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CHAP. XIV. — DÉCHIREHENTS DB JÉRUSALEM

Il est vrai que l'espiil de commandement défaillait également à Rome. I<(éron, Galba, Othoo, ViteUiiis, s'y succèdeDt en peu de mois; mais pourtant ils régnent. Jean, Éléasar, Simon, luttèrent éternellement sans jamais se dominer. Ils luttèrent jusqu'au jour où ils périrent ensemble et leur révolution avec QHS. C'est une terreur où Robespierre n'a jamais vaincu Danton, ni Danton Robespiem.

C'est que l'esprit de commandement est un dou de Dieu. « C'est par lui que régnent les rois. » C'est même par lui en un sens que régnent les tyrans et les tribuns. C'est Dieu qui fait ces hommes, auxquels les hommes sentent qu'ils doivent obéissance. 11 les donne humains et sages quand il veut bénir les peuples ; durs et méchants, quand il veut les punir. Quand il veut perdre une nation, il cesse de lui donner de tels hommes.

A la fin cependant, un cri de tardif repentir s'éleva du sein de ce peuple ; Israël regretta sa révolte contre Rome ; sa

conscience ne savait pas remonter plus haut. Femmes et vieillards,. qui seuls en dehors des partis armés échappaient à la prison et à la mort, se mirent à appeler Taigle romaine cornine une libératrice, au moins comme une plus douce ennemie. Mais le repentir, le retour vei's Rome, mais la paix était la seule chose que tous les partis s'accordassent à éloigner, également fanatiques d'une indépendance impossible ou plutôt de leur propre despotisme. Les portes étaient gardées. Qui voulait s'enfuir était l'ami des Romains, l'ennemi de Simon et d'Éléazar, de Jean comme de Simon. Tous trois , bien qu'ils s'entr'égorgeassent , étaient des patriotes ^vertueux, également hostiles aux mauvais citoyens et disposés à verser le samj imjmr. Ils ne se disputaient autre chose que le droit de sauver la patrie par le meurtre. • Ainsi se passa cette terrible année 69, année de révolte

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et de démence universelle. Si, à ce moment, Jérusalem avait trois maîtres ennemis lesmus des autres, Rome était de même déchirée entre Vitellîus et Vespasien; Vltalie était dévastée; Créiuone bi ùlail; les rives du Rhin étaient en armes; Marie soulevait la Gaule et Yelléda la Germanie, comme dieux ou comme prophètes, ni plus ni moins que les nspirés d'Israël. Romains contie Romains assirgoaient le Capitole, de même que Juifs contre Juifs assiégeaient le temple, et le Capitole s'écroulait dans les flammes, comme le temple (levait bientôt y périr. La fièvre de rinsnrrection avait saisi tous les peuples; mais chez les factieux du judaïsme elle avait quelque chose de fanatique et d'insensé. C'était un accès de delirium tremens infligé à cette révolution qui tournait son épée roulie elle-même et se déchirait devant Tennemi.

Et pendant ce temps lennemi, quelque préoccupé qu'il fût de ses propres révolutions, ne laissait pas que de gagner du lerrain sur la révolution israéhte et de lui reprendre fragment par û^agment la terre sainte.

Dans les deux années qui s'étaient écoulées depuis la soumission de la Galilée, Vespasien avait suivi cette marche lenle et circonspecte qui tondait à détacher peu à peu Jérusalem de tous ses appuis et à y refouler l'insurrection pour l'y écraser par un dernier coup. Chaque campagne avaitresserré davantage le cercle autour de la ville sainte.

Ën 67, la Galilée avait été soumise, et le littoral de la mer repris. Jérusalem s*était trouvée ainsi menacée par louest et par le nord.

Ën 08, la reddition de Gadara (4 dyster, 12 février) avait ouvert à Vespasien la Pérée, qui forme la rive gauche du Jourdain, depuis le lac de Tibériade jusqu'à la mer Morte. Le tribun Placidus, avec trois mille cinq cents lioirmics seulement ( tant rinsurrection avait de faibles racines de ces

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piminces! i, avait pourchassé tout le long de cette me la nombreuse bande d'insurgés qui avait occupé Gadara; il avait fini par Tacculer au Jourdain, avait comblé le fleuve de leurs cadavres, et avec des barques les avait poursuivis jusque sur la mer Morte La lévolle judaïque s'était trouvée par là refoulée et circonscrite du côté de l'Orient. Et, en même . temps que Flacidus, Yespasien, parti du côté de l'Occident, avait complètement contourné Jérusalem , lui enlevant Lydda, Thamna, assiégeant Ëmniaùs, ravageant l'idumée, et se retrouvant à Jéricho (3 dœsius, 22 mai) avec son lieutenant, vainqueur de la Pérée. Jérusalem s*était ainsi . trouvée investie entre les forts et les campements roniains de Jéricho, d'Adida, d'Ëmmaùs, à six, cinq, deux lieues et deuiie de distance*.

Dans la campagne de 69 (commencée le 5 dœsius, 15 mai), les toparcliies les plus voisines à l'occident de Jérusa- .lem avaient été soumises; Tldumée, au midi, complètement subjuguée; Yespasien avait chevauché en vue des murs de la ville sainte. Il ne demeurait plus à rinsurrection, iiors de Jérusalem, que trois châteaux forts voisins de la mer Morte, Hérodion, Massada, Machéronte; ce n'était plus une guerre qui restait à faire, niais un siège*.

On en était là (juillet 69), et Yespasien se préparait à entreprendre ce siège, quand sa proclamation à Tempire, son départ pour H:gypte, l'attente d'une nouvelle révohition dans les afiaires romaines, étaient venus suspendre pour quelques mois ses opérations militaires.

« Jos., IV, 25 (7, 3).

«Jos.,iy, 26-28 (8; 9,1).

* Ibid., IV, 55 (9, 9). — Vespasianus iiilra diia^ avl.ilcs, ciinda camporuiii oiiiiiLsque, prseter Hierosolymam, urbes viclore e\eicilu tenehat. Tac, Hist , 10.

J'ai (lit coininent le palriolisme éclairé et exalté du judaïsme veilla à te que cet ajournement ne nuisit en rien aux affaires de Rome. Depuis l'entrée des Iduméeiis à Jérusalem, Rome eut le temps d'avoir ses quatre révolutions, de voir tomber >'ôroii, (ialba, Ollion, Vitelliiis, et d'être enfin pacifiée sous Yespasieu, sans que les déchirements de Jérusalem eussent eu leur terme et sans que les Juife eussent • employé ce répit à nnfie chose qu'à s'entr' égorger. Aussi, <ni printemps de 70, ioi sque les querelles de l'empire turent définitivement terminées, Vespasien reconnu partout, le Danube tranquille et la Gaule à peu prés apaisée ; pendant que le Capitule couunençait à se i ('l)àtir et que Céréalis reprenait la campagne contre les iiermains; Titus, que son pére avait laissé en Judée \ put, libre de toutes les préoccupations (le la guerre civile, reprendre au point où elle m était restée le pnntemps précédent la petite allaire, un peu oubliée au milieu de tant de secousses, de Tinsur* rection de Jérusalem.

* Suel., in TH., Tac, Hisl., v, 1 ; Jos , iv, 42 (ii, 5).

GHAPITUË XV

SIËGË DË JKUliSALËM

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