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mons, au contraire, à Fétudier, nous la trouverons loul
aussi présenle et tout aussi vivo dans les commotions des siècles passés que dans les agita lions du siècle pré senl.
Cette question n*est ni une question politique ni *
ce qu'on esl convenu d'appeler une question sociale. Sans doute, les grands mtjérèts et les grandes luttes de la liberté et du pouvoir^ de la démocratie et de Taristocratiey de Tindépendance et de la règle, de la conservation et du progrès, se retrouvent aux diverses époques de rhistoirCy avec une similitude souvent frappante. Gardons-nous cependant de ne prendre la science historique que comme l'auxiliaire et la servante des intérêts politiques de notre siècle! Que le présent et le passé s'éclairent mutuellement, je ne demande pas mieux : mais tâchons^ s'il se peut, qu'ils s'éclairent par un rapprochftnent net, sincère, explicite* C'est un point de vue dangereux, propre à fausser la pensée, que celui qui mettrait Thistoire en avant lorsque c'est la politique qui nous occupe, et, derrière les événements du passé, sousentendrait toujours les passions du présent.
Mais ces intérêts ne sont eiicoïc que les intérêts secondaires de l'humanité, et la question qui remplit toute r histoire doit être aussi la question , qui remplit toute la vie de l'homme, celle qui contient son présent et son avenir, sa vie terrestre et sa vie au delà de la terre: L'homme est-il souverain ou subordonné? Y a-t-il une loi pour lui ou n'y en a-t-il pas? S'est-il fait lui-même ou a-t-il été fait par un autre? Et que doit-il à celui qui Ta fait? C'est, sous une forme plus ou moins accusée, le débat de notre temps et de tous les temps. £t je crois avoir ici traité une des époques où celte souveraineté
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d'en haut, cette subordination de riiomme a été le plus marquée, où le monde a été le plus visiblement gouverné, où la Providence a le plus visiblement accompli les desseins, qu'elle avait non-seulement résolus, mais
annoncés.
11 est bien vrai, ni de tels exemples, ni de Lelies études, ni le choix de travaux si éloignés des préoccupations du moment, ne sont guère dans le goût de notre siècle. Notre siècle, incertain et doutoiii par-dessus tout, n'aime pas les gens qui affirment; il n'aime pas ces sujets qui hii imposent la foi à une idée, et lui demandent de dire oui ou non à une vérité quel* conque* Notre siècle n'est pas lanL dans le faux qu'il est dans leva<iue ; sa pensée est moins erronée qu'elle n'est superficielle et confuse. 11 n'a pas la négation nettement et franchement accusée du dix- huitième siècle; il a une certaine complaisance en lui-même et en ses propres paroles qui fait qu'il se berce de rêves, et vit dans une espèce de cauchemar doré où il s'adore et s'encense lui-même sans trop se demander s*il n*a pas quelque autre à encenser et à adorer. 11 aime à planer magnifiquement au-dessus de tous les dogmes, les contemplant d*en haut avec une certaine curiosité dédaigneuse, n'étant ni trop pour l'un ni trop pour l'autre, et se drapant dans cette merveilleuse et philosophique impartialité qui lui permet de tout voir, de tout écouter, de tout dire, et de ne rien conclure»
Et cependant qu'est-ce que la philosophie, si elle ne conclut jamais? A quoi bon la science, si elle. ne mène pas à la possession de la vérité? Qu'est-ce que cette éternelle contemplation des choses, si elle n'arrive à une décision? Qu'est-ce que faire éternellement l'histoire
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des idées, si Ton n'arrive à se prononcer entre les idées?
Qu'est-ce que celte sIitîIc glorification de soi-même, dans laquelle, épris de ses propres incertitudes el amoureux de ses propres doutes, on se déifie d'autant mieux qu'au fond on croit jfkioihs, on pense moins et l'on sait moins?
Oh 1 que ce serait une belle et une grande chose que d'amener enfin à la précision des idées cette génération, si riche d'ailleurs de ses propres ressources et des ressources de son passé, niais éternellement rêveuse on éiernellemenl hésitante 1 La pensée de noire siècle est comme un acier poli, mais émoussé, auquel ne manque pas l'éclat, mais auquel manque le fil, qui brille, mais ne tranche pas! Qu'il serait digne du génie de donner à notre temps ce qui lui manque ! Que le talent et la science rendinient à la société, s'ils le Toulaient, un grand service, en la rappelant, des nuages où elle vit, à la précision et au l)on sens, et en l'éveillant an lieu de la bercer!
Alors notre siècle échapperait aux influences éneivantes sous lesquelles, dans Tordre intellectuel, il semUe aujourd'hui place. Qu'on y prenne garde, en eflel, ces influences sont de deux sortes : il v a le laisser aller de la satisfaction et le laisser aller de la tristesse; Tinfatuation qui s'adore, et le découragement qui se pleure; les délateurs du progrès, selon lesquels il n'y a rien à faire, parce que tout est gagné, et les zélateurs de la décadence, selon lesquels il n'y a rien à faire, parce que tout est perdu; il y a des hommes, qui, au delà du grossier idéal et de l'avenir tout matériel qu'ils orU envisagé pour les sociétés, ne leur permellent de rien vouloir, de rien penser, de croire à rien; il y en a d'autres qui, à la vue de certaines convictions déçues
ou (le certaines espérances éteintes, seraient portés à ne plus admettre ni vertu, ni génie, ni dignité, ni conscience, ni moralité possible en ce nionde. DouUe tendance, et qui, malgré la contradiction^ naft pourtant d'un même principe! Quoi queThomme puisse penser et puisse faire, il lui faut un idéal de bien et de bonbeur qui passe la mesure terrcstrs. il ne le trouve pas dans le présent : il le cherche dans Tavenir et l'appelle par des rêves insensés; ou bien il le cherche dans le passé, cl le regrette par d'inconsolables douleurs, il ambitionne l'Eldorado, ou il regrette l'âge d'or. 11 aspire, avec les niveleurs du temps de Cromwell, à la félicité du règne de mille ans, on il pleure avec Rousseau sur le bonbeur perdu de l'état de nature.
Mais le chrétien doit savoir se préserver de telles erreurs. Averti que le bonheur n'est pas de ce monde, il ne le cherche ni dans le passé ni dans l'avenir. 11 ne calomnie pas le passé; il ne noircit pas le présent; il ne se décourage point de l'avenir. 11 ne se fait ni le Christophe Colomb d'une Amérique qui n'existe pas, ni le Jérémie d'une Jérusalem qui n'a jamais existé. 11 évite ainsi et l'inutilité engourdie du satisfait et l'inutilité uiélancolique du découragé. Sans se préoccuper autrement des phases que Dieu nous réserve dans l'avenir, et des voies par lesquelles il veut nous faire passer pour nous mener à la fin suprême de son dessein, le chrétien sait qu'en dehors des empressements et des agitations dans lesquelles tant de forces se perdent il y a un travail toujours utile et toujours possible. Cette torpeur des esprits que tant d'influences, souvent opposées, encouragent également, il est le seul à la combattre obstinément, constamment, éternellement. Aujourd'hui
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surtout, il voit en elle sa plus grande ennemie. On a accusé bien souvent et bien à tort le Christianisme de s'être appuyé sur rignorance , sur l'inertie intellectuelle, sur Tanéantissement de la pensée. Et aujourdiuii, que faut-il au contraire au Christianisme et qu'est-ce qu'il demande, sinon que ce siècle ignorant apprenne, ^ue ce siècle inattentif écoute, que ce siècle dégoûté de la- pensée se remette à penser? On peut bien dire de l'Église d'aujourd'hui ce qu'on disait de TKglise des premiers siècles : (( Tout ce qu'elle demande, c est de ne pas être condamnée sans être connue : Vnum gestU fie iqnorata damnelur.
Sachons donc garder et le courage et l'espérance. Pour moi, qui n'ai d'autre tribut à apporter à cette œuvre salutaire qu^Me tribut de ma bonne yolonté, autant j'aurais de satisfaction si je pouvais consoler une seule âme, autant je me ferais d'amers reproches si j'en avais découragé une seule.
iO janyier 1858.
ET
PREMIÉUE PARTIE