CHAP. IV. — LE PEUPLE JUIF AVANT LE RÈGNE DE NÉRON
Inique [("îmoigne également quelle était dans les villes grecques la notoriété des observances juives*. Josèphe nous montre «dans toutes les villes grecques ou barbares» Tusage de l'abstinence et des jeûnes devenu fréquent, l'usage du repos
enfin cet endroit de saint Matthieu : « Mallieur à vous, scribes et [^larisiens hypocrites, qui parcoures la Uîrre et la mer pour faire un prosélyte, et, quand ii l'est devenu, tous le rendes fils de la géhenne deux fois plus qu*il ne Tétait! » xxni, lâ.
* Voyez la conversation d^floracc et de son ami Fuscus Aristius, qui a une contidfuceà lui faire, mais qui s\ refuse, sons prétexte que c'est un jour de sabbat solennel et qu'il manquerait à lu loi des Juifs? — Je u'ai, ditUoracc, aucun scrupule pareil. — (Juant à moi, répond Fuscus, je suis un peu plus laible, moi comm:; bien d autres ; pardonne>moi.
Hoilic Iriccsiina sabl).il:i. Vin-tu ,
Cui'lis Judieis oppcdcre? — Nulla mibi unqiiàm ItelUgio est. — At ml : ttm pmdo mfirmiw^ tnv*
WtTOMni...
{StU. I, IX, in ûnc)
Et aiUeors (1. Sot, vr, in fine) :
»... Ae teluti te Jad«i cogemne in haue ceocedeA turliein.
Deux passages de Sénèque sont cités dans les notes du passage suhrant. Perse (V. 179 et suit.) :
Heroilis vcnère di«s, unct:iqtie Ceoeetri
Disposila; pingiinr; iifltiilum voniuero ! unTiin' Porlanleà violas, rubruiiii|uc ample&a caiiuum Cauda naie IhynDi, tumet alba fideli vino; Labra moves iidtiu, recutiiaquc saMi ita pâlies.
Tacite : Pessimus qnisquc spretis rcligionibus palriis, trii)uta et Rlipes iU&c (Jérusalem) gerebant... Transgressi in morcm eumdem idem usurpant (i.e. se circumcidunl) nec quidquam priùsimbuunturquam contemnere deos^ exuere patriani... Hist.t v, 5.
Enfin Juvénal, quoiqu'il écrive après la cliute de Jérusalem et au milieu de rabaissement de la nation juive, témoigne, comme Perse, du prosély* lisme juif parmi les Bomainf:, et de Texistence de familles, romaines d^origine, chez lesquelles la pratique du judaïsme étiit licréditaire :
Qiii(1nin snrtiti mntiicni' in «iibbalii patitîin ^il prseter nubes cl ca-li ouinen adorant, Kee di»lan» putant limnanS came an llam. Itomaiia» .lulcin solili conii ninorc b'g<"', Ju'Jalvum edi^ruDl ei servant et niciuunl jus, Ttradi«lU arennn quorfeumque volnmine Ifoses. Sail pater in causa oui s | tim.) qnœiiuc Tuitlux ignava, et vilae parteni non atligit ullam.
{Sof. XIV, et suiv.j
Oi ROME ET U JUDÉE.
hcbdomadîiiir dovenn f^ônôral. C'est à celle époque et sous celle influence que s'inlroduisitdans les habitudes grecques et surtout dans les habitudes romaines l'usage de la semaine inconnu jusque-là, et qui devint national chez tous ces peuples'. Or dans ces convertis ou deuii-comertis, circoncis ou incirconcis, prosélytes de la justice ou prosélytes de la porte, pour parler le langage des rabbins*, dans ces Grecs, ces Romains, ces matrones, ces sénateurs plus ou moins ralliés à leur croyance ou à leurs rites, cl devenus leurs disciples, leurs imilateurs, leurs protecteurs, les Juifs trouvaient, sans aucun doute, un puissant appui. La synagogue se faisait un rempart de ces convertis et surtout de ces converties Grecques ou Romaines.
Aussi celle liberté, et, pour parler la langue de l'anliquilé, cette isonomie dont les Juife jouissaient presque partout, cet , accroissement de richesse, cet accroissement de popùlalioYi, ces conquêtes du prosélytisme, dounaicut-iis à la race juive une influence inférieure sans doute, mab comparable à celle
Voyez à h note snirante et au commcnccmeut du chapitre suivant deux
passages de Dion Cnssiiis.
* Josèphc. Contrà Appion., ii, 50, Dion, après avoir parlé du sal>bal des Juifs, lias noms des sept planètes allribiiôs aux srjil jours, ajoute : « Les anciens Grecs, autint que je sache, ij^noiaii nt cet u>age. Aujounl'liui il est familier à tous les hommes, et en particulier aux Homains, il est devenu pour eux comme un usage de leur patrie, i» (xxxvi, p. 7)1.) Seulement, à Tcpoque de la réaction qui eut lieu en Su ie contre les Juifs, au connnencciuenl (le la révolte judaïque, l u age du repos licb louiailau e, qui élail devenu général dans toutes les villes de Syrie, cessa il eli e suivi osl» n.>iblement, inéinupur les Juifs. Jos , de lie Ho, vn, 9 (5, 5). Voyez encore, sur hisnge de la feinaine chez les iiaiens : Suétone, in Tib.t Û2, Lucien, Pseu-' dolog.p p. 893, cd. liourdelol; Juvénal, etc..
* Les prosélytes de la porte étaient ceux qui n'avaient pas reçu la cirooDcision; les prosélytes de la justice ceux qui l'avaient reçue. Les» docteurs Juifs variaient sur la Déeeasité d'imposer la circoncision aux gentils. V. Jos.» Ant,, XI, 2 (4, 1). — Tacil., H V. 5. ■— Josèphe, de Vitâ iiuâ, 25, et plusieurs citatiooi ntbiiioiques dans Buitorf, de Si/nag. Judœor,, ch. 5.
CUAP. IV. - LE PËUPLË JUIF AYANT LE BËGMË DE I4ÉAÛiN. 93 tjue, depuis son émancipation, nous la voyons prendre dans l'Europe moderne. Ce n'est pas que le préjugé ne lui fut hostile aussi fortement qu'il peut Tôtre encore dans les pays européens les moins réconciliés avec elle; mais iUui arrivait ce qui est arrivé à plus d'une race, et ce qui lui est an ivé plusieurs fois à elle-mônie : elle était à la fois détestée et iniluente. Comme les Juiis du moyen âge qu'on avait en horreur et dont on ne pouvait se passer ; comme les Juife de Pologne sales et niéprijrés, niais que l'inertie commerciale de la nation rendait nécessaires; comme ceux d'Allemagne encore exclus de la vie sociale et qui ont exercé une notable influence sur la vie financière et la vie politique: comme les Juifs plus ou moins convertis de l'Espagne nu quinzième siècle qui envahissaient tout, mémo l'Église, et contre lesquels la haine publique inventa le terrible remède de l'inquisition : les Juifs du siècle dont nous parlons, tout en se faisant haïr, savaient et se faire craindre et inèine persuader. Dans l'empire parthique, ce sont deux frères Israélites , Aoiiée et Asinée, deux apprentis tisserands, qui, châtiés parleur maître, s'enfuient de l'atelier, se font brigands, rallient une foule d'aventuriers de leur nation ; quand les satrapes viennent les attaquer, ik leur tiennent tète; le roi des Parthes, comme tous 4es rois féodaux, ennemi de ses grands vassaux, est enchanté de cette défaite et ravi d'opposer à l'ontrecuidance de ses barons des routiers et des grandes conqiagnies de cette espèce; il appelle les deux fi:éres à sa cour, il les comble d'éloge et les maintient pendant guinze ans maîtres de la Mésopotamie*. Dans l'empire romain, jnieux réglé que la monarchie féodale des Arsacides, les Juils ne se font pourtant pas faute d'user de Pépée; Josèphe, malgré les précautions qu'il prend •
> Jos., Ant., XVIII, 12 (9, 1-1).
94 liOME ET U JUDÉE.
pour les faire doux et modérés autant que possible, nous
laisse aL>soz (îcvinorqiic, dans leurs querelles avec lei> gentils, ils n'étaient pas les derniers à s' enflammer.
Mais là ils exerçaient surtout une action d'un autre genre. Étrangers à ragricuUure, étrangers à la milice par scrupule religieux, tous commerçants cl par suite concentres dans les villes, habitants des quartiers à eux, se tenant là épaule contre épaule; de plus, riches, habiles, intelligents, proportionnellement nombreux, ils pesaient pour beaucoup dans les affaires de la cité. Citoyens des villes grecques, parfois citoyens de Rome, quelquefois même chevaliers romains, ik jouaient leur rôle dans le gouvernement passablement libre et po))ulaire des cités de Tompire; ils s'agitaient dans ces asscniblées, ils les troublaient au besoin ou les faisaient troubler par d'autres. On se rappelle les Juife d'Allemagne en 1848 entrant dans la vie politique et devenant dans la presse d'énergiques et d babiles agents de ce qu'on appelle le progrès^ Le génie ardent de la nation juive était ù sa place sur la vivante agora des dtés antiques, comme il l'est dans la redoutable agora de la presse moderne, autrement implacable dans le mal et autrement stérile pour le bien.
A cet égard, les témoignages ne nous manquent pas. Joséphe d'abord nous peint la liberté des synagogues juives au sein des cités païennes et Iciii- énci'gie à réclamer leurs droits. Cicéron a presque peur d'eux : plaidant une cause où des intérêts juifs sont en question, il se plaint que le tribunal siège non loin des degrés auréliens, encombrés de populace, et de populace juive; il a peur de cet auditoire; il parle à demivoix, aûn d'être entendu des juges seuls et non des assistants, • et, ce qui est plus sérieux que cette crainte affectée : « Vous connaissez les Juifs, dit-il, vous savez le tumulte qu'ils causent dans les assemblées des villes; vous savez, h Rome même,