CHAP. X. VITELLIUS
le niagisUat, non le maître du peuple romain. 11 approche cic Rome et passe le pont Miivius à cheval, l'épée au côté, vêtu de rhabii militaire, comme un général romain eût fait son entrée dans une TiUe étrangère et vaincue. Il pousse devant lui le Sénat et le peuple (c'est-à-dire les magistrats ou oflicicrs qui figuraient le peuple) venus à sa rencontre. Les aigles réunies de ses légions le précèdent. Quatre légions, douze escadrons, trente-quatre cohortes d auxiliaires, divers de race, de costumes, d'armures, en tout environ soixante mille hommes, étalant les colliel^ d'or et les riches caparaçons que leur a valus la guerre civile, marchent devant le consul et le pontife du peuple romain. Ce n'est qu'après avoir passé le pont Miivius et presque dans Rome que des amis plus sages le décident à quitter le casque et Tépée, et à monter au Capitole avec les insignes paciiiqucs des magistrats romains ^
Mais les barbares qui le suivaient, eux, n'entrèrent pas
désarmés. Rome leur appartenait, comme du temps des Gaulois leurs aïeux; et cette fois elle n'avait pas sauvé son Gapitole. Nous avons vu en 1814 ce contraste de la barbarie grossière s'étalant au milieu des splendeurs de la civilisation. Tacite nous rend ces impressions de nolie enfance. 11 nous peint des bandes de soldats germains bivaquant sous les portiques ou dormant couchés sur la mosaïque des temples. Ivres et hrnlaux. insoiu iaiits de tont, même de leur propre vie, accablés par les chaleurs inaccoutumées d'un été romain, ils se jetaient à toute heure et sans précaution dans le Tibre, et la fièvre les emportait par centaines. Les mêmes scènes remplissaient toute l'Italie du Nord: les mêmes saturnales militaires se continuaient et
* Tac., Ilist,, II, a, 9.
m iioMË £T LA mm.
se répétaient au profit des deux cent mille hommes, esclaves ou soldats , que VilcUius avait amenés ou plutôt qui avaient amené YiteUius. Depuis la bataille de Bédriac jusqu'au premier cri d'alarme qui troubla enfin la sécurité des vitclliens, ce fut une orgie de trois mois.
Quant à YiteUius, s'il faut prendre les historiens à la lettre, il se serait livré, lui aussi, à cette grossière exploitation de sa victoire. Ce courtisan si souple devient le plus insolent et aussi le plus stupidç des vainqueurs. La maison d'or de Néron, cette meiweille du siècle, ne semble pas suffisante à ce petit-fils d'un savetier : sa femme Galéria s'écrie en y entrant que le César Néron était bien pauvrement logé dans celte maison, et le premier mot de Vitellius est pow ordonner qu'au moins on l'achève. Sa gourmandise est inouïe. Ce n*est pas la débauche élégante de Néron ni la goiirmandise savante d un Apicius. C'est une gloutonnerie brutale qui lui fait happer en pleine rue un reste de viande cuite la veille dans un cabaret. Sa journée se divise en trois parties, déjeuner, dîner et souper, (juand il ne s'y en ajoute pas une (piad ième, la médianoche (comessalio). 11 déjeune cliez l'un de ses amis, dîne chez l'autre, donne à souper à tous. Dans les entr'actes, un grossier expédient, familier aux mœurs romaines, sert d'intermède et prépare à l'acte suivant. Ces repas sont d'une recherdie incroyable et dépravée. Â son arrivée à Rome, son firère lui offre à souper deux mille poissons choisis, trois mille oiseaux. Lui-même laissera de son règne un monument immortel, son plat de Minerve. C'est un immense bouclier, d'argent selon les uns, de t^re cuite selon les autres, pour la fabrication duquel un fourneau a été construit tout exprés. 11 a les dimensions de l'égide que portait à Athènes la Minerve de Phidias^: et cette Minerve, ayant vingt-six coudéesdehau-
^ At-](tda vdkiw^vj, SucU, 15. Ce dernier mol (gardienne du la ville) désigne
GHAP. X. — VrTELLinS. 237
leur (environ treize inètrcs), on pcnl cali ulcr la mesure de son bouclier. Sur ce plat, ont été entassés les foies de poisson {êcarorum), les cervelles de paons et de feisans, les langues de pliénicoptèrcs (flamants), les laitances de murènes, abominable cuisine, faite, ce semble, pour dégoûter l'appétit le plus robuste, mais qui, par sa rareté, pouvait seule réveiller ces estomacs blasés. Elle coiMait un million de sesterces (deux cent cinquante mille francs), et toute la Méditerranée, de Cadix au Bosphore Gimmérien, avait été mise à contribution. C'était là le fruit suprême de la guerre civile, le résultat dernier de rinsurreclion patnoli(|ue de Vindex, le prix de tant de sang, la consolation de tant de morts.
Et cette vie du prince est ceUe de sa cour. 11 l'impose a ceux qu'il appelle ses amis. Knlre les repas qu'il leur donne et ceux qu'il leur commande, il ruine la santé de ses convives, la bourse de ses hôtes. C'est une orgie homicide, une espèce de suicide par la gourmandise. La plupart y périssent ; Vitellius seul tient bon jusqu'au bout de ses six mois. Un d*eux avait été malade, et n'avait pu de quelques jours prendre part aux soupers du prince : « Si je n*eusse été malade, disait-il, j'étais mort. » I.e moindre rei)as qu'où lui offre coûte quatre cent mille sesterces (cent mille francs). £n six mois de festins, Vitellius aura consommé neuf cents millions de sesterces (deux cent vingt-cinq millions de francs) *, y com-
la Minerve de Phidias. Du reste, Toyea Pline, ii, 4; inr, 4 (13). Xiph.^ €X IHcn*, UT, 3. Sur le prix, XiphiUn dit : lU^u xaX iUan {u»ft«^a( 350,000 deniers. Le texte de Pline est douteux; Budée lit dans un manuscrit (deciei se$Urtium) un million do sesterces, somme égale à celle qn*indique Xiphilin. Selon Pline, le plat était de terre cuite; selon Xiphilin» sa dimension ne permettait pas de lo fiiire en terre et on le fit en argent. Vo|ei aussi Josèphe.
' Nories mîllies sestectium. Tac., ii, 05, on, ce qui est la même chose»
m ROME ET LA JUDÉE.
pris sans doute ce qu'auront consumé Galéria sa femme,
Triaria sa belle-sœur, Asiaticus son affranchi, ses amis, $es parasites, ses boufifons, ses cochers, ses esclaves, ses soldats.
Ce ii'esl pas tout; la gourmandise ne fait pas tort à la cruauté. Vitcilius, qui a toutes les passions romaines, le goût du théâtre, le goût des danses, le goût des pantomimes, le goût des gladiateui-s, a aussi le ^^oiU du sang. S'il, ne proscrit pas, il empoisonne. II a savouré avec délices la puanteur de Bédriac, 3 aimera à repaître ses yeux (ce serait son mot) de l'agonie de Blœsus ^ Selon Suétone, il ne respecte pas sa propre Ûimille; on l a soupçonné d'avoir fait périr son lils pour en hériter, sa mère parce qu*une propbétesse lui a présagé un long régne s*il survivait à sa mère. Voilà ce qu'on peut extraire d<' Suétone, de Tacite, de Dion Cassius.
Je l'avoue, bien que les Césars m'aient accoutumé à de rudes excentricités en tout genre, les excentricités de Vitellius me paraissent bien violentes. Qu*il ait laissé faire à son armée tout ce qu'elle voulait, on le conçoit ; avant sa victoire, il n'avait jamais prétendu la commander; depuis sa victoire, il le pouvait encore moins. Mais que» de sa personne, il ail abusé aussi impudciiiiuent d'une vicloire qu'il savait précaire, qu'il se soit montré si insolent lorsqu'il se savait en un tel péril, c'est ce que j'ai peine à croire.
Yitellius n'était ni un jeune homme ni un prince de son
225 millions de drachmes. Xipliil., lxv, 5. Sur (iabria Fundana, femme de Vilellius, voyez Siiet., G. Xipliiliii. (i), (|ui l'accuse, et Tacite (ii, 00, 6i,) qui la loue. Tous rendent ju^lll e à la modération et à la diiinité de Sextilie, sa mère (Tac, u, 89; m, 67), niais aussi à la cruauté de Triaria. {Ibid., 05, 04). Sur Asiaticus, Suel., in Vil., 12. Tac, It, 95. Voyez aussi Jos., de Bello, iv, A'2.
« Tac, Hiil., 111, 39. — Suel., in ViL, 10.
CUAP. X. — VITËLLIUS. m
état. Ce n'était pas un enfant eomme Néron ou Commode,
accoutumé depuis ses premières années à se considérer comme le maître futur du genre humain, et, le jour où il le devenait, enivré de sa propre fortune. Vitellius était un courtisan de cinquante-sept ans, et à cette cour-là un conrlisau de cinquante-sept ans devait être biea vieux. IL avait pàti, il avait craint, il avait calculé ; à ce métier, on gagne au moins* en réflexion, en prudence cauteleuse, ce qu*on perd de bonne foi, déloyauté, de dignité, d'enthousiasme.
Je me demande donc s'il n'en a pas été de son caractère comme de son visage. Il n'y a pas de buste authentique de Vitellius; mais les modernes se sont plu à lui en ath ibuer un, uniquement à cause de son ignoble embonpoint et de sa physionoHiie vulgaire; et il se trouve que» d'après l'opinion la plus commune des archéologties actuels, le buste ne serait pas même antique. Je me demande si la famille Flavia, qui r^a pendant vingt-six ans après lui, n'eut pas beau jeu pour dessiner à son gré les traits physiques et moraux de la famille Vitellia qu'elle avait commencé par mettre à mort; si ce n'est pas ainsi qu'auraient été accréditées la gourmandise surhumaine et la crapule colossale de Vitellius; qu'auraient élé exagérés au delà du possible des vices qui peutéUe avaient une limite, et qu'on aurait l'ait de ce pei^onnagc une de ces caricatures historiques que les plus graves écrivains ne laissent pas quelquefois d'accueillir. Je remarque que Suétone et Dion, plus enclins en général à écouter les rumeurs populaires, chargent le portrait de Vitellius des traits les moins admissibles; tandis que Tacite, plus passionné et cependant plus impartial, parce qu'il est plus grave, Tacifc charge moins qu'eux, les contredit sur plusieurs points, et rend hommage entre autres à la dignité et à la modération de Galéria, que Suétone nous peint comme une digne émule
Uù ROME ET LA JUDÉE.
de son mari. Vitellius peut avoir eu bieu des vices, mais il
y a des bornes à tout, môme aux vices.
Ce qui est même ceiiuiii, c'est que l'abrutissement de l'homme, si grand qu'il pût être, ne vicia pas absolument la politique de l'empereur. Cette ivresse du vin ^t du pouvoir ne fut pas si complète; celte orgie, où le maître du monde tàobait de croire son pouvoir éternel, ne fut pas si étourdissante ; ce cerde d'affranchis, de parasites et de palefreniers ne fut pas si sérié, que (juelques lueurs de raison ne pénétrassent, quelques sages conseils ne se fissent entendre, quelques vrais amis ne perçassent la foule. Une pensée politique, d'après ce que nous en disent Tacite et Dion, germa évidemment chez Vitellius. Sa victoire avait été celle de 1 esprit provincial et légionnaire, mais aussi de l'esprit barbare et antiromain. 11 sentit que son régne, pour durer, devait être à tout prix le règne de la civilisation et de Rome. Vainqueur par le désordre, l'indiscipline, la discorde, le sang versé, Imfluence germanique et soldatesque, il comprit que, pour régner, il fallait essayer un peu d'ordre, de discipline, d'union, de modération, de réaction sénatoriale et romaine. Vitellius, ce brutal ivrogne, sut comprendre mieux que Galba, cet austère sénateur, aussi bien qu Othon, ce courtisan spirituel, quelle pouvait être la seule chance de durée pour son pouvoir.
Ainsi, avant même d'être entré dans Rome, cet empereur,
apporté en Italie piii un flot d'étrangers et de barbares, a pour premier soin d'éloigner, s il se pouvait, les barbares de l'Italie. Non sans murmures de leur part m sans danger pour son pouvoir, il congédie ses terribles Balaves; il renvoie ses Gaulois dans la Gaule; il veut avoir autour de lui une force purement romaine, et, à la place des prétoriens d'Othon, il recrute dans le sein des légions vingt nouvelles co-
CUAP. X. — VITBLUUS. 241
hortes prétoriennes ou urbaines (20,00<) hommes au lieu lie 14,000); il ne veut plus être exclusivemeot le protégé des Gaulois et des Germains ^
Toute sa politique se ressent de cette première mesure. L'empereur antiromain étant une fois débarrassé, en partie au moins, de ses amb étrangers, le courtisan deKcron et ' de Caligula e^t plus libre de ne pas imiter Néron ni Galigula. Ceux-ci, arrivés, par des dépenses extravagantes, à épuiser le trésor public, ne s'étaient pas gênés pour envahir les fortunes privées. Vitellius met bien le trésor à sec (les revenus du trésor n'étaient pas considérables, et les épargnes laissées par 2\ciou ne devaient pas étie bien abondantes) ; mais du moins il ne prend rien à personne; il fait mâne la remise de Tarriérédes impôts ; il ne confisque pas les biens de ceux qu*il <îondamne ; aux partisans d'Olhon tués sur le champ de bataille, il ne fait pas l'habituelle injure d'anéanUr leur testa* ment; leurs héritages suivent le cours légal*. Ne confisquant point, il ne proscrit pas non plus, car on proscrivait surtout pour coiiiisquer; les généraux qui ont servi Utlion sontépar- ^és ; le consulat est maintenu à Marins Cebus ; il n'est question ni de délateurs ni de loi de lèse-majesté. Vitellius épargne la famille d'Othon comme Otiiou avait épargné la sienne : chez celui-ci, ce pouvait être prudence; chez Vitellius, c'était ou reconnaissance ou générosité'.
El enliu, d'autres et d'heureuses contradictions ne manquent pas entre Torigine de Vitellius et sa politique. Ce général, qui est entré dans Rome l'épée au côté, respecte la liberté du sénat : un jour, contredit dans la curie par un sénateur, il
• * Voyez Tac, flist., n, 6G. 07, Gîl, Ui.
- Tac , II, GO, 02, 02. — Xiph., lxv, 6 et 7. Proi-sus, dit Tacite, si luxurice teinperaret, avaritiain aoa timerot.
* Tac, I, 75; ii, 60.
s' irrite, puis il se reprend : « Après toyt, dit-il, cst-il si nouveau que, de sénateur à sénateur, on diffère d'opinion^? » Ce chef d'un parti \iolent comprend que toute réaction violente le perdra. 11 ménage le passé, quel qu'il soit ; n'outra<4e la mémoire, ne renverse les images, ne fait refondre les monnaies, ne révoque les donations d^aucun empereur.. Aux partisans de Néron, il accorde, il est vrai, des sacrifices offerts pour les luùiies de leur prince; mais aux partisans de Galba*, il concède une statue décrétée par le sénat en l lionneur de Galba, et que, depuis, Vcspasien supprima; il concède Timage de Galba portée en triomphe par le peuple, des fleurs jetées au lieu où Galba a péri ; ayant trouvé dans les papiers d'Othon cent vingt lettres de gens dont chacun se prétendait le meurtrier de Galba, il fait poursuivre les signataires'. A tous ceux qui ont souifert, il montre les exilés de riéron, déjà rappelés par Galba, et que lui-même rétablit dans leurs droits. Aux classes aristocratiques, il essaye de rendre leur dignité; et lui, qui a fait au Cirque le métier de palefrenier, punit les nobles et les clievaliers qui font à l'amphithéâtre le métier de gladiateurs*. Aux gens de bon sens, s'il y en avait qucbpics-uns sous ce rapport, il accorde l'expulsion des astrologues \ .\ ceux qui gardent le cuite d'Auguste, il ikit lamitié de prendre le nom* et, jusqu'à un certain point, la politique d'Auguste. Il suit la voie dans laquelle Othon était entré le premier, et ce sont peut-être ces deux aventuriers qui l'auront imposée au sage Yespasién. Je ne prétends certes
* Tac, II, 91.
« Tac., Hùt,, u, 71, 95. — Xijihil., iw, 4. — Suct., in ViL, ii.
* Ta»:., I, 44; M, ^5. — Suct., tu Galb,, cap. ulL
♦ XiphU., 6. — Tac, ii, 42.
»Tac,n,62. — Suet., in Vit., U. - Xiph.,i.
• Tac, II, 63, 89; m, 58. — Suet., 9.
CHAP. X. - YITELLILS. 243
pas ennoblir Yitellius, mais je dis seulement qu'il y avait des heures où Vitellius n'était pas ivre.
Mais, orgie ou sagesse, tout devait être court : la sagesse de Vitellius ne pouvait le sauver; son orgie ne pouvait Tétourdir. D'abôrd, les présages étaient funestes : une comète éUiit apparue; il y avait eu daus le môme mois deux éclipses de lune non prévues, dit-on, parles astronomes'; on avait vu en même temps deux soleils, l'un plus éclatant, l'autre plus pâle; phénomène explicable, même alors, mais effrayant. Sur la route de Vitellius à travers la Gaule, les statues élevées en son honneur se brisaient sur son passage. Une couronne de laurier, placée sur sa tête, était tombée dans le Rhône. Haranguant ses soldats, il avait vu planer au-dessus de lui un tel nombre d'oiseaux sinistres, que le ciel en avait été obscurci'. A Rome, les astrologues le menaçaient; et, comme Vitellius, parsonédit, leur ordonnait de quitter liume avant le 1" octobre, eux lui ordonnaient de quitteç le monde avant le i" octobre (il vécut cependant jusqu'en décembre'). Une nbit, enfin, les soldats qui gardaient le Gapitole entendirent les portes du temple de Jupiter s'ouvrir avec fracas; plusieurs d'entre eux s'évanouirent de peur; le lendemain, on remarqua comme des empreintes de pieds gigantesques qui suivaient en descendant la pente de la montagne : c'é-
x«l j6^fi(Mi^aC« loxMto^D. (Xiph., liv, 8.)
* Tac, III, 56. — Suet., in Vit., 9, 18. A Vienne, on coq se posa d*«-> bord sur son épaule, ensuite sor sa tète. Ce qui signifiait, lui expliqua-t-on, qu^il tomberait aous les coups des Gauhis (Galli). Et il fut viiincu par Ântoniua Promis qui était de Toulouse, et qui, pour se rapprocher davantage de ces oiseaux prophétiques, avait porté dans son enfonce le sobriquet gaulois de Bec. Suet., in Vit., 18. (Voilà nn mot de notre langue qui est in* dubitablement gaulois.)
* Suet., 14. — Xiphil., lxv, 14.
SM BOMK ET U JUDkE.
taienl les dïcux qui abaiidoniiaiont le Capilolo. De plus, pai* ignorance ou par mépris, Viteiiius lui-même donnait lieu à des terreurs superstitieuses. On put remarquer que ces trois princes, Galba, Othonetlui, avaient tous trois présagé leur chute par \\m sacrilège infraction à la loi religieuse : Galba en adoptant Pison un jour dorage; Otiion en se mettant en marche pendant le temps voué à la promenade des boucliers sacrés; Vitcllius eu clioisissanl, pour prcudre possession du pontiûcat suprême, le néfaste anniversaire de la bataille a'AUia'(iB juillet).
Ces rapprochements et ces craintes n'étaient pas seulement le fuit de la populace; les plus habiles y avaient leur part. L'homme, à cette époque, avait un tel besoin de la Divinité présente sur la terre, qu'il avait sans cesse Foreille attentive au moindre bruit de ses pas.
Du reste, sans augures et sans pronostics, on pouvait prédire que la ^erre civile ne finirait point sitôt. Un branle trop puissant avait été donné, trop d'ambitions mises eu mouvement, trop de cupidités soldatesques alléchées au banquet de la guerre civile, trop de nationahtés provinciales touchées de la gloire de faire un empereur, pour que tout se calmàl au l)oul d'un au à peine et sous la main d'un enchanteur comme Viteiiius. Tout cela ne pouvait finir que par 1 epuisement et la lassitude; et les ambitions étaient encore loin d'être lasses, les chances de révolution étaient loin d'être épuisées. Rome devait donc se résigner à d'autres crises, ù d'autres invasions, à d'autres asservissements, à d'autres manifestations de son impuissance. L'Occident, le Nord et l'Afrique seuls avaient eu leurs prétendants; il fallait que l'Egypte, l'Orient, la Grèce, l'illyrie, la Mésie, parlassent à leur tour, et
* Tac, II, 91. — Sud., in Olhoiu, ii\ in ViL, 3, 9, IS. — Xiphit., utT, 7, 8.
ClIAP. X. - VlïELLIliS. %Ab
à leur tour se satisfissent en donnant la pourpre', il fallait
que l'insurreclion provinciale et militaire fît le tour de la Méditerranée, et elle n était encore qu'à moitié chemin.
Ajoutez que l'Italie et le monde étaient pleins de mécontents en armes; que, dans toute la Péninsule, se promenaient par bandes les prétoriens d'Othoii que Vilcllins avait licenciés; qu'ailleurs murmuraient la treizième légion^ réduite à n'être plus que les maçons de Tamphithéâtre, les troupes <rillyrie dont Vitellius avait fait périr les centurions prisonm'ei-s, partout, le soldat romain, blessé de l'orgueil du soldat barbareet les légions jalouses des légions de Germanie*. Ajoutez que, déjà une fois, à la mort d'Othon, les légions de Nésîe, arrêtées dans lein^ marche par cette nouvelle, avaient décliiré les images de Vitellius qu'on leur apportait, et, prenant la liste des consulaires pour y chercher un empereur, avaient prononcé le nom de Vespasien : et vous ne serez pas étonné que, avant même le jour où Vitellius entra (hms Home, dans une autre partie du monde son successeur fût déjà proclamé.
Qui pouvait être ce successeur? Je viens de le nommer, et tout le monde le pressentait. Rome l'espérait ou le craignait, mais Tattendait. Vespasien, déjà, comme je viens de le dire, . proclamé un instant par les légions de Mésîe; Vespasien, entouré déjà d'une certaine célébrité militaire, commandait l'armée de Judée, qui, exercée par des combats récents, pouvait seule contrebalancer le vieux renom des soldats de Germanie. Prudent et réservé, il avait tour à tour reconnu
' c Ne valons-nous pas, disent les légions de Mêsîe, la légion d'Espagne 4|ui a élu Galba, les prétoriens qui ont fiiit Otbon» rarmée de Germanie qui a proclamé VîlelUas? > Voyes Suet., in Vesp,, 6» 7. — Tac, ii* 85.
* CnCer» legbnes contacta (cum lUyricis) el adversus GcnnanicM invidîa bellom meditabantar. Tac, BUt.f n, 60« Voyes aussi 66, 67, 68, 09, 86.
Galba, Othon et Yitellius, tour à tour avait été ménagé par chacun d'eux. Vespasien était évidemment Tempereur du
lendemain; Rome s'iuloniiait de son atlitiide, s'inquiétait de ses démarches, rattachait son nom à tous les augures. Le sommeil de Vitellius en était troublé. Rome avait les yeux \cvs l'armée de Judée et vers l'Orient; elle racontait qu'au moment du départ d'Othon pour sa dernière campagne la statue de César, placée dans l'ile du Tibre, s'était brusquement tournée de rOccident, d'où arrivait Vitellius, à l'Orient, d'où Vespasien devait venir'.
Vespasien cependant tarda longtemps; il avait moins de ' h4te que personne. Son ambition était plus dé sang-froid parce qu elle était \)\us libre. Galba, pressé par des dangers personnels, OUion par ses dettes, Vitellius pai* les clameurs de son armée, avaient dû accepter la pourpre sur le coup. Vespasien, qui la prit plus volonlatrement qu'eux, ne se fit pas faute d'y regarder à loisir. 11 prépara le siège de rEmpire lentement, avec prudence, comme il préparaitcelui de Jérusalem. U s'assura l'adhésion des commandants, ses voisins, Mucien en Syrie, Tibère Alexandre en Égyple; l'assistance des l ois vassaux, la bonne volonté des soldais, la faveur du peuple, la paix avec les Parthes. Il put ainsi compter sur neuf légions et , sur tout rOrient. Quand il fut prêt, peu de temps après avoir fait prêter serment à Vitellius, il se fit prier par Mucien, contraindre par ses soldats, de revêtir la pourpre. Le 3 juillet, Farmée d'Égypte le proclamait à Alexandrie; peu de temps après, sa propre ai inée à Césaréc; le 15, l'armée de Syrie à Ântioche. A ce moment, Vitellius cheminait encore vers Rome et pouvait savourer la mémoire toute récente des parfums de Bédriac. ,
• Tac, I, 11), ÔÛ; u, 1-7. 75, H. — Jos., de B., iv, 29 (9, 2). 55, 36 (10, 1-3). — Suet., in Vesp., 5.
CHAP. X. — YiTfiLUUS. â47
Ce n'était pas ici une révolution faite à l'aventure, une émeute de caserne; c'était une révolution sérieuse et calculée. Les peuples le sentirent; la Syrie, TAsie Mineure, la Grèce, les provinces les plus riches et les plus anciennement civili* sécs, s'y rattachèrent comme à l'cspéitmce d'un plus durable avenir. Anlioche, capitale provisoire du nouvel empereur, frappa en hâte des monnaies à son effigie. Les rois vassaux, Agrippa de Trachonile, Soliémc d'Ëmèse, Anlioclius de Comagène, lui envoyèrent des renforts. Ixî roi partiie, l'ennemi habituel de Rome, gagné par la fortune de Yespasien, lui promit quarante mille cavaliers ^ La juive Bérénice, séduite par l'amour de Titus, lui ouvrit les trésors de l'aventureuse, mais toujours opulente famille des Hérodes Au mouvement plus militaire de TOcddent répondit ce jour-là un
« T;ir., II, 81. — .îos.'ph., iv, .10-58 (10, 1-7). — Xipliil., i.xv, 8. On (toit i ( ( oanaitre quelques-unes de ces moiinaies frappées hâtivement à
Antioclie.
* Dion ou Xiphilin (i.xvi, 15, 18) cl après lui la plupar t des modemos considèrent coinine sœur d'Agrippa la Bérénice qui fut aimée p:ir Titus. Il faut convenir a!oi*s que rorneille et Racine ont fait jdeiirer le public de leur teni|»s sur le compte d'un bien triste personnage. lÀ'lte Bérénice, sœur U^Agrippa, avait d'abord épousé son oncle llérode, roi de ClraU ide; après sa mort, elle avait été longtemps soupçonnée d'inceste avec s(»n frère, et, pour faire cesser ces bruits, avait épousé Polémon, roi de Cilicie qui se fit juif par amour pour ses grands biens. Klle l'avait Itimlot répudié et était retournée auprès de son frère. C'est elle dont nous avons pai lé plus haut (p. 55 et s.), et qui est nommée au livre des Actes(x\v, 13; xxvi, TA)). Voyez Josèphe, Antiq., xviii, 5, \; xix, 5, 1; xx, 7, 5; de Bello, ii, II, 6, 15; 1, 16 ;i, 17, 6; de Vitasua, ii, 24, 25. Jnvénal, vi, 150. C'est à ccUe- Ih que s'ap|)liquent les inscriptions qui la qualifient : IcuXta BipcvcMi), grande rewe et fille d Agrippa {Xt^vtmxev Agrippa).
Mais il peut y avoir quelque doute sur l'identité de celle-là et de celle qui épousa on dut épouser Titus. La sivur d'Agripjia était née, selon Josèplie, en l'an 28. Elle avait donc (juarante et un ans à l'époque. de l'avènement de Vespasicn, treize ans de plus que Titus, Si c'est d'elle (jue Tacite a voulu [larler en disant qu'eUe était « dans la fleur de l'âge et de la beauté » (/lo-
■ niouYcmcnl poliliqiio cl provincial non moins (jnc inililairf* de l'Orient; à rcntrainenicnl soldatoscjue qui avait enivré ou contraint ViteUius, une délibération froide entre hommes sérieux et libres de leurs actes; à Tinsurrection d*une armée sans discipline, les acclamations d une araice bien disciplinée; au concours des cités du Rhin, encore mêlées d'éléments barbares, le concours de nations civilisées et intelligentes. Là, (In moins, il y avait cliance do mettre lin aux révolutions et de conquérir un empire durable.
Et de plus (ce qui est propre à la crise que le monde subissait) cette révolution, toute ])oliliqnc et toute calculée ht sou origine, prit dans l'esprit des peuples un caractère enthousiaste et presque mystique. Certes» peu de prestige s'attachait h la personne de Vespasien. Sa famille avait vécu, sans même s y enrichir, dans des trafics peu estimés. Son grand-père, Titus Flavius Pétronius, avait été une sorte d'agent inférieur dans les ventes publiques, métier qui tenait de l'huissier, de l'usurier et du porteur de eonlrainles. Son père, Flavius Sabinus, avait été en Asie fermier ou sousfermier de Fimpét du quarantième, puis usurier en Helvétie. Lui-même, (|ui se fit appeler Flavius Vcspasianus, afin de conserver le non» de sa mère Vespasia, plus distingué que son nom paternel; lui-même n'avait encore des antécédents
rens ,rlfi(c furmaque, ii.^l), Tacile'a été bien galant pour un Romain. (Voyez aussi Tac. ii,2. — Suet., in Tito, 7.)
Il y a une autre Bérénice, nièce de la précédente pai" sa sœur Marianne, et que Tacite a bien ]iu appeler rcgi)ta, nom que l'on donnait à toutes les femmes de sanjj; royal. Josèpbc {Atit., w, 7) mentionne seulemont sa naissance. Sa mère étant née en Tan 54 de Tèrc vulgaire, ellemême ne pouvait guère avoii" pins de \iiigt ans à Tépoque de la guerre dvr Vespasien. Mais est-ce une princesse aussi jeune qui aurait aidé \ e^pasiende son crédit et de ses trésors? (Tac., Ibid.) Ëntre la tante llOj» àgéc et l» nièce trop jeune, de plus savants décideront.
cuAP. \. — vimuus. m
ni l)ien dii^ncs ni nicmc bien Iioiireiix. 11 avait sans doute uae certaine notoriété niilUairc; il avait été consul et proconsul. Mais, bien qu'il fît argent de son crédit et eût vendu une place de sénateur deux cent mille sesterces (50,000 fr.), il n'avait pas fait fortune. Aussi, pour soutenir son rang, dit Suétone, il s'était fait maquignon, et on l'avait surnommé le Muletier, Il avait flatté Caligula au point de lui reddre grâce en plein Sénat pour une invitalion à souper; et à une sentence de mort il avait ajouté, par l'orme d'amendement, que le corps du proscrit resterait sans sépulture. Et cependant, courtisan malencontreux, il avait déplu à Caligula; celui-ci, trouvant un jour les rues mal balayées, s en prit à Ycspasien qui était édile, et lui fit remplir sa tunique de boue (aimable gaieté, qui rappelle celle de Cromwell barbouillant d'encre la face d lreton). La protection de l aflranchi Narcisse avait valu à Ycspasien la faveur de ClaudCj» mais îl^ déplut à Néron ; il ne manquait pas de s'endormir quand Néron cliantait. Seulciuent le prince fut clément ce jour-là et le disgracia sans le faire périr. Ycspasien était doue courtisan comme Vitellius, mais seulement moins heureux courtisan.
Sa vie privée n'ennoblissait pas sa vie publique. Il était économe au degré qui touche lavarice. 11 avait épousé une femme de condition libre à ce qu'il parait, mais qui avait eu longtemps la situation d une anVauchie et de l'affrancbie iavoritede son patron. Elle morte, il avait remplacé d une manière plus ou moins régulière la prétendue affranchie par une affranchie véritable, et la vieille Cénis, esclave du palais de Claude, gouverna en niaitresse, non-seulement la maison, mais même la cour de Ycspasien*.
" Sur touti-c qui pi-écède, voyei Suet., in Vesp., 1-8. T. Flavius Vospasianus étail né à Pbalacrine» boui-g de la Sabioe, le 17 novembre de Tan 9
Enfin Textérieur de ce prétendant n'igoulait pas autrement de séduction à sa cause. C'était un homme de soixante
ans, de formes vigoureuses, soldat plulùl que prince. Ses traits, que des bustes remarquables nous ont conservés, ne manquent ni d'intelligence ni de finesse; mais ils trahissent cl rappesanlissenientdu vieillard et la vulgarité du plébéien. Suétone caractérise celle physionomie par une comparaison trop triviale pour être traduite S mais que le bronze, si flatleur qu'il soit d'ordinaire, justifie singulièrement. Somme toute, chez Vespasien, l'intelligence était robuste, la fortune fut merveilleuse; mais la race était infime et l'homme resta vulgaire.
Eh bien, ce fut lui, ce personnage vulgaire par tant de côtés, qui fut transformé en envoyé du ciel. C'est celle révolution, si humainement conçue et délibérée à froid entre trois préfets romains trés-pcu cnlliousiasles, qui pi it \ui cararlèi« d eulhousiasmç, de révélation, presque de miracle. On ne manqua pas, pour Yespasien comme pour tout autre César, une fois son empire proclamé, de trouver que son empire avait été annoncé par mille présages. La boue même queCaligula lui avait fait jeter dans sa tunique était une image de « la patrie qui, délaissée et foulée aux pieds, devait trouver
de Vère vulgaire. 11 avait fiiit la guerre en Germanie et en Bretagne comme oominandant (/^'yafti5)d*ane légion; y obtint les ornements du triomphe.
Consul eu 50. — Proconsul en Afrique sous Néron. — Puis envoyé en Judée.
• Vultus veluti nitentis; unde (juidiiin m lt;morum non infuetè, siquidein pelenti, ut in se aliquid diceret : Dicam, inquit, cuni vtnlrcin cxonei-arc dcsicris. Suet.» 20. Sous le règne de Vespasien, on honora, comme de rai- 8<m, la mémoire de son père. Grutcr rappoi tc au piédestal d'une statue qui aurait été celle de ce personnage Tinfcription : Ka>.f.'»; teXwvt.txvti. A l'ejccellent public nin. Grutcr, p. 239. Des statues lui avaient été élevées en effet avec cette inscription. Suet., m Vesp., 1.
CUAP. X. — VITELLJUS. S$<
asile dans son sein. » Un bœuf furieux qui était verni tomber
à ses pieds, un chien qui lui avait apporté dans ses dents une main liumaine, un chêne qui avail poussé un uouveau rameau à sa naissance, un cyprès qui avait reverdi après être tombé, une dent arrachée à Néron, furent autant d'augures de sa grandeur, indevinables la veille, indubitables le lendemain ^
Mais c'était lA le lot ordinaire de tous les Césars. Le lot
pai tinilier de Vespasien, c'est le concert de })rophélies qui inaugura son avènement. Ce dief de l'Orient, sorti de la Judée pour mardier à la conquête du monde, fai précédé par tontes les voix prophétiques de rOrient. C'étaient les astrologues qui lui lisaient dans le ciel des conjonctions favorables à sa fortune. C'était l'Arcadie, berceau des plus anciennes traditions de la Grèce, qui, avertie par l'oracle, Ibuillail un ( erlain coin de terre, et y trouvait des vases de fabrication antique, portant l'image de Vespasien. C'était l'orade de Paphos, sanctuaire mystérieux d'une déesse qui se faisait adorer sous la forme d'une pierre l)lanclie et pyramidale, et dont le prêtre, consulté par Titus, le prenait à part et lui annonçait la grandeur de sa famille. C'était le mont Carmel, dont l'autel était également sans idole et dont le prêtre présageait à Vespasien « une grande denieuic, de vastes possessions, beaucoup d'hommes sous sa loi, le succès de toutes ses entreprises*. » Plus tard, à Alexandrie, le demidieu Apollonius, au dire de son panég^'risle, déclare à Vespasien que c'est lui-même qui, par ses prières, a obtenu pour lui la royauté. Et, comme Vespasien demande à Apollo-
* Suet., in Vesp., 5. — Tac, ii, 7, 8. — Xipliil., ex Dion., lxm, 1, 8.
« Tac, II, 4, 7,8. — Suet., in Ve$p., 5, 8; in Tit., 5. — Maxime de Tyr, Orat., 38.
âôS nOME ET LA JUDÉE.
nius le secours de sa puissance surnaturelle^ celui-ci lève les mains au ciel ets*écrie: « Jupiter Capitolin, garde-toi pour lui et gardc-lc pour toi! Car c'est lui qui relèvera ton temple brûlé par des mains impies. » La veille de ce jour, en cflet^ le Capitole brûlait à Rome. Il en fut de Yespasien comme de Charleniague et du roi Arthur , toutes les traditions fabuleuses se raltaclièrenl par quelque chose à son nom ^
Mais, avant tous ces oracles, avant même la mort de Néron, le Juif Josèplie , selon lui et selon les autres liistoriens, avait donné à Vespasien un ajertissoment bien autrement positif (67). Sorti de sa caverne de Jotapat après avoir échappé par miracle au mutuel assassinat que s'étaient imposé ses quarante eompagnons, Josèplie s'était fait conduire au camp romain « non comme un trailre qui cherche à sauver sa vie, mais comme un ministre du Seigneur qui accomplit une niissioii. » Il avait (lemaiidé un entretien particulier avec Vespasien et Titus. Là, « prêtre et pelit-iiis de prêtre, connaissant les saints oracles, » et appliquant à Yespasien la prophétie de Michée sur l'origine du Messie : « Tu crois, avait-il dit au général romain, n'avoir entre tes niuiiis que ' le captif Josèphe, mais je suis un messager cliargé pour toi de bien plus grandes choses. Si je n'avais eu mission de Dieu, je connais la loi des .luils et je sais coniuicnt un général doit mourir. Tu veu.\ m'envoyer captif à iHéron? Pourquoi donc? Ceux qui sont destinés à régner entre Néron et toi auront-ils donc un empire duiable? (l'est toi qui es César, Yespasien, loi et Ion tils qui est ici : fais- moi garder avec plus de rigueur, mais fais-moi garder pour toi seul. Non-seulement je t'appartiens, ù César! mais la terre, la
* Sur les rup|K)i-ls de Vespasien avee AiHiUoiiiiis, vovei Philostrat, v, 27- 58,41.