CHAP. X. V1TELL1US
mer, le genre humain, sont à toi. Je demande une prison plus dure encore, si aujourd'hui je mens à Dieu^ »
Ainsi tout se réunissait pour faire de Vespasien un être prédestiné : Tastrologie, cette religion des athées, et le paganisme, cette religion-des faibles ; les oracles des gentils et les prophéties des Juifs, telles du moins i[\ic le judaïsme égaré les interprétait; le tireur d'horoscopes Séleucus, le prétendu inspiré Apollonius, et le prêtre pharisien Joseph; l'Occident qui soupirait après un libérateur, et lOrient qui attendait le dominateur du monde.
On voulut même, sinon poétiser (ce n etail pas possible, et ce siècle était superstitieux sans être poète), au moins diviniser sa personne. On se prit à lui essayer par avance la divinité dont il ne devait jouir légalement qu'après sa mort et dont plus tard il se raillait en mourant. Vespasien fil des miracles. D'après Tacite, Suétone et Dion, tandis que, récenmienl proclamé empereur, il était à Alexandrie attendant <|he ses lieutenants lui eussent conquis le monde, deux hommes du peuple s'approchent de son tribunal, l'un « connu pour aveugle, » l'autre paralytique de la main ou se disant tel. Tous deux ont vu en songe le dieu Sérapis leur ordonnant de demander leur guérison au nouveau César. Ils le prient d'humecter de sa salive les joues et les yeux de l'aveugle, de marcher sur la main du manchot. 11 hésite ; les médecins consultés dédai'ent que les deux maladies ne sont pas tout à fait inguérissables; mais, courtisans plus que médecins, ils ajoutent que les dieux sans doute ont réservé cette cure à Vespasien. Encouragé par ses flatteurs et par
' Jos., de Bello, m, 34-S7 (8.). fit unus ex nobilibus captivU Joseplius, cuin conjioereUir in TÎncnla, oonstanUsnme assevemit fore ut ab eodem breri solverelur, Tenjm etiam imperatore, dit Suet., in Ve$p,, h» — Dion, dans Xîphîl , u? i, 1 , en dit autant.
la foule, Vespasien tente l'épreuve. L'aveugle voit, le manchot reprend l'usage de sa main. Ce n*est pas assez de ce
miracle; Vespusien, reconnaissant et encourage, entre dans le temple de Sérapis; il ordonne que personne ne l'y suive, et cependant, après avoir longtemps prié, lorsqu'il se retourne, il aperçoit sou ailïanclu Basilides lui présentant les pains, la couronne et la verveine pour le sacrifice. Or ce Basilides était demeuré goutteux et hors d*état de se mouvoir à quatre-vingts milles (vingt-six lieues) d'Alexandrie. Vespasien, sorti du temple, demande si les prêtres ont vu entrer Basilides ? ils n'ont vu personne : si on Ta vu dans la ville? nul ne Ty a rencontré : si ce jour-là et à cette heure Basilides était au lieu où il l avait laissé? Il y était, et cette apparition surnaturelle était d'autant plus siguiiicative, que le nom même de l'homme était un présage et rappelait sa royauté (BavtUvc). Tout était donc miraculeux autour de Vespasieii; il avait dépassé les limites de la roudition humaine; c'était un empereur élu par les dieux Rien n'était plus pour lilt ni incroyable ni impossible*. Son pouvoir naissant se revêtit d*un prestige surhumain que les pouvoirs anciens a avaient pas eu, et une auréole céleste entoura la iigure bourgeoise, ridée, êimilem nHentiy du maquignon sabiu, amant décrépit de la décrépitiî (iénis.
Il fallait certes une rare puissance d'imagination pour faire de ce vieux général, fils de maltètier, tré&-prosaîque et trés-avare, la veille encore disgracié de Néron, un messie pour les juifs et un dieu pour les païens. 11 ialiait que Jo-
Hinisterîo divino piiniipem electum. Tac, iv, 81. * GuncU su» brtuns patere ratus, et nfliil ultra incredibilo. Tac , ir, ait 83. Audoritaset majestas, ut scîlioet înopinato et noTo principi, deeraC, hsec quoque accessit. — Suet., m Vesp., 7. Et Dbn : G*e8t ainsi que la divinité le revêtit de sa majesté, tô uiv «tlsv