CHAPITRE VI
CAMPAGNE DE GBSTIUS 6ALLUS
Cdm etfo ▼ideritis abominationem detoltti<i^ qum dicta CM h Oîmii lr propliol:! sfanirm in loro sancto; qui legil, iiileiii^ut: tuitc qui in Juitxa suut, fugianl in rnoBlet. tMaïUi^ iiiv, 4ft-16.)
Quand dme va«s veim rabomintioii d« ta déMteikm
qnî a été annoncée par le prophète l^anicl. •'•tuhlie dana le lieu saint (que celui qui lit entende), alors que eaux qui sont dans la JuJrc ^'enfuient dans les inonlagnea.
La paix cependant se maînlenait encore. Les deux partis
TÔvolutionnairos, celui des bandits et celui des sicaires, par leurs folles prédications, par leurs prétendus inspirés, plus •encore par leurs biigandagcs et l'état d'inquiétude qu'ils maintenaient, poussaient de leur mieux à la révolte. Le procurateur Florus y poussait aussi, sciemment et volontairement, selon Josèphe, parce que, coupable de déprédations et •accusé auprès de César, la révolte seule pouvait le sauver; il suscitait dans les villes syriennes la haine des païens contre les Juifs; et, payé par les Juifs pour les défendre, il ne tenait pas ce honteux marché. Il allait, s'il faut en croire Josèphe, Jusqu'à proclamer  son de trompe liberté et impunité pour ^
GUAP. VI. — CAMPAGNE D£ GBSTIUS CALLUS. 13S
les brigands. Il menaçait même lé trésor sacré et voulait enlever dix-sept talents (cent deux mille francs) de l'or du témpie. Cependant le pontificat, la haute boui^ieoîaîe de Jé* nisalem, à force de supplications et de prières, maintenaient encore le peuple dans la soumission
C'est alors qu'au printemps de l'année G6 (16 Arlémisius, i7 avril), Florus vint à Jérusalem, décidé sans doute à provoquer Texplosion populaire. Le peuple, selon Tusage, mar- * che en ordre au-devant du procurateur et de ses soldats; mais les soldats répondent au salut officiel du peuple par des mjures ; les cavaliers poussent leurs chevaux sur la foule. Le lendemain, Florus, installé sur son tribunal, demande compte au Sanhédrin d'une moquerie populaire : par allusion à son avarice, on avait colporté une boite destinée à recevoir les anmônes pour le mendiant Florus. Comme le Sanhédrin ne peut immédiatement le satisfaire, il pousse ses soldats sur le peuple, fait piller et massacrer, condamne au fouet et même k la croix des Juifs, chevaUers romains, méprise les pleura de la reine Bérénice, sœur d* Agrippa, qui, après une nuit d'angoisses, vient à lui le matin, nu-pieds, au péril de sa vie, le supplier d'épargner Jérusalem.
Le jour suivant (17, 28), nouvdk épreuve. Florus ao* nonce que deux cohortes de plus vont entrer dans Jérusalem, et que le peuple doit aller à leur rencontre. Il fallut cette fois que les lévites et les prêtres portassent par la ville les vases du temple, suppliassent, montrassent au peuple leur poitrme nue et leur tôte couverte de cendre. Le peuple se soumit, mais sa soumission fut encore payée par des outrages. Sous les pieds des chevaux, sous les coups de bâton de ces soldats syriens et idolâtres, la patience des Juifs.nW
' Jos.,<feB.,ii, 25 (14).
m mm et la judée.
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tint plus. Le peuple, rentré en hâte dans la vîUe, et comprenant bien que c'est au temple et au trésor du temple qu'on en veut, gagne le temple, démolit la galerie qui l'unit à la tour Autonia, occupée par les Romains, l'isole ainsi, barre les rues, jette du haut des toits des pierres sur les soldats de Florus. Mais Florus est satisfait; il a sou émeute. Il convoque le Sanhédrin, lui déclare qu'il ne peut plus tenir à Jérusalem, qu'iU'abandonne à l'esprit derévolte. LeSanhédrin tremble de rompre avec César, supplie Florus de rester et obtient seulement qu'il laisse après lui une cohorte. Tel est du moins le récit de Josèphe, intéressé, il est vrai» à exagérer la patience des Jui& et la tyrannie du procurateur
Jérusalem demeure effrayée de son triomphe. Elle députe au proconsul de Syrie pour se juslilier; Bérénice députe à son frère Agrippa pour le supplier d'intervenir. Agrippa et un tribun, envoyé par le proconsul, arrivent en même temps aux portes de la ville sainte. Le tribun trouve Jérusalem soumise, respectueuse, lui montrant seulement les traces du combat, son roardié pillé, ses maisons détruites et se plaignant de Florus. 11 va au temple, et, dans l'enceinte ouverte aux gentils, offre, selon l'usage fréquent des Romains, son hommage au Dieu des Juifs. Agrippa, de son cété, assemble le peuple, et, en présence de Bérénice assise sur un trône, le supplie, au nom des choses saintes, au nom du temple, au nom des anges de Dieu, de ne pas iivrjsr le Saint des saints aux chances fatales de la guerre. Le peuple, ému de ces paroles d*un roi, des larmes d une reine, répond qu'il en • veut à Florus, non pas à Rome. Agrippa lui demande l'impôt qui avait cessé d'être payé, et quarante talents (deux cent quarante mille francs) sont réunis à l'instant pour ac^
« Jm., II, 35, 27 (14-15).
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CHAP. VI. — CAUPAtiNE DE GfiSTiUS GALUIS. 137
quitter l'impôt. Agrippa lui reproche la démolition du portique qui joignait la tour Ântonia au temple; le peuple commence à le relever. Agrippa accomplissait id un office héréditaire ; comme Hérode le Grand, son bisaieul, comme Agrippa, son père, à force d'adresse et de popularité d'un côté, d'adulation et de dévouement de l'autre, il était l'entremetteur de la soumission juda^pie et de la domination romaine, le lien entre son peuple et son empereur.
Mais à la fin Agrippa parle de Florus. Il savait qu'une fois rémeute ayant édaté ni le proconsul de Syrie ni César ne donnenient tort au procurateur. Il fallait donc accepter Florus ou désespérer de la protection de César. Cette fois le peuple ne veut plus entendre Agrippa. A la première parole il est insulté, les pierres volent contre lui; il est obligé de quitter Jérusalem ; son œuvre de conciliation est anéantie ^. Le parti de la paix, qui triomphait tout à l'heure, e^t vaincu; le parti de la guerre est maître de la cité. Ce parti ne faisait qu'une minorité dans la nation; on peut l'admettre sans croire à une majorité pacifique aussi compacte et aussi absolue que la peint Josèphe. 3Iais ce parti, plus révolutionnaire que national, parce qu'il n'avait pas les vertus qui • seules auraient pu légitimer et ennoblir l'insurrection, ce parti était ce que les partis révolutionnaires sont toujours. Faibles par le nombre, forts par l'audace; résolus comme tous les partis extrêmes, despotiques comme tous les partis populaires ; quand une fois ils se sont saisis d'une nation, ils se hâtent de la compromettre avec eux pour qu'elle ne puisse plus renier la solidarité de la révolte.
Dans la campagne, le parti révolutionnaire, c'étaient les sicaires, héritiers diiects de Judas le Gaulonite, et conduits
• Jo8., de fi., ti, S8 (16). ,
m BOUE ET IX JUDÉE.
par son fils Manahein, dernier reste, après deux firères cm^
cifiés, de celle famille de révoltés et de prophètes. Eux, pour dominer le pays, avaient eu besoin d'une place forte et par un coup de main hardi ils venaient de s'emparer du rocher inexpugnable de Massada sur le bord de la mer Morte, citadelle et arsenal des Hérodes, devenu le centre de leurs brigandages. A Jérusalem, les révolutionnaires s'appelaient zélateurs, et là aussi il leur fallait une place forte, une situation altière et dominante pour maintenir le peuple et le garder conli'e le repentir. Un des leurs, Lléazar, fils du pontife Ananias, nommé chef militaire du temple (vxpêtxwfi)^ fil déclarer, malgré les supplications du haut sacerdoce et des chefs ménu' du pliarisaïsme, que désormais nulle victime ne serait reçue que de la part d'un Juif. Rien n'était plus opposé à la loi de Moise, nationale par son rite, mais universelle par son dogme et libérale dans sa pratique, qui faisait prier pour les i?entils et leur avait constamment ouvert la première enceinte de son temple. Mais, en rejetant f offrande de tous les gentils, ou rejetait celle de lempereur; on refiisait les sacrifices qui jusque-là étaient offerts tous les jours en son nom et par lui ; Jérusalem abdiquait ce signe d'alliance avec Home qui était en même temps un signe du respect de Rome envers elle. Elle mettait César hors de son temple, hors de sa piiérc, hors de sa loi. Le temple et la religion de Moïse devinrent alors la citadelle des zélateurs comme Massada était celle des sicaires K
Bientôt la plaie s'élargit encore. Le parti de la paix fit un elTort désespéré ; après avoir demandé secours à Florus qui demeura dans son inaction calculée, il demanda secours à Agrippa, qui lui envoya trois mille hommes. (7 Lods, \(i
*ii».,deB.,n, 39-30(17).
CHAP. YL — GANPAGIf E DB GBSTIUS GALUJS. 159
juillet.) Ces trois mille hommes, la cohorte romaine qui était demeurée à Jérusalem, les Juifs, amis des Romains, soutinrent pendant sept jours la lutte contre les délateurs. 11 fallut que le parti révolutionnaire réontt toutes ses forces et que de Massada les sicaires vinssent à l'aide (14 Loôs, 23 juillet). La révolution triompha par ce secours. Le palais d'Agrippa et celui de Bérénice furent brûlés. On eut soin surtout de brûler les archives on étaient contenus les actes de créance et les registres des hypothèques (15-17); on rangeait ainsi ous les débiteurs dans le parti de Tinsurrectiou*, et l'on disait, comme nous dirions aujourd'hui, une révolution, non pas sciil<3ment démocratique, mais sociale. L'ancien grand-prètre Ananias, celui qui avait fait frapper saint Taul et à qui saint Paul avait prédit que Dieu le frapperait*, poursuivi comme partisan de la paix, se cacha dans un égout et y l'ut tué. (7 Gorpiéos, 14 août.) Les soldats romains, retirés dans une tour imprenable, se rendirent à la condition qu'ils auraient la vie sauve; à peine désarmés , on les égorgea sans provocation, sans prétexte, et, ce qui aggravait le crime aux yeux de la loi juive, un jour de sabbat (6 Gorpiéos, 15 août)*.
C'est par cette puissance du crime que les partis révolutionnaires font des iialions leurs complices et leurs esclaves. Abusant de son légitime courroux contre Florus, les zélateui^ avaient bien vite mené Jérusalem au delà de sa colère. Ils l'avaient fait rompre par Témeute avec Florus, par
* Jh iTjp lin T« ipxnsE spev, &if»nmu «niô^oyr»; rk vjitSoiAi* rwv ^i- ^MfwMn )ç«l T^c lunc^ftEnç oacwi^ûix twv x^iôv. Jos.» de B., il, 31 (17, 6). Votr aussi De Vilâ wâ, 5.
* Art. apost., nui, 3-3.
> Jos., de B,, II, 3S (17, 8, 9). Il doit y avoir erreur ou dans Jos^ibe ou dans nos calculs. Le 13 août 60 était unmeraisâi.
leurs insultes avec Agrippa, seul médiateur possible entre elle et Rome, par le sang d'un grand-prèlie avec le sacerdoce et la religion de Moïse, par le sang d*une cohorte avec Rome et César. CSomme il arrive toujours en pareilles luttes^ la majorité, faible de cœur, n'ayant pas le courage de sa prudence, ne sachant pas se révolter contre la révolte, se trouvait avoir déclaré une guerre qu'elle n'avait jamais voulue.
Qu't'taient-cc cependant (pie les zélateurs, que Jérusalem, que le peuple juif de la Palestine? Israël, implanté depuis quinze siédes dans la Palestine, y était encore à œrtains égards comme un étranger et avait toujours eu à 8*y défendre ; le flot des peuples idolâtres, repousses ou envaiiissants, avait toujours grondé contre lui. Depuis la captivité de Babylone surtout, la tribu de Juda, seule revenue et re> venue en petit nombre, s'était trouvée, au milieu dc^ races hostiles qui peuplaient la Syrie, isolée et dans un perpétuel état de siège. Les Machabées, en soumettant la Galilée et ridumée, Tavaient mise un peu plus à Taise. Mais cependant les étrangers la pressaient encore de toutes parts. Vers la mer, Sidon, Tyr, l*tolémais s'étaient agrandies aux dépens de la tribu captive d'Aser; au Garmel, un dieu des gentils avait son autel et son prêtre. Dora, Gésarée, Antipatris, Ascalon, Gaza, ces noms romains, grecs ou philistins, attestaient la prépondérance des races païennes, et le littoral, à peine distant de dix lieues de Jérusalem, appartenait à peu près en entier aux idolâtres. A neuf lieues au nord do Jérusalem, la séparant delà Galilée, commenç^iitle territoire de sa sœur infidèle, Samarie, qui protestait éternellement contre son pouvoir, contre son temple, contre son sacerdoce, contre ses mœurs. Ainsi les races iiosliles serraient de toutes parts la race juive et se mêlaient à elle sans se confondre.
CHAP. Vl. - GAMPAGM D£ CfiSTlDS GALLUS. lit
Sur cette terre de Syrie, destinée jusqu'à nos jours à héberger les nations les plus diverï^es, les Syriens habitaient les villes judaïques; les juifs habitaient les villes syriennes; les deux races, les deux religions, la synagogue et le temple des idoles, la communauté israélile et la cité païenne, étaient partout l'une auprès de l'autre et se disputaient partout. Jusque dans l'intérieur de la Galilée , la ville judaïque de Bethan était devenue, sous le nom de Scythopolis, une cité mixte, mais dans laquelle doiiiiiiaient les gentils.
Et encore, si tout ce qui était juii eût pu au moins se réunir l Si, du haut des |N>rtiques sacrés, le grand prêtre eût pu appeler ces trois millions de Juife qui, six mois auparavant, étaient venus des bouts du monde célébrer la Pàqiie dans le sanctuaire de Salomon 1 Mais ils étaient maintenant retournés dans leurs demeures, en Asie, en Grèce, en Italie, dans la >!édie, dans la Perse. Dispersés au milieu des inlidéles, iaiblement sympathiques aux Juifs de la Palestine, dont ils ne parlaient plus la langue et qui. les traitaient volontiers d*hétérodoxes, n'ayant pour sauvegarde que le sceptre romain et se souciant peu de le voir se bris(3r sur leurs têtes, les Juifs de l'empire ne devaient pas venir eu aide à la révolte de Jérusalem. Au delà de TEuphrate, TAdiabéne, où le judaïsme avait été prêché récemment, envoya quelques-uns de ses princes au secours de la ville saiute ; mais pour la plupart, tes Juifs trans-euphra tiques restèrent paisibles. Ils étaient sujets du roi des Parthes, et ce prince, récemment vaincu par les Romains, ne se fût pas soucié de donner à Rome un nouveau sujet de guerre. Ils étaient entourés de populations idolâtres et persécutrices, et la moindre agitation de la part des Israélites pouvait provoquer un renouvellement de ces massacres qui dataient de trente ans à peine. L'insurrection en était donc réduite à la Judée et la Galilée, c'est-à-dire à un
142 HOME ET lA JUDÉE.
pays d environ deux cents lieues carrées et à une population d'environ trois millions d'hommes.
Et si encore dans lu Judée et la Galilée, où la race de Jacob étouffait serrée entre les infidèles, tous les cœurs eussent été d'accord I Mais S^horis, capitale romaine de la Galilée ; mais Tibériade, ville bâtie par les Hérodos, penebérent toujours l'une vers Home, l'aulie vers Agrippa. La Galilée en général se montra froide pour la cause de la révolte. Les juifs de Scylbopolis prirent même les armes contre leurs frères.
Si seulemeut eulin Jérusalem eût marché de cœur et tout entière dans cette lutte 1 Mais dans Jérusalem, comme il arrive toujours en pareil cas, la majorité était contrainte plus que |)ersuadée ; la bourgeoisie subissait le joug de la populace ; le haut sacerdoce, celui du sacerdoce inférieur; les hommes mûrs celui de la jeunesse; le peuple de la ville ceini des brigands de la campagne.
11 y a plus, et la faction qui dominait le peuple juif était elle-même divisée. A rencontre des zélateurs s'élevaient les sicaires, les montagnards de cetle Gironde. Manahem disputait à Kléazar, lils de Simon*, chef des zélateurs, la royauté de l'insurrection. Cet ennemi des rois ne se gênai l point pour prendre les allures de la royauté. 11 marcliaii en habit royal, suivi d'un cortège armé. Cet orgueil révoltait les zélateurs. « Ils n'avaient pas revendiqué leur hbcrlé contre les Romains pour se donner un roi juif! ils ne voulaient pas d'un despote même démocrate! » et autres paroles, extraites, ce semble, du discours de Tallien contre Ilobespierre. Un jour donc que Manaliem entrait au temple avec cet appareil,
^ Jost'plie dit siinplincnt Clra/ar, ii, Tt'l {17, Soi nit-cc Kl(';»zar, fils d'Anaiiias, dont il n jtarlé plus haut? L\iist'nii)lp (!•■ son ittll inr (i;iia.t bleu plutôt désigner ici Ëléazar, fils de Sin)OQ. V. ibid (17, 10). 42 (20,3).
GHAP. VI. — GAMPAGM DE GESTIUS GALUiS. 145
les sélatenre l'assaillirent ; le peuple même, ce qui veut dire dans Josèphc le parti pacifique, croyant tuer la sédition en tuant Manabem, lui Jetait des pierres de loin. En iace de cette attaque itaultiple, Manahem résista peu ; il alla se cacher el périt misérablement*. Mais plusieurs de ses partisans échappèrent et gagnèrent leur nid d'aigle dcMassada, asile invinci* ble de leur parti. La révolte eut donc alors deux armées, deux drapeaux, deux capitales. Et c était une faction ainsi divisée, au milieu d'une ville plutôt subjuguée que soulevée, au sein d*un petit peuple, non-seulement entouré, mais mèië d'ennemis, sans une espérance sérieuse de secours, sans une issue pour la fUite, sans un passage vers la mer, sans un port, qui osait, avec une sorte diiéroïsme insensé, défier la grande épée romaine, victorieuse du monde.
Sans doute, les Machabées avaient osé davantage, mais les Machabées défendaient Dieu et la loi. Pour ce peuple, au contraire, sur qui le crime du Calvaire pesait, quel secoui^ attendre d'un Dieu qu'il avait outragé et d'une loi dont il avait méconnu FacoompUssement? Aux yeux mêmes du pharisaisuie, les pontifes dont ils uiépiisaienl les couseils, un grand prêtre qu'ils avaient égorgé, le temple qu'ils avaieiU souillé de sang, la cohorte romaine qu'ils avaient massacrée d une manière impie, s'élevaient contre eux pour les condamner. Loin que le sentiment religieux fût avec eux, c'étaient leurs adversaires, qui, sans être plus religieux peutêtre, leur opposaient le sentiment religieux; c'était en promenant les vases sacrés, en parlant au peuple du temple et du sanctuaire, que les préties d'abord, Agrippa ensuite, « avaient combattu les zélateurs. Les zélateurs, en rejetant les offrandes des étrangers, avaient rapetissé la foi de Moise à la
i44 ROME ET LA JiJDÉË.
proportion d'une foi exdasîvement nationale, subordonné le dogme à la politique, la loi du Seigneur à celle du pays, IKeu à la nation.
Aussi, hors du peuple juif, la confiance fut-elle universelle que Dieu avait abandonné Israël. Sans attendre le signal de la révolte d'un coté, le signal de la répression de Tautre, tous les idolâtres de la Syrie, longtemps contenus par la fierté des Juifs et par l'autorité de Rome, commencèrent à se ruer sur eux. Ce fut sur toute cette frontière et dans toutes les villes mixtes un cri de guerre ou plutôt un cri de mort. Le même jour du sabbat, à la même heure ou la cohorte romaine périssait à Jérusalem, les Juifs de Césarée furent attaques par leurs concitoyens idolâtres ; vingt mille périrent ou furent réduits en captivité ^ A Damas, la fiiveur des femmes, presque toutes attachées à la loi de Moïse, protégea longtemps les .Iiiifs; mais enfin ils furent refoulés dans le gymnase ; on en ierma l'entrée et dix mille furent tués en une heure*. A Antioche, que Josèphe compte cependant avec Sidon et Apamée parmi les villes qui épargnèrent les Juifs, plusieurs Israélites, accusés de complot incendiaire, furent brûlés sur-le-champ à la vue du peuple rassemblé au théâtre.
Les Juifs, à leur tour, usèrent de représailles, et chaque ville devint un champ de bataille; les rues étaient semées de cadavres nus et abandonnés. Dans la ville métis de Bethsan, les Juifs s'armèrent avec les païens contre leurs frères, les Juils du dehors, et défendirent vaillamment la cité. Mais telle * était la haine qu'on portait à ce malheureux peuple, que
* Dt'iix mille cinq cents périrent à Ascalon, deux mille à l^tolémaïs, un grand nombre à Tyr, ï Uippos, à Gadm. ^(iS.,deB,,u, 33.56 (18). D$ vUâ
suâ, (î.
* Jus., de U., ibid. 11 dit ailleurs huit mille senlement, vu, 34 (8-7).
CHAP. VI. — GAMPAGMfi DE GBSTIUS 6ALLUS. iAb
cette trahison ne les fit point absoudre. On exigea d eux qu'ils sortissent de la ville, et, quand ils eurent campé dans les bois voisins, confiants et endormis, on les attaqua à coiips de flèches, et tous périrent au nombre de treize mille. L'un d'eux, Simon, lils de Saùl, dont le courage et la force redoutables s étaient signalés pour la défense de la ville, tout à coup réveillé par cette grêle de traits qui tuait auprès de lui ses compagnons, se mit à crier aux Syriens que, traître envers son peuple, il périssait justement, mais qu'il ne leur laisserait pas l'honneur de lui donner la mort. Son père était au|n^ de lui; il le saisit par les cheveux et le tue; il frappe également sa mère, joyeuse de mourir ainsi; sa femme et ses enfants lui présentent la goi ge pour échapper au glaive de l'ennemi. Resté le dernier, il monte sur ce monceau de cadavres, et, levant le bras bien haut pour être aperçu de loin, il se frappe d'un grand coup d'épée. Épouvantable scène qui n était que le prélude de bien d'autres et indiquait à l'avance le caractère de cette guerre impie M
Enfin, le cri de fîireur contre les Juife retentit en Egypte. Alexandrie se repentit de les avoir laissés paisibles pendant vingt-sept ans. Dans une assemblée populaire où ils prétendaient user de leur droit de cité, on les repoussa, on saisit quelques-uns d'entre eux qu'on voulut brûler vifs. La communauté juive s'arma tout entière, courut vers l'amphithéâtre où le peuple était réuni, et allait y mettre Je feu. Ni les exhortations du préfet romain, Tibère Alexandre, lui-même Juifd'oiigine, ni les conseils de leurs propres magistrats ne les purent arrêter. 11 fallut que deu.\ légions et dnq mille soldats libyens mait^hassent contre eux. Le quartier des Juifs, appelé le Delta, fut envahi, non sans una ré-
< Voir sur tout cela Josèphe, de Bel,, il, 35, 35» 41 ( iS, 1-5); — vu, 8 (3,4); 54(8.7).
Diyiliz
sislancc opiniàlrc; tout fut détruit; les enfante et les vieillards ne furenl pas plus respectés que les hommes armés. Les Alexandrins se mêlèrent à cette boucherie ; et, après que les soldats, sur Tordre du préfet, eurent cessé le carnage, eux coutinuèieul à s'acliaruer, niéuie sur les cadavres. S'il en faut croire Josèphe, cinquante mille Jui£s périrent ce jourlà, soit à Alexandrie, soit hors de ses murs. Ainsi^ dès le premier pas fait pour sortir de la tutelle romaine, Israël ren^ contrait devant lui la haine invétérée de tous les peuples *.
Cependant, contre toute attente, en dépit de tous les vœux formés contre les Juifs, en dépit de leurs propres divisions et de leurs propres folies, leur première lutte contre Rome devait amener un triomphe pour eux.
Cestius Galhis, proconsul de Syrie, marcha contre Jérusalem, n avait environ treize mille hommes de troupes romaines, à peu près autant d'auxiliaires. Antiochus, roi de Comagène, Sohème d'Émèse, Agrippa de Traconite, lui avaient amené des renforts. Toutes les villes syriennes, ennemies des Juifs, lui avaient joyeusement fourni des volontaires.
Jérusalem avait à lui opposer une multitude, mais une multitude indisciplinée. La fôte desTabemades (15-22 tisri,
28 î^epteuibre au 5 octobre) avait attiré à elle des milliers ou de croyants ou de conjurés, force irrégulière, désordonnée, sans tactique, presque sqns armes, surtout sans chefe.
Cestius marchait lentemmit, comptant sur les divisions de Jérusalem, sur l'influence du parti de la paix, sur l'inconsistance des multitudes, enthousiastes un jour, tremblantes le lendemain. 11 parlementait, il envoyait Agrippa, ilfaisaitofMr
* Jos., de B., 11,56 (18, 6-8). Soixante mille Jnife ont péri dans toute
rÉgypte, fait-il dire ailleurs à Éleazar, Tii, 54 (8, 7).
ClIAP. VI. — CAMPAGNE DE CESTHiS GALLUS. I i7
une amnistie; ses parlementaires étaient reçus à coups d'épée. Cependant, une fois sous les murs de Jérusalem, la supéi-ioritè des armes romaines se fU sentir. L'enceinte de la ville lut lurcée (30 hyperberetoeos, 0 octobre); les révoltés rejetés dans le temple et dans la ville haute (Sion). Les Romains les y assiégèrent, et, grâce à cette redoutable tortue qu'ils formaient avec leurs boucliers, approcbaient des murs et en ininaienl les fondements. Après cinq jours d'assaut, le temple semblait prêt à céder ; les Romains se préparaient à en incendier les . portes : on y parlait de soumission, bien qu'l*]léazar fît jeter du haut des murs quelques Juifs qu'il sou[>çonnail de traiter avec les Romains ; les chefs de la révolte étaient déîà consternés ; les partisans de la paix espéraient déjà, gi ûce à la brièveté de la lutte, amnistie, réconciliation, s^ilut pour la ville et le sanctuaire : lorsque tout à coup, soit qu'il craignii les masses de Juifs campés hors de la ville, soit qu'il ignorât ce (pii se passait dans le temple, soit qu'il voulut, lui aussi, comme Florus, prolonger la guerre et y faire entrer, bon gré mal gré, la nation juive tout entière, en un mot, par une résolution difficilement explicable, Cestius Gallus donna le signal de la retraite (4 dios, 9 octobre).
Cette retraite fut désastreuse pour lui. Les factieux s'èkuucérent hors du temple, pleins de joie et de surprise. Les multitudes qui occupaient les hauteurs fondirent de toutes ' parts sur les cobortes romaines. Légèrement armés, connaissant les détours des montagnes, se tenant en airière lorsque les Romains étaient dans la plaine, se jetant sur eux lorsqu'ils défdaient péniblement à travers les goi'g(3s, ils as saillaient de leurs llèches celte pesante inianlerie qui a osait plus tourner la tète, persuadée qu'une armée immense était à sa poursuite. Dans ces vallons pierreux de la Judée, le légioimaire, chargé de son lourd bagage, le cavalier, dont le
i48 AOME ET U JUDËE.
clieval glissait sur les rochers, se rôtiraient épouvantés devant ces ennemis qui se jouaient et poussaient des cris de joie sur les hauteurs. A la première étape, Gabaon (^-7 dios, iO>12 octobre), il fallut abandonner les mulets, les ânes, les équipages. A la seconde, Héthoron, (8 dios, Jo octobre), il fallut abandonner les machines de guerre, dont les Juifs s'emparèrent et dont ils surent plus tard se servir. Cestius n*osa même sortir de Béthoron qu'en sacrifiant quatre cents hommes qui, répandus sur les toits, uliuinaient des feux, montaient la garde, s'appelaient comme des sentinelles, faisaient croire, en un mot, à la présence de toute l'armée, pendant que l'armée, partie avant le jour, marchait rapidcnieut vers rOccidenl. Cestius fut encore poui^suivi jusqu'à Antipatiis, sur les bords de la Méditerranée, et il y arriva, ayant perdu plus de cinq mille hommes et l'aigle de la douzième légion'; il y arriva abattu, trendjlant de la colère de son maître, tachant de rejeter la faute sur Florus, miné par un désespoir qui le tua bientôt'.
Mais ce succès devait être funeste surtout au vainqueur. Jérusalem était maintenant enlacée dans les lilels de la révolte et complice, malgré elle, de tous ses crimes. Il ne lui restait plus de salut que par la révolte elle-même. Il ne lui restait plus qu'à la soutenir avec l'énergie, mais aussi avec . 1 accablante conviction du désespoir.
On le sentait. Il y eut un moment où il sembla que, sous l'empire du commun péril, la distinction des partis disparût. Déjà l'aristocratie sacerdotale ou bourgeoise s'était rapprochée (l I*]Iéazar, grâce à la violence de Manahem; en temps de révolution, on s'attache au plus modéré d'entre les fac-
' Suct., in yespas,,Â.
> Jos., de B., Il» 40 (19, 7-9.). — Tacit.,fft«f., t,10.
CUAP. VI. - CAMPACr^E DE CËSTIUS GALLUS. 149
tîeui. Elle travaillait maintenant à effacer Ëlèazar lui-même
et les zélalours, toujours suspects de violence et de despotisme, et à donner aux conseils de la révolution plus d'entente, de gravité, d'intelligence. Il ne s'agissait plus de sus citer une émeute, mais de soutenir une longue guerre. On chercha, là où ils étaient, c'est-à-dire dans les rangs de la iiiérarchie régulière, les hommes qui avaient les habitudes du pouvoir. On appela à gouverner les plus démocrates de Tarislocratic, des prêtres cependant et des pontifes. Le pontife démocrate Ananus, ancien grand-prôti-e, eut le connnandement de Jérusalem. D'autres hommes, de fomille pontificale, furent envoyés dans les provinces. L'historien Josèphe luimcnic, prêtre et opj)osé jusque-là à la révolte, eut le conimandemenl de la Galilée. Sous eux, la Judée s'apprêta à une guerre nationale, appela sa jeunesse sous les drapeaux, fortifia ses villes, forgea des armes, fabriqua des machines de guerre. Les murailles de Jérusalem furent achevées, une mission fut envoyée aux Juifs d'au delà de l'Euphrate pour leur demander secours ^ A la fois plus habiles et moins passionnés, ces hommes se sentaient plus oupahles, et de soutenir la guerre, si la guen'e était inévilable, et de renouer la paix, si la paix, dont ils nourrissaient encore l arrièrepensée, était possible.
Mais, malgré cette modération, l'inévitable désordre et rinévitable tyrannie des situations révolutionnaires se produisaient. Josèphe, qui nous raconte longuement son administration eu Galilée, nous peint très-bien ces positions extrêmes où la lutte et la défiance sont à cha(iue pas. Le pays est divisé. Séphoris, à l'Occident, appelle les Romains à son aide. Tibériade, à rOrient, flotte entre la démagogie, qui
< Jw., de Ti, 34 (6, 2).
[juusse à la lôvolle, et l'aristocratie, iidcle au roi Agrippa. A Giscala, Jean, longtemps chef de voleurs, veut se faire proclamer roi de Galilée. La contrée est sillonnée par des bandes de brigands : ici, on les paye ponr conibatlre et assassiner; là, pour être épai gnc par eux. Les villes leur olli^ent un tribut» s'ils jurent de ne plus piller. Josèphe en prend quelques milliers à sa solde. Entouré de dangers, de complots, d'accnsalionsi le besoin de soupçonner et de dénoncer est un des plus habituels sympuymes des révolutions, et en est peut-être Tauxiliairc le plus efficace), Josèphe n'échappe qu'à force d'adresse, de présence d'esprit, de perfidie quelquefois, il soumet Tibériadc parce qu'il arrive devant elle à la téte de deux cents barques vides, qu'on suppose porter des gens armés et qui emmènent captif tout le sénat de cette ville. Une antre fois, des centaines de factieux entourent sa maison et vont y mettre le feu; il demande qu'un d'eux vienne s'expliquer avec lui; quand le député est entré chez lui, il le fait saisir par ses serviteurs et le renvoie fustigé jusqu'au sang, sa main coupée attachée sur la poitrine, cette audacieuse cruauté fait croire que la maison a de nombreux défenseurs, et l'émeute se retire effi ayée.
Tout cela se passait dans le répit de (pialre ou cinq mois qui sépara la retraite de (destins de l'invasion deVespasieu, entre quatre ennemis limitrophes, les Samaritains, les Syriens^ Rome et Agrippa. Aussi les hommes de sens jugeaientils la cause judaïque ruinée par son propre triompbe. Les riches cherchaient à s'enfuir de Jérusalem comme on quille un vaisseau qui va faire naufi'age. Les ambitieux même se décom ageaient. Les deux frères, parents desHérodes, Costobare et i>aùl, qui avaient eu des prétentions de royauté, se réfugiaient auprès de Ceslius Gallus. Le pontife Ananus, toul en préparant la guerre avec zèle et avec tristesse, tâchait en
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môme temps de renouer secrètement des négociations paci-
rii|ues.
Ce aélaient pas seulement les riches qui quittaient Jérusalem, mais les plus pauvres de tous; des hommes qui, après avoir vendu leurs biens et mis le \m ix en commun pour le soulagement des délaissés, s'étaient vus dépouillés par la persécution de ce modique cl commun patrimoine; les chrétiens aussi quittaient Jérusal^. Us avaient commencé à voir se réaliser la prophétie du Sauveur : « Une armée avait entouré Jérusalem, et rabominatiou de la désolation prédite par.:le prophète Daniel était apparue dans le lieu où elle ne doit pas être, » c'est-à^ire que les insignes idolâtriqnes des légions romaines avaient souillé la terre sainle de la Judée, où jusque-là ils n entraient pas. Ils avaient « lu et compris. » Ils avaient « su que la perte de Jérusalem était proche ^ » Et à ces prophéties encore gravées dans la mémoire de la génération (jiii les avait entendues, une révélation s'était jointe. Quelques-uns des plus saints parmi eux, et sans doute Fapètre Simon qui avait succédé à saint Jacques, leui- premier évéque, avaient reçu un avertissement du Sauveur *. Ils ne perdirent point de temps pour la retraite. « Celui qui était aux champs ne revint pas pour prendre sa tunique. Celui qui était sur le toit ne descendit pas pour rien prendre dans l'intérieur de sa maison. Ceux qui étaient dans Jérusalem la quittèrent, ceux qui étaient dans la Judée S eniîiirent vers les montagnes. » La ville de Pella, située au delà du Jourdain et dans le royaume pacifié d'Agi i[q)a, fut leur refuge. Juifs et étrangers à la révolte, ils étaient là au nii-
« Daniel, ix, 26-?7. — Luc.,xxi, 20. — Watth., xxiv, 15. — Marc, xm, 14. — Qui lef;it., intellij;al Jbid. * Eusèb.y 111, 5. — Ëpipb.,xiix, 7.
iô2 AOME ST LA JUDÉE.
lieu d'une population juive demeurée soumise aux Romains^'.
Celle silencieuse l olraite était im adieu qui séparait l'Église chrétienne du peuple juif. Les chrétiens s'en allaient de Jérusalem comme Loth s'en était allé de Sodome, qui eût été sauvée par sa présence. Comme autrefois le prophète, en rompant la verge qu'il tenait à la main, avait brisé le lien de iralemité entre Israël et Juda% de même aussi la fraternité était rompue entre Israël baptisé et Israël incrédule, entre rËglise, la vérital)le synagogue, et la synagogue inlidèle même à Moïse. Les temps de propitiation étaient passés, le jour de salut était fini. Jusque4à, les Juif baptisés et lesiuife incrédules avaient vécu ensemble, habité la même dté, le même temple, les mômes synagogues, connnc le bon giain avec rivraie. Aujourd'hui c était le jour de la moisson. Les moissonneurs mettaient déjà à part les gerbes de blé, afin de jeter plus lard l'ivraie au feu.
Et, pour confn incr encore cet arrêt, celte année-là même, saint Pierre et saint Paul furent jetés dans les prisons de Rome; Tannée suivante, ils souffrirent la mort. Cette mort leur avait été prédite et avait été révélée par eux. Dans les deux épîlrcs qui peuvent être considérées connue leurs adieux, l'un et l'autre annoncent leur fin prochaine, a Bientêt, dit saint Paul, écrivant à son bien-aimé Timothée, je vais étire offert en libation {(Tith^ouai)^ et le temps de ma délivrance est imminent ^ J'ai combattu le bon combat; j'ai achevé ma course; j'ai gardé ma foi. H ne me reste plus qu*à recueillir la couromie de justice qui m'est réservée et qu'en ce jour me rcn-
* Marc. XIII, 15-16. — MaUh., x\iv, 1 7-18. — Luc, x», SI. ^ Marc., Xlli, ]4. — Matlh., xiiv, 16. — Eusèb., Épipb., ibid.
* Et prsDcidi virgam mcani s;ccuiidam, qiUB appeUabatur (uniculos, ut dissolrercm gcrmanitatem inter Judam cl Israël. Zachar., », U.
' AvoXûatw;. •
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diale Seigneur, le juge équitable... Ilàle-loi de venir... Viens avant l'iiiver ^ . » Quant à saint Pierre, nous lisons qu'il lui avai l été dit : «r En vérité, en vérité, je te le dis : lorsque tu étais plus jeune, tu te ceignais et tu allais où lu voulais; mais, (juaud tu auras vieilli, tu étendras les mains, et un auti e te ceindra ' et te mènera où tu ne voudras pas. » Et Févangéliste ajoute : « Jésus parlant ainsi indiquait par quelle mort il devait glorifier Dieu » Ce que sacliant, saint Pierre adresse ainsi ses adieux aux fidèles : « Je sais avec certitude que ma lente sera bientôt repliée, selon que me Ta fait connaître Notre- Seigneur Jésus-Christ. Mais je ferai en sorte que vous ayez souvent occasion de vous l'appeler ces choses après ma mort*. »
Quelle fut la cause immédiate de leur martyre? Est-ce la
eluite de rinqtosteur Simon, dont ils cond)atlirent les prestiges devant Aéron? Ou la conversion d'un échanson ou d'une ctfncubine du prince*? Ou la colère du peuple de Rome à la nouvelle de la défaite de Ccstius, et qui se porta sur tous les Juifs de la ville, même sur les Juifs cliréliens? Ce qui est certain, c'est que le danger se fit pressentir à l'avance. Les chrétiens tremblèrent pour leur chef et supplièrent Pierre de s'éloigner. Il céda un moment à leurs instances; il avait déjà passé la porte Capène et il clicminail hors de la ville sur le pavé de la voie Appia, quand Jésus-Christ lui apparut, marchant en sens opposé. « Où allez-vous. Seigneur? dit l'apôtre. — Je vais à Rome pour être une seconde fois
« II Tîmotb., 1^6-8, SI.
* Jean., xxi, 18-19.
s II Petr., I, 14-15.
« Ghrysoet., Adv. oppugiuUom tntm monaU., i, 3. In II Timotk.t homiL, m, i ; X, 2. Jn AcL, homil,, xlti, 3. — S. Aster Amasian., in ApoU, prineipes, — Theoptiilact., in U Timoth., iv.
lui ROME ET LA JUDÉE.
crucifié. » L'ap6lre comprit cette parole et rentra dans Rome*.
>'ons ne savons qu'incomplùtcnicnt l'histoire de son martyre. Les chrétiens des premiers siècles ont peu écrit, et la plupart de leurs livres ont péri dans la grande persécution deïïîoclétien. Mais une tradition digne de tous nos rcs|ie( ts supplée à hoaucoup d'éj^ai ilsau (léfaiil des monuments écrits.
Les apùtres furent enfermés tous deux dans la prison Mamertîne, au pied du Capitule, près des terribles Gémonies, au fond de ce terrible Tuliianuin, où Jugurlha était mort de faim et de froid, où les coiin)lices de Gaiilina avaient été étranglés. Les vieillies murailles d'Ancus Martius furent illuminées par la lumière de la foi chrétienne, et deux de leurs gardes, Processus et Martinianus, y reçurent le baptême*. Après neuf mois, dit-on, de captivité, le 29 juin', les apùtressortirent pour leur dernière et glorieuse délivrance \ Selon la tradition la plus répandue dans l'Église chrétienne, ils furent conduits d'abord sur la route d'Oslie, el là sépaiés. Paul fut mené un peu plus loin, au troisième mille, au lieu appelé les eaux Salvise, et là, conformément à son droit de
* Ainbros. .vrrmo, G8. — llôgt'sippo, m, 2. — Saint Atlianase dit c^lenicnt que saint Pierre el >aint P.iul pi irent souvent la fuite tians les persécutions, mais qu'ils allèrent courageusement au-devant de la mort, quand ils furent avertis par une lumière supcncure quu le moment de leur martjre était arrivé. i'I/^o/. /'/"(^ {/à.
* Sur les saints martyrs, Processus et Martinianus, voirGrég. Nazian, lio^ mil. 32; Surius, 2 juillet, et tous les martyrologes. PraeUesliiiatus sivc ano- Mvmus, De fixrcsib. (à Sii iiiomlu editus), c. 8(1.
* Sur celle date voir Bucherius, de Cyclo. Hiionym. apud /Ecumenium. — Paulin. Ep., 16.— Chrysostoni., in UCoriîilli., /iomf/.2G.~Calend. Liberii.
* Leur martyre eut lieu le même jour» selon Dcnys de Corinthc apud Ëuseb. llist., if»25, ut Chnm. Epipli., User., 27. Hierouym , v., ilt.^ i, 5, 12^ Aster Amas., /tom» 8. Bûcher., de Cyclo. Prud., de Martyr., 12.
CHAP. VI. — CAMPAGiNE DE CESTIUS GALLUS. Vob
cité romaine* sa tète fut avec Tépée détachée de son corps*.
Pierre, qui n'avait pas de titre pour réclamer le même privilège, lut traité comme le Ciu^ist le lui avait prédit. Il fut lié, flagellé, couché sur la croix, les bras étendus. 11 demanda seulement et il obtint, pour s'humilier plus encore devant celui qui avait été cruciliù avant lui, d'clrc placé laléle en bas sur la croix*. Scion les uns, un marais voisin du Tibre et de la route d'Ostie fut le théâtre de son martyre. Selon d'autres, on mena ce Juif dans le quartier des juifs au delà du Tibre, et ce fut de là, non loin de ces jardins, où avaient déjà souffert tant de martyrs, qu'il put s'envoler vers Dieu El c'est ainsi que, glorifiant Jésus-Christ, Fun par la croix, lautre par l'épée, ils consacrèrent par leur sang l'Eglise romaine et l'élevèrent au-dessus de toutes les villes du monde*.
Mais avant de mourir les deux apétres dénoncèrent une dernière fois Fanathème contre le peuple juif. Cest à Rome et probablement dans leur piisun, que, selon un des plus
* S. Pelius AU'x., Canon., '.). — Euseb., Hisl., ii, %k — Hii^ronym., in II Timoth., îv, IG, homil. 10. — Chnsost., Oral. 50. — Viuden., loco ciUUo. — Gregor. Magnns, Ep. xii, \K — Grogor. Nyssus, Beat. 8. — Clem., ad Cor.,1, 5. — TcrtuU., de Praescript-, 36. — Ainbr., in Auxent.
* Lact., de Mort, persecut., 2. — Grcg. Nyss., Beat. 8. — Oiig. opud Euseb . m. 1. — pAiseb., OpuscuL, iv, 11. — Aster. Am;is., Orntio in Stephan, — Chnsost., in Gènes., boni., 00. — Aiiibros., in Job, i, 1. — ThéoiUiTci, de Caritfttc. — Augustin, Henno 'lOù, 253. — Tertull., HcorpiaCt 15. — Clem., lad Co/'.,.">.
5 Calemlarii veteres apud Schelest. AtU. eccL, loin. I. — Arrioglii, Homa subterranea.
* Prudent., loc. cit.
Saint Clément, pape (tp., 1,5), contcuipotain des iiihMics, dit q l'ils ont SiOufTert o sous les magistrats » (ît:! tmv T.-j'Vj{x-'veo/) de rcnipcreur. Couiuie la date de leur mort est incontestablement le 211 juin , il faut la fixer au 20 juin 67, époque où Néron était altsenl jionr son voyage de Grèce «i où Home était gouvernée à sa place par les deux préfets du prétoire, Tigelliii et NjmphiûivSf et par l'affranchi Uélius.
graves écrivains de raiiliquité ecclésiastique ils ainioncèrent a que bientôt Dieu ferait mardier contre les Juifs un prince qui triompherait d*eux, raserait leur ville, les contraindrait par la longueur du siège à périr de faim et de soif; qu'ils mangeraient la chair des uns et des autres; que, tombés captifs aux mains de leurs ennemis, ils verraient leurs femmes torturées, leurs filles déshonorées, leurs fils anacliés de leurs bras, les petits enfants écrasés contre la pierre; tout leur pays livré au fer et au leu; leur race, captive à jamais, expulsée de la Judée, parce qu'ils avaient méconnu le Fils bien-aimé du Seigneur. • 11 était donc clair que « les jours de la vengeance étaient proches et ({ue tout ce qui avait été écrit allait s'accomplir » 11 était dair que le vœu homicide prononcé par Israël à la génération précédente allait être satisfait sur la présente génération : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants I »
' Lact., Div. hiitU., ir, SI.
* Quia dies ultioois hi sunt ut impleanturea qiuescripta 8iiiit.Liic.9 xsi, S2 .