‹ Rome et la JudéeChapitre 31 sur 64 · DÉCHIREMENTS DE JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

DÉCHIREMENTS DE JÉRUSALEM

Oiiine regnum tlivisum contra se defolabitiir; omnis riviins. vcl doinus, divisa ronira <e non slal;it.

Toul royaume divi^S eu lui-mèiiic sera désolé, toute ville et toute ISuDille divisée en elle-même ne subsistera pas.

Nattiim x>N 25.

Pendant ces luttes de Rome contre elle-mèine et contre

11' iiion(l«\ qirad\onnit-il de .1»''! nsnlcin?

Celles, la révuilc judaïque avuil beuu jeu. Si jamais pclil peuple avait pu espérer voir se briser pour lui le joug romain, c'était celte époqiio où toutes les légions, au lieu do faire face à l'ennemi, laibaienl lace contre Rome; où les généraui, au lieu de guerroyer contre les Barbares ou les rebelles, tenaient leurs armes prêtes pour faire des révolutions ou pour s'en garantir. Vespasien surtout, ciiconspect de sa nature, dès qu'il avait vu la situation se brt)uii- 1er à rOecident, s'était gardé de rien entreprendre de décisif

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contre Jérnsalem. En polHitjuo prudent, il avait ménagé cette armée qui faisait sa force et sa sauvegarde; il l'avait réser* \ée polir ritalie. Et, lorsque, après avoir vu tomber Néron, Galba, Othon, il avait jugé à propos d'intervenir, le soin de sa propre royauté lui avait fait bien aulrciiieut uêgligei" la question toute locale de Jérusalem.

Et quel moment surtout que cette dernière crise, où Rome ignorait elle-même à qui elle appartenait; où son Gapitole était brûlé; où la Germanie et la Ganlc «'laicnl soulevées contre les aigles à peine défendues: où 6,000 soldats romains devenaient les soldats de l'empire gaulois; où, sur le Danube, sous l'Atlas, daus le monde entior, ou était en armes ! Quelle heure propice pour la révolution judaïque ! Nétait-ce pas le moment de se relever des premiers échecs que lui avait infligés Vespasien ; de se propager, de s'affermir, de reprendre la Galilée; de tendre la main aux Juifs si nombreux au delà de l'Ëuphrate, de réveiller même «contre Rome les vieux ressentiments de la royauté parthique; de refouler sur le littoral el de jeter dans la mer ces trois légions, soldats d'un empire décliiré et d'un empereur incertain; d'appeler à les Juifs d'Ântioche d'un eôté, les Juifs d'Alexandrie de l'autre, puis ceux de la (^yrénaïque, puis ceux de l'Asie Mineure el de la Grèce, puis ceux de Tltalie; de soulever, à cette heure où la révolte était partout, tout ce q»ù avait le sang ou la foi juive; de faire proclamer daus toutes les synagogues la résurrection d'Israël; d'ajouter à tant de révoltes de nations et d'armées la révolte de sept ou huit millions de Juifs, présents partout, s'enten. dant partout, partout indépendants, intrigants, audacieux?

La révolution judaïque n'essaya pourtant rien de pareil. C'est que la discorde, qui rendait l'empire impuissant pour Fattaque, rendait Jérusalem impuissante pour la résistance.

La discorde était en Judée comme en Italie, chex les oppres*

ijeurs connue cliez ceux qui se défendaient, au sein de la réhellinn comme au sein de l'empire.

J'ai déjà indiqué les divisions de Juda. D'un côté, ce que- Josèplie appelle le peuple, c est-à-dîre les pontifes, la tétcdu saierdore; les anciens, la tèle de la cité; en un mot, les gouvernants naturels de Jérusalem, et avec eux la masse principale de la ville et de la nation. Pour les uns, le respect du temple et de la hn, la simmissiou Iradiliounelle de leurs ancêtres; pour d'autres, le sadducéismc enclin à transiger avec l'idolâtrie, et supportant sans trop de peine le joug des païens ; pour tous, Famour du repos, des siens et de soimèiiic, faisaient, sinon espiier, du moins regretter la paix,.

lie l'autre côté étaient les rabbins, ou au moins les plus exaltés d'entre les rabbins; Técole ou la pârtic extrême del'école; 1<' pliaiisaïsme ou la parlio la plus démocratique du pliarisaisine; les bandits et les Auix prophètes, les zélateurs d'Ëiéazar et lessicaires deManaliem. Ceux-là, tourmentés par l'atienle infructueuse du Messie, nourris, depuis le temps de Judas le Gaulonite, de démoci alie tliéocraliquc et de lïiysticisme révolutionnaire, étalant aveuglément et désespérément pour la guerre.

Et, comme je l'ai dit, comme il arrive toujours, le petit nombre dominait le grand, la force menait les sages, les fanatiques avaient raison contre la raison. Cela s'explique particuliéremeul dans la nation juive sous l'empire romain: depuis cent ans, elle ne faisait plus le métier des armes; la masse du peuple n'était point soldat; il n'y avait de force régulière à Jérusalem 'que les milices bourgeoises formées par Ananus, mal armées, mal disciplinées, mai aguerries. U n'y avait que les vétérans du brigandage qui eussent une épée et sussent la tenir. Eux seuls avaient la hardiesse de

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tous les coups de main et Texpérience de tous les succès.

Celle oppression de la majorité par la uiiiiorilé s'explique donc, et elle était méritée : temple et école, pontifes et rabbins, sadducéens et pharisiens, aristocratie et peuple, tous avaient trempé dans le crime du Calvaire; il était juste que, dans cette multitude maudite, criuiiiiclle, ailolée, les plus fous, les plu» criminels, les plus maudits, fussent les plus puissants.

Mais, de plus, ceite minorité dominante et belliqueuse se divisait dle^-méme ou devait bientôt se diviser en des partis divers. Faut-il, selon l'usage moderne, rattacher chacun de ces partis à un symbole, à une idée, à une politique différente ï Je ne le crois pas, et d'ailleurs les renseignements nous manqueraient pour le faire. Ces partis nous apparaissent dans Josèphe comme étant celui d'Eléazarou des zéla-

■ leurs, celui de 31anubem ou des sicaires, celui de Jean de Giscala ou des Galiléens; un peu plus tard, celui des Iduméens; un peu plus tard encore, celui de Simon ou des bandits. Cliacun dé ces partis n'est guère autre chose qu'une bande armée qui porte le nom de son chef. Et, après tout, dans notre révolution dont on a voulu faire Thistoire si savante, les partis n'élaient-ils pas les aflfîdés de tel homme plutôt que les servilem^ de telle idéeV Les dantonistcs étaient-ils autre chose que les soldats de Danton et )es terroristes ceux de Robespierre 7 Seulement h Jérusalem , ces factions étaient des factions militaires, ces chefs de partis des chefs de bandes; l']léazur et Jean de Giscala étaient bien un Robespierre et un Danton, mais un Danton et un Robespierre qui, au lieu d'avoir été

* avocats, avaient été bandits et maniaient l'épéc, et non la parole. Leur lutte, au lieu de se trancher par les clubs et la guillotine, devait se prolonger par la tactique et par le courage.

532 HOME ET LA .lUDÉE.

Quon me pardonne, du reste, ces réminiscences auxquelles je ferai appel plus d'une fois. Je me sers, non des siècles passôs pour faire allusion au siècle présent, niais du siècle présent ponr éclairer les siècles passés. Aussi je m*en sers librement, ouvertement, sans détour, et autant <le Ibis que j'en ai besoin. Le rapport des révolutionnaires juifs avec les révolutionnaires français frappe tmi d'abord; il avait frappé M. de Stolberg qui appelle les zélateurs les Jacobins de h .Indre'. H justifie Josèplieélont je n'ai pas dissimulé la partialité ni les défauts, mais que notre habitude des révolutions nous aide à contrôler. Nous ne nous étonnons plus, en le lisant, de voir cette main- mise d'une minorité violente sur tout un peuple; cette conscience de 1 impopularité des gouvernants qui se traduit par des proscriptions; ces luttes à qui opprimera, à qui proscrira, à qui égorgera; , ces combats dans les(juels il faut chercher, non des idées qui se disputent, mais des passions qui se heurtent.

• Je l'ai dit cependant : le premier moment après la victoire inattendue remportée sur Cestius (octobre 60) avait été, jusqu à un certain point, un moment d uaiou et de paix intérieure. Lorsque Jérusalem avait commencé à se reconnaître après l*émerveillement de son succès, elle s'était vue en face de la puissance romaine provoquée par cette victoire ; elle avait senti le besoin de la concorde et de la raison; les hommes d'ordre et de gouvernement régulier avaient été acceptés pour chefs. Les démocrates du pontilical, mais entin des pontifes, Anaims et Jésus, iils de Gamala, avaient gouverné.

Mais bientôt ce qu'avait opéré l'influence d'une victoire que tous sentaient précaire, Tinfluence d'une défaite le détruisit. L'exaltation de la délaite égare les masses révolutionnaires

* Gesch, der HeligUm /. Ch., t. VII, p. 65.

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plus encore (|ue rétoui tlissemeut du succès. La conquête de la Galilée (automne 67) par Yespasien fit affluer de tous côtés vers Jérusalem les soldats vaincus de l'insurrection. Les corps francs de la Galilée, bandits ou insurgés, arriveront dans la ville sairU(\ criant qu'ils s'élaieiil réservés pour la défendre; exaltés, les uns par la douleur de leur échec, les autres par l'orgueil de la lutte, œux-ci par le succès de leur fuile. Tous étaient des auxiliaires nalui els pour les partis les plus violents \

Aussi le pouvoir échappe-t-il bien vite à la majorité conserva liice et passo t-il à cette minorité l évolnlionnairc dont nous avons déjà indiqué les divers éléments. — Hors de Jérusalem, ce sont les Sicaires, maîtres du rocher de Massada (Sebbeh), sur les bords delà mer Morte, et dominant la campagne qui l'entoure; premiers fondateurs de rçs|)rit révolutionnaire en Israël, héritiers directs de Juda le Gaulonite; longtemps commandés par son fils Manahem ; depuis que Manahem a été tué et qu ils ont été chassés de .lérnsalem, ils sontconuiiandés par im parent de Alanahem, Éleazar, ills de Jaîr. C'est toujours la même famille, la même tradition de révolte, de fanatisme et de tuerie. — Dans le teiiiple, ce sônl les zé^dteurs, ayant pour chef Eléazar, fils de Simon ; ceux-ci peuvent être considérés comme le type de Texalté juif, du disciple des rabbûis, de Tadeple des faux prophètes; c'est l'école ou la synagogue en armes, le pliarisaïsme inililaut. — Enfm, dans la ville sont répandus 1^ Galiléens fugitifs, amenés au nombre de six mille par Jean de Giscala, et qui bientôt formeront un parti. Ceuxci suntdes Israélites moins purs; la Galilée, mêlée d'idolâtres, a formé des bandes d'aventuriers de toute sorte, qui souvent

* Josc|ihc, IV, lO-l 1 (5, 1-5). Nam pcmcacissiinus (puisque liluc confugerat» eoque seditiosius sigeLaal. Tacite.

5M ROMB ET LA JUDÂË,

nccoiiiinodent ensemble le l'aiialisine hébraïque et le libertinage des païens. Chacun de ces.parlis, disons mieux, chacune de ces bandes aura son rôle et son jour.

Parmi ces factions, celle des zélateurs est la première qui domiue. (lanloimée dans le temple, et parle temple uiaitressc de la ville, elle a promptement annulé les ppuvoîrs publics, fkarté le sage Ananus, installé une terreur. C'est une terreur avec tout sou accompagnemeut oïdinaire ; clôture des portes pour que personne n^aille aux Romains ; état d'insurrection permanente, crîs jx i pètuels à la trahison, conspiration découverte chaque malin, loi des suspects, emprisonnements, massaci'e dans les prisons. « Décidés, dit Joscphe, à faiie périr les aristocrates prisonniers, ils envoyèrent un certain Jean, surnommé en hébreu fils du Daim. Celui-ci, accompagné de (\\\ couiplices armés d épées, mit à morl tous les prisonniers, ils donnaient, pour justifier ce meurtre, un motif grave, .s1l eût été vrai : ces hommes, prétendaient* ils, avaient négocié avec les Romains pour leur livrer Jérusalem. Us avaient donc, en les tuant, puni des traîtres à la liberté, et peu s'en fallait qu'ils ne se glorifiassent de leur crime comme les bienfaiteins et les sauveurs de la patrie ^ »

Ni la prêtrise ni la rehgion n ediappent à celte tyraïuiie. Ces fanatiques des faux prophètes et des i^abbins n étaient pas les disciples les plus respectueux de la loi de Moïse. Le Sanhédrin tombe dans le mî^ris, le ponliticat en suspicion. Ou crée des pontifes sans égard aux droits de la maison d'Aaron consacrés par la loi. On se joue même à faire des grands prêtres. On tire celte dignité au sort; et le sort amène le nom «l'un paysan qu'on va cliercher à la charrue, à qui, au milieu des risées des zélateurs, des lamentations du sacerdoce, on

' Jos., V, li (3, 5).

GHAP. XIV. — DÉGHIRBMBNTS DE JÉRUSALEM. 33è

liiel i'éphod sur les épaules, en rinstruisanl laiil bien que mal de son métier. Le temple, changé en citadelle, est pra-

lané par les armes et par les cris de guerre; les zélalems entrent avee leurs pieds souillés jusque dans le temple intérieur ^ Ges jaloux de la loi se raillent des prophéties de Mofse; quand on leur fait lire dans Daniel leur châtiment annoncé, ils se moquent de Daniel; ils ont leurs propliéticsà eux, qu'ils mettent au-dessus de celles du sanctuaire*.

Alors cependant le peuple se soulève. Il supportait les proscriptions, les profanations le révoltent. Sous la conduite d'Ananus, le girondin de cette terreur, il marclie contre les zélateurs établis dans le temple. La première enceinte est forcée. Les zélateurs sont rejetés dans le temple intérieui'. Là, un scrupule de mosaïsme arrête Ananns et le peuple; souillés par le combat, ils n osent pénétrer dans cette enceinte fermée à quiconque est impur; ils ne veulent pas commettre le sacrilège qu'ils reprochent à leurs ennemis. Ils se contentent de gaixler les portes, attendant ou qu'une purification solennelle leur en permette rentrée, ou que la faim, la j)eur, le repentir, les ouvrent sans combat.

C'est aloi*s que Jean de Giscala et le parti galilécn coinmcnoent à se montrer. Jusque-là Jean flattait Ananus, il se montrait dévoué à la cause du peuple. 11 se propose maintenant comme négociateur ; il va du temple à la ville et de la ville au temple ; dans la ville, il endort Ananus et lui parle de sa Notoire assurée; au temple, il effraye Éléazar et lui parle de sa perte certaine : et, quand il le voit sans ressonrt:e, il glisse à Toreille des zélateurs le terrible conseil d'appeler à leur secours les Iduméens*.

* Ei; TÔ i-^'^-i. — Voir Jos., iv, 1], 12 (5, C, 7).

*lbid.,iv, '22 {6, 35).

« Jos.j de B,, IV, .1 i, 15 (5, 13, U ; 4, 1 ).

33C mm £T ÏA JLDËË.

Il fanl (lire ici ce qu'élait, non pas cette faction, niais celle race qui entre mainleiiaiit sur la scène. Les Idinnéens (Edoiiiitcs) étaient une nation de pâtres, et au besoin de brigands, qui occupait primitivement les montagnes au midi de la mer Worle, mais s'était depuis étendue et possédait Uébron, u cinq lieues de la ville sainte. Ces demi-sauvages, descendants d*Ésaû, prosélytes assez récents et médiocrement instruits de la loi de Moïse, élaierd juifs par le fanatisme, païens par les niœui-s. « (/était un peuple tumultueux et indiscipliné, toujours enthousiaste de la révolte et heureux des changements, l ne llatlerie suflisait pour \c\\v faire prendre les ai mes, et ils couraient au combat comme a une féte. » Le ikmu d Kdom est encore aujourd'hui pour les Juifs un nom de liaine qu ils doimcnt à tons les élran^^ers. Eléazar lui-même devait y regarder à deux fuis avant de livier Jérusalem à de tels amisV

11 se décide pourtant. Une lettre est adre-ssée aux cliels Iduméens et leur dénonce Ananus comme ami des Romains, prêt à ouvrir a ceux-ci les |)nrles de Jérusalem, et bkxpiant dans le temple les derniei^ détéuseurs de la liberté. Deux hommes dévoués portent cette lettre et y ajoutent d'ardentes paroles. La nouvelle circule bientôt dans toute la race d'Ëdom. Les chefs, comme des inspirés ou des furieux (i(/^y£^/, courent de bourgade en bourgade, dénonçant la guerre sainte. Au bout de peu de jours, vingt mille de ces pâtres, selon Joséphe, sont au pied des murs de Jérusalem, dont les portes se ferment à leur approche. Du liant d'une tour, Jésus, 111s deGamala, parlemente inutilement avec eux. Us persistent à ne passe retirer, connue les chefs du peuple persistent à ne pas le>ir ouvrir.

line nuit d'orage vient mettre un terme à cette atlcnte. Au

« Jos.,.iv, 15 (4, 1).

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milieu de la pluie et des éclairs, tandis que les Iduméens, campés aux portes, veillaient s'abrilanl tant bien que mal sous leurs boucliers ; tandis que la milice de Jérusalem, simple garde nationale, peu amie des veilles, surtout par les pluies de l'hiver, dans laquelle les riches, fatigués, se f aisaient, connue il est d'usage, remplacer par des pauvres qu'ils payaient pétait censée garderies entrées du temple intérieur et dormait couchée sous les portiques : quelques-uns des zélateurs, favorisés par l'ouragan, s'arment des scies et des haches du sanctuaire, ouvrent avec ces instruments les portes de l'enceinte dans laquelle ils sont enfermés, traversent les postes de la milice sans les éveiller, descendent dans la vallée de Tyropœon, qui longe le temple à Touest, la suivent jusqu'à la porte de la \iile, forcent cette porte, donnent Féveil aux Iduméens et rentrent avec eux dans Jérusalem et dans le temjde. 11 n'y eut plus de combat, il n'y eut qu'une tuerie. Seuls, parmi la milice hiérosolymitaine, qudques jeunes gens des meilleures familles, plus aguerris et mieux armés, résistent un instant et sont taillés en pièces; le reste jette les armes, s enXuit en masse, se lai:>se acculer dans un coin du temple, où la dernière ressource est de se jeter du haut des murs dans la ville et de se. briser. Tout cela se passe à la lueur des éclairs, au bruit d'un vent impétueux, aux cris sauvages des Iduméens, aux hurlements des femmes épouvantées. 11 était évident, dit Josèphe, que cette nuit-là la nature avait été troublée pour perdre les hommes*.

La terreur est donc rétablie ce jour-là, et une triple terreur, puisque le gouvernement, s'il faut l'appeler ainsi, se compose des zélateurs, des Galiléens et des Iduméens. Le massacre commencé dans le temple se continue dans la

Wos , IV, 15, 14(5, 11.12).

*Jos., IV. 16,17(4. î*-7 ;5. i).

ville. Commencé le jour de rirruption» il se coiftinue les jours suivants. Les Iduméens cherchent partout Ananus et Jésus qu'on leur a donnés comme les deux grands coupables, les deux grands amis de Rome. Ananus était comptable à la justice de Dieu d'ini autre crime que les Iduméens ne lui imputaient pas; c'était lui qui, au mépris et de la loi judaïque et de la loi romaine, avait martyrisé Tapôtre saint Jacqucsl Tous deux sont Inès et jetés nus, hors de la ville, à la dent des chiens; quelques-uns de ces jeunes gens qui avaient fait la force de la milice sont emprisonnés et torturés pôut* extorquer d*enx une rançon; ils expirent dans les tourments. Les parents des morts n'osent pas les ensevelir, n'osent pas les pleurer; pendant la nuit et en se cachant, ils jettent un ))eu de terre sur ces cadavres. Ce refus de la sépulture qu'on accordait même aux cruciliés, témoignait un bien complet oubli de la loi de Moïse. On sait quelle impureté légale entraînait un cadavre pour celui qui le touchait, pour la chambre et la ville oèil était abandonné ^

Au milieu de ces tueries, un seul homme eut des juges. Mais cette justice fut une ironie amère. Quand les zélateurs voulurent s'attaquer à Zacharie, fils de Bai*uch, homme riche, populaire et ami de la liberté, il leur prit une fantaisie de légalité, lis constituèrent un sanhédrin; soixante-dix juges siégèrent au consistoire Gasith, depuis longtemps abandonné : et là, bien qu'au milieu des épées nues des zélateurs, ils prononcèrent un acquittement. 3iais les clameurs des hommes armés protestèrent contre cette sentence ; et, dans le temple même, deux des zélateurs firap*

* Le corps du criminel ne demeurera pas la nuit sur le bois. Tu reiist.veliras le même jour, et lu ne souilleras pas la terre que rÉternel t'a donnée. Detit., ixi, 22. — Celui qui aura louché le corps d'un homme demeurera impur pendant &ept jours. Pium,, jux, 1.

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