CHAP. VIU. GALBA
slérilé patricienne; mais le visage maigre, les sourcils froncés, le regard dur, indiquent plus de justice que de pitié; les lèvres minces trahissent Tavare. On cite, en effet, plus d'un trait de sa pardmonie. Lorsque la ville de Tarragone lui offrit une couronne d'or qu'on disait du poids de quinze livres, il la ût fondre, pesa le métal, trouva qu'il y manquait trois onces et se les fit donner. Il se plaignait, disait-on, quand sa table était trop abondamment servie; et après avoir entendu un musicien célèbre, il crut le récompenser magnifiquement en lui offrant cinq deniers (5 ù\), faisant observer qu'il les prenait dans sa poche, et non dans la caisse de l'empire. Sa sévérité dans les provinces avait été effroyable, quoiqu'elle ne laissât pas dans certains esprits romains que de lui faire honneur. Un soldat, en temps de disette, ayant vendu sa ration de blé, Galba détendit qu'on lui donnât de nouvelles rations et le laissa mourir de faim. Un tuteur ayant emprisonné son pupille, Galba le condamna au supplice de la croix ; et, comme le coupable invoquait les privilèges un peu négligés alors du citoyen romain, Galba prétendit lui faii'e honneur en dressant pour son supplice une croix plus haute que les autres et peinte en blanc pour qu'on la vit de loin*.
Mais, à Tàge où Galba était venu, de ces qualités bonnes ou mauvaises, il ne lui restait plus guère que des défauts. Cet homme s'était épuisé an travail de vivre.1l faut comprendre ce que pouvait être intellectuellement, moralement, physiquement même, l'homme qui depuis soixante-treize ans s'étudiait au difficile problème d*être noble, riche, honoré même, et de vivre, sous les Césai s. Galba avait accompli ce chef-d'œuvre de circonspection et de prudence. 11 avait d'abord su gagner les bonnes grâces de la vieille intrigante Livie,
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lemme d'Augusleetmèrc de Tibère; Livie même lui avait légué en mourant cinquante millions de sesterces (12,500,000 fr.); il est vrai que, la somme étant écrite en chiffres, Tibère, héritier de Livie, était parvenu à hro cinq cent mille sesterces, et finalement n*avait rien payé. Grâce au refus prudent qu'il avait fait de la pourpre, lorsqu'on la lui offrit pendant les trente-six heures de révolution qui suivirent la mort de GaligulaS Galba avait également réussi à se faire bien venir de Claude : honneurs, sacerdoce, proconsulat, ne lui avaient pas manqué sous ce règne où les honneurs n'étaient pas encore absolument dangereux. Sous^iéron, il s était tenu, autant qu'il avait pu, tranquille et obscur, ne voyageant pas sans avoir avec lui un million de sesterces en or. Un gouvernement était cependant venu le chercher dans sa retraite; il avait été envoyé régir l'Espagne tarragonaise, les trois quarts environ de la Péninsule. Il avait été d'abord administrateur actif cl sévère. Mais la prudence avait arrêté ce beau zélé, et comme, ainsi qu'il le disait, a à qui ne Êdt rien, on Hie reproche rien,» il était devenu fainéant par précaution. Sa révolte môme avait été un acte de prudence; il savait que Néron venait de donner des ordi*es pour le faire tuer. Et, le jour où cette révolte avait paru menacer d'une funeste issue, où la mort de Vindex avait semblé présager la déroute de toute l insurr^ion, Galba avait faibli, il s'était retiré à Clunia (la Corogne), abattu, désespéré, pensant au suicide. Aufond,Nymphidius avait bien quelque droit sur la pourpre de Galba ; car, pour renverser Néron, iSymphidius avait tout fait et Galba rien.
Or, un homme dont la vie s'était passée dans de pareilles transes, sous cinq empereurs successifs, devait être bien
^ Suet., fit Cttlb., 5,