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CHAPITRE VII

GAMPAGNË DË V£SPASiEiS (•«)

Elit enim pnssnra mogoa sopar lerrom, H ira iwpnio Iniie. Et ctdent in orc gladii.

Luc, XXI, 53-4 i.

Car il y aura >\e grandes nécessilés sur telte (erre, et une grande colère se di'ploiera sur ce peuple. Et ils «eronl défwét par le gtaiie.

Pendant que ceci se passait en Judée, l'empereur Néron \oyageait triomphalement dans la Grèce. Les guerres de l'Orient qui avaient» pendant de longues années, occupé et un instant humilié les armes romaines, venaient d*étre mises à fin; nn roi d'Arménie avait consenti à venir dans Rome recevoir du fils d'Agrippine son diadème, et ce spectacle nouveau d*un roi vassal, couronné par la main de César, avait été entouré d'une pompe fabuleuse. La paix du peuple romain ainsi assurée sur terre et sur nier, le temple de Janus avait été fermé Le prince artiste parcourait les

> Iw. Nbm. Glat. GfSAB... kxQ. Gbr. p. m. TR. p. xm. P. P. Face P. R. Twn wwH>, tàKU inmi cvtwt Namnii apud Pagi an 7 1 , g 7. —Voir at»sî

m ROME ET LA JUDÉE.

cités helléniques avec un collège de plusieurs milliers de muddens, de saltimbanques, de bouffons; il cliantait sur tous les théâtres; il conduisait les chars dans tous les cirques; il coniballait et il triomphait sur toutes les arènes.

Les premières agitations de Jérusalem ne troublèrent point cette féie permanente. Mais, quand Néron vit arriver près de lui des Juifs qui avaient quitté la ville après la défaite de Ceslius, quand il sut les détails de cette retraite, cette aigle perdue, ce proconsul mis en fuite, cette armée ro< maine de trente mille hommes repoussée par des insurgés de la veille, il comprit que le danger était sérieux. La Judée, ridumée, la Galilée, avaient chassé les garnisons romaines. La Samarie, que les troupes impériales occupaient encore, travaillée, quoique hostile au nom juif, par les mêmes espérances et la foi aux mêmes prophéties, commençait à son tour à s'agiter. Dans le royaume d Agrippa, mêlé d'Israéhtes et de Syriens, les villes juives de Tibériade et de Taheh^ appartenaient à Tinsurrection; Gamala soutenait un siège <'ontrc son roi. Qui savait si la contagion n'alhiit pas s'étendre plus loin? si les Juifs répandus dans toutes les provinces de TEmpire n'allaient pas se révolter? si les colonies judaïques des bords de FEuphrate n aUaient pas venir au secours de leurs frères? si l'Adiabène, qui voyait deux de ses princes combattre à côté des Juifs rebelles, n'arriverait pas à son tour délivrer la ville où étaient les tombeaux de ses rois? si l'empire des Parthes lui-même demeurerait fidèle au traité? Les représailles que les païens de lu Syrie exerçaient contic les Juife étaient elles-mêmes un danger; pouvait-on laisser la guerre se faire d*un peuple sujet à un peuple sujet, la vengeance s'opérer par une autre main que la main romaine^

Suet., in Nerm » 13. La dtte de te médaille se réfère à la Ireiiièaie aniKHs de liéron, qui oommeDça au mois d\»cfobre de Pan 66.

CUAP. ViL ^ CAMPAGNB DE VESPASIEN. 159

• r insurrection être réprimée par une aiilro insurreclioii? Qu'arriverait-il de cette convulsion universelle de rOrieiit dans un moment où l'Orient fout entier, juif, samaritain, idôlâtre, était dans Tattente d*une royauté nouvelle et appelait i'accomplisseineiit des prophéties?

U fallut donc rompre un jour avec les festins et le théâtre, et pourvoir aux besoins de la guerre. La grande préoccupation d'un empereur romain au moment d'une guerre, c'étnit de ne pas trop grandir le général qu'il en cliargerait, de peur d'en faire un prétendant à l'empire. Cestius Gallus, honteusement vaincu, ne pouvait plus diriger la campagne. Le vainqueur des Porthcs, Doniitius Corbulon, avait trop de gloire pour ne pas être suspect. Par bonheur pour ?(éron, il se trouva parmi ^les soldais de l'empire un nom moins glorieux , une épée moins illustre , quoique éprouvée. Il y avait un consulaire di^à âgé, sans naissance, sans argent, même sans crédit, qui n'avait pas commandé en chef les années, mais qui, en Bretagne, avait rendu d'utiles services*, n était pour le moment en disgrâce; il avait eu le malheur de s'endormir pendant que Néron chantait au théâtre, et, éloigné pour ce crime de la présence impériale, il venait de se retirer dans une petite ville, loin du chemin de l'empereur, tremblant qu'un ordre de mort ne vint l'y chercher. C'est là qu'on alla prendre Titus Flavius Vcspasianus pour le mettre à la tète de l'armée de Judée *.

dépendant, depuis la défaite de Gesfius, Tinsun'ection avait grandi. Jérusalem et la Judée en étaient toujours le foyer; mais de là elle avait gagné le hltoral; Azot, Jamuia,

' Ipse potissimum delediUy vt indnstris expcrtus, nec metuondus ullo inodo ob humilitatem geQeri$ ae nominiB. — SueU, in Vespas^t 4. — Voir Josèphe, III, 1(1).

• SueL, ibid.

Césarée, résidence ordinaire du procurateur romain, étaient , tombées aux mains des Juifs'. Joppé, occupé par des pirates

îsraélitcs, jotuil sur la Mt'diterrannée de hardis \aisseaux qui inquiétaienl le coninicrcc de Rome. Au midi de Jérusalem, les deux forts d'iiérodion et de Massada, occupés par les sicaires, ralliaient à la cause de Finsurrection Tldumée, pays de nioulagnards sauvages, fils d'Ésau, que la domination des Macbabécs avait convertis à la foi judaïque. A TOrient, le château de Machéronte, situé de Tautre côté de la mer Morte, donnait pied à l'insurrection sur toute la rive gauche du Jourdain. Au nord, la Saniaric commenvail à passer de l'espérance à la tentative, et des milliers d'hommes se rassemblaient sur le mont Garizim, sanctuaire de la religion samaritaine. Au delà enfin de la Siunarie, la (ialiléc, riche, populeuse, juive de croyance, couverte de bandes armées qui prêchaient la révolution à coups d'épéc, subissait ou leur domination ou leur entraînement , fortifiait ses villes et inscrivait sur ses rôles jusqu'à cent mille hommes en état de porter les armes.

Vespasien, arrivé à Antioche avant la fin de Thiver, comprit bien vite quelle marche il devait suivre. Cestius Gallus s'était jeté, léle baissée, au cœur d'une insurrecli( n dont il ne connaissait pas la puissance. Sans s'inquiéter de la Galilée insurgée à sa droite, de la Judée et de Tldumée soulevées à sa gi\mhe, il s'était aventuré du premier bond dans Jérusalem, entourée peut-étie de cent mille hommes en armes. Le vieux-capitainc qui lui succédait était d une nature autrement froide et réfléchie. L'insurrection était trop forte pour l'éteindre d'un seul coup ; il résolut de la détruire pièce à pièce, de reprendre la Judée province à province, ville à

» Voir Jos., de B., iv, 10 (5, 2).

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villo, forteresse à Ibrleresse; d'attaquer d'abord la (ialiléc, j)rovince isolée que la Sainaiic séparait de Jérusalem et qu'il cùl été dangereux de laisser en armes derrière lui ; de circonscrire ainsi patiemment, d'enterrer la révolte dans son foyer de Jérusalem, de la laisser s'y épuiser et s'y dévorer [>ar sa propre violence, jusqu'à ce que Theure fût venue de frapper le dernier coup.

La Galilée, d*ailleurs, n'était pasfeite poiir résister bien fortemeut aux armes romaines. Géograpliiquement parlant, elle ne se rattacliait pas au centre de l'insurrection ; moralement parlant, elle tenait peu à Finsurrection elle-même. 11 était facile et prudent de l'en détacher tout d'abord. Celte contrée, qui avait été habitée Jadis par quatre des tiibus séparées, s'était vue, près de huit cents ans avant l'époque que nous racontons, dépeuplée de sa population hébraïque qu'avaient emmenée en captivité les rois d'Assyrie, l ne population mêlée l'avait remplacée, formée de quelques débris de l'ancienne race et de vingt races diverses déracinées au loin, transplantées là par la politi(iue du vainqueur. Ces échanges de peuples et de contrées, qui dépays;iient les races et dénatui aient le monde, étaient tout dans l'intérêt du conquérant. Il en était sorti un peuple métis qui mêlait le culte du vrai Dieu à celui des idoles, et vénérait dans Astarté la déesse de leurs pères, dans Jéhovali le dieu de leur territoire. Au jour de la résurrection de Juda sous les Madiabées, ces peuples, assujettis par Tépée des Juife, i*eçurent leur loi et vinrent à leur temple. Néanmoins bien des semonces de paganisme y étaient «Icuicurées. La race hérodienne avait là, plus qu'à Jérusalem, exercé son influence ; elle avait déployé l'architecture antimosaîque de ses amphithéâtres et de ses palais, dédié des villes à Auguste et à Tibère, implante des populations

puïeimes au milieu de la population Israélite i elle avait, au-

m . ROME £1 LA JLDÉE.

tant quH élait en elle» donné à la Galilée ce judabme tem-

priv, césarien et semi-païen qui était pour elle une religion de famille.

Et de plus la Galilée, opulente et fertile» était occupée par une population agricole, moins sujette aux entraînements (le la cité, aux prédications de l'école, aux prestiges de la synagogue. Des cent mille hommes inscrits sur les rôles de Joséphe, une moitié demeurait occupée de l'industrie et de la culture; Taulre moitié nétait elle-même qu^une pauvre garde nationale qui avait pris les armes, mais qui n'avait pas quitté son domicile. La vraie-force de Joséphe, qui commandait la Galilée, c'était cinq mille mercenaires, ci-devant bandits, qu'il avait pris à sa solde. La vraie force de l'insurrection, c'étaient ces bandes de brigands ou de sectaires qui parcouraient le pays, imposaient plus qu'ils ne persuadaient la révolution, et, comme les zélateurs de Jérusalem, poussaient, bon gré mal gré, par la terreur à la révolte.

Et chez ceux-là même l'entliousiasme pohtique n était pas soutenu par la force militaire. Ils voyaient venir contre eux Vespasien avec trois légions, vingt-trois cohortes, plus de six mille chevaux, en tout une cinquantaine de mille honuues^ et une multitude d'esclaves armés. Ses trois lieute-

* â légions (.')• et 10') commandées par Céréalis et »

Tr:ij;iu, amen»'es de Syrie 12,000 hoinmeîi.

15* légion amenée d' Egypte par Tilus 6,300 —

10 cohortes de 1 ,000 hommes chacune 10,000 —

13 cohortes de 600 hommes à 120 chevaux. . . . 9,360 ^

6 turmm [îKu) de cavalerie. . 180 ~

Les trois rois Sohéme, Antiochns et Agrippa avaient

fourni chacun 3,000 hommes et 1 ,000 chevaux. 9,000 — Malch (ce nom n'est prohahlement qu*un titre :

meUk, roi) 6,000 —

Bn tout 53,440 hommes.

Josèphe dit cepcodanl soixante mille iioiiunes, sans compter les es-

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