de ces Commotions à ] CS Qu'on éprouve
au Saint-Sénulcre, Surtout le jour de P
âîques !
** x Après avoir y
ünéré Ja tombe de convenait de v
énérer Ja tomb pied du mont des Olivie
Jésus-Christ, il” e de Marie, sa Mère, au r's,
La Vierge Immaculée, suivant le témoig grandnombre des Pres de l'Eglise naquit à Jérusa'em 1 et non À Nazareth. Après Seigneur, Marie se retira sur le mont Sion « maison de saint Jean, le disciple bienin sua. Selon une vingt-trois
nage du plus
l’Ascension de Notre-
ans Ja aÏMÉ : wccepit cam chronologie sérieuse, elle y demeura uns, C’est-k-dire
Jasqu'au moment mille fois MER e 4 A PENT Où son Âme, plus
Pure que les rayons
du soleil, SON Corps sans t
quitta doucement ache. Saint Denys
1—$, Jean Dumascine LOUS affirme dans une grotte au-dessus de ] de Sainte-Anne, que d'Alger, — Cette
qu'ell: vint aquelle s'élève desserven: Les Pères B] église, À trois nefs, est vr
au Mmcnde aujourd’hui l’église
anCs, Miss'ounaires
aiment belle.
l'Aréopagite déclare qu'il assista à ce bienheureux trépas que le moyen âge appelait la * dormition de Notre- Dame.” Les apôtres déposèrent sa dépouille mortelle dans la grotte sépulerale que nous allons décrire. Cependant, trois Jours après, quand ils ouvrirent sa tombe, ils n’y trouvèrent que des linceuls, et ils entendirent les chœurs des anges chantant la gloire de leur Reine. Le corps immaculé de Marie avait été transporté au séjour de la béatitude éternelle. Telle est la croyance catholique basée sur la tradition et autorisée par l'établissement de la fête de l’Assomption. L'église de l’Assomption, que srinte Hélène construisit au-dessus de la vénérable crypte, est aujourd’hui remplacée par une modeste basilique en forme de eroix Jatine. Un escalier en marbre blanc conduit à la grotte où «opéra le double miracle de la résurrection et de l’assomption anticipée de la très sainte Vierge. À ia vingtième marche, on nous montre deux autels érigés sur lestombeaux de saint Joachim et de sainte Anne |; un autre autel, à main gauche, indiquerait la sépulture de saint Joseph, ‘“ qui, d’après Suarez, à joui de la faveur de la résurrection accordée à plusieurs autres, à l'heure où le Sauveur expirait sur la croix.” Entin 1— Le corps de sainte Anne fut apporté en Provence par Lazare et ses sœurs, et déposé dans la cathédrale d'Apt.— Une
putiedu chef vénérable de saint Joachim est conservée dans l'église des Machabées, à Cologne.
nheureux trépas ition de Notrepouille mortelle allons décrire.
ils ouvrirent sa uls, et ils entenla gloire de leur » avait été translle. Telle est la tion et autorisée mmption.
te Hélène cons- , est aujourd’hui n forme de croix nduit à la grotte surrectior et de e Vierge. À ï eux autels érigés le sainte Anne |; erait la sépulture 7, à joui de la lusieurs autres, à a croix.” Entin té en Provence par
drale d’'Apt.— Une est conservée dans
nous arrivons À l’'édicule, taillé à vif dans le roc ; C’est donc ici que rCposa le corps immaculé de Marie. Le en une banquette funé aire, revêtue marbre qui sert d’autel.
O Marie, patronne de ] nous !
sépulcre consiste d'une plaque de
a bonne mort, priez pour
Le mont des Olivier
8 possède un autre attire irrésistible
ment les pèlerins :
saint Lazare À Béthanie.
fait tressaillir.
sanctuaire qui c’est la tombe de — Béthanic! Ce nom nous Comme Jésus se Plaisait là ses fidèles amis : Lazare Jour le divin Maître Jourdain — ;
» 4 foyer de » Marthe et Madeleine ! — Un — qui était en Pérée, au delà du
ipprend que Lazare est malade, Alors il se dirige vers Béthanic ;
meurt; et même son es
le sépulere e sépulcre, qu
sur ces entrefaites, Lazare idavre était déjà renfe
and Jésus arriva. « Jésus, dit l’évangéliste, frémit..…. Ju
ésus pleura ! ef lacrymatus est Jesus ! ” son cœur, Jésus dit :
‘ Lazare, sortez,” et au même instant
mort”? apparut plein de vie,
L4 rmé dans
N'écoutant que Lazare, veni foras,
“celui qui était L'âme remplie de ces Souvenirs, no Phumble village de Béthanie, abrité par le mont des tions d’oliviers et de
US pénétrons dans
caché an fond du vallon Olivicrs et entouré de plantamüûriers,
À quelque distance des ruines de la maison prédles-
tinée, se rencontre la grotte sépulerale, précédée d’un vestibule comme ceile du Christ. On descend ensuite trois marches pour entrer, par une ouverture basse et difficile, dans la chambre où reposa quatre jours le corps du ressuscité de Béthanie. Avec quelle émotion nous relisons ici l'Evangile qui raconte la scène attendrissante dont ce lieu fut témoin. ‘Jésus, s’écrie Lacordire, ne put refuser au tombeau d’un ami la faiblesse de lattendrissement. 11 frémit, il se trouble ; et enfin comme l’un de nous, il pleure. Saints frémissements, humble trouble, larmes précieuses qui nous prouvaient que notre Dieu était sensible comme nous, et qui nous permettaient de pleurer aussi un jour dans nos joies et dans nos amitiés.”
Avant de quitter Jérusalem, jetons un dernier coup d'œil sur la Ville Sainte, et, pour la mieux connaître, parcourons-en les divers quarticrs.
Jomme toutes les villes orientales, l'antique Sion plaît et éblouit.… à distance. 4“ Placée comme Paire d’une famille d’aigles, au centre des montagnes de la Judée, avec ses sept portes hautes et voûtées, les tours aux flancs, les créneaux au front, abritée par le panache ondoyant de ses palmiers, avec ses minarets dont la flèche aiguë déchire l’azur profond de son ciel, les
hautes terrasses de ses maisons où s’agite tout un monde
précédée d’un lescend ensuite erture basse et e jours le corps e émotion nous cène attendris- , s'écrie Lacoruni la faiblesse ouble ; et enfin frémissements, ous prouvaient us, ét qui nous ans nos joies et
n dernier coup
eux connaître,
l'antique Sion e comme l'aire ontagnes de la ûtées, les tours » par le panache inarets dont la le son ciel, les
> tout un monde
FOME ET JÉRUSALEM 45È
de femmes et d'enfants, et sa splendide mosquée d'Oinar ;
baignée dans les ondes limpides d’une éblouissante
lumière, environnée de
ces collines illustres où Jésus imprima la trace de
ses pieds,” telle nous apparaît
encore Jérusalem, et en la voyant nous serions tentés
de nous écrier avec le poète :
een Quelle Jérusalem nouvelle Sort du sein du désert, brillante de clartés,
Et porte sur son front une marque immortelle !
Hélas ! dès les premiers pas que nous faisons dans
a Judée, l'illusion n’est plus possible, Ce sont Partout des rues
tueuses, souvent voñtées, tr
l’ancienne Capitale de ]
sales, étroites, torès mal pavées, et disposées,
en forme d’escaliers. Aucune voiture n’y peut circuler ;
dans certains Quartiers,
mais, en re anche, nous cou-
doyons, À tout instant, un bizarre mélange d’Arabes,
de Tures, de Grecs, d'Arméniens, dE
thiopiens, de Russes, de Juifs ct de Fr
ancs, au milieu desquels cireulent librement chameaux, ânes, chèvres et chiens errants. De chaque côté de Vous, Vous apercevez, avec
ane sorte de stupeur, une double rangée de masuras
hideuses et d’échoppes ré ugnantes. La plupart de ces } Le]
Maisons ressemblent à des prisons, grâce À leurs portes basses et bardées de for, À leurs rares fenêtres discrète-
ment grillées et munies demaracharabiehs ou treillis en
bois qui permettent de voir sans être vu.
échelonnés sur votre Passage sont encore plus hideux
Les bauzars
À voir. Voûtés et ne recevant le jour que par des lucarnes cireulaires, ils sont obscurs, mal entretenus, infects et remplis d’une foule dégucnillée qui crie, hurle, gesticule et vous bouscule sans façon, pendant que des ânes ou des chameaux vous heurtent avec non moins de grâce et d’aplomb. — Tel est l'aspect actuel de l’opulente cité de David : viæ Sion lugent !
Bien que le gouvernement ture ne tienne pas d'état civil, il est permis d'évaluer approximativement la population de Jérusalem à 25,000 habitants : 12,000 Juits, 7,000 Musulmans, 4,000 schismatiques, 2,000 atholiques. Ces peuples divers résident dans trois quartiers parfaitement distincts : le quartier chrétien est aux environs du Calvaire ; le quartier arménien, sur le mont Sion ; le quartier juif, resserré entre le mont Sion et le Moriah ; enfin, le quartier musulman couvre le mont Bézétha et les environs, au nord-est de le ville.
k* x On aimera sans doute À connaître les us et cou-
tumes de ces pays lointains, dans lesquels se reflète
comme un müaye des temps bibliques. Le fait est que
l'Orient ne change pas: son immobilité est même passée en proverbe. Et voilà pourquoi les usages, les habitations, les vêtements, etc, sont à peu près les mêmes aujourd’hui qu'à l’époque des patriarehes et
des apôtres.
ar que par des mal entretenus, nillée qui crie, façon, pendant urtent avec non : l’aspect actuel lugent !
ienne pas d'état imativement la bitants : 12,000 matiques, 2,000 lent dans trois quartier chrétien artier arménien, resserré entre le artier musulman
s, au nord-est de
» les us et coua A
squels se reflète
Le fait est que
bilité est même
ni les usages, les
à peu près Îles
s patriarches et
————— — =—— = | LÉGENDE
Le Bourg de Béthanie, situé à environ 15 stades (une petite lieue) à l'Est de Jérusalem, est réduit | aujourd'hui À un misérable village de 300 habitants, | à peine, et tous musulmans,
| TompEau pe LAZARE,—On | escalier qui fut construit, il y | par les Franciscaine de Te | Musulmans élevèrent
| y descend par un a près de six cents ans, rre Sainte, lorsque les une Mosquée sur l'entrée | | primitive, afin d'empêcher les Chrétiens d’ visiter ce saint Lieu. Après avoir descendu, avec | beaucoup de difficulté, 24 marches toutes usées, on | arrive dans l’antichambre du vénérable Tombeau. ! | C’est dans cette chambre longue d'environ 10 pied | ; SUT autant de large que se trouvait le divin Sauveur | | lorsqu'il Commanda d’ôter la picrre et qu’il cria d’une voix forte : Lazare, veni forus. De là, on descend par | | trois marches dans la Chumbre Sépulcrale. Elle a les | | mêmes dimensions que la première, et la voûte en | est légèrement Ogivale. Autrefois, le Tombeau de. | Lazare était entièrement creusé dans la pierre ;| | mais cette picrre, qui s’est décomposée avec le temps, | |ne pouvant plus offrir une assez grande résistance, | | les Croisés, afin de Pouvoir asseoir une église | au-dessus, ont été obligés de soutenir la masse par | [une forte maçonnerie ; C’est ce qui explique la voûte | qu’on y voit encore.—({Guide Indic.).
—La Gravure montre les grandes ruines d’une | ancienne tour, C’est la tour qui fortifiait autrefois le [couvent des Bénédictines, bâtie là par la reine
Melissende, femme de Foulques d'Anjou,
aller
uj < D le @ u C) u > Cd
VUE DE BETHANIE.
Ainsi, comme autrefois, chaque maison est surmontée d'une terrasse, le solarium, souvent mentionné dans l'Ecriture, On NY promène le soir, et ON y passe la nuit en été. De là cette locution fréquente dans les Livres saints : 4 monter sur les toits, prêcher sur les toits.” — Pour tout Oriental qui dort dans sa maison, la lampe de nuit est de rigueur, Salomon fuit allusion à cette veilleuse, quand il parle de ln femme forte : Sa lampe ne s'éteint pas durant la nuit.” L'hospitalité dont l'Orient est la terre natale, S'y exerce comme au temps d'Abraham ct avec le même cérémonial (Gen. XVII). On offre des pains cuits sous la cendre, semblables à ceux que Sara prépara aux trois célestes visiteurs, De même, aux repas, les ablutions se pratiquent forcément ; Car, chez ces braves gens, vous ne trouvez ni couteaux, ni fourchettes, ni cuillers, — Dans la Genèse, nous Voyons qu'Eliézer offrit des présents à Rébecca, en la prenant pour fiancée de son maître Isaac, Telle est encore la coutume du pays : Ja fiancée n'apporte pas de dot, mais le fiancé remet aux Parents de celle qu'il désire une somme d'argent déterminée, On ne peut donc pas dire, absolument parlant, que les Arabes achètent leurs femmes, Ce qu'on peut, par exemple, affirmer, c'est que l'époux ne pouvant jamais voir la figure voilée de sa future
qu'après le mariage, il éprouve assez souvent une
déception semblable à celle de Jacob, N°est-il Pas vrai
que celui-ci s’aperçut trop tard qu’on lui avait donné Lya aux yeux chassieux en place de la belle Rachel ? — Chez les Hébreux, les funérailles étaient accompagnées de lamentations bruyantes. Aujourd’hui encore, des pleureuses À gages suivent les convois funèbres en poussant des cris perçants, des lou lou lou à fendre l'âme et à réveiller les morts! Pareillement, on à conservé l'habitude de blanchir les tombeaux à la chaux : usage qui remonte bien haut, puisque le Sauveur compara les Pharisiens à des ‘ sépuleres blanchis” (Matth. XXIIL.). — Même fixité pour les vêtements. Le turban, le burnous, le manteau de poil de chameau, c’est tout l’accoutrement des Arabes modernes eomme des anciens Juifs. Quant aux femmes, elles portent une longue tunique ceinte à la taille, et un grand voile-manteau couvrant les cheveux, encadrant le visage et enveloppant tout le corps : telles les anciennes Juives représentées dans les madones de saint Luc.
Les Orientaux portent tous la barbe : pour eux, cet ornement viril est le signe de la dignité, de l'autorité et de la liberté. Parfois même ilarrive que la maîtresse de la maison, pour honorer le visiteur, vient lui asperger la barbe d’eau de roses. Or, ce culte — qui peut nous paraître étrange — date de loin. Le Lévitique défendait aux Israélites et notamment aux prêtres de
se raser, peut-être dans le but de séparer davantage le
lui avait donné à belle Rachel ?
taient accompaurd’hui encore, nvois funèbres lou lou à fendre eillement, on à tombeaux à la ut, puisque le des ‘ sépuleres fixité pour les nanteau de poil nt des Arabes ant aux femmes, e à la taille, et veux, encadrant orps : telles les les madones de
: pour eux, cet té, de l'autorité que la maîtresse teur, vient lui r, ce culte — qui in. Le Lévitique t aux prêtres de rer davantage le
euple de Dieu des Egyptiens ul SYy1 Eu,
monnments, sont toujours figurés sans barbe ou avec un tout petit pine
comme dernière cit
dans les anciens
eau tressé sur le menton. Enfin, ation biblique, le prophète-roi nous dit que l'union des frères habitant sous le même toit est quelque chose de suave, comme le parfum qui coule sur la barbe d’ Aaron * (Ps. 82, 1, 2.)
) 9 —.)e Terminons ce croquis de mœurs Par un mot sur le Ramadan ou earôme tur par le- Coran, le
l’abrégé de leurs
Le Ramadan est prescrit livre par excellence des Arabes, Croyances religieuses, Le Coran est “une rapsodie fastidieuse de six mille vers, publiée en langue arabe, deux ans après la (Mohammed) en 634.
histoires plus où moins
mort du prophète Là sont entassés Pêle-mêle des altérées de la Bible, des fables de l’Inde, des contes arabes ; mais la base de l’islamisme, selon la remarque de Grotins, cst. toute biblique. Comme un fleuve bourbeux dont les Caux troublées roulent néanmoins des paillettes d’or, le Coran a conservé quelques vérités essentielles, mêlées 4 des
doctrines ridicules. Au christianisme il a emprunté l'unité de Dieu, quoiqu'il repousse la Trinit
6 ; l'obliga.
tion de la prière,
et il l’impose cinq fois par jour :
"ne contrefaçon du jeûne chrétien dans e
elui du Ramazan ou Ramadan, qui défend 1
a nourriture pendant
le jour, mais autorise l’orgie pendant la nuit, ete.” Or,
our ne signaler que ce oint, ] 5 1 ;
‘obligation d'observer
AE ER RAR aa Rain au am annees ” Fe raser se s on nn MR
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456 ROME ET JÉRUSALEM le Ramadan à la lettre est si stricte qu'il y a peine &e mort contre tout transgresseur de la loi. —Soit, mais on le devine :
IL est avec le ciel des accommodements.
Un Arabe a-til enfreint par hasard quelques-unes de ces prescriptions draconiennes, il lui suffira pour entrer aussitôt en grâce avec Allah et son prophète de se laver les doigts et de tremper les lèvres dans l’eau. En vérité, À voir ces braves gens s’'administrer tant d'ablutions, on s'aperçoit vite que le scrupule n’est pas leur défaut dominant. — Hélas ! quand donc les Musulmans ouvriront-ile les yeux à la lumière de l'Evangile ? C’est le secret de Dieu.
Vous serait-il agréable de faire connaissance avec Son Excellence le pacha de Jérusalem — un pacha à deux queues, s’il vous plaît, grâce À son titre de gouverneur? Suivez-nous alors au sérail. Au seuil du palais, les soldats tures répondent à nos saluts par des salamalecs des plus encourageants. D'autre part, le secrétaire-interprète du gouvernement — M. Bsciara IHubid — nous reçoit dans son divan avec une exquise
amabilité. Un quart d'heure après, nous passions dans
le divan de Son Excellence Mutasenef (gouverneur)
Ibrahim-Hahikki-pascia. A notre vue, le pacha se
lève, nous donne une poignée de mains et ne s’assieil
qu'il y a peine «de 1 loi. — Soit, mais
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MOI=S de février, que Je désirais beaucoup, depuis ce mome V | è Oo t: es
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de Sa Majesté le Sultan...” 4 Oh! ré ] : 1: répond-il en
frs A1 à TIR ançais, Je suis heureux et flatté de vot isi | ) re visite, at-il longtemps eue vous êtes e Palesti “TU Y } es en Palestine ?” __.« mois, Excellence.” — «y - POIs ES + —“* Vous avez parcouru le pays ?” Parfaitement, depuis Nas j ” not , S Nazareth jusqu’à Jéricho : et 18 n'AVOns que des .
es lou: à fair ne. Ï k uanges À faire de vos sujets ; ; IS eUX-Mmêmes ont poussé la bienveillan Le Es ance Jusqu'à nous laisser la vie sauve !” — À la bonne] 18q [9 ne heure ditil en s 7— i ; à aura “Y a-t.il longtemps, Excellence que v | i . «7 que vous êtes gouverneur de Jérusalem ? ” __ « T ans seulement,” — « ie de L Vous avez sans doute l'autorité a Ma]jes ) :
si ajesté le Sultan (Abdul-ITamid) ?” A pe t mais s'agit-il de conflits religi + vu pe. nflits religieux ou de questions inte nationale: s 5 Ë 4°e8, NOUS en appelons au Sultan, ou à la Sobi: PR » OÙ à la Sublime
Pour tout di | : ( LV L) € Q t dire, le pacha se met à notre disposition 3 ?
lui et se ( Î ,. S@ 20 ù ps S Cas, si nous voulons visiter la mosqué ŒOmar. Bien plus, i 1 eh, ë Bien plus, il nous offre le café et lenarghi Il va sans dire que nous déclh vs ‘Hnons respectueuser ne e isement leur— pour ne pas exposer Son Excellence à manquer au R: Rèn anquer au Ramadan, et nous nous retirons enchanté de notre visite,
Nous ne voulons pas quitter la Palestine sans payer
un juste tribut d'hommage aux RR. PP. Franciscains,
gardiens séculaires des Lieux Saints. Comme ils méritent bien leur glorieux surnom de ‘ Pères de Terre- Sainte ! ” L'histoire, 60 Bulles des Souverains Pontifes, plus de 100 firmans proclament qu'aux Frères Mineurs seuls revient l'honneur d’avoir conservé les Lieux Saints. Mais au prix de quels sacrifices, de quels travaux, de quel martyre! Quelle énergie ils ont dû déployer pour garder, pendant plus de six cents ans, et la roche du Calvaire, et le Jardin de Gethsémani, et les grottes de Betlléem et de Nazareth! “Sans eux, observe M. Guérin, la France de Charlemagne, de Godfroy de Bouillon et de saint Louis eût vainement cherché À exercer son protectorat séculaire sur des sanctuaires que les catholiques auraient renoncé à visiter : etiln’y aurait plus eu de garde d'honneur entretenue par l'Eglise autour du tombeau de son divin Fondateur.” Et ils continuent à remplir avec un dévouement infatigable leur belle et héroïque mission : défendre et conserver les Lieux consacrés par la vie, les miracles et la mort de l’Iomme-Dieu ; recevoir les pèlerins qui visitent iu Palestine, leur procurant tous les secours spirituels et matériels qui sont en leur pouvoir ; prècher l'Evangile et exercer le saint ministère au milieu des
nations infidèles qui les entourent. — Honneur donc
lestine sans payer PP, Franciscains, Comme ils méri- & Pères de Terreouverains Pontifes, ux Frères Mineurs vé les Lieux Saints.
quels travaux, de & dù déployer pour ns, et la roche du i, et les grottes de s eux, observe M.
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aux Pères de Terre-S
ainte ! Honneur aux Croisés !
nouveaux #*x
Cependant, il nous faut songer au départ ; c’était le
cinq avril. Avec quel serrement de cœur nous disons
adieu à Jérusalem, adieu au Calv
aire, adien au Saint- Sépulcre !
Au moment où nous a porte de Jaffà, le soleil se levait derrière le mont des Oliviers, iluminant le dôme de l2 mosquée d'Omar, la coupole
de la basilique du Saint-Sépuler entière. L’Âme remplie d’une
sortions de la ville par 1
€, puis Jérusalem tout profonde mélancolie, Ville Sainte, redisant S n Captivité :
nous saluons une dernière fois la avec les Hébreux traîné
“0 Jérusalem, si je t'oublie, devienne inutile et che À mon palais
que ma main droite
sans force ! Que ma langue s’atta.
> Si je ne me souviens pas de toi tous les jours de ma vie
LE
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