CHAPITRE PREMIER
LES PUOrUÉTiliS
Sed liflBC loeatut Mim vobi«, ni cum vcneni hora
eonim, rcmioiMamiDi quia r>go dixi voliis.
Je vous ai 'lit ces cli05cs pour (|iic. lorsque le moment viendra, vous vous itippcliez que je vnu» les ai dites. (Joan., svi, 4.)
J'ai écrit l'histoire de TEinpire romain jusqu'à Li mort de Néron. Mais, après celte mort, s'ouvre une époque qui mérite d'être traitée à part, et, bien qu'elle remplisse à peine trois amiées, exige quelques développements. Cette époque a cela de particulier, qu'elle n'a pas seulement :q)pelé l'attention des
générations qui suivirent, mais les pressentiments de la génération qui vint avant elle. Elle a été non-seulement célébrée^ mais attendue. Tadte en commence le récit presque avec les foriiies solennelles de l'épopée; mais, avant Tacite, avant mémo les événements qu'il raconte, le résumé prophétique s'en trouvait dans la pensée des peuples.
Cette attente se manifestait d^abord chez les Chrétiens. Tout le monde connaît les prophéties de rÉvan«;ile, qu'il faut cependant citer ici, pour en l'aire comme le frontispice de ce livre et les placer en regard de leur accomplissement.
Nul événement n'a été plus dairement annoncé au monde que la chute de Jérusalem. Une première fois, en voyant la ville sainte, Jl^us jette ce cri d'une douleur vraiment maternelle : a Jérusalem I Jérusalem 1 qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, que de fois j'ai voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous SOS ailes, et Lu ne l'as pas voulu ! "N'oici que votre maison vous sera laissée déserte ^» Une seconde, fois, cette chute prévue de Jérusalem attire les larmes dans les paupières divines. A son dernier retour de Galilée, d'où il arrive pour mounr, coiunio « le Sauveur descendait la montagne des Oliviers, étant veiui prés de Jérusalem et regardant la viUe, il {deura sur elle ea disant : « Oh 1 si tu savais du moins, en ce jour qui est encore à toi, ce ({ui peut te donner la paix! mais, maintenant, tout ceci est caclié à tes yeux; car des jours vieudi'ont sur toi, et tes emiemis t'environneront d'un rempart, et ils t'enfermeront, et ils te serreront de tous côtés. Et ils t'extermineront, toi et tes fils qui sont an milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas connu le temps de ta Visitation' ! »
* Luc, iMif 51,55. — Mallli., xxui, 57, 58. « Luc, XIX, 37-41, U.
CIIAP. I. — LES PROPHÉTIES. 3
Une dernière fois enfin, lorsque l'heure de la passion approche, la prophétie el raTertissement, qu*il faut encore dter ici en leur entier, si connus qu'ils soient, sont plus précis encore- Comme Jésus sort du temple, ses disciples vieiuient à lui pour lui faire admirer la grandeur de l'édifice : « Regardei, Maître, disent-ils, queUes pierres et quelle structure ! »Mais Jésus leur dit : «Tout ce que vous voyez là, il viendra un jour où il n'en demeurera pas pierre sur pieiTe. 9 Et, s'étant alors assis sur la montagne des Oliviers en face du temple, Pierre, Jacques, Jean et André s'approclient de lui et lui demandent : « Naître, dites-nous quand ces choses arriveront, et quel sera le siguc (lu elles corammoeront à se faire? » Jésus commence alors à propliétiser une double époque d'angoisses et de douleur : Tune plus éloignée, plus universelle, plus surhumaine, plus oobIîisèment et plus mystérieusement indiquée; l'autre plus proche, plus précise, plus huntaine dans sa marclie sans être moins divine dans sa cause : lechfltiment du monde et le châtiment de Jéi iisalem, prophétie complexe que l'événement allait bientôt démêler. Pour nous eu tenir aux événeuieuts que la terre a vus s'aôcomplîr et qui entrent dans notre récita Jésus aanonoe d'abord que la vertu de ses disciples serai mise à la double épreuve do la séduction et de la souffrance: « Prenea garde, dit-il, que personne ne vous séduise , car plusieurs tiendront eu mon nom qui diront : Je suis leCluist^ et: ik sédiùront un grand nombre. . . Vous entendrez des combats et des rumeurs de combats, des guerres et des séditions.. . Le peuple se soulèvera contre le peuple, et le royaume contre le royaume. Et il y aura en divers lieux de grands tremblements de terre, des pestes, des famines, des signes d épouvante dans le ciel et de grands présages, «t Mais, avant même ces souffrances conununes du genre humain, d'autres
souffrances auront commencé pour vous. « On mettra la main sur vous, on vous poursuivra, on vous traînera dans les
synag(»gucs et dans los prisons... On vous livrera à la lortui'e et on vous i'cra périr, el vous serez en iiaine à toutes les nations à cause de mon nom. En ce temps-là, plusieurs seront scandalisés, et on vous fera mourir; on se livrera, on se haïra les uns les autres*. »
niais ces épreuves de la foi, ces convulsions de la nature et des empires, ces persécutions exercées c(^ntre les saints, ce n'est encore que « le commencement des douleurs*. » La grande douleur sei a la cluite de la ville sainte, la réprobation enlin accomplie de Jérusalem.
« Lorsque vous verrez JéiHisalem entourée par les armées, sachez que sa désolation approche; et lorsque vous verrez rabonrmalion de la désolation, dont a parlé le prophète Daniel, établie dans le lieu saint (dans le lieu où elle ne doit pas être 's que celui qui lit entende, i» ce sera alors le moment de fuir; » (]iie ceux qui sont dans la Judée s'enfuient dans les r.îonlai^n s ; que celui qui est sur le toit ne descende pas dans 1 . niais(in pour y rien prendre, et que celui qui est dans le champ ne retourne pas en arrière pour prendre son Vêtement ; que co-ix qui sont dans Jérusalem en sortent, et que ceux qui xml dehors n y rentrent pas, parce que ce sont ici les joui s de vengeance pour accomplir tout ce qui a été écrit. { riez que votre fuite n ait pas lieu en hiver; » car la rigueur deia saison retarderait votre course : « ni au temps du sai)ha(, h on il n est ponuis de faire que peu de chemin dans la journée.
• .Malil;., XXIV. 1-7. U-ll. — M;i;v, xiu. 1-0-15. - Luc, »i, 5-12.
« Malth., wiv, S.
Mue, xai, 1 i.
CIIAP. I. — LES PROPUÉTIES. 5
Bientôt, en effet, il ne sera plus temps de fuir, et alors : « Malheur à celles qui seront enceintes ou qui nourriront en
ces jours-là ! car il y aura une iiiuneiise douleur pour ce pays et une grande colère sur ce peuple! El ils tomberont dévorés par répée,et ils seront conduits captifs chex tous les peuples, et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations jusqu'à ce que les temps des nations soient accomplis. »
Mais ce ne seront pas seulement des jours de tribulation; ' ce seront de plus des jours de tentation effroyable. « 11 s'élèvera de faux christs et de faux prophètes, et ils feront de grandes merveilles et des prodiges, au point de séduire, s'il se pouvait, môme les élus. .. Prenez-y donc garde ; voilà que je vous ai tout prédit... Si quelqu'im vous dit : « Void ici le Christ, » ou « le voilà en tel lieu, » ne le croyez pas... Si l'on vous dit : « Le voici dans le désert, » ne soi tez pas pour le chercher : n Le voici dans les lieux retirés de la maison », ne le croyez point. Ces jours seront, en effet, les jours d'une tribulation telle qu'il n*y en a pas eu depuis le commencement de la création que Dieu a laite jusfpraujourd'hui, et telle qu'il n'y en aura jamais. Et, si le Seigneur n'eût abrégé ces jours, nulle chair n'eût été sau* vée. Mais, à cause des élus qu'il a choisis, il a abrégé ces jours ' . »
£t ce n'était pas encore assez de cette triple prophétie prononcée par le Seigneur dans les derniers jours de son passage sur la terre. L'esprit prophétique redouble ses avertissements à mesure ([u'approche l'heure qui doit tout consommer. En montant au Calvaire, sous le poids de la croix, « comme il était suivi d'une grande multitude de peuple et de femmes qui se frappaient la poitrine et qui pleuraient, se retournant
1 MaUh., XMV» 15-26. — Marc, vu, 14-S5. Luc, xxi, b 24.
ft mm ET ik mtE.
vers elles ^ il leur dil : Filles de Jérusalem, ue pleurez pas sur moi, mais pieurei sur vous-mêmes et sur vos enlknts ; car le temps s'approche auquell'on dira : Bienheureuses les^stérile», et les entrailles qui n'ont i)as enfant/?, et les mamelles qui n'oQl pas allaité. Alors ils commeuceroal ù dire aux mour tagnes : Tombez sur nousl Et aux collines : Couvrex-nous ! Car, si le bois vert est ainsi traité, que sera-ce du bois sec*?»
C'est donc pour un temps rapproché que ces douleui*» inoutes dans l'histoire du monde sont prédites. « Ce temps-la est proche, » dit le Seififneur dans saint Luc*, « cette génération ne se passera pas sans que toutes ees clioses arrivent Je vous le dis en vérité, est-il répété dans saint Matthieu, toutes ces choses viendront sur la race qui est à présent^. »
Voici donc, en résumé, à quoi devaient s'attendre, et dans un temps rapproché, tous ceux qui étaient initiés à la connaissance de l'Évangile. La pei'sécutiou d'abord comme pi*emier symptôme, la séduction marchant de pur avec elle, les fami docteurs, les ftiusses prédications, les faux miracles ; peu après ou eu même temps, les calamités publiques, pestes, guéries, famines, tremblements de terre; bientôt les agitations politiques, m>n-«eulement pour la Judée, mais |K)ur le monde romain tout entier, guerres de nation à na* lion et guerres des nations contre elles-nïèmes; en un mot, tm état d'angoisses, de perturbation et de souffrance universelle : et, pour couronner ces douleurs, la grande douleur de Jérusalem, son investissement, sa défaite, le massacre de ses habitants, sa destruction, la captivité de ses flis, leur disper-
' Luc, xMii, 28 51. .
- Ibid., 8. * •
' Luc, XXI, 52.
* 'f.w TT.v '^l'nx't Txvr/.v. — MaUii., wiii, .>(•.
CQAP. I. - LKS PROrUÉTIES. 7
sien par toute la terre. Là s'arrêtait la propliétie avant de passer à un ordre de faits tout différent. Jérusalem châtiée,
le monde devait se reposer on, du moins, n'avait plus à attendre que son propre cl i.Ui nient. . •
Voilà ce qui se lisait dans les assemblées clirètiennes, ce que les apôtres répétaient pour Tavoir entendu de la bouche même du Sanvenr, ce qui était ainsi ensci<iné par nne tradition immédiate et indubitable. Ces redoutables prcssentinients étaient invoqués sans cesse pour tenir en éveil lésâmes chrétiennes. « La fm approche^.. Il est temps que le jugeméht commence i)ai la maison de Weu* » (c'est-à-dire par l'Église qui la preniièn doit souffrir persécution); « loi"squ'on dira paix et sécuritié, la mort arrivera soudaine conune les douleurs pour une femme qui accouche. Ne dormons donc pas comme les antres; niais veillons et soyons sobres^. » Un \mi plus tard, saint Paul écrit à Timolliée : « Le temps viciHlra où les hommes ne pourront plus porter la saine doctrine... Mais toi, veille, travaille en toutes choses... sois sobre*. » Et flans les dernières li^^ues qui nous soient restées de sa main : « Consolez-vous, dit-il aux Hébreux, c'est-:i-dire aux chrtvtiens de la Palestine, et consolez-vous d'autant plus que vous verrez le jour approcher*. • L*Ëglise attendait ainsi d'année en année, de jour en jour, Taccomplissement des paroles divines.
Cette attente devenait même de Timpatience. Itappelons-nous, en effet, que la prophétie de rÉvangile était
complexe; elle annonçait parallèlement l'une à l'autre, et
* I Thess., I, 8.
* I r. lr., IV, 7-17.
i TIh'ss., V, 1-8. ^An^/i.) ,
* llobr.,x, 25.
11 TiiH., is, ô-.'».
H nom ET LÂ JUDÉE.
en des termes qui pouvaient souvent s'appliquer à toutes deux, cl la ruine de Jérusalem et celle du monde. Il était facile de les confondre et de croire que ces deux ^n ands exeifiples se suivraient de prés. On s'attendait à être témoin de Tun comme de Taulre. Or la ruine du monde, c'était Favénement glorieux du Sauveur, c'élait le vè'^ue de ïMeu sur le genre liumuin ressuscilé, c'était la fin de la persécution et des angoisses, c'était la couronne des confesseurs et des martyrs, c'était le commencement de la récompense. Aussi y eut-il, dès le jour surtout où les persécutions commencèrent, une vive aspiration veis cette heure de la délivrance. Quels que fussent les souffrances et les épouvantements qui devaient la précéder, les âmes énergiques appelaient cette épreuve comme le soldat ^^ppellc la bataille, les âmes souffrantes l'invoquaient comme la lin de leurs maux. Ceux qui .laissaient leur chair en lambeaux sur les chevalets aimaient à se dire que cette chair flétrie et mutilée ne tarderait pas à re^ fleurir et à revivre. Ceux à qui la persécution enlevait leurs frères aimaient à penser qu'ils ne larderaient pas à se retrouver tous dans les embrassements du Seigneur. 11 y avait donc dans cette attente des derniers jours plus d'espérance encore que d'inquiétude, plus de hâte que de terreur; et, comme il est dans la nature de l'hounne, lorsque le péril attendu est fait pour frapper vivement les imaginations, la terreur elle-même antidpait le moment, et l'homme avait hâte de souffrir. On vivait ainsi sur le qui-vive, prêt à partir, touchant à peine du bout des pieds un monde qu'on croyait prêt à s'écrouler. « Le jour approche, disait-on, auquel tout sera détruit avec Tesprit du mal. Le Seigneur approche et avec lui la récompense ^ » n ne faut donc pas s'étonner si quelque impatienceagitaitles
' Êpttre atti-ibuéeli saint Baraabé, St : i'ypsif^^iUpai, Iv^aiwoticoSkiÎTat mena wrm^.
CHAP, I. — LES PROPUÉTIES. 9
esprits. Les menaces divines, par cela même qu'elles avaient
de redoutable, exerçaient une sorte d'allraclion involontaire. C'était pour les Chrétiens renseigneuieul de i assemblée; c'était aussi l'entretien du foyer domestique, le réve de la solitude. On relisait les Écritures; on trouvait dans les lettres des apôtres quelques expressions qui semblaient confirmer la pensée d'un dénoùment imminent'. Les imaginations allaient au delà delà prophétie divine, et, dès cette époque, pouvaient, comme il se fit plus tard, commencer à l'embellirde leurs rêveries et à la grossir de leurs chimères. On défigurait, à force de laconmieuter, la parole sacrée; on abusait de ses saintes obscurités. De faux docteurs survenaient avec de prétendues épitres de saint Paul, lui faisant dire et disant avec lui que « le jour du Seigneur allait arriver*. » Puis on trouvait, au contraire, que ce jour tardait trop, que le monde durait trop longtemps; on comptait les années et les jours, on disait que les temps s'écoulaient en pure perte. Pour avoir cru avec trop d'enthousiasme et d'impatience, quelques-uns se mettaient à ne plus croire. « Où donc est la pi omesse, disaient-ils, et l'avénement annoncé du Christ? Car, depuis que nos pères se sont endormis, tout demeure tel qu'il a été dés le commencement du monde ». »
Ceux qui parlaient ainsi avaient l)ien mal écouté les paroles divines. Tout dans l'Évangile était fait pour cacher sous un voile impénétrable Fépoque du dernier avènement. « Le royaume de Dieu, avait-il été dit, viendra sur la terre de manière à ne pouvoir être prévu des houunes *. » « Il ne vous appartient pas, avait répondu le Seigneur à ses apôti*es qui
» I Tbess^ nr, 14-16. — I Cor., i, 7-8. x. H. — I Peir., nr, 7. « Il The»., II. 2. — I Pctr., m, 15-16. »II Petr., III, i.
^ Lqc, XYtl, 30.
lui demandaient quand il rétablirait le royaume d'Israël, il ne vous appartient pas de connaître les temps et les momenis 4fuele Père a mis en sa puissance ^ » Et alors qu'il ])i opliétisait à la l'ois la chute de Jéi ui^alcin et la lin du monde, il avait, quant à l'époque de leur vemie, distingué entre ces deux événements. Pour la chute de Jèinsalem la date était certaine. « Cette génération ne se passera j)ns fjue toutes ces choses-i^J {ro. 'jzcf} ne soient accomplies. » Mais, quant à la lin des siédes, le temps en est caché. « Tour ce jour cl cet le henre-là (t9c vfié/»«c ixtcvigç x«i Apat\ niles apgesmème qui sont dans le ciel , ni le Fils ne la savent, mais le Père seul. » Le Fils ne le sait pas, c'est-à-dire n'a rien sur ce sujet à révêler aux honnnes, rien à connuuniquer à ses apùtrcs, rien â coniier à son Église. Le Fils de Dieu parle ainsi, dit Bossuet, pour transporter en lui-même le mystère de notre ignorance sans préjudice de la science qu'il avait d'ailleurs'*. Le mystère est donc ici ini- |)énétrablc en ce qui touche cette date redoutable. Uien à condure des paroles de l'Ëvangile, rien à apprendre des apôtres et des livres inspirés, rien à savoir de FÉglise infaillible, llien, si ce n'est ([ue, dans l'attente de œtte journée toujoin s * incertaine, il faut dans notre irrémédiable, mais salutaire ignorance, toujoura veiller, toujours prier, toujours 6tr«t sobre, parc^ qu'à toute heure le Seigneur peut venir et que nous ne saurons jamais à quelle heure il viendi a \
Il Adlut cependant que les apùtres répondissent à ces inquiétudes, et leur réponse prouve combien était puissant ce tourment de l'esprit qui pendant les siècles suivants agita
• Ati., 1,7.
• Matlli., XXIV, .li-ôii. .Ma»»', xiii, 50-7)2. liossucl (ilaii> ses Mitlilal'ûus) fiilt ressortir r<>jn)()>iti(>n de (cs deux mots.
* V'oii- )os Mrililations sur Evangiles, ô* prtio, 70-70* jours.
♦ Maltl'., Nsiv, .i^2-ii .-,0.
CUAP. I. LES PROPHÉTIES. 1 1
onc'ore tant tl'àines clu'étieniics. « Soyez paticuls, mes frères, disait saint Jacques, jusqu'à l'arrivée du Seigneur. Le laboureur confie une précieuse semence à la terre, et puis il attend avec patience, afin (pi'elle ait le temps de ret^evoii' la pluie du matin et celle du soir. Soyez donc, vous aussi, paticnls, ctalfermissex vos cœurs, parce que lavénement du Seigneur approche^. » « Nous vous conjurons, mes frères, disait saint Paul, par le glorieux avéneuient de >iolre-Seif:ueur Jésuî>t^lu'isl et par le bonheur que nous aurons d'être assemblés auprès de lui, de ne pas vous laisser troubler dans votre sens, de ne vous laisser effrayer ni par une » prétendue « rê\élatioii, ni par aucun discours, ni par luie épitre qu'on vous apporterait conune venant de nous, pour vous taire croire que le jour du Seigneur approche; que personne d aucune façonne vous séduise. » Ce jour ne viendra pas « avant que la a grande « apostasie se soit faite, avant que se révèle l'homme de péché, le fils de perdition, » l'Anleduisl... « Le mystère d'iniquité opère sans doute au milieu de nous. Mais vous savez ce qui Tempéche d'éclater jusqu'à ce que sou lenips soit venu* . » Kt ailleurs : « Poin* ce qui est des temps et des heui'es, mes frères, vous n'avez pas besoin que je vous en écrive; «ar vous savei que le jour du S^gneur vient de nuit comme un voleur*. » Et sajnt Pierre, reprenant de plus haut: «Gardez-vous, mes très-cliers, d'ignorer une chose, c'est qu'un seul jour devant le Seigneur est conune mille années et mille ans comme un seul jour. Dieu ne retarde pas » l'effet de « ses pixmiesses, comme quelques-uns le pensent. Mais à cause de vous, il agit patiemment, ne voulant pas, que nul périsse, mais que tous reviennent à la pénitence. Soyez
' hv . V, 7-8.
- Il TIhss., Il, mi.
•• J Tliess., V, I .
f9 ROME ET LA JUDÉE.
persiuulés que la longanimité de Notre-Seigneur est pour nous le salut ^ »
Ainsi ces Chrétiens qu'on avait vus impatients du retard étaient instruits au contraire à le brnir connue un bienfait de la miséricorde de Dieu, et comme un tïuitdcs prières de son Église. Us s'habituaient à demander à Dieu ce délai, et à prier, comme on dira plus tard, pour le retardement de la fin ipro morâ finis). Ils s'IiabilnaicntsnilouL ;t se tenir pièts, et à attendre chaque jour pour le lendemain ce coup de ibudre que le lendemain, en effet, pouvait amener. « Veillez, priez; car vous ne savez pas le temps. Quand le père de famille saurait à (|nelli' heure le voleurdoit venir, iln'en veillciaitpas moins et ne laisserait pas percer sa maison. Vous donc, » à plus forte raison, « soyez prêts, parce que le Fils de Fhomme vien* dra à l'heure que vous ne pensez pas*. »
Et il ne fanl pas croire que les Chrétiens fussent seuls dau:^ rallente. Chacun sait quel contraste présentent les prophéties hébraïques. Depuis Moise jusqu'à Malachie, elles s'accoident h mettre ensemble les menaces et les promesses, à annoncer en re^^aid les unes des autres et des grandeui's magniti(]ues et des abaissements inouïs, une alliance éternelle avec le Seigneur et une sentence définitive de condamnation. Elles rappellent toutes cette journée solennelle où le peuple, partagé en deux camps, l'un sur le mont Hébal, l'autre sur le mont Garizim, faisait entendre tour à tour, sous la dictée de Moïse, ceux-ci des paroles de bénédiction, ceux-là des paroles d*anathéme; ceux-ci les promesses, ceux-là les menaces du Seigneur
Qu'adviendra- t-il de ^ion? Sera-t-elle en déiinitive glo-
• Il Pt'tr., III en entier.
« M;Ulii., XXIV, i2-4.j. — Marc, xiii, 33-57. — Luc, su. 35-40. ^ Deuter., mii, xxviii.
CHAP. I. — LES PROPIlfiTieS. «5
rieuse ou anéantie, reine ou esclave? Isaïe nous iftontre à vingt reprises dififérentes, q)rè8 mille épreuves et mille souffrances, les restes dlsraél, comme il les appelle, réunis et multiplies par le Seigneur, ses ennemis vaincus, Babylone détruite, Jérusalem ressuscitée. La montagne de Sion s'élève alors au-dessus de toutes les montagnes de la terre. Elle est le rendez-vous de tous les peuples : « Venez, disent-ils, montons sur la montagne du Seigneur et à la maison du Dieu de Jacob... parce que de Sion sortira la loi et la parole du Seigneur de Jérusalem. » Ils arrivent apportant à Jérusalem leurs fils dans leurs bras et leurs filles sur leurs épaules. Et les rois seront les nourriciers de Jérusalem, et les reines ses nourrices; et ils T adoreront le visage incliné contre terre, et ils lécheront la poussière de ses pied?. Alors il n'y aura plus de guerre. Les épées seront forgées en socs de charrue; on fera des faux avec les fers de lances. L*ami se reposera avec son ami sous son figuier et sous sa vigne. Les larmes seront essuyées de tous les visages. Et au sein de cette paix, au milieu de ce banquet de la vendange étemelle, Jérusalem étroite pour ses liahilaiils, Jérusalem à (jui ses iils diront : « Donne-nous plus d'espace pour y liabitcr; » Jérusalem s*écriera dans son cœur : « J'étais stérile et je n'enfantais plus. Qui a donc'nourri ces enfants? J'étais seule et abandonnée. D où ces lils me sont-ils donc venus*? »
Mais, d'un autre côté, les signes de réprobation ne sont pas moins abondants que les promesses de liberté et. de gloire. Ici, c'est le libelle de répudiation envoyé parle Seigneur à celle qui fut son épouse; il la rejette maintenant loin de lui et il vend ses enfants à un créancier avare*.
' Vdir entra auti*c$ Isnic, ii, 1—5; m, l-G; xxv, xxvi, xxx, 1 9-33: suv. XLiii, 1-21. xLiz. — Michée, it^ t.
* Isaïe, L,
H BOME tî LA Jll»KK.
Là, c'est la vigne jadis bien-aimée, où le divin Ouvrier a épuisé ses forces et sa patieiice, et qui n'a pas répondu à son
altcnle; il la laissera inainlenanlà rabandon, la livrera sans délèuse au pillage dei» malfaiteurs et à la dent des bêles fauves; elle se couvrira de ronces el d'épines. Ailleurs, c'est la verge brisée par le prophète en signe de rupture de l'alliance*. C'est Isaïe envoyé vers un peuple qui ferme ses yeux pour ne point voir et ses oreilles pour ne pas entendre; et, se tournant vers Dieu, le pi'ophète dit : « Jusqu'à quand, Seigneur? — Jusqu'à ce que les cités soient désolées* et demeurent siuis linhitanls ; jusqu'à oeciue la maison reste sans un seul homme, et que la terre demeure déserte ^ » Et, eu termes plus ouverts encore, le Seigneur, après avoir patienté avec ce peuple incrédule qui le provoque éternellement à la eolèi e, lui dénonce enfin sa sentence : « Voici ce qui est écrit devant moi : je ne me tairai point, mais je lem* rendrai et j'entasserai dans leur sein toutes leurs iniquités, et celles de leui's pères.. . Je vous compterai à la pointe du glaive, et tous vous périrez diwis un massacre, parce (pio j'ai appelé et que vous n'avez pas répondu; j'ai parlé et vous n'avez pas entendu'. X»
Ces deux parts de la prophétie tiennent étroitement l'une
a Tautre. Daniel en marque 1" accomplissement comme simultané. Il fixe une date et une date, positive à l'une connue à l'autre. A la même époque et à une époque très-déterminée, il annonce Fabolttion de l'iniquité, l'efiTacement de toute prévarication, le règne de la justice éternelle, l'accomplissement des visions et des prophéties, Tonctiou donnée au Saint des saints, au Messie ; et il annonce en même temps et pour la
* Ibid; V, 1*7. — Jérémie, ii, SI . — Zacharie, i, 11. - Isaïe, xn, 8-1 1 .
* Isaïe, tsf, 1-12.
CHAP. 1. — LES PROPUÉTIES. . ii,
jiiômc époque la mort du Messie, la répudiation du peuple qui n'aura pas voulu le reconnaître» la cessation des vietîmes et des sacrifices, un chef qui doit Tenir de loin i a\ agci la ville et le sanctuaire, raboiiiiiiatioii de la désolation dans le teiupie» une destruction pareille à un second déluge, et après cette guerre unedésolation sans fin^ Eux-mêmes, les Juifs des der> ràers temps, quoi qu'ils pussent faire, avouaient cette coïuciden(;e attendue entre la venue du iMessie et la destruction du temple. « Un juif, dit le Talmud, était à labourer la terre. Un de ses bœufe fit entendre un grand mugissement. Un Arabe qui passait lui dit : Dételle tes bœufs et ne larde pas, parce que la fin de ton temple et de ton sanctuaii e approclie. .Mais ensuite, l'auti^ bœuf ayant mugi, TArabe dit encore : Attelle de nouveau les bœufs à la charrue, et prépare toi ; car le roi Messie est né*. »
Or, ces deux parts de la prophétie étaient diversement interprétées dans r Église et dans la synagogue. Les Chrétiens, qui entendaient dans un sens spirituel les prophéties de gloire et de souveraineté, en voyaient commencer raccuniplissemeni dans le temps présent et en faveur de la Jérusalem spirituelle, c est-à-dire de l'Église, ; ce qu'ils attendaient dans Pavenir, et dans un prochain avenir, c'était l'accomplissement des prophéties de réprobation sur la Jérusalem terleslrc. Ils résolvaient ainsi l'appai'ente contradiction des Livres saints. Les Juifs, au contraire, ne sachant c(Mnment la résoudre, prenaient, comme il arrive souvent, le parti d*en oublier un des termes; les prophéties d'aliaissenient et de réprobation étaient ou réputées accomplies dans le passé, ou détournées de force en un autre sens, négligées en un mot ;
« Dan., IX, 24-27.
^ Tniniiul (le Jeiusalcin, traité ficrachol, daiis Jérùme de Sainte-Foi, 1, S, Bcrésilh Rabba dans Galat., p. 219 et 220. De arcanii calhoL verit.
les propUélics de gloire et de grandeur subsistaient seules.
11 y avait donc atteiUc de part cl d'au lie, quoique avec des pensées bien différentes; d'un côté avec une ambitieuse et terrestre espérance; de l'autre avec une certaine joie spirituelle sans doute, mais avec un mélange de crainte et de douleur. La synagogue ne rèvail que la royauté terrestre d*Israêl ; TEgiise n'attendait que la royauté céleste du Christ , mais elle savait par combien de douleurs terrestres ce régne divin devait être aclielé.
Mais de part etd autre on s'accordait pour attendre la crise comme imminente. Je viens de dire jusqu'à quel point la prophétie évangélique était précise à cet égard et tenait en éveil la foi du chrétien. La prophétie liélu aKpu; ne l étail pas moins, et l'ambition des Juifs était aux écoutes. On connaît la prophétie de Jacob et celle de Daniel. Jacob avait dit : « Le sceptre ne sortira point de Juda et le législateur (ou le scribe) d'entre ses pieds jus(pi'à ce que vienne Siloh <K; Messie), et les peuples s assembleront autour de lui. » Or, depuis soixante ans, à l'époque de la disgrâce d'Archélaûs, fils d*Hérode, exilé par l'empereur Auguste (an 7 de Tére . vulgaire), Juda avait cessé d'avoir des rois et des législateurs; il était devenu province romaine. Vingt ans après environ, selon le Talmud, les juges d'Israël, le Sanhédrin, privés du droit de prononcer la peine de mort, avaient été chassés du consistoire Clazith, seul lieu oîi pussent être rendues les sentences capitales; ils s'étaient couverts d'un ciliée; ils. s'étaient arradié les cheveux ; ils avaient pleuré et ils avaient dit : « Malheur à nous, parce que le sceptre est sorti de Juda, cl cependant le Messie, ids de David, n'est pas encore venu ! ' »
• Quarante aiis avant la destruction dn Ten)ple, ou bien ;«n 50 de 1 ère vulgaire ; mais on sait que les talnuiilisle^ comptent volontiers par nombres romls. Voy. Taknud de Jérusalem , apud Galatin., De arcanis calholicx
CHAP. I. — LBS PRC^HÉTIBS. 17
A Daniel, d'un autre côté, il avait dit : « Soixante-dix semaines (d'années) sont abrégées sur ton peuple et sur ta ville sainte, jusqu'à ce que la prévarication soit consommée, et que le péché prenne fin, et que l'iniquîté soit détruite, et qu'arrive rèternelle justice, cl que la vision et les prophéties s'acconiplissent, et que le Saint des saints reçoive Fonction. Sache donc et sois attentif : du jour où sera publiée la parole (le décret des rois de Perse) qui ordonnera de rebâtir Jérusalem jusqu'au Christ chelVil y aui a sept semaines et soixante-deux semaines.... » Or Daniel avait vécu plus de cinq siècles avant Auguste; les édits successii's des rois de Perse en faveur des juifs avairat paru , le premier sous Gyrus, le dernier sous Artaxercès Longue-iMain, l'un cinq cent six ans, l'autre quatre cent quatorze ans avant la bataille d'Actium. Au temps de Tibère, quarante-cinq ans après cette bataille, il était donebien difficile de ne pas admettre que les soixante-dix semaines (490 ans) étaient ou passées ou bien près de se passer.
Des traditions moins certaines sans doute, mais popu-
verilalis, p. 205, 200; .Sfz66ai/t, lo; r{osch-!1asch(ma,Ty\; AvoiUi Y.ara, 8, cités par Jost, Histoire îles Israélites depuis les Murfiahécs (Rcrliii, 1820), liv. VI, n. 13, Voyez à Tappui ce que rapporte .hjsejih, Ant. xx, 8 (9,1), «le la mort de saint Jac«[ues. Les taliiiudistes déclarent même irrégulicre la sentence rendue par le Sanhédrin contre Notre-Seigiieur, parce que « dès « cette époque, disent-ils, le Sanhédrin avait renoncé ;mx jugenienls criininels; « et c'est en punition de cette usurpation de pouvoir que les soixantenlix « jugcsd'Israël furent, selon le Tulniud, expulsés du consistoire Gazith, situé « dans le temple, pour se retirer au lieu appelé Canioth(IIanilh), hors de l'cn- « ceinte sacrée. Plus tanl même les Romains les firent tous périr. • Apud Sigonium, De rep. Hebrœùv.y vi, 11. J emprunte, en général, les citations rabbiniques aux ourrages de Jost (K. ci-dessus), du docteur Sepp {Vie de S&tre^Seigneur Jétiu-Chritt, trad., Ptris, i85é); àa clievalter Drach {BarmamedeVÊgUteetdelaSjfnagogue); Molitor {PkiUwfphie de la tnh didon); BtÊtagc {Hiitoire det Juifs); Buxtorf [Symgoga Judmorum, Bile, 1680).
18 ROME £T LA JIBÉE.
laires, et que les rabbins nous ont conservées, ne fixaient pas
à une autre date le temps du Messie. « Elie, disent-ils, avait déclaré au rabbin Jcliuda que le monde ne durerait pas moins de quatre-vingt-cinq jubilés (4,155 ans), et que, dans la quatre-vingt-sixième semaine jubilaire, paraîtrait le fils de David. » Or, d'après la tradition commune, le quatrième millcnairc et le quatre-vingt-quatrième jubilé étaient acher vés. Selon un livre juif, le rabbin Âbba avait entendu un jour une voix qui lui criait : « Abba! Abba! Quelle est cette voix? demanda-t-il. — Je suis Ëlie, le prophète, et je viens t' annoncer ce que depuis longtemps tu désires savoir. Tu cherches les signes qui annonceront le Messie; les voici : toute la terre obéira aux Romains ; l'ancienne religion tombera en ruines; les peuples se soulèveront coutic les rois, les ignorants contre les sages, les accusés contre leurs juges, les mécliants contre les bons, et les enfants contre leul^ parents. Le Messie sera d'abord méconnu^ puis il souffrira beaucoup, et on le fera mourir. » Or la domination universelle des BomainseL même railaibiissement de la loi mosaïque étaient des signes faciles à reconnaître. Ënfin, la tradition commune des i*abbins donnait au monde six mille ans de durée, deux mille ans de vide (tohu), disaient-ils, deux mille ans de la loi, deux mille ans du 31essie; et il était diûicile également de ne pas admettre que les deux mille ans de la loi, à compter depuis Abraham, avaient passé leur terme ou au moins lo touchaient ^
Depuis longtemps, du reste, le peuple de Juda sentait plus vivement l'attente de ce terme. Les écoles rabbiniques qui s'étaient formées dans son sein et le gouvernaient, depuis le
» Talmud, Traité Sanhédrin, 1 91 , 2. — Bercsilh R. Abba, cités par le docteur Sepp, 3' partie, ch. iietxv. — Talmud, Traité Sanhédrin, dutpitredernier, elÂToda Zara, apud GaUtin., i^ù^., 259-261. Buxtorf^ob. luvi.
CRAP. I. US PaOPflÊTIES. 19
siècle d'Esdras selon les uns, depuis les Macliabées selon d'autres, n'étaient guère autre chose pour lui que des senlinelies destinées à l-avertir de rapproche du Messie. Si elles a^ieDt muHiplié les pratiques rdigîeuses, rendu la loi vétilleuse à l'excès, exagéré la rigueur de l'observance sabbatique au poiot de compter trente-neuf iniractions dignes de la peine capitale; si, en un mot, pour me servir de leur exprès sion, qiai caraetérise bien et la rigueur des peines et la minutie des préceptes, elles « avaient suspendu des montagnes par un cheveu : » c'était pour tenir les esprits en éveil, et pour ^ue Tâme, ayant tonjom^ la loi présente devant les yeux, fût préparée à recevoir celui qm devait accomplir la loi. A cette nation aux aguets, la religion des anciens jours ne sufïisail plus. Outre le temple, où se célébraient les fiHes solennelles et les rites de M<Hse, des synagogues s'étaient élevées jusque dans les villages : il y en avait quatre cents ou quatre cent quatre-vingts, dit-on, dans la seule Jérusalem. Dix chefs de famille, hommes de loisir, suffisaient pour constituer une synagogue. Làsecélébraitun culte moins solennel, mais quotidien, et plus que quotidien. Chaque sabbat, diaque jour, plusieurs fois le jour, on chantait, on priait; la loîétaitlue, traduite, expliquée au peuple ; il était averti d attendre et de se tenir prêt. La prière par laquelle s'ouvraient et se terminaient, comme il se fait encore aujourd'hui, le cuite de la synagogue et tous les actes de la dévotion judaïque, la prière Kaddisch, portait : « Que son grand nom soit sanctifié... qu'il fasse régner son règne; qu'on voie sa rédemption fleurir; que son Messie paraisse bientôt pour délivrer son peuple ; qu'il paraisse pendant notre vie. . . qu'il paraisse au plus tét » -
^ Sur Tantifiiilé de eetle prière et Tatteate dn Messie considérêe comme base fondameiitale du culte des sjnagegnes, voir Jost., xi, iO.
30 BOME ET U JUDÉE.
On peut suivre d'àgc en âge le progrès de cette attente. A l'époque où naquit i école ou la synagogue, on savait déjà q[ue les temps n'étaient pas loin; on se pr^arait A l'époque de la naissance de Jésus-Christ, on savait le terme tout près de s'accomplir, on attendait avec confiance et avec espoir. Siniéou attend « la consolation d'Israël, et il a reçu la réponse qu'il ne mourra point sans avoir vu le Quist du Seigneur ^ » Anne a parle à tous cetix qui attendent la rédemption d'Israël. » On demande à Jean s'il n'est point le Messie*. La Samaritaine dit : « Je sais que le 31essie vient'. » (Car les Samaritains, eux aus», étaient dans l'attente*.) Un peu plus tardj le terme commence à se passer; Fattente devient inquiète et sinistre. C'est cette fatale époque, tant de fois rap- • pelée par les talmudistes, de la quarantième aimée avant la destruction du temple.
Alors, nous parions toujours selon les rabbins, les signes fUcheux se multiplient. Les juges d'Israël sont chassés du sanctuaire; les dix merveilles*, qui, dans l'encemte de Jérusalem, témoignaient de la faveur de Dieu sur son peuple^
• Luc, II, 25, 26, 58. ♦ « Ibid., ni, 15. — Joaii., i, 19-20.
• Joan., IV, 25.
* Joseph d'ArimiUiie était de ceux qui atteudaicnt le rojanine de Dieu. Luc. xxiii» 51. Voir sur cette atteute, en général, Luc. xix, 11. — xn, 54, 56. —Matth., XVI, 1«4.
* Ces dix menreinea aoot ainsi énumérées par learaUHiw : c Les diain ini-moléea ne répandirent aucune mauvaise odeur dansle temple. Jamais mouche ne parut dans le marché où Ton achetait les victimes. Jamais accident n*a^ riva au grand prêtre le jour de la propitiation. Jamais la gerbe Q^ les pains qu*on offrait an Seigneur ne se corrompirent. Jamais b place ne manqua pour se prosterner dans le temple, quoique debout on j fillt à Tétroit. Jamais la plMO nenumqua pour habiter dans Jérusalon. Jamais la pluie n*éte^mt le feu de la préparation. Jamais le vent n*empêcha la colonae de fumée de monter droit. »