‹ Rome et la JudéeChapitre 10 sur 64 · ÉTAT DU PEUPLE JUIF AVANT LE RÈGNE DE NËRON · texte numérisé non relu

ÉTAT DU PEUPLE JUIF AVANT LE RÈGNE DE NËRON

Koliia audira verba piophctarum iKcenUttnn yobit. JXmk servielis régi BabvIoiiU; (pilt nwmkeiwn igék

loquuntur volnç.

^Vcoutcz point les paroles des prophi-tcii qui voue diflent : vous ne serei point assujetti» au roi de D«brlone ; car ce qnlb vous disent n'est qoe meosonfe.

Jérémie, iivn, H.

Dans un coin du monde, mais dans le coin du monde que

Ift Sauveur avait (Irsi^né, la prophétie couuiKMirait à s'accomplir d'une manière plus particulière. L'attente était plus vive et l'orage plus imminent.

Pour faire connaître les Juifs de cette époque, il n'y a pas, l'c me semble, de meilleur type que les Juifs d'aujourd'hui. Bien différents sans doute et par la croyance et parles moeurs, leur situation politique me parait singulièrement analogue.

Alors, comme aujourd'hui, en effet, et depuis près de trois siècles, la nation juive avait commence d'être cet étrange

n ROME ET LÀ JUDÉE.

peuple que nous connaissons, si cosmopolite et en même temps si distinct. Hors de Tempire romain, de nombreuses colonies israélites, ti aiispoi téos jadis par Nabuchodonosor, et qui s'étaient implantées dans la terre d'exil, remplissaient laBabylonie, la Médie, la Perse même; d'autres avaient poussé jusqu*à la Chine : la première migration juive dans Tempirc chinois est antérieure de trois siècles au moins au temps dont nous parlons ^ Dans l'empire romain, les Juifs, que les Ptolémées avaient emmenés comme leurs prisonniers et dont ils avaient ensuite fait leurs soldats, nombreux à Alexandrie et dans toute TK^ypte, s'étaient répandus de là sur la côlc afi'icaine, dans la Gyrénaïque et la Libye. La commune domination des Séleuddes, le goût du commerce, une activité intelligente et dévouée au service des vainqueurs, avaient ouvert aux Juifs delà Terre-Sainte leclicmiii de la Syrie et de l'Asie Mineure; de là ils avaient gagné l'ile de Chypre, la Grèce, la Crète, rilalie; la communauté juive de Rome devait sa première origine aux captifs ramenés par Pompée. Dans toute la partie orientale de l'Empire, la plupart des villes avaient leur quartier juif, et la synagogue se dressait ù coté du temple païen*.

Alors aussi, comme aujourd'hui, ce peuple, disséminé à de

* Sous la dynastie Tcbcou, qui régna de 1329 à iaO avant J. C. Il y eut une nouTelle immigration juivo sous la dynastie Uan et Tcmpercur Uiiig-Ti (&8-75 après J. C ). Voyez Duhaltle, Descriptim de Vempire chinois, t. II; — Lettres édi/ianle* et curieuses, t. Vil. — Trig:i1t, De exped. Sinieâ. — Semedo, fSeltâione délia ChùM. Un Israélites de la Chioç appartiendraient aux dix tribus» selon Uanneberg, Histoire de la liêoélation biblique.

* Act. Apost., Il, 9, 10. Il nV a pas sur toute la teirc i:o peuple chex qui nliabitent quelques-uns des TÔtres, dit Agrippa ai;x Juifs. Jos. de B., ii* S8 (16, 4).-* De méinc, vu, 8 (3, 5). Pliilon., Delegatione, 16. — Tadie, Hist.f y, 9 ; et on gcncial, Just, Histoire des hraéliles depuis les UU" c/io^^es. — Selou Pliilon {De légat.), il y avait on Asie (dans TAsie Ui* neure) presque autant de Juifs que d*indigèt!es.

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telles distanœsy n'avait plus le lien d'une langue commune. L'idiome, ce signe persistant des nationalités, s*est toujours

aisément effacé pour la nationalité hébraïque : trafiquant et usurier, le juif parlera volontiers la langue du peuple avec lequel il traite et se dépouillera sans regret de la sienne. Au temps de Moïse, nous le voyons parler un idfome analogue à celui des IMiéniciens. Au temps de la captivité de Dabylone, cet idiome, l'hébreu proprement dit, devient une langue morte, et le dialdaîque, que les Juifs ont appris à Babylone, lui succède dans les écrits mêmes des prophètes ; lorsque, dans la syna^^ogue, le rabbin lit le Pentateuque, il a près de lui un interprète qui le traduit en chaldaïque pour lusage du peuple. Enfln, sous Fempire romain, le chaldaique, toujours usité parmi les Juifs de la Terre-Sainte, devient à son tour une langue morte pour ceux qui sont dispei*sés au dclioi'S. Alors, comme aujourd hui, ils n'avaient d'idiome national qu'à titre d'idiomeliturgiqueousavant; la langue qulls parlaient était la languedu pays qu'ils habitaient *. Neuf ou dix millions de Juifs qui existaient à celte époque pouvaient bien parler unecinquantaine de langues, de môme que les quatre millions de Juifs qui existent aujourd'hui en parlent au moins une centaine.

Et, enfin, nous pouvons ajouter, quoique la situation religieuse fût bien différente, qu'en ce temps comme dans le nôtre ce peuple dispei'sé voyait s'affaiblir pour lui le lien même de la religion. U s'en fallait de beaucoup que la race juive fût une, religieusement parlant. Tous sans doute vénéraient le nom et la loi de Moïse, presque tous le saccrdcu o et le temple de Jérusalem; mais Moïse, son temple, sa loi, son sacerdoce, ne faisaient plus qu'une portion dominante, sans doute, mais une portion de la religion judaïque. Depuis

* Act. apoiit., Il, C, 1 1 .

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déjà cinq siècles, s'il faut le faire remonter jusqu'à Esdi'as, comme le prétendent les rabbins, renseignement rabbinique était venu suppléer, expliquer, parfois aussi compliquer et subtiliser la loi; la synagogue s'était élovt'C au pied du sanctuaire, le rabbin avait pris place au-dessous du prêtre ; des rites secondaires, une religion domestique et, pour ainsi dire, municipale, avaient réuniles Juif^ en dehors des rites solennels et légaux qui se célébraient dans la seule Jérusalem et dans le seul temple. Mais ce culte et cet enseignement des synagogues, moins légitime et moins défini, fondé sur Tautorité tout luunaiue de quelques docteurs, n*était ni partout le même, ni accepté également partout. L'hérésie samaritaine avait protesté, et, dressant sur la montagne de Garizim un temple qui fut depuis abattu par les Juife, elle s'était séparée de Jérusalem et du sacerdoce, au point de s'approcher de l'idolâtrie : les Samaritains furent pour les Juii's d éternels et d'irréconciliables ennemis, donnant et recevantranatliéme. Les Juife d'Egypte, de leur c6té, avaient dressé à Héliopolis un temple rival de celui de Jérusalem : c'est là ([u'affluaient leurs offrandes au lieu d'aller, conmie celles des auti'cs Israélites, grossir le trésor de Sion^ ; leurs docteurs, plus philosophes que rabbins, grecs parla langue et parFesprit, platonisaicnt Moïse, et étaient pour le rabbinisme de la Judée des inconnus, des étrangers, sinon des schismatiques. Les Juifs d'au delà de TEuphrate, ceux de la Perse, acceptaientils renseignement des rabbins de Jérusalem? Nous ne le savons pas, et dans les synagogues chinoises aucune trace des traditions rabbiniqn es ne se retrouve.

Mais eux-mêmes, les rabbins de Jérusalem, anathémati-

' Sur ce temple, bâti \k\v le grand piètre Onias. voii- la prophétie irisaïe, XIX, 18 et suivants; Joseiili., Anl., xii, 15 (9, 7), xiii 6 (5, 1-5); de Bello, VII, 57 (10, 5, 4); et les rabbins.

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sant la montagne de Garïiim, tenani pour sdibniatîqiie le temple d'HéKopolis, n^étaient pas moms divisés les uns contre

les autres. Le saddiicêismc, sorte de protestantisme judaïque, rejetait toute tradition, ne voulait s'en tenir qu^au texte du Pentateuque, niait la doctrine de Tautre >rie parce qu'U ne la trouvait pas assez formellement articulée dans Moise ; ces fanatiques de la loi écrite penchaient cependant vers le paganisme, de même que les protestants, ces fanatiques de rileriture sainte, ont bien vite penché vers le déisme. Les doctrines secrètes de la kabbale, venues en droite ligne de Moïse selon les uns, du paganisme égyptien ou oriental selon les autres, tenaient par leurs fables mytliologiques, par leurs l'édts d*anges ou de démons^ par leur magie, par leurs prétendus prodiges, les âmes inquiètes et les imaginations en éveil. Le pharisaïsme enfm, la doctrine dominante dans le judaïsme, ceUe qui pouvait passer pour linterprète orthodoxe et authentique de la loi, celle qui menait le peuple, celle qui gardait les abords du temple, celle qui prêchait dans la plupart des synagogues el qui enseignait dans la plupart des écoles; celle-là, moins occupée de sa vérité que de sa grandeur, effaçait peu à peu le nom de Moïse pour cdui de son rabbin Hillel, le temple pour l'école, le sacerdoce pour le doctoral, la Bible pour ses commentaires; elle ne faussait peut-être point la loi; mais elle se l'appropriait. Gomme a dit le Sauveur : < elle tenait la def de hi science, mais elle n'y entrait point et n'y laissait pas entrer*. »

Tous ces traits, du reste, loin d'être étrangers au judaïsme actuel, sont chez lui bien plus marqués. Car alors, du moins, il y avait dans la syna gogue une autorité, une, puissante, vénérée, privilégiée de Dieu. Le Seigneur disait alors : « LesPha-

* Lue, v, 5S.

nsiens sont assis sur la diaire de Moïse, éooulei4es, » quelque

peu digne d'estime que fôl en elle-même la personne des IMiarisicns. Aujourd'liui que celle autorité n'existe plus, que la chaire de Moise est vide, qu'il des s^gogues et non pas la synagogue ; aujourd'hui bien plus que jamais, toutes les diversités, toutes les erreurs, toutes les incrédulités, s'y logent à leur gré. 11 y a aujourd'hui, au lieu desadducéeus, des Juife caraîtes qui n'acceptent que la lettre pure du Pentateuque ; au lîèu de pharisiens , des Juii^ talmudistes qui vénèrent la Miscluia et la Ghemare bien au-dessus de la liible ; au lieu de Juifs philosophes ou platouisants, des Juifs rationalistes qui, faisant un cas égal du Pentateuque et du Thalmud, croient peu en Dieu, pas du tout en Moïse, et sont Juifs en ce seul sens qu'ils ne sont pas Chrétiens*. Aujourd hui, comme alors, les diiférences d*origine et de langue deviennent des dissentiments religieux ; dans la Hollande, ce paradb des Israélites, les noms de Juifs allemands et de Juifs portugais représentent des nations, des synagogues, des rites séparés. 11 est naturel sans doute que, depuis dix-huit cents ans qu'il n'y a plus de temple ni de sacerdoce, on aille plus loin (jn'on n allait jadis, et que l'on se croie très-bon Juif en refusant toute foi à rhispiralion de Moïse. Mais, même il y a dix-huit cents ans , bien que vénérant en commun le sacerdoce et le Temple, envoyant son or au sanctuaire, allant en pèlerinage pour la Tûque, on n*eu était pas moins partagé par de profondes dissidences. Le

' « Dans une réunion d'Israrlites notables, poni la reforme du culte du judaÏMne... on disiuita beauiouj)... on lit valoir toute esjuHe de. cou.sidrrations; on n'en oubli.» qu'une seule : la loi de Dieu... Je ne sache pas inèiiuî que le nom de Dieu ail été prononcé une seule fois, pas plus (jue h; nom de Moïsi', ni le nom de la Bible. >» Conversion de M. [ialisbonnc raconlcc par lui-même, Paris, 184*2, p. 21.

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eu. IV LB PEDPLB JUIF AYANT LB RfiGNB DB NfiBON. 77

judaïsme était divisé moins qu'aujourd'hui, mais comme aujourd'hui.

Et cependant, alors et même aujourd'hui, malgré toutes

CCS différences de contrée, d'idiome, de rite, de tradition, d'école, de doctrine; malgré des dissentiments qui allaient parfois jusqu'à l'anathème; ce peuple étrange demeurait complétefnent lui, communiquait plus qu'ilnes'acoordaitd*unboutdu monde à l'autre; mêlé partout aux infidèles, se distinguait d'eux partout, gardait son sang intact et ne s*alliait point avec eux. 11 ne renonçait alors nuUe part, comme il commence à y renoncer aujourd'hui, aux sabbats, à la circoncision, à l'abstinence des viandes, ces signes de nationalité autant que de croyance ; il n'abdiquait nulle part, comme il le fait en notre siéde, son nom méprisé de Juif: opmîâtrément fidèle, je ne dirai pas à sa religion, mais à sa race; lidèle, malgré les idoles et aussi malgré l'Évangile, malgré les ténèbres et malgré la lumière, malgré les mépris et malgré les avertissements, malgré la persécution et malgré la tolérance ; Juif entêté, Juif ignorant, Juif insensé, Juif hétérodoxe, Juif philosophe, Juif incrédule, Juif athée, mais toujours Juif..

A toutes ces analogies entre les deux époques, s'en ajoute . une autre. Alors» comme de notre temps, le peuple juif n'avait d'exbtence politique nulle part; et néanmoins, alors, comme de notre temps, il ne laissait pas que d*étre libre, riche cl môme puissant.

La nation juive, au commencement de l'empire romain, était sans doute, comme toutes les nations de l'empire, dépendante et soumise; mais, dans les limites de cette dépendance, elle ne manquait ni d'importance ni de liberté. La soumission ù Rome avait été acceptéepar elle. A cette époque, les docteurs n'avaient pas encore découvert dans les Livres saints le secret de ce fanatisme politique qui, depuis, fit du joug

78 AOME ET U JUDÉE.

étranger un sacrilège et de la soumission une impiété. Ils avaient trouvé, au contraire, dans l'exemple des prophètes, dans le langage etla vie de JérémieS cette leçon, qu'il est des jours oèTorgueil national doit fléchir, bien qu*avec dohleur, et adorer dans le sceptre du vaiiKiueiu' la verge de Dieu. Israël avait plié sous Véj^ de T)(abuciiodonosor, destructeur du temple; à plus forte raison avait-il dû plier sous te main de Pompée qui laissa debout le Temple, et devant cette puissance romaine que Dnniel avait prédite et qui devait amener les jours du Messie. Israël était moins un peuple politique qu*un peuple religieux; il avait combattu contre Antiochus, parce qu'Antiochus menaçait sa foi; mais il avait subi toute domination, cliaidéeQne,persique, gi^ecque, égyptiennè, romaine, quand elle respectait le sanctuaire ; pendant ses quinie siècles d'eidstence, on peut à peine compter quatre siècles consécutifs de coniplétc liberté*.

Rome s'était donc vue maiti^esse; elle avait pu donner un roi à la Judée et la gouverner par la main d*un des Hérodes ; elle avait pu également faire delà Judée une de ses provinces et y envoyer à titre de procurateur un alfranclii de César. La Judée avait tout accepté. 11 y a plus, et après la mort d'Uérode le Grand, ce que huit mille Juifs habitant Rome étaient venus demander solenncllcnienl à Auguste, c'est que cette royauté soi-disant judaïque des Hérodes eût un terme, et que la Judée redevint purement et simplement province romaine. 11 y a plus encore, et dans les rares moments où la puissance romaine s'oublia jusqu'à s'a.tta(]ner à la religion judaïque, alors même elle ne rencontra qu'une résistance passive.

* Jérémie, 3avu.

* Agrippa dit aux Juife : Vous, diet qui la soumission est une tradition kéréditaire : Cl tô fu» ^muK&w» U èio^v^ik iratpnXiifo'Tt;. Jos.» de BelUf, ii,S8(il»6).

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CH. IV. — LE PEUPLE JUIF AVAi>iT LE BÈiiNfi DE KÉAON. 79

Quand un Pilate voulut montrer dans Jérusalem les drapeaux idolâ triques des légions, lorsqu'un Galigula prétendit placer sa statue .^ans le sanctuaire, Juda ne prît pas les armes : il combattit non par la révolte, mais par la supplication et le deuil; il vint se prosterner, couvert de cendres, se roulant sous les pas des soldats, jetant ses enfants sous les pieds des dievaux, tendant sa gorge à l'épée, mais ne se servant pas de répée. La puissance romaine recula par deux fois, non devant la révolte, mais devant cette soumission dans le désespoir.

Mais la patience juive fut rarement mise à de telles épreuves. En général, Rome rendait en tolérance ce qu'elle recevait en soumission, et le culte jui! n'était pas moins libre alors qu'il ne Test aujourd'hui. Les peuples de l'empire pouvaient haïr les Juife, les poètes se raîUer de ces écordiés, comme ils les appelaient, les Iiistoriens défignrer par mille erreurs le récit de leur origine. Les capitaines, les honnnes d'Etat, les savants même de Aome, prenaient au séheux une doctrine et une race qui s'étendaient aux deux bouts du monde. Rome avait toutes les sagesses de la paix, comme toutes les hardiesses de la guerre. Elle n'avait point cet esprit lollement unitaire d'un Antiochus, qui veut « que tous les peuples de ses États n*en fassent plus qu'un et que chacun abandonne sa loi particulière ^ » Elle croyait faire un sage calcul en laissant aux peuples, de leur vie propre» tout ce qu'elle pouvait leur en laisser sans péril.

Elle avait donc consenti de bonne grâce à respecter le Temple, les sacrifices, la prêtrise judaïques ; elle n'avait pas mis un faux amour-propre à déployer sur la terre dlsraêl les étendards de ses légions ; elle permettait qu'ils n'entrassent

> I Hadiab., n, 43.

80 ROME ET U JUOËE.

rpie voilés à Jérusalem pour que les yeux israélites ne fussent

pas choqués par la vue des images idolàtriques des empereurs. Quand des pai^ plagient insidieusementJi'iiiiage de César dans une synagogue juive, c'était le proconsul de César qui l'en faisait retirer. Rome se faisait contre les siens la gardienne du sanctuaire de Jérusalem, et des inscriptions grec^es et latines, placées à l'entrée de la cour réservée aux Israélites, avertissaient les païens de ne pas franchir cette enceinte sous peine de mort*. Rome allait jusqu'à dispenser les Juifs du service militaire, pour qu'ils n'eussent pas le chagrin de suivre des enseignes idolàtriques*. Rome prenait sous sa protection les envois d'or que les Juife faisaient de toutes parts au Temple, et, dès le temps de la république, ç avait été un chef d'accusation contre un magistrat romain en Asie d*en avoir empêché l'exportation*. La conscience juive, chatouilleuse et fière, se faisait respecter jusque dans ses scriq)ules. Quand Pilate ose altiicher aux murailles d'un pakis des boucliers d'or consacrés à Tibère et marqués seulement de son nom, les Juifs réclament devant rempereur contre cette adulation envers l'empereur, et Pilate est réprimandé*.

La tolérance allait même jusqu'à l'hommage. Pompée, dans Temportement de sa victoire, avait pu forcer le sanc-

' Jos., de Belle, vr, 10 (2, 4).

^ C'est ce que lit Agrippa pour les Juifs dlouic. Jos., ilft^., m 3 (2, 3).

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