CHAP. III. — LES HÉRÉSIES
se fût arrêtée à les entendre, que fùt-elie devenue? Les uns l'eussent casernée dans un judaisnie à la fois hautain et timoré; fuyant le contact des gentils, ils eussent éloigné d'elle les gentils. Avec eux, l'Eglise n'eût pas fait un pas hors de la synagogue. La foi chrétienne, qui est le judaïsme universel, agrandi, spiritualisé, se fut rapetissée aux conditions d'une loi locale, étroite, extérieure, dans laquelle la raison comme le sens universel du genre humain n'eussent eu aucune place; elle eut repris ses chaînes; elle n'eût jeté de racines que sur le sol desséché de la Palestine; elle eût attaché son sort à celui de Jérusalem et du Temple, tous deux prêts à périr. Les autres, au contraire, irrités de cet esprit d exclusion et d'étroitesse, fatigués de ces observances tyranniques, las de ces commérages de rabbins, eussent affranchi et élargi le christianisme au point d'y faire entrer tous les caprices de la philosophic, toutes les erreurs du paganisme, tous les vices de i'idolàtrie. La religion n'eût plus été qu'une philosophie, l'Église une école, vague, latitudinaire, éternellement disputante, comme Técole d'Athènes. Ceux-là absorbant le christianisme dans la loi de Moïse, ceux-ci la dépravant au point d'en faire une idolâtrie nouvelle; ceux-là annulant l'œuvre de la Rédemption, ceux-ci annulant la Création; ceux-là amoindrissant le Nouveau Testament, ceux-ci réprouvant l'Ancien; ceux-là renfermés dans les œuvres extérieures, ceux-ci les maudissant; ceux-là donnant toute efficacité aux mérites humains, ceux-ci la leur déniant toute; ceux-là niant la divinité du Christ, eeux-oson humanité ; le faisceau eût été rompu, les deux éléments se seraient séparés, les deux llouves eussent repris leur cours. Chacun fût retourné d'où il venait; le plus petit nombre serait rentré à la synagogue; le plus grand nombre, avec plus ou moins de déguisement, serait revenu aux idoles; et ce courant, un instant détourné, serait allé rejoindre,
à peine dîslinct, le grand fleuve du paganisme universel.
Je n'ai pas besoin de répéter que tout cela avait été prédit; les hérésiarques, leurs prétentions d'inspirés, de prophètes et même de dieux, leurs enchantements parais à ceux de Simon, la séduction qu'ils devaient exercer et la foule qu'ils devaient entraîner hors de l'Éj^lisc : « 11 s'élèvera de faux clirists et de faux prophètes. Plusieui^ viendront en mon nom, disant : Je suis le Christ, et ils séduiront beaucoup de monde. Ils feront de grands prodiges et des miracles, en sorte que les élus eux-mêmes, s'il se peut, seront induits en erreur. Prenez garde que personne ne vous séduise*. »
Ainsi, à tousceux qui connaissaient les prophéties évangéliques était donné le triple avertissement des convulsions de la uature, des persécutions, des fausses doctrines. La uiuisson blanchissait dans la plaine, le liguier conuuençait à porter ses feuilles. 11 était clair que l'été était proche*. On reconnaissait les signes prédits et on attendait non-seulement la chute de Jérusalem, mais même le second avènement du Sauveur, prophétisé en même temps qu'elle. Quoi qu'il en pût être, on se tenait prêt pour un grand coup de la main de Dieu I ff Quand ces choses commenceront à se faire, avait'-il été dit, regardez et levez la téte, parce que votre rédemption approche \ »
« Hitth., XXIV, A, 5; n, 23-24. — Marc., xiii, 4, 5. — Luc., xxi, 7, 8. « Luc., XXI, 29-30. ~ Matth., xxiv, 32-35. ' Luc., XXI, 28.
DEUXIÈME PAttTlË souLÉvcHurr du juifs
CUâPIIUË IV