CUAP. XV. - SIÈGE 0B JÉRUSALEM
Il était i»as faite pour un coup de main rapide comme l'auvaii voulu Titus. Elle se laissa troubler par l'ardeur indisciplinée des Jui&. Pendant que les légions élevaient péniblement Ic^ murailles de leurs camps , faites, ce semble, pour durer des siècles, ces Juifs, mal armés, ignorants de la guerre , se jetaient sur elles , dispersaient les travailleurs; et les légionnaires fuyaient comme ils Teussent fait (levant une artillerie puissante. Il fallait que Titus accourût. Dès le premier jour, une recouuaissance imprudente l'avait exposé sans casque et sans cuirasse à une sortie des assiégeants, et il n'avait dû son salut qu*à la vitesse de son cheval *.
I>es voies pacifiques ne lui réussissaient pas davantage. Un de ses officiers, qui était connu dans Jérusalem, s'étant
approché du mur avec Josèphe, et parlant en fa venu" de la paix, avait reçu pour réponse une llèche dans 1 épaule. L'ennemi était devenu plus sérieux, le siège devait être plus long que Titus ne l'avait cru; il fallut employer la grande arme de la patience, se sevrer de Home pour quelque temps encore, et, au lieu du coup de main qu'il méditait, faire un siège en règle*.
Le siège d'une ville était la grande œuvre des guerres antiques. Sans doute, on n'en était plus alors à ces sièges qui duiuient trois ans, dix ans, vingt ans;- Philippe de Macédoine, Alexandre, Démétrius le preneur de villes, avaient perfectionné l'art de l'attaque. Mais, malgré tout, ne possédant pus la poudre à canon, on ne pouvait, comme aujourd'iiui,
• Jos., deB.y\, 7 {-2, 2). Est-ce à une de ces actions qu'il faut attribuer la Ll< bMîie lie ïiliis à l'épanlo, |tar suite tic laquelle sa main gauche demeura plus faible, d'après Xiphilin, ex Dione, lxti, 5? Ni Josèphe ni Suétone n*en jiuilent.
* Hune adversus urbem gentemque Titus Ca'sar, quandft impetos et subita belli loca abnuerei, ag^eribus vinei^ue certare statttit. Tac, v, 15.
dompter les villes de loin, et écraser, sans approcher d'elles,
les plus puissantes uuiraillos, A la vue de ces citadelles qui s'élevaient d:uis la plaine couiiue d'immenses rochei"S à picy inébranlables à toute puissance, infranchissables à toute volonté humaine, meurtrières pour qui en approchait, indestructibles pour qui s*en leiiail éloigné, on se demandait que faire? Ce qu'on avait à faiic, c'était d'élever, à force de travail et de patience, avec de la terre soutenue par des troncs d'arbres, une chaussée que l'on commençait hors de poi'tée des machines de guerre, que l'on poussait peu à peu plus avant, en la faisant monter plus haut. C'était, pendant ce travail, de se garantir comme on pouvait par des toits portatifs (l'iudfl?, m/ffi), garnis de cuir onde métal; de répondre de ^011 mieux aux tiédies de l'eunemi par ses llèches, aux machines de gueiTe par ses propres machines. Et, quand la chaussée que Ton édiOait ainsi était arrivée jusque dans le voisinage et jusqu'au niveau de la nnu aille assiégée, c'està-dire, à une hauteur de quarante, soixante, quatre-vingts pieds ^ il fallait sur cette pente hisser les machines de guerre, afin qu'elles se tronvasseni de niveau avec celles de l'ennemi. 11 fallait enlin la faire gravir à l'hélépole-, L hélépôle était une tour roulante, large quelquefois de soixantequinze coudées à sa base, haute quel(|uefois de neuf étages; protégée contre le feu par un revêtement de métal, contre les pierres cl les javelots par des sacs de cuir qui amortissaient les coups ; dans laquelle se logeaient des soldats; sur laquelle s'établissaient les machines de guerre, afin de combattre l'en-
* La chaussée de Césai* devant Bourses avait quatre-vingts pieds de haut sur trois cent trente de lirge. Gesar» deBeUo gaU,,ynt^, EUe coûta vingtcinq jours de travail.
^ Voir la description de l'héicpole de Oéinéirias Poliorcète. Diodore, n, 9i,ti Plutai'q., in Demeirio,
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nemi de plus haut, de balayer le sommet des renipails et il'atteindre les déienseurs jusque derrière les parapets. Alors, sous la protection de l'IiéJépole, la tortue et surtout le bélier commençaient à travailler le pied de la muraille assiégée. La tof'tue n'était autre cliose qu'un toit formé par la réunion des boucliers et sous lequel les soldats armés de pics travaillaient à ébranler les assises en pierre. Le bélier était une poutre énorme suspendue par des chaînes et formant un balancier quti des centaines d'honnnes mettaient en mouvement, et qui allait heurter de sa Icte de 1èr la muraille ennemie. Alors seulement , après des chocs multipliés, après tant de labeurs, après tant de journées perdues, après tant d'hommes sacrifiés, on pouvait espérer faire brèche et lutter corps à corps contre les assiégés.
Titus se rapprocha donc de la partie attaquable de la ville. Il transporta son quartier général de Scopus à la partie nord-ouest de la cité, près du tombeau de la reine Hélène. Une légion placée à l'ouest, en fece de la tour Hip* picos, surveillait la citadelle de Sion ; une autre, à Test, sur le mont des Oliviers, surveillait le temple. Sur toute la lace nord-ouest de la ville, de Scopos au monument d'Hérode, le terrain fut nivelé» les arbres abattus, les maisons détruites, les rochers aplanis, pour faciliter le passage des troupes, des convois et de rartillcric. Du côté où la muraille d Agrippa était la moins forte, près du tombeau d\i grand prêtre Jean* (la xanthicus, 13 avril), avec des arbres coupés
* Voir Jo8., de BeUo, ▼» i7 (6, 2). — La situation de ce tombeau me pa* raitdiOicile I établir. Selon M. de Saulcy, il aérait à gauche, en coHant de la porte actuelle de Damas; TaCtaque de Titus aurait eu lieu par le N. 0., où était en eflet son camp, contre la muraille voisine de la tour des Femmes, et dans la direction de la porte actuelle de Damas. Ce point d^aitaque, diaprés la dédirité du terrain, est fort vraisemblable. Mais, plus tard, nous ▼t^ons Tfitos, maître de Bàédia etd'Acra, attaquant Sion, etdressant encore
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dans Joute la plaine, on commença à élever trois chaussées. Titus avait soin de menacer la seule partie de la ville gardée par Simon ; il laissait en paix Jean de Giscala et le temple, pour n'avoir aflaire qu*ii un seul ennemi, et comptant bien que Jean, libre des périls du dehors, ne cesserait pas toute hostilité contre Simon.
Et pourtant, quand les chaussées furent debout xanthieus, ^ avril); quand la redoutable hélépole, i[ue les Jnils appelaient eiix-niémes Mcon (la Victorieuse), monta et s établit fièrement sur ce piédestal; quand, du haut de trob tours , élevées de cinquante coudées , les batistes et les catapultes commencèrent avec un tracas épouvantable' à écraser les assiégés derrière l'abri même de leui'S parapets, l'imminence du péril opéra un certain rapprochement parmi les Juife*. 11 n'y eut ni paix, ni embrassement; seulement Simon, plus dii'ectement menacé, daigna permettre que les défenseurs du temple vinssent à son aide; et Jean, non sans une certaine défiance, souffrit que quelr
8€8 chaussées près du tombeau de Jean. — Voyez Jos., v, 19 (7, 3) 25 (9,2) 30 (il, 4). — Le tombeaiu de Jean était donc Tmsin de Sion ; c't^t ce qui porte WiUjams à le placer un peu au midi du Golgotha, et à reconnaître dans la pisdne d^Ézéchits (Birkel Hamman el-Batrak) la piscine Au>]rgd.i- Ion, voidne du tombeau de Jean. Y aurail-il erreur dans le récit de Jofeèplie? les deux attaques peuvent-elles aToir eu lieu dans le mdme endroit? Qqant aux aggeres, que M. de Saulcy reconnaît k droite et à gauche de la porte de Damas, ils ne peuvent avoir servi à la première attacpje, puisqu*eUe eut lien contre rcncemte d' Agrippa ; peut-être, s*il fiiut les attribuer au siège de Titus, aorout-ils servi à une attaque contre Acra, dont Joseph ne spéoiiie pas la place.
Tacite indique le commencement de ces travaux : Dividuntor legionibus mania, et quies prielionim fuit, donec cuncta cxpugnandis urbibus reperta apud veteres, aut novis Ingeniis struerentur, v, 15. G^est malheureusement id que le rèdt de Tacite nous manque.
* C'est à cette demi-réconciliation que Tacite fiiit altusion : Donec propiiiquantibtts Romanis, bellomm extemum conoordiam pararet. v,