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PREMIÈRES AGITATIONS DU PEUPLE JUIF

llaecauictn omnia initia mintdolorum.

Tom cm n'est le cemmeacement det dmikttit.

]|Aira»« int) 8*

Cependant le progrès même de Juda faisait son péril. Ni le germe de la révolte n*était étoulfê chez les Juife, ni le germe

de la méfiance chez les païens. Les populations idolâtres au milieu desquelles vivait la race israélite, portaient envie à sa richesse et à sapuissanoe, insolente parfois. Dans les grandes villes de l'Êgypte, de la Cyrénaïque, de la Syrie, entre la communauté juive et le peuple païen, la rivalité était continuelle, rinsulte fréquente, la lutte parfois ensanglantée. Les écrivains païens, à partir du temps de Néron, affectent une certaine peur du progrès de la race et de la secte judaïque. « Cette nation tant de fois réprimée, disent-ils, finira donc toujours par s'accroître! Elle s'arroge la liberté de faire des Idsl Elle s'enrichit des aumônes qu*elle prélève sur toutes

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les âmes faibles et dépravées! Nation scélérate qui a tellement propage ses rites, qu'elle est reçue maintenant par toute la terrei et, TaiDcue, donne des lois à ses vainqueurs ' I »

Le pouvoir lui-même^ moins passionné que les peuples et moins emphatique que les écrivains, s'inquiétait cependant parfois. Tibère, Claude après lui, alarmés du prosélytisme juif et du bruit que faisaient les Juifs à Rome où il n'y avait pourtant plus d'assemblées populaires, chassèrent de Rome tous les Juifs. Il est vrai qu ils ne lardèrent pas à y revenir. Claude, nous venons de le dire, aixéta la reconstruction des murs de Jérusalem, de peur que le sanctuaire du judaïsme ne devînt une forteresse imprenable.

Mais ni celte hostilité iiiévilablo des peuples païens, ni ces terreurs exagérées des écrivains, ni ces méfiances du pou* voir, n'étaient encore bien redoutables. Juda était bien plus à craindre pour lui-nièiiie. L'esprit de révolte avait été semé dans son sein j il y existait, au milieu de la soumission générale, obscur, mais fécond. Au temps d'Auguste, la Judée, après avoir été (an 7 après Jésus-Christ) déclarée province romaine, fut soumise au recensement. Le peuple était paisible, pculètre même satisfait d'être délivré de la tyrannie des Uérodes. Un homme protesta. Judas le Gaubnite proclama qu'à nul il n* api)artenail d'exercer le cens, de lever le tribut, de tenir la souveraineté sur Israël; qu à Dieu seul était du le titre de seigneur et de roi. Ce fanatisme d'indépendance politique était nouveau dans Israël, qui avait porté en paix le joug

* ... S9U rà vcLLiax aÙTttV, xaiicfp «XXciAvils t^m, CnXc^. K«l i<m wà Kftpft

«art TULÏ ir«j^asû(y ri^ ve(u«i«>( ^xmkSvou. Dioo., snTi, p. 37 B.» éd. Lemchviî.— Nam pesaiiniis quisquc, spretis religîoiiibus patriis, tribuU etslipes illùc congerebant. Undè aucte Judaeonnnres. Tac, Hist,, i, 5. — Eousque soderatissiinse gentis consuctudo convahiit, ut per oroncin terrain raoepta ait, •t f ieti Tîctoribiu Iqpet dederiot. 8ea. apnd Augiut., de CM, DH, ti, ti.

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des Clialdéens, celui des Macédoniens, celui de Rome. Judas mena la vie d'aventurier et eut avec lui quelques compagnons, moitié fanatiques, moitié brigands ; moitié martyrs, moitié bandits; invincibles dans les tourments, et trèsredoutables sur les grands cliemins. C'étaient des pliaiisiens démocrates et exaltés, qui soufGraient toutes les tortures possibles pbitdt que de donner à un homme le nom de maître, et qui en môme temps protestaiwit sur les routes à coups de poignard de l'imprescriptible liberté du peuple de Dieu. Germe obscur, mais dangereux qui couvait pour l'avenir ; pépinière de ces révolutionnaires mystiques qui devaient finir un jour, sinon par remplir Israël, du moins par le dominer ^

Néanmoins trente ans et phis se passèrent, le germe déposé demeura toujours dans l'ombre; il fallut un long temps pour qu'il achevât d'éclore; il fallut plus que du temps, il Mut le crime du Calvaire, et c'est de cette redoutable cause qu'humainement et divinement, selon la politique et selon la loi de la Pi'ovidence, il faut faire dater le mallicur de la nation juive.

A cette époque, en efifet, toutes les portions .du judaïsme, prêtres et rabbins, temple et synagogue, sadducéens et pharisiens, aristocrates et démocrates, juifs de la Palestine cl juils de la dispersion, s'unirent dans un même crime. H fui provoqué par les conciliabules des docteurs de la loi (vo^Of»»], des scribes (copistes de la loi?), des pharisiens, les types officiels de la vertu rabbinique ; l'école et la synagogue en

* Jos., Ant„ xviii, I (1, C); De Bello, ii, 12 (8, 1), 32 (17, 8); AeL, 57. On voit , par Tinterrogation qu^adresseot à Notre-Scigneur les Pliarisens et les HërodiMs au sujet du cet» à payer i César, qa*ime certaine pcfularité s'attacbaità Tidée qui faisait du refus derimpôt un devoir reKgieux. Mattb., xxti, 15-Sl; Han^xti, 15-17.

108 ROMB BT U JUDÉB.

prirent ainsi leur grande part. De leur côté, le grand prêtre et les chefe du sacerdoce (princes des prêtres), sadducéens pour la plupart % le conseillèrent et Tapprouirèrent. Gaîphe, prophétisant en sa qualité de grand-prêtre, dit « qu'il était bon qu'un homme mourût pour tout le peuple, » imprimant ainsi la tache du déicide et à la race d'Aaron qui était la sienne* etausadducéisme qui était sa doctrine, et au sacerdoce dont il était le chef, et au temple dont il était le ministre.

De plus, l'arrêt fut rendu par le grand prêtre à la tête du Sanhédrin. Or le Sanhédrin était composé de trois chambres. Dans Fune siégeaient vingt-trois pontifes, les cbefe des familles sacerdotales. Dans une autre, celle des docteurs, siégeait un nombre égal de rabbins, présidés par le chef d'école, le nâci. Dans la troisième, lesanciens, les che& delà haute bourgeoisie disraèl. Le Sanhédrin était ainsi le centre et du sacerdoce et de l'école et delà nation; les sadducéens y avaient place comme les pharisiens'. Kt ni pharisiens, ni sadducéens, ni pontiles, ni rabbins, ni chefedu peuple, ne rejetèrent leur part du crime. Le tétrarque Hérode, au nom du judaïsme semi-païen de sa famille, apporta son tribut d'aveuglement et d'insolence. Enfin, pour que nulle portion de Juda ne demeurât innocente, que le peuple ne fût pas plus pur que ses chefs, les ignorants plus que les docteurs, la démocratie plus que l'aristocratie, les Juifs du dehors plus que les Juifs de la Palestine; ce fut cette multitude, ces deux ou trois millions d'hommes venus pour la Pâque, d*Antiodie, de Smyme, de Rome, d'Alexandrie, de Cyrène, de l'Assyiie, de la Perse, peut-étie même de la Chine, qui poussèrent le cri d'ana-

' Àct., y, 17; XXIII, Gîfv Josèphe, Jnitf., xi, 8 (9, 1), qui nous montrent, à trois époques fM>u éloignées les unes des autres, la piussance des Saddu*

céens dans le sacerdoce.

» AcL, xxui, 69.

CUAP. V. — PREUlÈnES AGiTAT10^S ÛL PEUPLE JLiF. m

thème : « Prenez-le et crucifiez-le. Que son saug retombe sur nous et sur nos eni'ants! »

Or une des pensées qui édate à cette époque parmi ce peuple, est une pensée bien contraire à celle qui domina depuis la nation juive. Ce qui animait la multitude, ce que les diefs du peuple prenaient pour cause ou pour prétexte de leur crime, c était la fidélité envers Rome, la crainte de ses vengeances, le fanatisme de la soumission. L'aristocratie redouta ou chercha à redouter en Jésus un ennemi do César. « Si nous laissons cet homme libre, disait Caïphe dans les comités secrets du sacerdoce, tous croiront en lui, et les Romains viendront et détruiront notre ville et notre peuple. » « ^ous l'avons trouvé, disent au pied du tribunal les afiidésde Caïphe, soulevant le peuple et empêchant de payer l'impôt à César. » a Si tu le renvoies» crie-t-on à Hlate, tu n'es pas ami de César. Car quiconque se fait roi est ennemi de César. » « Nous n'avons de roi que César, » crie ce peuple coui tisan qui, avant un siéde, brisera les drapeaux de César et soulèvera contre lui une guerre atroce.

C'était donc sous prétexte de soumission que Ton agitait le peuple ; c'était par respect pour César que l'on faisait violence à la conscience pusillanime du délégué de César. La courtisanerie devenait séditieuse, la servilité arrivait jusqu'à l'émeute. Par un tel crime, Jérusalem non-seulement méritait sa chute, mais la préparait. Le châtiment, divinem^t nécessare selon les lois* de la Providence, était, aux yeux même de la politique humaine, singulièrement facilité. 11 était clair que le peuple juif, iiulié aux allures de la sédition, ne s'en tiendrait pas là, et marcherait de plus en plus dans ces voies tumultueuses et violentes qui devaient le perdre. Après s'être révolté pour César, il ne tarderait pas à se révolter contre César.

110 mm ET U JUDËE.

A partir de ce jour en effet, Tattitude du peuple juif devient [)lus violcule. La série des rébellions et la série des malheurs commencent pour hn. A peine le déicide accompli, saint Etienne est lapidé au mépris de la loiîaiire et au mépris de la police romaine (5o). Kn même temps Saul est envoyé à Damas pour appeler sur les apOtrcs le glaive des Juifs auxquels la loi romaine interdit de tirer le glaive. Bientôt la colère des Juîfe poursuit saint Paul converti, à Damas où il est menacé d'assassinat (58), à Lysires (45), à Phiiippes, à Thessalonique, à Bérée (52) à Éphèse (57), où ils susdtent contre lui des émeutes, au mé* pris de la paix romaine. Rome est troublée de ces querelles et Claude expulse les Juifs de Rome (49). Peu après, la présence de saint Paul à Jérusalem y amène des émeutes violentes, des querelles effroyables dans le sacerdoce, des tentatives d'assassinat encouragées par les prêtres et contre lesquelles l'épée romaine protège l'apôtre, (58). Saint Jacques le mineur est jeté du haut de la terrasse du temple et achevé à coups de pierres par ordre du grand prêtre, au mépris de la loi romaine et du procurateur romain (02). En poursuivant les apôtres, Juda devient le pertUlbaieur habituel des villes de l'empire; en s'agitant contre les chrétiens, il s'habitue à s'ajriter contre Rome. Son aristocratie l a jeté dans les voies de l'émeute et il ira malgré elle jusqu'à la révolution.

Et rappelons icila cause plus profonde encore qui fttisaitsorlir Jnda de son sang-fioid et de sa paix, qui jetait dans les âmes l'inquiétude et l'enthousiasme, l'ambition et le désappointement, prophétie de Jacob avait été accomplie ; les septante semaines étaient épuisées ; les quatre-vingt-cinq jubilés d'Klie l'étaient probablement aussi; le quatrième millénaire était lini ; la Im, à compter du temps d'Abraham, avait fait ses deux

CHAP. V. - PREMIÈRES AGlTAT10?jS DU PEUPLE JUIF. 111

noille ans. Et le Messie manquait. A mesure que les années s'écoulaient , Timpatience précipitait Juda vers la révolte \

Voilà pourquoi la dirférence est si grande entre la Jérusalem d'avant le temps du Sauveur et la Jérusalem des années suivantes. Celle-là est paisible et soumise; elle se laisse conduire par la prudence cauteleuse de l'aristocratie sacerdotale; la secte ou plutôt la bande de Judas le Gaulonite est peu nombreuse; Jérusalem attend le Messie. L'autre au contraire devient d'année en année plus inquiète et plus turbulente; son aristocratie n'est plus maîtresse; les sectaires fanatiques se multiplient; c'est qu'aloi's Jérusalem cherche le Messie. Elle n'a pas voulu du Fils de Dieu ; elle se donnera au premier escamoteur biblique qui se rencontrera sur son chemin. Elle n'a pas voulu de Témancipation spirituelle qui lui était offerte; clic se jette dans les folles espérances d'émancipation politique. Elle proteste religieusement contre TÊ^lise; elle proteste politiquement contre Home; plus elle se sépare de Func, plus aussi elle se sépare de l'autre. Son Sanhédrin, qui a cru ne la brouiller qu'avec Y Église qu'il déteste, l'a compromise avec Rome qu'il redoutait.

Et Juda ne s'agitait pas seulement contre Rome, il s'agitait contre lui-même. Cette rencontre qui avait eu lieu entre les différents éléments du judaïsme pour accomplir le déiicide, ne pouvait constituer un accord durable ; comme les alliancses qui se font pour le crime, le lendemain du crime elle devait se rompre. Les dissentiments devenaient des ruptures. 11 se dessinait peu à peu un parti de l'insurnection contre le parti de la paix, un parti révolutionnaire contre le parti conservateur, un parti des prophéties contre le parti des indifférents.

' D*aprè8 le rabbin Ménassé {m dix-septihne siècle), les anciens Juife et ceux surtout qui pi ii ont les armes contre les Romains attendaient la vernie du Messie et espéraient de lui leur déliTrance. De vUm termino, apud Basnage, Hist. des Juifs, vi, 23.

m ROME ET LA JUDÉE.

Pour la paix et pour rattente paisiUe de l'avenir, penchaient plutôt les Juifs de la dispersion : irivant plus loin

du centre, plus en contact avec les infidèles, ils pouvaient être et plus patients et plus dociles. Dans le même sens, penchaient également les sadductois et ceux qui inclinaient vers le paganisme, plus résignés à ne pas voir naître ce Messie qu'ils avaient moins désiré, ni se relever cette terre d Israël pour laquelle leur patriotisme était plus calme. Dans le même sens également, les riches et les puis* sanls de Juda, l'aristocratie sacerdotale, occupée des rites plus que des a*oyances, de gouverner Israël plus que de le l^orilier; tous ceux-là pouvaient maîtriser leur impatience, et songeaient surtout à ne pas livrer aux Romains par une révolte insensée Israël, Jérusalem et le temple.

Vers le parti révolutionnaire et prophétique penchaient au contraire les Juiis de la Palestine plutôt que les Juifs de la dispersion ; les rabbins à l'encontre des prêtres ; le clergé des syna<;()^ues, si je puis l'appeler ainsi, en contraste avec le clergé du temple; les pharisiens, par rivalité pour les sadducéensrles pauvres et le peuple en haine des grands et des riches. Le rabbinisme pharisien, dominant la Palestine et dominant les classes populaires, avait fait (et je le dis en son honneur) du royaume de Dieu et de l'apparition du Messie le sujet de ses commentaires, la vie de son école, la préoccupation de sa foi.

Ainsi Juda se scindait de plus en plus en insouciants et en impatients, en timides et en exaltés. Si hors de la Judée, dans les palais des rois, dans les écoles sadducéennes , on pouvait prendre en patience l'absence du Messie et la domination romaine: dans les synagogues, dans les écoles pharisaîques, dans les cabanes de Juda, on ne se consolait pas. C'est là que l'on calculait les semaines de Daniel, que Ton

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discutait les prophéties, qu'on entassait les interprétations,

qu'on ajoutait aux prophéties véritables des traditions mensongères * ; c'est là que germaient 1 impatieDce, le désespoir, la révolte*. * La source du mal ainsi reconnue, déroulons rapidement

la série des premières fautes et des premières douleurs d'Israël.

Le régne de Galigula fut le début des souffrances du

peuple juif ; il lui donna un redoutable avant-goiH de ses désastres futurs. J ai raconté ailleurs cette perséculion; sortant, par suite de sa folle manie d'apothéose, des traditions tolérantes du pouvoir romain, Galigula veut imposer aux Juife radoratioii de sa propre personne; il donne à ses sujets païens l'exemple de la persécution (38-40j. Le prince a commencé, les peuples suivent. Les peuples comprennent que les Juifs, par leurs poursuites tumultueuses contre les chrétiens, ont démérité du pouvoir romain même raisonnable; le prince ot les peuples soupçonnent peut-être aussi que les Juifs ont démérité de Dieu par le meurtre du Calvaire. En Judée pourtant où Israël est menacé de la plus grande de toutes les douleurs, celle de voir une idole païenne dans le temple^ l'aristocratie sacerdotale, encore puissante, maintient la soumission, empêche le sang de couler ; c'est à force de résignati(m et de doideur (jiic Jérusalem désarme ses persécuteurs et épargne à son temple le deruiei' des outrages. Mais, à Alexandrie, la bride est lâchée aux paièns; ik se Jettent sur la population juive, brûlent, massacrent,

* Voir quelques exemples de ces interpi*êtntion8 ou de ces proph^es dans Josèphe, IV, 22 (6, 3). vi, 7 (2, 1), ÔO (5, 2), 51 (5, \).

* « Les puissants traitaient mal l(! peuple, le peuple uiédita la perte des puissants. Ceux-là étaient agités de l'esprit de domination, ceux-ci- de Tesprit de violence et de pillage. » Jos., de Bel., vu, ôU (8, 1). ,

s'acharnent même sur les cadavres, et tous les oratoires du

vrai Dieu sont changés en temples païens*.

Hors même de l'empire, au delà de l'Ëuphrate, la puissance de ces deux frères juifs, Âsinée et Anilée, qui avaient pendant quinze ans tenu à leur gré la Mésopotamie, amène à ce moment une réaction . Asinée étant mort empoisonné par la femme de son frère, Anilée, à son tour, est assassiné parles païens. Les Juifs de Babylone, que jusque-là le renom des deux frères dé- * fondait coiitiv la haine invétérée des idolâtres, sont mainleiianl poursuis is. Séleucie leur sert d'abord de refuge; mais, au bout de six années, la population grecque se soulève contre eux et en fait périr, dit-on, jusqu'à cinquante mille. -Les débris de celt(* malheureuse race se retirent à Ctésiphon. lUeiilot Ctésiphon n'est plus tcnable et il faut chercher refuge à Néerda et à Nisibe'. Ce moment de crise et de douleur était un avertissement donné au peuple dlsraél. Il l'avertissait de ce qu étaient et la haine des païens et la colère de Dieu ; il lui prédisait d'autres douleurs qui devaient un jour faire oublier celles-là.

Le règne de Claude donna aux Juîfe de l'empire quelques années de repos. Le prince était lu »n né te; les délégués qu'il envoyait en Judée, au moins pendant les pi*emiers temps de son règne, ne furent point oppresseurs. Jérusalem aurait dû respirer. Mais l'inipiiéte recherche du Messie la tourmcnlart toujours. Dès avant la mort du Sauveur, queltiues chefs d'aventuriers s'étaient donnés pour des inspirés. — Theudas (an' 4 avant Jésus-Christ), selon l'expression des Écritures^ « s'était dit être (juelqu'un» et avait réuni autour de lui quatre cents hommes. — Judas le Gaulonite, dont nous avons parlé,

« Josèphc, Ant., xviii, 8 (6, 11), 10, H (8). — De Bello, ii, 16, 17 (î> et 10) — - Philo, in Flaccum, de Legalûme, — Dion Gassius, ux, p. 660. . ■ Josèphe, AttL, xvui, 12 (9, 5-9).

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avait mené après lui une foule plus grande encore*. Ils avaient péri cependant, i'épée romaine en avait promptement fait justice; leur parti s'était dispersé ou se laissait

oublier.

Mais, après la mort du Sauveur, ces imposteurs se multiplient et exercent une puissance plus sérieuse. — Sous le gouvernement mémë de Pilate (57), ce ne sont plus les seuls Juifs, ce sont les Samaritains, leurs élcrnels a(lver^^ail■es, mais disciples de la même loi et enti etenus dans les mêmes espérances, qui commencent à prêter Toreille aux imposteurs. Un faux prophète parait qui leur révèle que des vases d'or ont été enfouis par Moïse sur le nionl Garizim; des uiilliers d'hommes se rassemblent dans un bourg voisin pour aller de \k gravir la sainte montagne. Mais la montagne est gardée par les troupes romaines qui taillent en pièces cés malheureux — Plus tard, sous le règne de Claude (au 4.'), c'est-à-dire la dernière année de lanlernière semaine de Daniel, selon le calcul le plus favorable), apparaît chea les Juifs un prétendu prophète, un magicien {yo-hç), appelé aussi Theudas. 11 persuade à une multitude d* honunes de partir avec tout ce qu'ils possèdent et de le suivre jusqu'au Jourdain, qu'il leur fera ti averser à pied sec- La cavalerie romaine les poursuit, en tue un grand nombre et leur chef a la lùlc iranchée. Le fanatisme juif verse là son premier sang. — Bientôt dt ux tiis de Judas leGaulonitereparaissentet sont mis en croix (46) *. —

t Theudas on Judas, fils d'iiéchias, chef de voleurs. Àct„ v, ^. — Jo^m

De Bel., ii, 6(4, 1).

« JoBèphe, Antiq., xviii. 5 ( 4. 2). Selon une chronique sainarilaine manuscrite, citée par Roland (0eitttmi?iîsS«man£«iiw,di88. n), les vasee sacrés du temple auraient été, après la prise de Jémsalem par Nabuchodonosnr, cachés par le grand prêtre Osias. U faudrait pcnt-ètfe lire dans JosèphelîÇt'»; au lieu de MMti«<«»«.

* Josèphe, Antiq.fi:^,^ (5).

Peu après» une insulte grossière d'un soldat romain pro«

voqueune 6iiieute et l'éincute une répression ban^danle ( 48). Selon Josèphc, qu il ne faul pas toiyoïirs croire eu matière de cbifires» plus de dix mille hommes périssent *.

Depuis ce moment, tout s'assombrit. pensée rèwlutioniiaire a surgi dans l'Ame de ce peuple. Il y a ouvertement un parti de la liberté. £n attendant qu'il domine sur la place publique, il se promène sur les grands chemins. La Judée est pleine de libérateurs qui la pillent \

A ces signes, avertis qu Israël se perd, les païens s'agitent autour de lui, comme les oiseaux de proie autour d'un homme qui va mourir. Samaritams et Syriens se jettent sur les terres juives, profanent les synagogues, dénient aux Juifs leur droit de cité, et, repoussés par eux, livrent de véritables batailles. Le procurateur romain Cumanus intervient; oppresseur et cupide, faisant souvent le brigandage pour son propre compte, payé par les Juifs, payé par les Samaritains, ' il se décide pourtant contre les Juifs, et lance sur eux ses cohortes, recrutées parmi les païens de la contrée, ennemis naturels des Israélites. €ette fois la révolte est prés d'éclater, le mol de liberté est prononcé. Un chef de brigands célèbre, £léazai*9 iils de Dinée, sort de ses montagnes et se met à la tète des insurgés qui l'appellent. Les supplications de l'aristocratie, les prières des prêtres qui parcourent Jérusalem, la té te couverte de cendre, la justice de l'euipereur qui reconnaît le droit des Juifs et punit leurs adversaires, apaisent pourtant la révolte (51). Jérusalem gagne à ce délai dix ans de vie, mais non de repos

> Jo8., De Bello, ii, 20 (12, 1). Ailleui^il dit 20,000, Anliq., xx. \ (5, 3). * T(dv -fàf) tyioTWTMv in wtkTtpiojaM. (AnUq., ix, 4 (5, 4). De Bellù, if» 20 (12, 2).)

» Jos., AnUq,,ii, 6 (S, ô). — De Bel., u, 21 (12, 5). — Tadt., Annal,, xu,54.

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Sous l'empire de Claude, la paix s'était donc à peu près maintenue. Mais, sous Néron, la guerre couve de toutes parts. Le prince est à la fois cruel et insouciant; il n'a rien ni de l'honmHelô de Claude m de la rigidité administrative de Tibère. Ses procurateui-s pillent, peu lui importe. Peut-ôtre même, à l'égard de la Judée, un calcul politique, la crainte qu'inspiraient la puissance et Tinsubordination de la race juive, sert-elle de stimulant et de prétexte à leurs instincts cupides. Le pouvoir romain quitte ses traditions tutélaires; il semble s'étudier à provoquer une révolte pour en finir d'un coup avec <îes Juifs dont il s'inquiète. L'affranchi Félix (5^00), procurateur de Judée, mari de trois reines, gouverne avec « le de^tisme d'un roi et l'âme dun valet ^ » Porlius Festus (60-62), Albinus (63-64), Gessius Florus|64ou65),se8nocèdent; tous oppresseurs, à l'exception du premier ; tour à tour recevant de l'or des Juifs, en recevant de leurs ennemis; réprimant les brigands et entrant en marché avec eux; pu* nissant les assassins et se servant des assassins; concourant avec tous ces aventuriers à maintenir dans le pays un état de misère armée qui désespère et exalte les âmes; n'ayant pas souci de la guerre dont ils vont léguer le fiardeau à leurs successeurs, pourvu qu*au bout de leur administration fls reviennent à Rome millionnaires.

Aussi la Judée se perd-elle de plus en plus. La secte de Judas le Gaulomte, ce pbarisaîsme des grands chemins, obscure pendant soixante ans, reparaît alors sur la scène. Le germe déposé dans l'ombre éclot en nombreux épis. Quand on réprime les brigands dans la campagne, ils rentrent dans la cité et de bandits déviennent sicaires (vixapcM). Cachant sous leui-s vêtements de courtes épées, ils viennent au temple, se

* Jn$ regrâm servîlî ingenio cieretrit. (ÎMÎt., HUior,, y, 9.)— Voir, sur Féfiz, Tacite, Jm., Anliq., u, 5 (7, 8). - Soetoo., t» Ctowi., 9S.

118 ROMK ni LA JUDÉB.

mêlent à la foule, frappent leur ennemi, crient eux-mèraes à rassassin et disparaisseut au milieu du tumulte (52) K Bandits et sicaires sont les deux partis politiques, les deux nuances de la révolution, les deux espérances d'Israël.

Aux uns et aux autres se joignent encore les faux messies. Des magiciens et des imposteurs se montrent à la multitude, lui persuadant de les suivre au désert, où Dieu lui fera voir de grands prodiges ; politiques plus encore que fanatiques, ne rêvant que signes dans le ciel et révolutions sur la terre; car ces prodiges que Dieu doit opérer au désert sont des «igiie» de liberté — Un Egyptien, magicien et faux prophète (55 ou 57), entraîne ainsi jusqu'à trente mille hommes, les conduit au mont des Oliviers, persuadés qu à leur aspect les murailles de Jérusalem tomberont et qu'ils pourront y entrer pour renverser la puissance romaine. Les soldats romains les attaquent; quatre cents d entre eux sont tués, le magicien disparait sans qu'on l'ait jamais revu ; ses adhérents dis|iersés vont grossir le nombre des bandits, et'plus que jamais le cri de liberté, sanctionné par les faux prophètes, retentit dans toutes les cavernes de Juda

Il fautliien le comprendre : ce qui se préparât, ce n*était pas seulement une révolte, c'était une guerre civile. Ce n'était

« Jocèpbe, 00 BeUo» ii, i5(i5, 3). — Antiq., n. 7 (8, 10).

• rhtnç »9il dvffriAvtf M^mm, AnUq., n, 6 (8, 6). — mâm AiiApum*

Bel, II, S3 (13, U).

« Ael. Ap&it,, xxt, 38.^ JoièplM, loco citaiê, — Sur eetfe mioD dfli bandits tfec les adejptesdes foin measies. (h fkf fivm »«l Xi^orpuct <r>vax-

PatjAUGUC irôXifMv 'n^lliC«fV, |«q ^itv tt^nuccuuv «utci; )^fOVTt(. IHA* — Uo peu

plus tard, souse pRMXiniteurPe8tus(60), un fiiilpureil. Antiq., n, 7 (8*10).

GBàP. V. — PREMIÈRES ÂtilTATiûNâ DU P£UPL^ JUiF. ii9

pas seulement une guerre dlsra^ contre Rome, c'était une

gueiTe d'Israël contre lui-môwe. J'ai fail voir quelles oppositions existaient en Israël, et principalement » en Israfil comme partout, Topposition étemelle de Farbtocratie et de la démocratie, de la richesse et de la pauvreté. Les rabbins, et surtout leurs disciples pauvres, que leur pauvreté rendait par£ûtement libres de rêver toutes les révolutions et toutes les émancipations' possibles, étaient moins les ennemis de Rome que les ennemis de celte arislucialic des riches, des prêtres, des sadducéens, qui tenait pour la tradition de résignation etde patience; ils étaient révolutionnaires (vturi^ac), plus que dévots, plus épris de convoitisie pour la maison des riches que de zèle pour la maison de Dicîu; ils faisaient par leurs brigandages la guerre aux Romains, mais surtout aux Juifs amis des Romains. Ils dévastaient leurs biens, ils pillaient leurs maisons, ils brûlaient leurs villages, ils punissaient par le meurtre robéissauce à Rome. Ils proclamaicut (que de fois n'avons-nous pas nous-mêmes entendu un pardi langage!) « que, la liberté étânt pour tout le monde, il fallait l'imposeï', même de force et sous peine de rnorl, à ceux qui ne la voulaient pas. » Le parti de la liberté sera donc toujours le plus deq;iotique de tous les partis ^ 1

Ceci nous explique du reste pourquoi au milieu de ces perturbations, le temple et les rites solennels du niosaïsnie furent respectés des Romains plus même que des Jui&. La religion du temple était antirévolutionnaire , aussi. Rome ménageait-elle le temple. Le profaner, outrager la loi, insulter directement la ti'adition mosaïque, c'eût été provo-

* Joràpbe avait eotendu les réTolutionnairta modomes : Kaî rrpc; €i«v r'^aiptOxotoOai Xc'fovTtç 7fiè( Imuoimc èwïMivf ir^ip^pMcvî. De BeLt il, 23 (13> 4). V"ii- aussi Antiq., \x, 6 (8, 6). — Sur tout ce qui pi-écôdo, Anliq • is, 8, 9(9). — i>«6.,ii,â4(4^5).— IteFtItfitMt, 14(1,3).

190 ROME BT LA JIJDtB.

qiier d'une manière par tiop ouverte, non seulement lesTio- \ateurS9 les mystiques, les rabbins devenus prophètes, mais les plus calmes et les plus patients d'entre les Juifs, les chefe de la bourgeoisie et du sacerdoce, la masse entière de la na* lion. Israël eût été en droit d'imiter alors, non la somnission de Jérémie, mais la résistance des Machabées. Les habitudes romaines de tolérance religieuse persistaient donc, même sous les plus mauvais procurateurs. Au milieu de leurs excès, ni la loi ni le temple n'étaient attaqués. Des victimes étaient toujours amenées aux prêtres au nom de l'empereur. Nulle image idolâtrique ne souillait Jérusalem. I^a tutelle du temple, c ost-à-dire son administration temporelle, était remise au Juif Agrippa*; le choix du grand prêtre lui était également laissé. La garde de l'habit pontifical, autrefois usurpée par les Hérodes, demeurait an grand-prêtre. Même le procurateur Yentidius Cumanus, qui avait donné les premiers exemples d'oppression, avait puni de mort un soldat romain coupable d'avoir déchiré la loi de Mofse. César, respectant la conscience juive jusque dans ses scrupules, venait de faire abattre une galerie du haut de laquelle le roi Agrippa pouvait jeter un regard indiscret sur les cours intérieures du temple. Sauf une ou deux tentatives des procurateurs pour loucliei au trésorsacré, tout ce qui tenait au sanctuaire était sauf. Home avait pu se départir de sa justice envers le peuple, mais non de son respect envers le IHeu.

Au contraire, puisque le temple était antirévolutionnaire, qu'il était le foyer du parti de la paix, le centre de l'esprit conservateur, les révolutionnaires, sans dépouiller le respect .

*■ Avant lui elle avait été confiée à son oncle Hérode, roi de Chaleide (an 45). Joe., Antiq,, i (i* 5). — Sur Tliabit pontifical, voy. AnL, xviii, g (6, 3, 4); 1, Sur CiunaBai^ Ant., x\, 4(5, 4); de B„ xx (13, S). Sur la iplerie d'Agrippn, Ant,, ix, 7 (S, 11).

CHAF. V. PREMIÈRES AGlTATiORS DU PEUPLE JUIF. i*ti

du temple et do la loi, étaient portés à les ménager moins. Us avaient en dehors du temple leui^ docteurs, leui^ inspirés, leurs prophéties, et» pour ainsi dire, une religion toute entière. Aussi (et pour des disciples de Moïse le symptôme était redoutable) c'étaient plutôt des Juifs qui se chargeaient de profaner le temple de Dieu respecté par les Romains. Le sacerdoce était dhnsé contre lui-même ; par une politique fatale, les Hérodes et après eux les Césars avaient craint de laisser ie pontiiicat se perpétuer dans les mêmes mains. Presque tous les ans, ils dépouillaient le grand prêtre de Téphod pour le donner à un autre. 11 y avait ainsi dix, quinze, vingt grands prêtres en souvenir ou en expectative, remplissant Jérusalem de leurs regrets ou de leur ambition, 8adducéens«ou pharisiens, ar&tocrates ou démocrates, conservateurs ou révolutionnaires, en lutte fréquente et dont les luttes allaient jusqu'à la violence et jusqu'aux armes. Les parvis furent rougis du sang des prêtres. Un autre genre d'anarchie troublait le temple. Le gardien légal de Tédifice sacré était, C(jnuiie je viens de le dire, le roi de Chalcide Agrippa, de la race d'Hérode. Juif savant, mais d'une ortiiodoxie suspecte et qui dépensait l'argent de ses sujets israéliles à faire aux villes païennes des cadeaux de statues, de temples et de gladiateurs, Agrippa jugeait pourtant de sa gloire de réformer le sanctuaire et il bouleversait à son gi'é les rites mosaïques. Or il avait été dit à Israël : « Si tu ne veux pas écouter la voix du Seigneur ton Dieu, et obsener les ordres et les cérémonies que je te prescris aujourd'lmi, toutes les malédictions viendront sur toi et te saisiront* . )• On éh était venu là (62) sous Tavant-demier procurateur

• Deutemt,, muuib, ^ LevU,, tim, 35. — Jos., de B,, ti, 5 (5). — Sur le 8eiitt|»gaiiisme U*Agrippa, Àntiq,, \t, 7 (8, Ai), 8 (9).Sa scieDcejudaiqoe est attestée par S. Paul {Aet, tvn, 5) et par les rabbiBS.

Albinus et sous Tavant-dernier grand prêtre Jésus, fils de Gamala, lorsque la rcslaiiration ou la reconstruclioii du temple commencée par llérode le Grand s acheva après plus de soixante ans de labeur. C'était ce temple qu'Ësdras avait relevé de ses ruines, dont le prophète Aggéo, dans ses élans inspirés, avait amioncé la gloire, dont les apolres du Christ trente ans auparavant admiraient l'inébranlable structure. Son achèvement aurait dû être pour Jérusalem rooçasion d'une joie solennelle. Mais, ni pour ce sacerdoce 'dvinç contre lui-même, ni pour ces docteurs égarés à la recherche de leur Messie, ni pour ce peuple désespéré de 1 attendre, ni pour ce )>uys dévoré par le brigandage et la tyrannie, n'é* taient faites les joies d'Israël autour du tabernacle, celles de Salomon à l'aspect du pcemier temple, celles des exilés eu revoyant le temple nouveau. Conune dans les pays dominés par les partis révolutionnaires, tout était triste dans le présent, siaislie dans l'ayenii*. Les révolutionnaires de tout genre sont peu riants, encore moins des révolutionnaires juifs et soi-disant inspirés. Ces hommes me représentent les Niveleurs et les Indépendants du temps deCromwell, cruels pour autrui, tristes pour eux-mêmes, apprenant dans leur Bible à assombrir leur propre vie et à peindre sans pitié cdle d*autrui. Ce fanatisme biblique a éû être le même aux deux époques. Israël vit donc sans joie poser la dernière pierre de son temple. Dévoué à la destruction pai* la propbé» tie de Midse comme par celle du Christ, pro&né avant d'être fini, le temple était souillé de sang, dit Josèphci il fallait qu'il fût purifié par le feu*.

De plus, Fachèvement du temple laissait à Jérusalem un embarras, secondaire en apparence, mais qui cependant est

' De Bello, yi, a i).

CBÂP. V. - PREMIfiRES A6ITATI0IIS MJ PEUPLE JUIF. liS

un des avant-coui curs les plus fidèles des i évolutions. Il laissait dix-huit mille ouvriers inoccupés. Agrippa, qui Q*osait ks renvoyer, les employa pendant quelque temps à paver toute la ville de pierres blanches'. Qu'on fit-il ensuite? Nous ne le savons pas; mais le moment où ils furent libres dut toucher à celui ^ui commença la guenre, et la révolte put s'emparer d'eux en les armant. Je ne remarquerais pas cette circonstance si l'expérience de noire siècle ne nous en eût appris la valeur. Les travaux développés avec excès et suspendus tout à ooup par les craintes politiques ont donné en 4789, en 1830, en 1848, des milliers de bras à nos émeules.

Le terme approchait donc, le mal enfanté par le mal grandissait sans relâche. Dans les dernières années de

Néron, le procurateur Albinus, partant pour Rome, fait ses adieux à la Judée en ouvrant les prisons et en lui rendant une foule de bandits (64). Les brigands marchent alors par bandes de trois ou quatre mille; un iBls de Judas le Gaulonite, frère de ceux qui ont été ci uciliés, Manahem, est ii leur tète. Cette famille, qui la première avait semé le fanatisme politique, devait en recueillir la dernière et abondante moisson. Ces mystiques du judaïsme restauré font la guerre au patrimoine des Juils suspects avant de la faire à la puissance de César. £t, pour y aider, le procurateur Gessius, dénoncé à Néron pour ses déprédations, juge que le Imût de ces accusations ne se pcidra (pie dans le bruit d'une guerre, qu'une révolte seule peut le sauver; par ses violences il pousse de son mieux à la révolte. Stimulée par les uns, provoquée par les autres, la Judée, folle de souffrances et ivre de prophéties, se précipite de plus en plus dans la sédition.

' AnUq , IX, 1, 8-(0-7).

m HOME ET LA JUDÉE.

Ce qui garde encoi e quelque bon sens, quelque richesse, quelque ascendant, est au désespoir. A chaque crise popu* laire, le sacerdoce et les chefs du peuple vont, vêtus d*un sac, la cendre sur la tùle, supplier le procurateur de s'adoucir, supplier le peuple de se modérer. Ils se sentent entiaiués dans une révolution, écrasés, quoi qu'ils fassent, ou par les révoltés ou par les Romains.

(]ette aristocratie sacerdotale, la première coupable du crime du Calvaire, menacée maintenant par les partis populaii-es qui avaient été ses complices, se souvint-elle alors de ce forfait dont il y avait encore tant de témoins? de celle prédication chrétienne qui avait tant de fois fatigué ses oreilles? de ces apôtres dont elle avait versé le sang? 11 est permis d'en douter, tant l'homme est habile à oublier ce qui l'accuse. Ce qui est ceilain, c'est que la politique de leurs pères avait porté de tous autres fruits que ceux qu'elle avait souhaités. Ils avaient semé le fanatisme de la soumission et ils recueillaient le fanatisme de la révolte. Ils avaient versé le sang du Sauveur par crainte de Rome et de peur « que les Romains ne vinssent détruire la ville et le peuple ; » et voilà qu*à cause de ce sang versé Rome, vengeresse involordaire du Sauveur, allait venir détruire le peuple et la ville. Leur excès ou leur affectation de prudence politique avait été la plus fatale des imprudences.

Voilà où était entraînée cette race juive qui, quarante ans aupai avant, sous la tutelle romaine et dans la pieuse attente du Messie, était paisible, pi*ospère, libre dans sa personne el surtout dans sa foi!

Cependant elle n'était pas perdue sans ressources. La main qui pouvait la sauver lui était encore tendue. Il avait été dit que la rédemption divine serait offerte aux Juife d'abord, offerte à plusieurs reprises, offerte avec longani-

Digitizou by Cju.^'vil

CUAP. V. - PREMIÈRES AGlTATiOiNS DU PEUPLE JUIF. IS5

mité et avecpatienoe. Notre-Seigneurétait venuau milieu des Juifs; il avait vécu parmi eux; il n^avait eu de disciples que de leur nombre; il n'avail pas aborde les païens. Il était venu « sauver les brebis perdues du troupeau d' Israël. » Ses apètreS) à son exemple, avaient prêché avant tout à Jérusalem et en Judée. C était dans le temple, dans la galerie de Salomon, qu'ils s'étaient longtemps réunis eux et leui-s disciples. Hors de la Palestine, c'est encore aux Juifs seuls qu'ils s'étaient d*abord adressés. C'était toujours» dans la synagogue juive que leur pi édication avait commencé. Saint Paul lui-même, l'apétre des nations, n'avait pas agi autrement. « Aux Juife d^abord, dit-il, aux Grecs ensuite. ^ » Un sentiment de tendre commisération régnait dans l'Eglise chrétienne en faveur de la synagogue. « Vous êtes, disait saint Pierre aux Juifs, les IjIs des prophètes et les enfants de Talliance que Dieu a faite avec vos pères. C'est à vous les premiers que Dieu a envoyé son Fils unique. » Paul, que les Juifs haïssaient plus que les autres, se tourne vers eux, plus que les autres plein d'amertume et de douleur, Je dis la vérité dans le Christ et je ne mens pas, selon le témoignuge que me rend ma conscience dans l'Esprit-Saint; ma tristesse est grande et la douleui' de mon cœur est continuelle. Je voudrais être moi-môme anathème devant le Christ à la place de ceux qui sont mes frères dans la chair... La volonté de mon coeur et ma prière vers Dieu est tout entière pour leur salut... Que ue puis-je provoquer à m'imiter ceux qui sont ma chair et sauver quel-

• « Saint Paul à Athènes (an 52), Act., xvii, 16, 17. — A Corinthe {.j2), XVIII, 5, 7; — A Éphèse (54). — Nemiiii loquenles vcibum, nisi solis Ju- •hcis. Acl., XI, 19. — Vol)is oportebat priinùiii loqui verbum Dei. Act,t xiii, -46, dit saint Paul à Anliocbe (an 45). — Jiuhro priinùm ot Gr.eco. — A Rome (an 50) , saint Paul fait abord venir les phucipaus Juifs dans sa prison. Act., mm, 17.

m ' ROME ET U JUDÉE.

ques-iins d'entre eux î » Et il ne veut pas en perdre 1 espérance : « Si quelques-uns des Juifs ont cru au Sauveur, pourquoi tous ne croiraient-ils pas? Si ces quelques grains prélevés sur la masse étaient bons, pourquoi la masse ne le scrail-olle pas? Puisque la racine était bonne, pour(iuoi les rameaux ne le seraient-ils point?... Car je ne veux pas, mes frères, que vous ignoriez ce mystère..., que Taveuglement est tombé sur une partie d*lsra#l pour que la plénitude des nations entrât dans nij^lise, mais (lu'ensiiile Isiaël loiil entier fut sauvé... A cause de rEvangilc, ils sont vos ennoniis; mais à cause de l'élection que Dieu a faite de leurs pères, ils doivent vous être très-chers*... » Et saint Paul, confirmant ses paroles par ses actions, garde pour lui-même, comme un lien avec sa race, les pratiques judaïques dont il a fait aflran* chir les Gentils. Vers la fin de sa vie, lorsque Thenre de ses souffrances approclie, il fait un vœu selon la loi de Moïse et va tout exprès, au temple de Jérusalem, témoigner de Tac* compHssement de ce vœu.

Si de telles invitations eussent été entendues, sans doute les procurateurs ne fussent pas pour cela immédiatement devenus des magistral intégres et désintéressés; les bandits et les sicaires ne fussent pas immédiatement rentrés dans Tordre ; mais l'inquiétude dominante d*lsraêl edt cessé. Sâr d'avoir trouvé son Messie et ne 1(î cherchant plus désunnais, il eût cessé d'encoui ager les prophètes révoluUomiaires. Le peuple juif aurait souffert, avec une patience égale à celle qu'il avait montrée sous Caligula, une tyrannie qui du moins ne s'attaquait pas comme celle de Caligula à sa loi et à ses autels.. 11 aurait souffert peut-être pendant la courte administration d'un ou deux procurateurs; mais le premier ma-

' Rom., IX, 1-5. — X, 1. —XI, 14, 16, 20, 2S.

Digitizc

CHAP. Y. - PREMIÈRES AGITATIONS DU PEUPLE JUIi^. iS7

gistral à demi honnête lui eût rendu la paix. Israël n'eut pas alarmé la méfiance romaine ni converti un accès momentané de tyrannie adminbtrative en une guerre politique et une guerre d'extermination contre des rebelles. La synagogue, s'associant à l'Eglise, lui eût peut-être donné quelque chose de sa propre liberté vi&è-vis du pouvoir; elle eût pris certainement quelque chose de la sagesse et delà longanimité de l'Église. La race juive fftt demeuré libre, la Judée paisible, Jérusalem debout. Ld temple où le Sauveur avait prié, où les apôtres avaient longtemps réuni leurs disciples, auquel saint Paul lui-même venait de rendre un dernier hommage, le temple fût resté, p()ui' un lenjps du moins, un lieu de prière et un sanctuaire national pour les juifs devenus clu:étiens.

Mais Tobstinatton de la race judaïque ne permit pas qu'il

en fût ainsi. A chaque invitation chrétienne une persécution judaïque avait répondu; à la première prédication de saint Pierre, la flagellation ordonnée par la synagogue ; au prosélylisincdes apoti es, le sang do saint Kticnne; i\ la présence dos Chrétiens dans le temple, la violence qui les en chassa et les dépouilla ; à la parole des apôtres dans les synagogues, la force qui les jeta hors des synagogues; à leur prédication sur la place publique, les tempêtes excitées par les Juil's siii- la place publique ; à l'apparition de saint Paul dans le temple pour y acquitter son vœu, Fhomicide presque consommé sur sa personne ; aux paroles de paix, les dénonciations; au langage de la charité fraternelle, les supplices. Les paroles de saint Paul, que nous venons de citer, sont, après trente années de gémissements et de supplications, le dernier cri de la poule qui vent réunir ses poussins sous son aile.

Aussi ravertissement et la prière amicale vont-ils se cliaiiger en anatlième. Saint Paul, repoussé et injurié par les

128 ' nOME ET Lâ JUDÉE.

Juifs, a déjà été réduit à secouer ses vêtements et à prononcer ces terribles paroles : «t C'est à vous qu*il fallait d'abord annoncer la parole de Dieu; mais, puisque vous la repousseï et que vous vous jugez indignes de la vie étemelle,. . . que votre sang smt sur votre tète ; j'en suis pur; je vais aux|^ Gentils'... » • Après lui, saint Jaapies, évêque de Jérusalem, écrivant aux fidèles des douze tribus dispersés dans le monde, a prononcé Tanathème contre cette aristocratie pharisaîque ou saccnlotale, contre ces riclies de Jérusalem, qui ont l'ait périr le Sauveur, qui « oppriment les saints et les livrent aux jugements, qui ont blasphémé le nom de salut, lequel a été prononcé sur les fidèles. Allez maintenant, riches, pleurez et hurlez dans les CMlamités qui vont tomber sur vous. Vos ricliesses se sont pourries, vos vêtements ont été dévorés. Votre or et votre argent se sont rouillés, et leur rouille sera un témoignage contre vous, et elle dévorera vos chairs comme le lou. Vous vous êtes tliésaurisé la colère pour les derniers jours... Vous avez jugé le juste et vous l'avez mis à * mort et il ne vous a point résisté, » Et vous, « soyez patients, mes frères, jusqu à l'arrivée du Seigneur'. »

Les Chrétiens compi irenl aloi's que se réalisaient les terribles symboles employés par les prophètes. Israël avaitaveuglé ses yeux, fermé ses oreilles, épaissi son cceur'. Le vigneron divin s'était épuisé autour de sa vigne ingi'atc el n'en avait obtenu qu'un fruit amer. 11 avait convoqué Israël, et Israël

* Act., xviii, 6-7. — XIX, 9. — MX, 8-10. — xxviii, 25 '28.

^ Jac, II, 6-7. — V, 1-6. — Cette é^^itre est de 1 ao 60 de Jésus-Christ

environ.

5 haïe, VI, 9. — Ps., UTiii, 23. — Cité pai* saint Paul, liom., u, 8-10. — Aci., xxfui, 25-27.

GHAP. V. - PRBipÈfiBS AGITATIONS DU PEUPLB JUIF. 199

ne s'était pas réuni. Il avait appelé et personne n'était venu*. Le Juge allait prononcer maintenant entre le vigneron et sa TÎgne , entre le laboureur et Farbre stérile, entre Fépoux outragé et l'épouse infidèle, entre le père et ses enfants ingrats*. La cognée était au pied de l'arbre ; le libelle de répudiation était écrit; le créancier était prêt à recevoir les en- &nts vendus comme esclaves par leui^ père ; Talliance méconnue allait être brisée comme la vci ge du prophète'. « Ils ont tué, dit saint Paul, le Seigneur Jésus et ses prophètes; ils nous ont persécutés ; ils déplaisent à Dieu et ils sont ennemis de tous les hommes; ils nous empêchent de parier aux nations de peur que les nations ne soient sauvées; ils veulent combler la mesure de leurs pécliés. Car la colère de IMeu contre eux est arrivée à son terme... ^ Encore un peu de temps, celui qui doit venir viendra et ne tardera pas*. » Des avertissements d'une autre nature, inutiles pour les

* In vacuLim laboravi, sinè causa, et vanè fortiludinem lueam coiisiuniisi... Et mine, (litit Dominus, fornians me ex utero servuni sibi, ut reducaiii .larob ad eum, et Israël non congregabitur. Is;iï:', xlix, 1-5. — Quia vciii : et non erat vir : vooavi, et non erat qui auûiret. Ibid., h, 1-3. — Voir cm oi e : l, 10. — LUI, 1. — Lix, 10. — i.xvi, 4. — El cx[)Octa\i ut faceret uvas, et fecil labruscas. Ibid., v, !2. — Ej,'0 autein pbuitavi te vimani cledani, ouiiie semeu verum : quoniodo er<^o conversa es inilii in pravum, vinea aliéna? Jcreiii., II, 21. — Voir Matlli., xxi, 55.

* Kunc crgo, bnhitalorcs Jérusalem, et viri Juda , judicate intcr me et vineani meani. Isaïe, v, 5. — Ergo judiciuui meum cum Domino, et o^>us nieuni cum Deo nieo. Id., xlix, '4.

' U;ec dicil Dominiis : quis est hic liber rcpudii matris vestrse, quo dimisi eam? Aut quis est creditor meus, cui vendidi vos? Isaïe, l, 1. — Et tuli vïj-gaui meam,... et abscidi eain, ut irritum faccrcm fœdus meoin. Zachar., XI, 10.

* Qui et Dominum occiderunt Jesum, et Prophetas, et nos persecutt sunt, et Deo non placent, et omnibus hommibus adrersantur : prohibentes nos Gentibus loqui ut salv» fiant, ut impleant peccata sua semper : pervenit enim ira Deî soper îllos osquèin finem. i Tkeualon*, u, 15, 16.

» Hebr., x, 37.

130 fiOM£ £T U mtE^

' chrétiens, plus sensibles pour les juife qui n'avaient plus

d'autres yeux et d'autres oreilles que ceux de la chair, sont rapportés, nou par des écrivains ecclésiasliques, mais par le juif Josèphe et le païen Tacite. Selon le premier, au temps du procurateur Albin us, un paysan, Jésus, fils d'Ananus, venu à Jérusalem pour la féte des Tabernacles (septembre 62), fut inspiré de crier dans le langage des prophètes : « Voh du côté de rOrientI voix du cété de TOccident! voix du côté des quatre vculs ! voix contre les nouveaux époux et les nouvelles épouses! voix contre le peuple i » H parcourait les rues répétant jour et nuit les mêmes paroles. Les chefs du peuple le firent arrêter, on Tinterrogea ; il ne répondit pas. On le fouetta de verges ; il continua de prononcer les mêmes anathèmes. On le mena au gouverneur, qui le fil flageller jusqu'à ce qu'il fil , comme le Sauveur, couvert de sang ; il ne se trahit ni par une larme, ni par une prière, et redit toujours : a Malheur I malheur sur Jérusalem ! » Albinus le renvoya comme fou. Depuis ce temps jusqu'à celui du siège de Jérusalem, il ne cessa de parcourir la ville, ne parlant ù personne, frappé chaque jour et ne se plaignant pas de ceux qui le frappaient, nourri par pitié et ne remerciant pas ceux qui le nourrissaient, répondant a tout par le même cri de douleur; sans cesse le répétant, plus euooi c aux jours de fêtes, lorsque Jérusalem se remplissait de pèlei lus ; redisant, sans que jamais sa voix s enrouât ou s*afiaiblit, cet anathéme que l'autre Jésus avait déjà prononcé : « Malheur sur la ville 1 malheur sur le peuple ! mallieur sur le temple ^ 1 »

* Josèphe, VI, 51 (5.3) — Vae autem pneignantibus» et mitrientibus îd illi» dicbus. Luc, XXI, 25- — Be:it;c stériles, et ventres qui non genucrunt, et ubera qu^ non lactav^nint. lbid<., xziii, 39. — Fiiisc Jcrusulein, nolitc flaro suptr me» sed Miper vos ijieas flete, et super filîos vestros. i^ûi., SS.

GUAP. Y. — PftEMlfABS AOITATIONS DU PEUPLE JUIF. IM

Peu après, apparurent encore d autres signes que Josèphe et Tacite nous rapportent tous deux, le premier d'après des témoins oculaires \ivants au moment où il écrit. Une comète, qui «mi la forme d'une épée suspendue au-dessus de la ville, se montra, dit-on, pendant une année entière. A l'iépoque où le peuple était rassemblé au temps des azymes, à la neuvième heure de la nuit (8 Xanth., 65, 49 mars) *, une lumière soudaine, égale à celle du jour, éclaira pendant une demi-heure le temple et l'autel. Une autre fois, à minuit, la porte du sanctuaire qui regardait l'Orient, porte de bronze et que vingt hommes avaient peine à mouvoir, s'ouvrit d'clle-niênic; on ne la refeima qu'avec peine. Quelques joui-s après la fôte (20° d'Artémisius, 29 avril), avant le lever du soleU, on vit dans toute l'étendue du del rouler des chars, des armées s'entrechoquer; on vit tracer des circonv alla lions autour d une ville assiégée, reluire les épées et les cuirasses; on crut entendre le hruit des armes. Et enfin, à la Pentecéte, les prêtres entrés dans le temple pour y accomplir les sacrilices de la nuit, entendirent un hruit de pas comme celui d'une multitude ^ui s'éloigne, et des voix qui répétaient : Sortons d'ici*.

* Voyes, à la fin du volume, Tappendioe sur le cakodrier de Joaèpfae.

* Josèpbe, De Bel., vi, 31 (5* 3). — Tac., Hist», v, 16. ~ c Les p<»les du temple 8*ouTrirent dVUes-mimes, si bien que Jochaiiam (Jean), fils de Zaoeal, les réprimanda en disant : Arrfttea-Tous! et il ajouta : Temple! Temple! pourquoi te détruis-tu toi-même; car je sais que tu dots finir par Fem* brasement, ainsi qu*a propbélisé Zacbarie (u) : Liban, ouvre tes portes et que le feu dévore' tes cèdres. » Talmuds de Jérusalem et de Mylmie, dans Galatin, De Arean» eathoL verU., iv, 8, p. 209. Drâlbgue de Pierre Alphonse et du juif Holse : c Le temple intérieur fit entendre ce cri : Sarten d^iei! > Mae peraehim pen., A. Jost., vi, n. 44. Faut-il identifier eea prodigea avec ceux dont parle Josèphe ou les pbioer selon Tindication toigours un peu vague des rabbins, quarante ans avant la destruction du temple?

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ISi aOMfi ET U JUD&S.

En cfTet, les anges de Dieu avaient quitté le sanctuaire; l'esprit du Seigneur, 1 esprit de Moïse, l'esprit de résignation et de sagesse, abandonnait la synagogue. La meilleure preure, c'est que ces présages, ces combats dans les airs, ces adieux des anges, étaient'mtorprétés comme des augures d'émancipation et de gloire \ Ce n'était donc plus cette nation si soumise sous Auguste, servile jusqu'au déicide sous Pilate, si patiente sous Caligula. Sous ce dernier prince, qui menaçait dans sa démence l'inviolabilité du sanctuaire, Juda n'avait pas pris les armes et avait vaincu par sa seule résignation. Aujourd'hui, ni le temple ni la loi n'étaient atteints; il n'y avait pas lieu à une insurrection religieuse, la seule dont ses traditions glorifiassent l'exemple. Si Juda se révoltait, c'était fanatisme d'indépendance et d'ambition. Or cette ambition de peuple conquérant ne se justifiait que par une intcrjuvlution inadmissible des propliéties, et, quant à son indépendance nationale, il n'en avait, je l'ai dit, ni appris le culte ni reçu la tradition. Disons mieux : les idées d'indépendance et de domination nationale pouvaient être depuis des siècles dans sa pensée, mais autrefois il les ajournait au temps du Messie. Maintenant que le temps du Messie se passait, Juda désespéré, plutôt que d'abandonner pour jamais ses rêves ambitieux, les ressaisissait avec rage, et, ù tout hasai'd, voulait tenter de les accomplir

* Josèphe., et Tacite, loco citalo.

* « Un homme a allumé une lumière pendant la nuit : elle a^est éteinte; il Ta rallumée : elle a*e8t éteinte encore. Il dit alors : Pourquoi me firtigoer^je ainsi? Attendons le jour. Il en est de même des Israélites. Quand ils

étaient cscIaTes eu Êgypte, Moïse et Aaron les ont sauvés; mais Sa sont retombés dans lu senitude. Captifs à Babylone, ils ont été délivrés par Ananias, Mixraël et Avarias; mais ils sont retombés sous le joug dos Perses. De ceuxci Nathathias TAsmonéen les a sauvés; mais d^is les Romains sont Tenus.

GHAP. y. — PREMIÊBES AGITATIONS MI raiPLB JUIF. 133

Aussi disent-ils maintenant : Voilà que nous nous lassons d'être rachetés pour toujours retomber en servitude. Nous ne voulons plus être éclairés sur la terre par un homme. Nous voulons que Dieu nous éclaire. Car il est écrit (Ps. cxviii, 27) : Que Dieu Jchova nous éciaire ! * — Midiasch TUephillini, sur le Psaume 36.

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