‹ Rome et la JudéeChapitre 27 sur 64 · CHAP. X. - VITELLIUS · texte numérisé non relu

CHAP. X. - VITELLIUS

sèphe fût bien à courte le peuple juif bien embarrassé^ Rome bien affamée de surnaturel, le monde bien en quête d'un IHeu manifesté sur la terre pour aller le chercher sous la

tente de Vespasien. Cet exemple et d'autres que nous rapporterons plus tard prouvent quelle était alors Taltente impatiente, les espérances inquiètes, les besoins insatisfaits

des peuples, ce qu'ils avaient attendu et ce qui leur manquait.

Ainsi l'enthousiasme des superstitieux et l'inquiétude des

gens paisibles, l'avidité des soldats cl l'ambition des chefs, l'esprit romain et l'esprit provincial, s'unissaient pour jeter l'Orient tout entier sur les pas de Vespasien. Dans une assemblée tenue à Beryte, le fils du publicain Sabinus apparut entouré de l'élite des deux armées de Judée et de Lycic, en présence des monarques vassaux de Home, au milieu d'une pompe impériale et militaire, distribuant des commandements, faisant des sénateurs, traitant avec les rois des Partlies et d'Arménie. C'est là que, reconnaissant en Josèplie un véritable prophète, il lui rendit solennellement la liberté. Devant les chefs de l'armée, il voulut non pas détacher les fers du prisonnier juif, mais les couper avec la hache de sa propre main, le traitant ainsi, non comme un captif qu'on amnistie, mais comme un ami méconnu qu'on relève et qu'on honore

La cause de Vespasien gagnait même du côté de l'Occident. Les légions d'IUyrie, de Bretagne, d'Espagne, ne tardèrent pas à lui témoigner leur sympathie. Cette cause était celle des provinces, muis des pi ovinces amies de la civisation et du repos; c'était celle de Rome, mais de Rome équitable et pacifique; c'était celle de l'armée, mais de l'année

« Jos., deB., IV, 37, 38 (10, 6, 7),.

2ùC BOMË £T LA JUDÉE.

patriotique et obéissante. La cause de Vitellius au contraire,

indirrércnle aux provinces, peu aimée dans Piome, étrangère à la plupart des légions, n était plus que la cause de son armée.

Et cette armée, quelle était-dle? On se dégrade bien vite à (le pareils succès. Ces léfjionnaircs de Germanie, jadis les meilleurs soldats de l'Empire, n'élaicut déjà plus les mêmes hommes. Et pour leurs chefs, il faut comprendre que l'orage des guerres civiles avait fait monter à la surface Fécume du monde et celle des armées. Les chefs éprouvés des légions étaient prisonniers ou disgraciés. Somme toute, les héros de ces guerres se valaient. Othon, entrepreneur des plaisirs de Néron ; Vitellius, palerrenier de Caligula ; Mucien, flatteur disgracié de Néron ; Vinius, voleur à la table de Claude ; Cécina, jadis puni pour concussion ; Fabius Valons^ histrion des fêtes néronienncs ; d'autres que nous verrons sur la scènederiiisloii*e, un Anlonius IVimus, condamné pour faux, un Arrius Varus, délateur de son général auprès de Néron *; tous ces aventuriers du palais et de Tarmêe étaient dignes de s'eutendi e. Il n'y avait pas là d'hommes capables de se roidir contre la fortune et de demeurer sottement fidèles à une cause à demi vaincue. C'étaient donc, avec des soldats énervés et faciles à vaincre, des chefs corrompus et faciles à gagner. Vespasicn avait la double chance de battre ses adversaires et de les acheter. Dans de pareilles luttes où la satisfaction des appétits joue le rôle principal, le dernier venu a facilement raison du ])remier arrivé, les avides des satisfaits, les affamés des rassasiés.

Aussi, en face d'une victoire aussi probable, y eut-il émulation à qui en aurait les honneurs. La question ne fut pas de savoir si Yespasien serait vainqueui*, mais par qui il le

* Tac, Uisl.t I, 10, 53; m, 0, 02.

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serait, qui mettrait le premier la main sur l'Italie conquise, qui servirait le mieux cette cause assurée du succès, ou en marchant pour Yespasien si on était engagé avec lui, ou, si l'on était engagé avec Yitellius, en trahissant Vitellius. Les soldats eux-mômes, proclamant Vespasien on Orient, disaient qu'il fallait se hâter, sans quoi le sénat prendrait les devanis, et, en prodamant Vespasien, leur volerait leur empereur *.

Dans ce facile enthousiasme, c'est Yespasien qui semble le plus lent de tous ; il est le premier dépassé. Avare et circonspect, au lieu de marcher sur l'Italie, il reste en Orient, levant des impôts, et remplissant par tous les moyens possibles et impossibles la caisse de sa révolution; il s'éloigne même, il va en Ëgypte s'assurer d'Alexandrie, la def de la mer et le grenier de Rome. 11 laisse Miicieii prendre la tète delà guerre; Mucien marche vers rOccident, pour établir à Rome une royauté, qui, il l'espère bien, sera de droit celle de Vespasien, de fait la sienne *.

Mais Mucien à son tour va se tiouver devancé. Pendant qu'on prodamait Vespasien en Syrie, on Ta prodamé aussi sur le Danube. De son chef, le Toulousain Antonius Primus a soulevé les légions dePannonie, de Mésie, de Dalmalic, déjà &vorables ^ Vespasien (août 69 Sept légions que Yespasien ne oonnait seulement pas sont prêtes à marcher pour lui ; elles envoient des proclamations aux soldats vaincus et à peine dispersés d'Othon. Des chefs prudents leur parlent bien d'attendre, de se rallier, de garder lès portes de ritahe jusqu'à ce que Muden arrive. Mais Antonius, avecune vou

« Jos., IV, 5G (10, 3).

« Tac, 11^ 82-84. — Jos., iv, 10 (11, I.). — Xiphil., lxv, 9. *Tac., Il, 85, 86. — Jos., iv, 37 (iO, G.). — Xiphil., wv, 9. OcUYO imperii Yitdliam mente, dit Suet., m VU,, 15.

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tflilinante, une éloquenee sauvage, traite ces lenteurs de lâchetés. Les soldats ne demandent qu'à le suivre ; et, sans même les réunir tous, il pari avec Télite des troupes, laissant aux autres Tordre de le suivre, légion par légion, dés qu'elles le pourront; il fianchit les Alpes, pousse sans résistance jusqu'à Padouc, se saisit de Vicence, de Vérone et même de Ferrare (Forum AlUenij octobre 69).

Cependant le pai ti de Vitellius, au cri d'alarme qui l'éveille, a peine à secouer son ivresse. Ces soldats de Germanie, braves toijgours, mais amdUs, acceptent bien le péril, n'acceptent pas la &tigue. Ds se mettent en marche, sans ordre, sans discipline, leui>s armes pendantes à la selle des chevaux, leurs chevaux mêmes engraissés et alourdis comme eux. Que feront-ils contre les troupes de Mésie et de Pannonie, habituées à guerroyer tous les hivers contre les Daces et les Sarmates, sur la glace du Danube ?

Quant à leurs généraux, Vitellius n'a jamais été homme de guerre. Fabius Valens, fidèle, mais engourdi par la débauche, ne inarche pas sans un cortège de courtisanes et d'histrions. Cécina, plus éveillé, maiséveiilé pour la trahison, négocie en secret avec l'ennemi. Tout ce monde s'arrange pour ne pas se compromettre avec le César du lendemain. Dans le sénat, tout en faisant oDticieliement des vœux pour Vitellius, on n'ose médire de ses ennemis, et, comme dit Tacite, l'on tourne timidement autour du nom de Vespasien. \ Dans leurs proclamations, les chefaflaviens sont pleins d'insolence; les chefs viteliiens, Vitelliufl^ lui-même, ménagent Vespasien. Ainsi chaque parti a la conscience, l'un de sa fiiiblesse. Tau li e de sa force.

Bientôt les défections éclatent. Le commandant de la flotte de Ravenne la livre à l'ennemi. Gédna voudrait lui livrer ses légions. Mais celles-ci ne veulent pas ; elle saisissent le traî*

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tre, le mettent aux fers ; et c'est une armée révoltée, en désordre, sans chef, traînant après elle son géntoii encbaiRè-, qui va à la rencontre de Tarmée d'Antonius ^.

Mais, comme dans cette guerre il faut toujours que les cb^ flaviens prennent les devants les uns sur les autres, Antonnis, qui a mtrainé son aimée, est lui-même à son lonr entraîné parsôn armée. C'est un autre aventurier, placé sous ses ordres, Arrius Varus, qui, malgré son général, engage la seconde bataille de Bédriac (vers le 30 octobre Ô9), dans ces plaines où deux fois en six mois le sort de Tempire romain fut tranché. La lutte est violente, mais courte et décisive. L avant-garde vitellienne, rencontrée en avant de Crémone, est rejetée dans cette ville; six légions; arrivant au secours, sont battues dans un combal qui dure toute la nuit ; le matin, leur camp, où elles se réfugient, est emporté; le soir, Crémone est prise, malgré Antonius lui-même, qui eût voulu retarder Tassaut : tout cela en moins de deux jours. Crémone est inondée de sang, incendiée, détruite. Crémone était une ville opulente ; une foire célèbre y avait attiré en ce moment les mardiands de toute Tltalie : c'était une belle proie que le soldat voulait saisir par un assaut avant que le général ne se rassurât par une capitulation ^

Ce qui se passa du reste dans cette action caractérise bien les guerres civiles et l'indifférence qu'y porte souvent le soldat. Depuis surtout que \ itcilius avait éloigné ses auxiliaires barbares et que la lutte se passait un peu fAm entre Romains, ces hommes se combattaient, mais ne se détestaien pas. Les drapeaux et les armes étaient les mêmes, souvent la

* Y. Tac., III, i-14. — Joft.» de B,, vr, 41 (ii, %, 5). — Xiphil., ur, iO, 11. •

* Tac, III, 15-51. — Joseph., iv, 43 (ii, 4). Dion apad Xipbilîn et Theod., LIT, il, 14,

langue. Pendant la bataille, les habitants de Crémone apportent des vivres aux vilelliens; ceux-ci les partagent avec leurs adversaires, et il y eut un moment de trêve où Ton mangea paciOquement ensemble avant de recommencer à 8*entretuer. Un fils eut le lualheui' de se rencontrer face à face avec son père, et de lui donner la mort. Son désespoir, après qu'il eut reconnu le cadavre, le soin qu'il prit de lensevelir, suspendit le combat, et fit couler les larmes des deux armées. Las de guerroyer les uns contre les autres, les soldats arrivaient peu à peu à fiiire la paix entre eux pour ne plus tomber que sur les bourgeois ; la passion du pillage, qui les avait divisés, flnissaiX par les réunir. Après la prise de Crémone, Antonius harangue les deux partis, pariant des vaincus et des vainqueurs avec de magnifiques éloges ; mais pas un mot de Crémone. La pauvre ville devait payer les frais de leur réconciliatimi Vainqueurs et vaincus s'embrassèrent pour la pilier ensemble. Quatre jours durant, flaviens et viielliens réunis brûlèrent, détruisirent, tuèrent jusqu\^ ce que rien ne restât. Le meurtre et le viol cimentèrent leur amitié.

Ainsi les chefe flaviens arrivaient-ils en toute hâte au dénomment : Mucien, laissant Vespasien en Syrie ; Antonius, sur le Danube, prenant les devants sur Mucien ; Arrius Varus, à Bédriac, entraînant à son tour Antonius. D'autres, à Rome, se préparaient à prendre les devants, et sur Arrius Yarus et sur Antonius et swv tous, et à jouer à leur profit le cinquième acte de ce drame. Le frère de Vespasien, Flavius Sabinus *, préfet de Rome, vieux, nonchalant, n'ayant pas d'ambition

* Vocitos ad concionem Antonius, alloquitur, viclores magnifiée victOS ele> ineoter : de Cremont ia neutrum. Tac, m, 32. Sur ce qui pi-écède, voyet Xiphil., 15. — Tac., in, S5. Sur le sac de Grénioiie, XipbU., 15. — Tac, 53-54.

• Voyai anr ce pmomiage, Têc,, Hiit.,î , 46, 77: «, 56-51 . 55» 65.

GUAP. X. VITBLUUS. S61

pour lui-même, en ayant peu pour son frère, poussé néanmoins par d'ardents amis, entre en négociation menaçante avec Vitellius, lui promet la vie sauve et le somme d'abdiquer.

• Pourquoi Yitellius syfôt-il refusé? Antonius avait passé le P6, puis les Apennins, et approchait de la campagne de

Rome. La flotte de Ravenne, puis celle de Misène, lui avaient été livrées par leurs commandants. Quelques cohortes préto* riemies, postées dans les Apennins, avaient été également livrées par leurs préfets. Les quarante lieues de distance qui séparent Terracinc de Nariii obéissaient seules à Yitellius. A Rome, on ne parlait que de Vespasien et de sa victoire pro* chaîne, d'autant plus que la police défendait d'en parler ^ Au milieu de tant de désertions, Yitellius ne pouvait-il pas déserter à son tour ? Trahi de toutes parts, n'était-il pas en droit de se trahir? Que Vespasien le laissât vivre, lui permit d'aller » respirer le frais et manger des huîtres sur les bords du golfe de ISaples, il abdiquerait la pourpre de tout son c«eur. On lui promit un dédommagement de 100 millions de sesterces (25,000,000 fr.), et le marché fut fait (17 déoembit!)*.

iMais il y avait dans Rome des vitelliens plus entêtés que Yitellius. Pour son malheur, il était aimé des soldats. Ce général, si peu militaire, avait inspiré à ses prétoriens une vé- ^table passion. Les officiers pouvaient passer à Vespasien, mais le simple soldat tenait bon pour Yitellius'. Les cohortes prétoriennes s'insurgèrent contre la trahison de leur prince.

* Prohibiti pereîfitateni aenwnies eoque pliures; ac» si liccret, wra narfatnri ; quia vetabatur, «trociora Tulgaverant, dit Tàc. (m, 54), faisant rinsloiie de toutes les polioes.

■liinies: H. S. Snet., in VU,, 15. — Tac.» m, 63-65.

*Grei)ra transfugia centuriomim tiibunormiMiiie... Splendidissimus qoisque in Vespasianumproni; gregariua milei indnnierat pro Viteliio. Tac, lu, 61.

m sûMK ET LA mta.

Abandonnées de leurs généraux, abandonnées de leur empereur, elles n*eo refusèrent pas moins cette peureuse démtssieB et sommèrent bon gré mal gré Vitellius de rester César.

Le pinceau de Tacite est peut-être un peu trop solennel pour cette scène. Le pauvre pi ince, impatient de ne plu» l'être, a juré à Sabinus d'abdiquer; et, très^empressé de tenir sa parole, vient en deuil dans sa litière, pleurant, faire des adieux que le pt^uple reçoit avec une certaine sensibilité, maisi^ue les soldats, silencieux et renfrognés, ne veulent pas recevoir. Il cherche à se débarrasser du poignard qu*il porte à son côté, en sigiio du droit do vie et de mort des empereurs; mais il ne trouve ni consul ni sénateur qui consente à en être dépositaire, et il est réduit à laissa aux pieds des dieux ce dangereux cadeau. Et, lorsqu'il veut s'en aller, sa litière trouve le chemin barré à droite ; elle revient à gaudie,et se trouve là aussi arrêtée par la foule : si bien que, ne rencontrant, hélas! de passage que pour rentrer au palais, Vitellius manque bien malgré lui de parole à Sabinus, et reprend à son grand désespoir les insignes et les périls de la souveraineté (18 décembre 69) ^

Dès lors le dénoùment, tout aussi inévitable, devenait forcément plus tragique. Tout ce qui dansKome s'était compromis pour Yespasien, son frère Sabinus, son fils Domitien, les consuls, les sénateurs et les chevaliers qui, en se joignant à. eux, avaient cru faire acte de prudence, se réfugient dans le Capitole; ils y sont assiégés par les soldats de Vitellius (19 décembre). Dans ce combat, où Ton se défend en arrachant les statues des temples et en les faisant rouler sur les assaillants, le Capitole, cette demeure sacrée des dieux, cette citadelle de Tancienne Rome, ce sanctuaire de la . religion,

«Tac, 66-6S. — Xiphil.,16.

CHÂP. X. ^ vimLius. m

cet arsenal de la puissance romaine, le (^apitoie est embrasé ou par la main des assiégeants ou par celle des assiégés. Domitien se sauve^ grand'peine déguisé en prêtre d'Isis. Sabinus, pris, est massacré avec un raffinement de barbarie et d'outrages, malgré les prières de Yitellius, qui sent bien que cette yictoire le perd ^

En effet, au bout de deux jours, les enseignes de l'armée flavienne apparaissent aux approches du pont JUilvius. Vitellinssupplie, il envoie les vestales, les prêtres, le sénat; 0 demande un délai de vingt-quatre heures pour abdiquer, et abdiquer cette fois sans solennité et sans bruit. Antonius y consentirait ; mais maintenant ce sont les soldats d'Antonius qui le poussent, et dans eette guerre, où le plus impatient l'emporte toujours, la volonté des soldats l'emporte sur le désir du général. Le jour même Rome est assaillie. Les soldats de Vitellius, une partie du peuple, qui se joint à eux, se battent avec acharnement, aux poiles d'abord, puis dans les Jardins des faubourgs, puis dans les rues, dans les places, sous les portiques. A l'atrocitédu combat se mêlentces scènes de désordre, d'indifférence, de curiosité, qui caractérisent les séditions au sein des grandes villes. Le peuple, qui a pris d'abord parti pour Yitellius, le voyant à demi vaincu, se Mi simple spectateur. D court aux fenêtres et sur les toits, et, comme à l'amphithéâtre, applaudit aux beaux faits d'armes, raille les vaincus, dénonce les fugitifs, dépouille les morts: c'est à la fois une bataille et une orgie. Les cabarets, les bains, les lieux de débauche, quoique les portes en soient encombrées de cadavres, ne désemplissent pas*. Au mflieu de ces sanglantes bacchanales, Yitellius, épou-

* Suet., in VU,, 15. — Xiphil., 17. — Tac, 6W5.

* Tac., S044. — Xiphil., lS-19.

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vantes avait essayé de quitter Rome. 11 était sorti du palais seul, dit Suétone, avec son cuisinier et son pâtissier; puis, effrayé du tumulte des rues, il était rentft dans le palais, dont le silence et la solitude lui avaient causé une nouvelle terreur. 11 s'était caché dans le chenil, disent les uns, dans la loge et derrière le matelas d'un portier, disent les autres. C'est là que le découvrirent les soldats flaviens, enfin maîtres de la ville, et'la populace devenue ûavienne après leur victoire. On ramena sur le Forum, sanglant, déchiré par les morsures des chiens, les vêtements en lambeaux, les mains liées derrière le dos. Uu poignard, qu'on tenait sous son menton , le forçait à tenir la téte levée. Sa haute taille , son vaste embonpoint, sa figure habituellement rougie par le vîn, sa janibe traînante par suite d'un accident, tout cela composait, dit Tacite, une misère trop laide pour qu'on eût pitié de lui ^ La pitié antique était ainsi faite, ou plutôt la pili('' humaine est ainsi faite. Personne ne pleurait sur lui, à plus Ibrte raison personne ne songeait à le défendre. Seul, un de ses soldats germains eut compassion de cet empereur, et par pitié voulut lui donner le coup de la mort. 11 le manqua, et, saciianl le sort auquel il devait s'attendre, il se tua. Quant ù Yitellius, il périt au milieu des cruautés et des insultes, en prononçant cette parole, la seule forte de sa vie : « J'ai été .pourtant votre empereur. » (20 décembre GO.)

Ainsi s'accomplissait la quatrième révolution que Rome avait eu à subir depuis dix-neuf mois. Elle s achevait à cinq cents lieues de distance de celui qui en était le héros ; elle s'achevait à Rome, six mois après avoir commencé à An-

* Nallo Olacrymuite ; defonmias eiitûs iniserioonUaiii aUtulerat, dit Tac, m, 85, 86. — Saet., in VU,, 16, il. — XipliU., 19. — Josèpfco, lY, 42 (il, 4). Josèphe met la mort de VilélUiis au 9* jour d'Arpellscus (on Ga^, 4 novembre), ce qui ne peut être qu*une erreur.

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tiodic: promptitude désespérante pour ceux qui en étaient les premiers auteurs I A celte époque chacun était pour soi ; au premier arrivé les fruits de la victoire*. Aussi, pendant qu Antonius puui suivait sa uiarclie en Italie, Miicion, furieux, dufondderAsie ou de la Grèce, ne cessait-il de lui faire dire qu'il se hâtait trop ! Vespasien lui-même, d'Alexandrie, lui envoyait des ordres pareils, et lui écrivait de s'arrêter à Aquilée quand il était déjà à Vérone*. Paroles perdues! l'empire était gagné sans eux, la conquête du monde n'avait été qu'une affaire d'avant-poslcs.

* Ut sdus bello potiretur, dit Tac., m. S, 7-3. >Ta£., III, 8, il, 53, 78.

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