‹ Rome et la JudéeChapitre 35 sur 64 · CUAP. XV. - SIÈGE DE JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

CUAP. XV. - SIÈGE DE JÉRUSALEM

stérile; îles aqueducs et des conduits souterrains amenaient I oau à Jérusalem, qui n'en manqua pas au milieu de toutes, les souiïrances du siège ^ Au milieu de cette riche campagne et par-dessus l'ubrupte vallée du Cédroti, l'œil atteignait Jérusalem; et la ville, comine dit Pline, la plus glorieuse de tout l'Orient, apparaissait ceinte d'une rangée de tours, qui, plus élevées là où le sol était plus bas, semblaient toutes du même niveau et enchâssaient la cité comme un diadème*.

Mais quelques faîtes plus élevés surgissaient encore au-dessus de cette couronne d'or. C'était, à droite, et plus éloignée, Sion, la cité de David, le point dominant de la ville, dominée elle-même par les trois tours Hip[)icos, Pliasaêl et Mariamne, dont chacune, massive et resplendissante , semblait taillée dans un seul bloc de marbre blanc. A gauche et plus près, c'était la tour Antonia, la gardienne du temple*. Plus en arrière, au-dessus delà colline de Bézétha, (jui la coupait à miliauteur, apparaissait la partie haute du temple, blanche comme la neige, là où sa blancheur n*était pas relevée par des plaques d'or, ctdressant au ciel les mille aiguilles dorées qui en couronnaient le faîte. La ville de David et de Salomon n'était pas alors la cité indigente et mélancolique qui rappelle au pèlerin les pleurs de Jérémie et les douleurs du Calvaire. C'était une ville riche, forte, puissante. Agrippa l'avait à peu près doublée ; tous les Héi*odes avaient travaillé à l'erabelUr: Pilate lui avait construit des aqueducs ; les rois prosélytes de l'Adiabènc avaient des palais dans ses murs; les (Icsars l'a-

* Xiphilin., lxvi, 4. Selon lui Teau manqua aux Roii;ains, ce que Jos«'|the dément, v, 25 ^9, 4). Et Tacite : Fous perentiis aqua», cavati sub lerra montes et piscina' cisteriKcque sei vantlis inibribus. v, 12.

* Tui res, ubi mous juvisset, in sexaginla pedes; inlor devexa, in centenos vicenosque uttollebantur, mira specie et procul intuentibus pares. Tr.c, V, 11.

' Cuniipicuo(£iie fai»ligio luriis Antoiiia. Tue, ibid.

valent enrichie de leurs dons. Opulente et prévoyante à la fois, ceinte de tours cl pleine de palais, ses citadelles étaient des lieux de délices; ses tours, hautes de deux cents pieds, dout les créneaux devaient bientôt vomir Thuile bouillante sur les assaillants, contenaient des bains, des piscines, des salles (le banquet, des logenicnls pour des centaines de conrtisaHS et d'esclaves. L'éclat des marbres blancs et de Tor dont elle était parée était relevé par le cadre de montagnes sur lequel t^lle se détachait. C'était, à gaudie, au delà de l'aride vallée de Cédron, la montagne des Ûliviei^s, dout le léuiilage grisâtre faisait ressortir la blancheur des portiquesdu temple; au fond, les montagnes plus lointaines de Thécoa, abruptes, rocheuses, grises, comme les voyageurs les décrivent aujourd'hui. Elles, du moins, n'ont pas diangé^

n ne faut pas croira que cette vue laissât insensibles même les païens de Tarmée romaine. Tour les Syriens et les Arabes qiii eu formaient la plus grande partie, Jérusalem était l'antique ennemie, enviée et redoutéedepuis longtemps, et qui leur apparaissait dans tout i*éclat de son opulence, au milieu de ses fêtes et de raflliiouce de ses pèlerins, comme une proie longtemps désirée et que leur main allait saisir. Mais chez les Romains de Rome, si je puis ainsi parler, soldats plus désintéressés decetle^nicrre,ilyavait des sentiments d'une autre nature . 1 1 y a vai t là plus d' un esprit à quine manquait ni l'élévation de l'intelligence, ni même la religion ducœur;philosopfae et frappé de la grandeur du dogme hébraïque; instruit dans l'histoire et émerveillé de l'étrange destinée du peuple juif j artiste, et, dans soii amour du beau, contemplant avec une certaine vénération curieuse ce temple, lune des merveilles du monde ; peut-êtic même, en ce temps où le sentiment re-

* Voir en général Josèphe, v, 13 (4)

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ligieux était dépravé plutôt qu'aaéanti, homme religieux ; comme tel, dégoûté des idoles, inquiet du vrai Dieu, ayant reçu un certain reflel de chiistianisme, arrivant presque en pèlerin au pied du seul temple au monde où il n'y avait pas d*idoles et où le vrai Dieu était adoré. Des Césars eux-mêmes avaient éprouvé ce respect; i)()urqu()i des tribuns militaires ne l'eusscnt-ils pas ressenti? Nous verrons cliez Tilus, en lace de Jérusalem, ce sentiment mêlé de curiosité, d'admiration, de respect, de prière, qui le portèrent, après avoir vaincu, à se prosterner cl ù vouloir sauver le temple contre lequel il combattait.

Que se passait-Il cependant et dans cette ville et dans ce

temple? Quelles ressources s'y trouvaient pour la dél'ense? Quelles inclinations pour la paix?

La situation de Jérusalem était naturellement forte. Les deux vallées escarpées du (îiiion et du Cédrou reuveloppaient, •l'une à roccident, Taulre au nord et à l'est; puis, se réunissant au midi, formaient autour d'elle comme un large fossé* n n'y avait de côté accessible que l'intervalle de sept à huit stades (douze àquinze ceuls uièlresj qui, au nord-ouest, séparait les deux vallées. Mais, là comme partout, la main de l'homme avait complété ou remplacé l'œuvre de la nature'. Cinq enceintes forliliées se partageaient Jérusalem. Au sudouest, c'était Sion, la citadelle, la cité de David, défendue, du cété de la vallée, par la pente escarpée et rocheuse sur laquelle elle reposait; du cùté de la ville, parles trois tours, Hippicos, Phasaêl et ^ariamne, hautes de quuire-vingls à quatre-vingtdix coudées ; de tous les cétés, par l'antique muraille de Da-

< Urbem ai'diiain situ, o|)ci-:i niolequc firmaYerant quis tcI plana salis niuiierentur. Tacite, v, 11. — C'est aussi par le nonl, Gomme étant le côté le i>lus faible, que Pompée attaqua Jérusalem. Jos., AiUùj.f xiv, 7, 8 (^,1,2).

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vid, liaïUc do trente coudées et «garnie de soixante tours': Sioii était le point originaire de la cité^sa partie la plus forte; ce devait être le dernier refuge de ses défenseurs. A Test de Sion, et séparé d'elle par le l aviii de Tyropœon (des i'roniagers), qui coupait en deux Jérusalem*, était Moria, la montagne du temple, sanctuaire et forteresse à la fois vaste plateforme <iue la main de l'homme avait nivelée, élevée et escarpée : du côté du nord, un fossé taillé dans le roc; à l'est, Fescarpement à la fois naturel et factice qui la séparait de la vallée du Cédron^ au midi, une élévation telle, dit Josèphe, qu*on ne pouvait regarder en bas sans verti^^e; dans tous les sens une puissante nmraille, défendaient le temple. £t de plus, vers l'angle nord-est du temple, avait été bâtie la tour Antonia, la citadelle romaine de Jérusalem, élevée de quarante coudées sur uu roclicr de cinquante ; et rcscarpemcnl du ro-

* Alia iolus mœnia regia (iiTumjcda. T;i(*. et Xii>li., lxvi, 4. — La cou-* dée est, cbci tous les anciens, d'un [ncd et demi, et le stade de 600 pieds ou 400 ooudces. Mais la mesure du pied n'est pas la même partout. On peut s^rréter aux chiffres suivants :

Kesyre» grecques ou oljmpiquei. . Pied. 0-,ôO9 Coudée. O-v^Gr» Stade. 185-,4l> Mesures hébniliiiies ou égjpUenMS. — 0-,350 — (r^iâ — US%UO

On peut «e demander maintenant quelkt sont les mesures dont Jotiëphe^ Juif, nmisécrivaul pour des Grecs, a dù faire usage. Mais ni «osèphe ni les historiens anciens n*en sont à cela près en fait d^exaditude numérique, et on ]tout, dans la pratique, sans crainte d*dtr&pltts ineiait quo lui, compter eu nombres ronds la coudée pour un demî-mètre, et le slade pour 200 mètres. Je me dispenserai done de traduire ces mesures en style moderne.

* Tacite si^niiile celte coupure : Kain duos colles in immensum edito« i-laudekant mûri... Extroma rupis abrupta. Ibid,

' Templum in modum arcis propriique mûri, labore et opère antè alios; ips.T porticus, quis templum ambiebatur, egregium propugnaculum. Tac., Ilist., V, 13.

* Les portiques de TEst, selon Joseph, étaient assis sur une muraille de 400 coudées (7t7^ax«oi«iiv mixMv tcu; rcixwi i^vMa), Joseph veut-il dire 400 ( ondées en hauteur? Ce serait inadmissible. En longueur, ce démit être

* beaucoup plus. {Ant., \x, 7 (9, 7.)

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