‹ Rome et la JudéeChapitre 4 sur 64 · CHAP. I. — LES PROPHÉTIES · texte numérisé non relu

CHAP. I. — LES PROPHÉTIES

cessent de s'accomplir, selon la parole du psaume : « Nons n'avons plus vu nos merveilles. » La lampe de splendeur (la laine rouge attachée aux cornes d'un chevreau) rougit au lieu de bUnchir ; la lampe du chandelier qui regardait TOocidenl s'éteint avant l'heure*. Quoi qu'on puisse penser de la v(^racité des talmudistes et de rauthenlicilc de ces prodiges, il n'est pas moins remarquable qu'ils les placent tous à la même époque de quarante ans avant la destruction du temple, c'est 4-dire au temps de la prédication et de la passion du Sauveur.

Mais, vers la fin de Néron, c'était bien pis encore. De toute manière, il était temps et plus que temps. Si quelques chrétiens osaient s'impatienter des lenteurs de la Providence, qui tardait à punir Jérusalem, les Juifs qui, selon certains calculs, pouvaient compter jusqu'à soixante années de retard pour le Messie, étaient d'une bien autre impatience. Jh relisaient les prophéties, ils calculaient les siècles, ils comptaient avec désespoir chaque année de plus qui s'écoulait. Comme le prophète, eux aussi disaient : Jusqu'à quand?

Sans doute, le plus longtemps qu'ils purent, ils se figurèrent que le terme n'était pas accompli. Ils se donnèrent la satis&ction de compter d'abord des années lunaires, qui sont plus courtes, puis des années solaires, qui sont plus longues; mais le compte même des années solaires, celui que nous suivons, finit par s'épuiser. Après avoir donné aux quatrevingt-cinq jubilés d'Ëlie quarante-neuf ans chacun, ils purent leur en donner cinquante, comme le font aujourd'hui les rabbins; mais ce dernier compte, dans les dernières années de

* Vojtt les deux Tblmuds, odni de Babylooe, apud Galatin, i?» 8, p. 909. Dialogue dt Pierre Alfhimte avec le juif MnHtêp tît. n. Tal" mvd de Babytcne, traité Avoda Zan, 1.

Si ROME ET LA JUDÉE.

Néron, approchait de son terme. Us comptèrent les s^tanle semaines de Daniel, d'abord à partir de Tédit de Cyrus

(537 ans avant l'ère vulgaire), puis à partir de rédit de Darius un peu postérieur (520), puis à partir de celui d'Artaxercès en faveur d'Esdras (450), puis à partir df} Xirint rendu en faveur de Néhémie (445) ; chacune de ces ?hypothèses leur donna quelques années de l épit. Mais ces années .se passaient inutilement, et, au temps de Clatide, on.était à bout de tous les caloiUs. Le Meps^ était venu pourtant, mais autre qu'ils ne l'avaient rêvé, humble, dégagé des sens^ tout spirituel et tout céleste. Us n'en avaient pas voulu; il leur restait à le cherijier ailleurs, et à le dierciier tel qu'ils ^ ^tir naient à le comprendrot' superbe, puissant, ext^qigjr, terr restre, politique, national; le Réjilempteujpf ^n* du monde, mais du peuple de Juda; le règne d'Israël, non le règne de Dieu. Nous dirons le fruit cette impatience, et comme «ifin isUe ameiut-t'aciwaiplissem^t non des bénédictions, Inais des menaces.- f Enfin, hors du christianisme, hors du judaïsme même, ou par suite de traditions particulières, ou grâce à la seule contagion de rentliousia$me, Judaique, le» peuples s'afisgciaient à l'attente d'kraël. Dans les dernières amiéesde Nér^, on était partout en éveil. En Espagne, lorsque Galba aspire à l'empire du monde, il est confirmé dans ses esj^ërances par -un double Orade c une viei^ge fatidique TeBCourage, et il se trouve que deoz cei^ ans auparavant une autre prophétesse, dont l'oracle, caché dans le sanctuaire, est révélé au prêtre de Jupiter par un songe, chantait déjà la même chose ^ toutes deux disaient que d'Ëspagne sortirait le prince et le dominateur de la terre ^ Mais c'est surtout l'Orient qui se

»Suet., mCo/W, oif

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bercer de teHes espérances. Néron, abandonné des «îens, prêt îi périr, trouve de faux proplièles qui lui promettent la domination de rOrient et en particulier la royauté de Jérusalem *. Enfin, selon Tache, selon Suétone, selon le Juif Joséphe, c'était « une opinion andenne et constante qui prévalait dans tout rOrient, que, d'après l'arrêt des destins et les oracles contenus dans les Livres sacrés, le temps était venu où la puissance aiqpaitiendrail à l'Orient et où des conquérants, partis de la Jodée^ «seraient les maîtres du monde*. »

Ainsi, dans le paganisme même, on se préparait à ôlre témoin d'une grande révolution . On s'y préparait peut-être avec un certain orgueil, mais probablement ayec cette terreur qu'inspire l'inconnu. Dans la synagogue, on s'y préparait avec une ambitieuse espérance; dans l'Kglise avec une résignation pleine de douleur, mais cependant pleine d'espoir. On l'attendait, les uns comme un triomphe, les autres comme une épreuve, impatients du triomphe, impatients même de l'épreuve.

Les pages qui vont suivre n'ont d'autre but que d'indiquer le dénoûment de ces craintes et de ces espérances, de ces menaces et de ces illusions. Elles le montreront dans l'ordre môme que les Chrétiens, dès ce moment, pouvaient prévoir, et qui était tiacé par les proplièties évangéliques :

* Snet.,àiiViBf0iie,4O.

*Plurilnis peniuaio ÛMrat, antiquis sacerdotam lîtieris oontmeri, eo ipso tempore fore ut valesoent Oriens profectiqiie JaM rentm potiieatiir . TadU ki$tor.p ?, 13. <— Percrdbuent Orioite toto vèhis et oonatans opmio esse in fttîsut eo tempore Jndaeft profedi reram potireotnr. Suet., m FeqNif., 4.-» €e qui les avait le plus eicités à la guerre (les 4wh), c*élait un oracle éqi»> Toque trouvé dans Us Livres samts, que vers ce tempe mi homme perlideleor pejs serait maître de toute la terre. Jesepli, ^ Bdlop n, 31 (5,4). L^orade est rapporté dans les mêmes termes par H^gésippe, apod Euseb., HtOêr,, m, 8. — Reman^ues Tidentité de laogage entre ces quatre écrÎTains.

ROME £T Lk JUDÉE.

les persécutions et les souffrances de l'Église d'abord; en même temps les hérésies, les schismes, les séductions, les

scandales ; puis les bruits de ^^ucrrc commençant partout, la guerre éclatant partout et bouleversant toutes les nations, et, pour couronner Tceuvre, la lutte suprême de Jérusalem et le châtiment ineffable et ineffaçable d*Israél. Cette histoire a cela d'unique, qu'un cbrétieii eût pu l'écrire trente ans avant qu elle se fit, dans le même ordre où un chrétien récrit mille sept cent quatre-vingt-iieuf ans après qu'elle s'est passée.

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