‹ Rome et la JudéeChapitre 5 sur 64 · LES PERSÉCUTIONS · texte numérisé non relu

LES PERSÉCUTIONS

Hisautein llcri incipienlibus, rcspicitc et levata eapita vestra, quoniain appropinquat redemptio vesira.

Mais, quand cpscIiosps rommoncpronf 5 s« faire, rtgardez et levei vos tùif^ , parce que voira rédeinption tLjfwdbe. (Luc, ui, 18.)

Avant même la chute de Néron» la scène s'ouvrait : le inonde entrait dans Tèpoquc prophétisée. Parmi les disciples qui avaient entendu les paroles du Christ, un gi'and nombre pouvait, au hout de trente années, en voir commencer 1 accomplissement.

Lee convulsions de la nature furent au nombre des premiei'S signes de la crise. Dans les sept dernières années de Néron, le sol, on peut le dii'e à la lettre, trembla de toutes parts. Dans les années 61 et 62 de l'ère vulgaire, des tremblements de terre ébranlèrent l'Asie, l'Achaîe, la Macédoine; les villes d'Hiérapolis, de Laodicée, de Colosse, eurent particulièrement à en souffrir*. En 65, ils passèrent en Italie ; la campagne de Naples couvait déjà ces feux terribles qui, seixe

* Senec., Qum$t. tuU., vi, 1. — Twit., Annal,, m, 27. — Euseb., Chron.

ans plus tard, amenèrent la première éruption historique du Vésuve. Us se manifestaient par des secousses souterraines.

Naples et Xiicérie furent atteintes. Pompéi fut presque renversée, Herculanujn eu partie détruite : ce n'était encore que le prélude de leur ruine. La terreur fut universelle en Campanie; des hommes devinrent fous d'épouvante^ Ainsi le sol paraissait partout s'ébranler, et les Chrétiens se rappelaient ces paroles du Sauveur : a Alors la terre tremblera en divers lieux*. »

L-année 65 vit un autre genre de malheur. « Cette année que Néron avait déjà souillée de tant de crimes', les dieux, dit Tacite, la voului*ent marquer par des tempêtes et des maladies. » La malheureuse Gampanie fut affligée cette fois par des trombes de vent qui dévastaient les habitations, les arbustes, les récoltes. Ces intempéries arrivèrent juscju'auprôs de Rome; et dans la ville môme, sans aucune perturbation visible de l'atmosphère, une maladie pestilentielle dépeupla tous les rangs de la société. I^es maisons étaient pleines de corps morts, les rues de convois funèbres. Hommes et femmes, enfants et vieillards, esclaves et libres, périrent égsdement. En un seul automne, le trésor de Yénu»Lâiitine enregistra trente mille morts\ . .

Avec le signe prophétisé des catastrophes naturelles se montrait le signe, également annoncé, des persécutions contre rÉglise. •

« Avant toutes ces choses, avait-il M dit, ils se saisîhmt de vous, ils vous persécuteront, ils vous traîneront dans les synagogues et les prisons. » Et, en effet, avant toutes ces

* Tacit., Àimal., xi, 22. — Seuec., ibid.

Luc, XXI, 1 1 .

* ToL facinorihus fœdum anmun.

* tacil , Anital., xvi, 13. — Suel., m Her., 39.

GHAP. IL — i£S PROPUËTIËS. S7

choses et dès le début de la prédication cfarétieime, les apôtres avaient été appelés devant la synagogue, saint Etienne avait été lapidé, saint Jacques avait souilei t le martyre, saiot Pierre avait été mis deiqcfââs en prison, saint Paul trois fois au moins avait vu des tentatives d'assassinat dirigés contre lui; quarante hommes de Jérusalem avaient lait vœu de le tuer ; cinq fois les syoagsgues l'avaient fait battre de trenteneuf coups de verges; une fois il avait. été lapidé et laiseé pour mort^ ; la haine des juife l'avait suivi de oîté en dté* ; épiant ses démarches et dénonçant sa venue, soulevant contre lui la populace idolâtre. Non -seulement en Judée ^, mais hors de Judée, à Rome, en Asie, on Grèce,- ari Macédoine, dans le Pont, dans la Galatie,.dan8 la Cappadooe*, les églises chrétiennes, quelque pieuses qu'elles demeurassent envers les souvenirs et les traditions du judaïsme, M^ouyaicnt dans la synagogue une constante ennemie qui s'adressait également, pour satisfaire sa.^qgeanœ, k Moïse et à Jupiter, au Sanhédrin et au temple des idoles, aux anciens d'Israël et aux procons]als de Rome, aux vieilles rancunes du mosaïsme et aux passions de l'idolâtrie, au fanatisme du peupki àila légèreté du sexe', à la fierté du rang, à la méfiance du despotisme', aux juges et au poignard, à César et k la révolte.

' A. Damas, Ad. n, S3-S4. — Bd Grèce, ihid,, u, 3. — A Jérusalem, uni, IS et nÛT. — PerieuUi ex génère, II Cor ,, u, 26{ IlCor., n, 34. — Act., uwp 18.

* Act., iir, 18. — xvn, 13. « Vous avez envpyé des hommes choisis de Jéru* salem par toute b terre pour dénoncer Thérésie des Ghrëtieos et répandredes ealomnies contre nous, ■ dit saint Justin auji Jui6. IHaL eum frffpkone, 1 7«

5 Hobr., X, 32-34. — Jac, i, 1. — ii, 16.

♦ Voir les citations indiquées plus haut, et de plus, pour le Pont, laCappa- (!oce, la fiithynie, etc., etc.; 1 Petr., àv, lâ-16. ~ Pour les fialateSi G«I.»P/ 4. — IV, 25.-.T, 11,

5 Act. , XIII, 50. — XIV, 2. — XVII, 5-60. ^ Ibid., xvn, S-7. — xvin, 12. et suiv.

Les gentils, à leur four, indtés par les Juife, avaient corn •

méncè à s'animer contre le christianisme; des milliers d'iiommes, qui vivaient du culte des idoles ou des vices que protégeait' le culte des idoles, étaient les chefs nés de ces émeutes fanatiques des païens. Prêtres, devins, magiciens, astrologues, augures, aruspices, courtisanes, histrions, gladiateurSy artistes, marchands d'idoles, défendaient le culte des dieui comme leur domaine. A Philippes, des hommes qui exploitaient une prétendue prophélesse iiirent ceux qui soulevèrent contre Paul et Silas le peuple et les magistrats'. A Ëphèse, ce fut un orfèvre, gagnant sa vie à fabriquer des statues de Diane, qui jeta ses ouvriers sur la place publique, troubla la ville^ menaça les Chrétiens*. Quand les païens n'atta(iuaicnt point par la violence, ils attaquaient par la calomnie : les chrétiens, traités de malfaiteurs, restaient sous le coup de toutes les aveugles rancunes de la populace'. Ainsi, dans toutes les villes, ou la perfidie juive ou la turbulence païenne, ou la calomnie ou l'émeute, les menaces, les coups, la prison*, la tyrannie populaire avec toutes ses violences désignait le Chrétien à la haine plus paresseusse du pouvoir. Les églises faisaient partout l'apprentissage de hi tribulation et de la patience, sinon du martyre'.

' Act., XVI, 16 et «air.

* 1bid.,uXf 84 et SUIT.

* Detreckant de toIhs tanqiAiii de malefactoribus. I P«t., ti, 18... Qui cahimniaiites Testram bomun in CSbrislo comrenfttioiieni, m, 16.

* In plagis, încarceribus, II Cor., n, 5.

* Voir, indépendammeot des citations précédentes, pour l*figlise de Thessalonique, Act., zvn, 4 et s.; I Thess., u, 14; Il Thess., i, 4. — Pour celles âfi HaoédoÎDe, 11 Cor., m, 5; m, 2. — Pour celle â*Épliè8e, ICor., zv, 36-5S. — Pour celle de Corintiie, Actes, xvm; Il Cor., vi, 4-5. — Pour celle de Jérusalem, Act., v, 17, ti et vu, vui, xxi-xsiv; Hebr., \, 32-34; Jac, I, 11, 6. — Pour celles d'Asie, I Petr., iv, 1S-16. — De Galttie, 6tlat., II, 4.

CUAP. 11. — LES PaOPHÊTlBS. M

Cela devait être. Le ehmtianisiiie heurtait tous les préjugés. Par son culte, il choquait la religion du vulgaire; par son esprit d'égalité, légoïsme des grands; par sa morale, les passions de tous; par son bon sens, ks saperstitions de tons; par sa doctrine, les idées de tous ceux qui prétendaient avoir des idées. 11 n'avait pas le peuple pour lui, le j)euple à qui il ùtait ses rites, ses temples, ses fables, ses idoles, ses dieux. Le philosophe, de son c6té, qui n'avait pas les préjugés du peuple ou qui du moins ne les avait pas tous, avait ses préjujés à lui; choqué dans son esprit sensuel, s'il était épicurien; dans son orgueil, s'il était stoïcien, il n'aimait point à s'entendre dire « qu'il ûdlait qu'il dévint fou pour être sage. » Cette doctrine qui venait « anéantir la sagesse des sages et réprouver la science des savants, » (jui déclarait à tous les philosophes que, « tout en se disant sages, ils étaient fous, » que « le monde n'avait pas eu la sagesse de connaître Dieu et qu'il fallait qu'il fût sauvé par la folie de la prédication*; » cette (loclrine devait paraître aux pliilosopiics d'une singulière outrecuidance. A leur tour les indifférents en matière de philosophie, et c'était le plus grand nombre, étaient repoussés par le sérieux du christianisme. Ceux qui ne pensaient pas trouvaient le christianisme trop méditatif; ceux qui pensaient ou prétendaient penser quelque chose, habitués à la hberté sans limite de leur esprit et à ses pérégrinations sans fin à travers tous les systèmes, ne se faisaient pas à cette doctrine imposée, une, invariable, uiiiversoUe. Enfin les puis-

* Si quis TÎdetiir mter tos sapiens etse iu secnlo, stultus flat ut sit sapiens, I Cor., m, IS. — Scriptum est enim : Peidam sapieiitiani sapientium, et pmdenliain prudentiiiiii reprobabo, I Cor., i, 19. — Dicentes enim se esse sspieotes, stullî 6cti sont. Eom., i, 3S. — Nam quia in Dei sspientia non cognoTÎt mundns per sapîentiam Denm : placuit Deo per stultiliain pnedicationis saI?os ftcere credentes. I Cor., i, SI. .

sauts, les riches, les grands, les^imidllres, les citoyens, les oppresseurs (et qui n'était pas l'oppresseur de quelqu'un?^, ne se faisaient pas à cet4e doctrine plébéienne d'égalité qui mettait le barbare au niveau du Gree, le juif à la bttuteur du Romain^ resdaive auprès du libre, l'étraiiger auprès*^ citoyen, la femme au même rang que l liomme. Ils ne pouvaient accepter le scandale et la folie de la croix, ce que Tertullien appelle les petitesses de Dieu et la honte nécessaire de la foi Mis ne se fiiisaioit pas à être endoctrinés. 'par des Juifs et par des Juifs que les autres Juifs méprisaient, disciples et adorateurs d un supplicié. Y avait-il parmi eux un seul philosophe, un seul honune 4e condition, un seul savant? même un seul Juif honofé parmi les Jui&? Ne se -vantaient-ils pas de leur bassesse, et ne disaient-ils pas que Dieu avait choisi ce qui est méprisable et petit pour briser ce qui est grand et honoré* 7 On gardait sa dignité et on ne voulait pas se mêler à leur misère. .

Et surtout la morale du christianisme, que l'on ])roclame aujourd hui si belle, même quand on ne la suit pas, était, comme elle est toiyours, le grand obstacle à son progrès, le grand reprocfia qu'on lui faisait au fond du cœur. « €elui qui fait mal hait la lumière. » Ces hommes durs, libertins et égoïstes ne pouvaient manquer de considérer comme le plus grand attentat à leur liberté la loi qui enseignait la chasteté et la charité. Cette Im était une ennemie et une usurpatrice, disons mieux (car un certain instinct avertit l'homme et lui

^ GhriittuD enicifixiun t JadMS QuidoDi scsnithni. gwitilni# lutan stullUiam. IMd., i, 33. -*pMgilhmimhate»P6i,Tertal., aé». MttrcUm n, SI. — Recessariam dedecus tidci. id.» De eame Chritii, 5.

* Ubi npieoB? Ubi scriba? Ubi compiisîtor hiQus sntcidi?... Non mutti npicntcs secuDdùm cimeiB, non nintti polentes» non malti nobiles, 1 Cor., i,

CHÂP. U. LES PAOPflfinBS. 3l

fait sentir où est son maitre légitime), une auslcre souveraine dont il fallait à tout prix secouer le joug. La contradio tien se présentait donc partout. nCe que 'lUms sarons^e cette secte, disent les Juîfe à «saint Paid, c'est qu'elle est partout contredite ^ »

Du reste, cette haine, cause des persécutions, avait été prédite comme les persécutions elles-méme. Le maître avait été « placé en signe de contradiction » et« le disciple, » qui n'est pas plus grand que le maître, » devait s'attendre à élre contredit comme lui. « Si le monde vous hait, avait dit le Christ,. saches qu'il m'a hai lé premier*. » Cette haine devait être universelle. « Vous sores hais de tous à cause de mon nom. » Et, bien peu d'années après, l'historien païen, cherchant dans son bon sens quel était le véritable crime des diadpto de Jésus, ne r^mntre que celui-ci, par lequel se trouve justifiée textuellement la prophétie de Tévangile « qu'ils sont en haine au genre humain*. »

.^[éanmoins les .pouvoirs publics n'avaient pas encore pris parÛ. U y a phis : par respect pour Tordre, par amour de la paix, le ponvdr romain avait parfois défèndu contre rirrit^tion tumultueuse de ses ennemis le christianisme qu'il ne connaissait pas. La persécution était encore illégale. C'est contrairement à la loi romaine et à la paix de l'empire que la sédition pharîsuque avait arraché à Pilate la sentence du Calvaire : Tibère disgracia Pilate et voulut mettre le Sauveui au nombre de ses dieux. C'est encore par une violation fia-

» Act. xxviii. 22.

* Joan., XV, 18.

* Odio eritis omnibus propter nomen mcum. M.itlli. inx, 1ô, — Oïlium geoeris humaiii. Tac, Annal., xv, 45. « Une secte conv.iinciie de haïr le genre humain ou dcluiètre odieuse,» dit Bossuct traduisant Tacite. IJist. iniii'.,u, 20. Rossuet admet ici les deux sens; le dernier nie parait plus antique et au moins luul aussi latin.

52 ROHB ËT LA JUDÉE.

grante de la loi romaine qui enlevait aux Juifs le droit de

vie et (le mort que saint Etienne avait été lapidé, que Saul était allé susciter la persécution à Damas; il est probable que Rome intervint, puisque la persécution s'arrêta (57). C'est sous le règne d* Agrippa, et pendant une clourte résurrection de la souveraineté judaïque, (jue saint Jacques avait \)vn et que saint Pierre avait été jeté dans les fers (44). C'est après la mort du procurateur Festus et avant l'arrivée de son successeur que le second saint Jacques avait été mis à mort par des séditieux l Ol ), et le grand prêtre, auteur de sa mort, fut réprimandé par le magistrat de Rome. A Fbilippes, saint Paul maltraité invoque son titre de citoyen romain, et se fait faire des excuses par les magistrats (5i A Corinthe, le proconsul Gallion refuse de prononcer dans la querelle entre saint Paul et les Juifs : « S'il s'agissait, dit-il, de quelque aime ou d'une mauvaise action quelconque, je vous écouterais volontiers; mais, s'il est question du Verbe, et des noms (divins) et de votre loi, c'est votre affaire, je n'en veux pas être juge. » £t il les cbasse rudement de sou tribunal ^(r)5). A Éphése, où un mouvement tumultueux se . manifeste contre saint Paul parmi les Grecs, le magistrat de la ville l'apaise en faisant craindre l'intervention romaine : « Votre assemblée est illégale, dit-il aux païens, vous risquez d'être accusés de séditiont54|*. » A Jérusalem, Paul attaqué denouveauinvoque de nouveau son drmt de cité et est protégé par l'intervention de la force romaine; c'est le procurateur qui le fait enlever de nuit pour le soustraii^e au poignard des sicaires (58) : et tous les magistrats romains devantl^quels il comparait rendent au disciple le même hommage que Pilate avait rendu au

' Act., zTi, 35-30. • Ibid., xTiii, 12-17.

CUAr. II. - LEi> TEaSÉCUTlONS. 55

Maitre : « Les accusateurs n'ont produit contre lui aucun grief... il s'agit de questions relatives h leur superstition... J*ai jugé que cet hoinnie n'a couiuiis aucun crime digne de mort.... Cet homme n a rien fait qui mérite la mort ou les fers. Cet homme eût pu être mis en liberté, s'il n'en eût appelé à César'. » Néron lui-même, devant lequel saint Paul comparait deux lois (00 et 06), deux fois prononce qu'il n*a mérité ni la mort ni les fers. Et Claude, lorsque les débats tumultueux des juifs de Rome, au sujet du Christ, ont fini par lasser sa patience, n'a rien prononcé contre la loi nouvelle; il a expulsé de Rome tous les Juifs, baptisés ou non \

Tadte, si je ne me trompe, nous fournit un autre exemple de cette tolérance. « Une femme de haute naissance, Pom> ponîa Graecina, épouse de Plautius, qui était revenu de Hrctagne avec les honneurs de l'ovation, fut à cette époque (en 57, sous Néron) accusée de superstition étrangère » (c'est-àdire, je pense, de christianisme *). « Elle fut remise au juge-

* Act., XXII, 25-50. — xxiii, I0-3>. — \\v, IS, 19-25. — wvi, ."1-32. Je donne les dates qui précèdent d ;ij»ivs la cliruiioloi^ic ordinaire. Le dort» nir Sepp, qui, pardes raisons trcï-dignes do considératioM, fixe en l'an 29 de l'ère vulgaire la mort du Sauveur, les avance toutes de (|iielques aiinr< s.

^ En l'an 40 (selon Orose). Jud;POS, inipulsore ChreUo, assidue lumul* tuantes RoniA expulsit. Suct , In Claudio, 2,"). — Mais selon Dion : « Comme les Juifs étaient trop nombreux à Home pour pouvoir eu être expulsés sans dé:sordre, il ne voulut pas les exiler, mais interdit leurs assemblées, « et obligea ainsi de paKir ceux qui voulurent continuer de vivre selon leur loi. » Dion, Lx — Cest par suite de cet ordre que Priicilie et Aqnila quittèrent Reme. Act., xnu, S. — Ub ëtiient de retour en 5S. Bom., wi, 3. ~ Voir Oroie, vu, 0 ,

> Sur le efaristianisme au moins très-probable de Pomponia Graecina voir.: Juste-Ltpse, BniesU/ Brottier» TiUemont, Hisi. des Em^er,, t. 1, p. 965; fim»., Annal, ad m, 59, g, 95, et surtout la Di$teruaim de M. Tabbé Greppo sur les Chrétiens de la maiacNi de Néron, cb. mi; dans ses Mémaim relaUfi à PkUiûire eeeUtiatUque de$ premiert siècles. (Paris. Mdcomt, 1940). Pomponia Gnecina survécut à la perséoutien de ?Iéron et vécut jnsqn^en 85, sons Domitien.

54 ROMB ET U JUDÉE.

ment de son mari. Celui-ci, selon raucieunc coutnnio, réunit une assemblée de paroots, prononça sur rhonnour et la vie de sa lemme, et la déclara ooii coupable. Cette PoispoMa vécut longtemps et dansiine perpétuétte douleitr: car, depuis la mort (le Juli(?, fille tle Drusus, victime de la peWidic de Mesaaline, eUe garda touiours la iriate^sse de son âjna et le deuil de 868 yéhmaoto : témoigiMige de respect ^^li passa lupunî sous le régne de Claude et qui depiris tourna à sa gloire ^ »

La justice romaine admettait donc rinnocnité légale du cbnstianisme; l'épée romaine le protégeait au besoin oontre les rancunes du Sanbèdrîn. Rien ne s'eipliqne mieux que cette tolérance. Rome ju«que-lè n*éUitt peint systématiquement intolérante en l'ail de religion. Elle soutfrait, elle respectait méuie le judaïsme. Elle laissait aux peuples vaincus tou8 leursdieux. Le principe général de la liberté des asaem- Idées réliglenses se trouve, même après les persécutions contre les Chrétiens, dans les écrits des jurisconsultes*. De plus, Rome aimait Tordre et la paix. Le christianisme libre et paisible, c*était l'ordre et la paix au plus baut degré. La persécution judaïque ou païenne, c'était le désordre et le tumnlte; témoins les scènes de Coriîithe, d'Ephése, de Jérusa- 1^. A sa naissance comme aujourd'hui^ dans les situations les plus hautes CMnme dans les plus basses, l'hoatilité contre le christianisme a toujours eu un certain caractère d'insurrection et d'indiscipline. >'éron, Ilcni i VIÎl, Robespierre, fnisant la guerre à l'Église chrétienne, n'ont été que des révoltés. Une pensée de révolte les a guidés; les procédés de la révolte ont été â leur usage. L'Église n'est pas une étrangère qu'on a le di'oit d'écarter, c est nue souveraine que Ton ne combat pas sans être coupable de lèse^majesté; la prédica-

* T:if., Aimai. , xiii, 02.

' Aeligionis causù coïre non prohibenlur.., Dig. (xlyu» H).

CUAP. H. — LES PKaSÉCUTlONS. 5Ù

itoa ohrétieniie n'«9t pas une iiivasion qu'on repouase, c est «he toyaulé «fu'on veut briser : pour la briser, on emploie la violence, le lumultc, le désordre; au siècle d aujourd hui. les libelles; au ^ècte d'alcNrs, les émeutes.

Ainsi abrité m moins par rindifTérenoe du pouvoir, le diristianisme tmit plus on moins de place au monde; maïs il y vivait libre et au grand jour. On se croyait légalement en droit d'être clirétien et d être apêtre. Malgré les persécutions séditieuses et les manœuvres dandestines des Juifs, malgré les agitations de la populace palémie, les apdires du Christ agissaient non comnic des conjurés, niais comme des prédicateurs, non comme des proscrits, mais comme des hommes lilm. Le ehristiimisme se dé^oppait ouvertement et publl* qnement. H avait été prêdïé dès le premier jour à Jérusalem et devant des centaines de milliers d'honimes que la l*ro\idence avait armenés là tout exprès des extrémités du monde; il Tavait été au bout de trois ans à Antioohe, de neuf ans à Rome, de seiee ans * Cyrène*, de dix-huit ans k Athènes, de dix-i>e\<f ans à Corintlie,de vingt et un ans à Epiièse,où lonlc r A^e, Juiis et gentils, entendit pendant deux ans la parole de saint fîaut^; il étant airrvé au bout de vii^-sept ans à Alexnn» drie, an sein de latfoeHe fèvangéliste saint Marc avait étaMî un grand nombre d'églises ^ La foi chrétienne avait ainsi parcouru toutes les grandes dlés de rempire. Ëlk ne s'était cachée nulle part. Ce n*est pas dans le secret des maisons qû'elle avait enseigné le Dîeu inconnu; selon l'ordre du Maître, ce qui lui avait été dit à Toreille, elle l'avait prêché sur les

' * U prôdicoHon de niât Marc dwn H Gjrfoilqiie ou ta Peatapale en Tan 49, selon Eatyqpie; la chronique de saint J4réîiie la met en Pan 10, cdle d*]Earàbé en 43.

* Act., nii iO«

* Enati)., II, 16. — U prédieatk» de eaînl flarc à Alexandrie daterait de la septième année ie Néron (octobre 60 & octobre 61). Chrunic. orient.

toits. Les apôtres arrivaient dans une ville, ils entraient le our do sabbat dans la synagogue juive, ils expliquaient les

Étritiires conimo tout docteur avait droit de le faire*; ils y parlaient quelquefois deux, trois, plusieurs sabbats de suite, pendant des mois entiers ^ Quand on les avait repoussés de la. synagogue, ils n'avaient pas craint d'aborder les lieux d'assem* blôos païennes, leForinn, l' A^mra, la Itasiliqne, le théâtre à Éphèse, l'ai ropage à Alhèues. Us avaient prèclie à In face des temples et des idoles le paradoxe du Dieu crucifié \ i^artout, et en public et dans les maisons, ils n'avaient rien refusé au monde do ce qui pouvait servir à lui aunoucuM- la vérité*.

(Combien de temps cette liberté, cette tolérance pouvaitdle durer? Ëùt-il été possible que le christianisme et l'empire romain vécussent longtemps à côté l'un dé l'autre san.^ se faire la guerre? Rome, avec son sens prati(pie dos choses, était-elle appelée à comprendre que cette doctrine nouvelle n'ébranlait pas son empire? que ces hommes purs, irréprochables, admirablement dévoués à toute espèce de bien, ne pouvaient être, quoi qu'on lui dit, des citoyens dangereux; que la misérable religion des idoles, déjà honnie par tant de philosophes et secrètement méprisée par bien des politiques, ne valait pas la peine qu*on versât du sang pour la défendre? N'y avait-il pas uiu; certaine affinité entre l'esprit d'égalité et de modération ciirélienne, d'un côté, et la monarcliie démo-

«SaintP^àSdamiiie, Act,xui,5. - A Icooe, ut,4. — APhOypes, XVI» 13. — A EpiiAse, xmi, 19. — Aponon k Ephèse, xrui, iS. .

* Saiut Paul i Aotiocbe de Pisidie prâcba deux samedis de suite, Aet. , xiit, 14, 42, 44; — trois & Thesialonique, xni, 1, 2; — pendant pliisîeun semaines à Curinthe, xviii, 4; — à Ephèse, trois mois, sa, 8.

* Ainsi h Lystres, Ad., xiv, 7 et suif, — A Allicnes, xvii, 17.

* Quoinodb nihil subtraxerim utiiiuni, qiinininris annimtiarein vobis, et docerein vos publicè, et per domos, dit saint Paul aux anciens d^Ëphèse, Act.« XX, 20.

CHAP. II. — LES PERSËCUnOffS. 57

cratique, modérée, modeste, telle qu Auguste l avait conçue, et telle que Tibère et Néronn'en avaient pastout à faitanéanti la tradition, cette monarchie qui n'était pas une royauté, qui ne déifiait personne, qui n'était que le pouvoir immense, mais modeste, d'un premier citoyen sur ses concitoyens? Eût-on pu voir, est-ce une chose qu'il soit possible de rêver que Rome, parla tolérance du christianisme, devenant peu a peu . chrétienne, et l'empire d'Auguste, sans avoir eu le teuq)s de se dépraver par la persécution et la tyrannie, devenant insensiblement et sans lutte Tempire de Constantin?

Ou, au contraire, l'opposition était-elle absolue, l'incompatibilité complète, l'antagonisme inconciliable? L'immc>ra- Uté de l'empire et du prince devaitreile nécessairement résister par la violence à la moralité de l'Église et ne se rendre qu'après avoir versé le sang? La divinité des Césars, admise ^ dans les mœurs, sinon dans les lois, était-elle faite pour ne plier jamais volontairement devant la divinité du Christ? Cette tolérance romainequisouffirait tous les dieux pouvait-elle souffrir longtemps le vrai Dieu? Là où toutes les mythologies s'épanouissaient à Taise, comme u étant que des traductions d'une même idée, diverses à l'usage des diverses nations, était-il possible qu'une place demeurât pour la seule, la vraie, Tuniverselle, l'éternelle théologie? Là où le judaïsme avait été toléré, mais toléré comme religion nationale, circonscrite par la force des choses dans la sphère d'un seul peuple, étaitil possible que le judaïsme agrandi, élargi, dégagé de son enveloppe et de ses observances nationales, ayant pour sou centre Rome au lieu de Jérusalem, pour sou domaine le monde au lieu de la Judée, que le judaïsme ainsi réformé et propre à devenir la religion du genre humain, fdi longtemps toléré par le pouvoir qui avait la prétention d'être le seul clief du genre humain?

3S TJOm ET LA JUDËB.

C'est, du reste, ce quepeasaitla mulULude juive el païenne qui pouGfiail àlapeiséculmySouteimB^ çaele €fcrist eiilésar, rÊglise et lUme, ut poovaieiit vivre ensoràie!. « S» f o renvoies cet homme, disaient les Juifs à Pilalc, tu n'es ami de César. » — <t Nous sommes Romains, disent les liabitaïUs ét Phikip|ies en fiKeâfr saint FaulyOeiDL-là 9ontitti£»et venlenà .MB- ensdgner «ne ctNitmie qn^il; ne nous est permis ni d*ae> lepter ni de pratiquer' » — « Ces hommes tr(>iibl«at notre viUerCrie4-CMiàTkessa]loiiîque; ils agissent contre les décrets de César, ils prodament un antre loi, lésas*. » Ët, en te«ht cas, quand nème le pouvoir n'eàt pes élè persuadé parées cbi^jicnrs, n'eùt-il pas été effrayé par ces menaces? Quand il -^eùl pas été poussé à la persc'cutioa par ses principes ou ses intérêts, étoit-ii en lui de résister longtemps auK provoeationa insadisnses des jtù£s,. an fenatisme de la populaee paienne^ aux incitations des prêtres, aux dénonciatiout> tWs philc>sophes? Était>il en lui d'être en £ace de la nnillitude agitée e4 monçante, pkasifenne qne Pilate, et de iaire loogtan^ pour l'Église, dé la. politique une sûre délènse, de la ki un Ari durable?

Quoi*qu'il en soit de ces questions hypothétiques, nouâ savons à qadie épo^ et de queUe »aaiàr«le pouvoir romain sertit de son împartialllé ou de son indifTérenoe. Il est elair ipie ce ne fut pas une décison de la politique; ce fut un < xpédient de la peur. L'acte de Néron liit coittuieracte <le liilale, une eameaskiB làebe et jfitéfeasée aux passions populaires.

A cette époque, la communauté chrétienne éLiit nombrenee à Rome (nudtUudû ingem ^éii ïacite.)^ U y avait des

• Act.,\vi, 20-21.

•- !hi,L, xvii, 0-7.

^ AnnaL, xv, A5.

CflAP. n. — LES KMÉODTIONS. 99

(Chrétiens dans les grandes maisons de Rome, lêinoia Pompania Srodm ; U yen awt dan^te palais de César^Le peiiplel^ connaissait, il les distinguait des Juife, i) les af^lait parleur nom de Chrétiens {vnlgiis Clwistianos vocat) ; il les détestait à cause de leur isolement, à cause de leur association, à cause de leur unité, k cause de leurs vertus ; et, parce qaTîl les détestait, il inventait contre eux mille accusations infilmes et calomnieuses, qui les lui faisait détester plus encore {pi opter flagitiatmi$os)K

Ausâ, lorsque vint le moment où rincemMe de Rome menaça Néron d'une dangereuse impopularité, cehiî-ci lut-il heureux de pouvoir détourner la colère du peuple sur ces honirae^que le peuple détestmt. ies empereurs, en général, avaient une grande crainte de leur peuple; ee pouvoir, si insolent et si despotique, reculait facilement devant les multitudes. Néron, de plus, qui montait sur le Uiéâlre et s cuivrait d'applaudissements, Néron, histrion perpétuel, avait besoin du peuple presque autant qu il en avait peur. Sa réeente impopularité lui pesait ; il fut heureux de trouver un bouc émissaire sur lequel il pût la Jeter. 11 déclara les Chrétiens coupables de l'incendie et poiia le premier un torrèt de proscription contre le christianism.

Ce jour-là donc le pouvoir sortit de cette neutralité tolérante ou au moins indifférente qu'avaient prati(piée Tibère et Uaude. La rancune des Juife, la colère du peuple païen, la jalousiedes prêtres, ledédai» des philosophes, Tinquiétnde des .

heureux du siècle, eurent satisfiiction. Le pouvoir fit du clnistianismc, libre et vivant publiq^uemeut jusque-là, une reli-

» III l»hil., IV, 42.

(ienus bomimiiii super&titionis nom etnudefic». Suetoiu, iHMeron,i^, ^ Exitiiibilis siipci^Uiio... Odio gonaris faumuii.... sootet et novimiiMi flxempU meritos. Tac, loc. cil.

gion illégale el latente. « 11 ne vous est pas permis d'être, » dit-^n désormais aux Chrétiens ^ Néron donna aux haines populaires une sanction légale; soit, comme le disent les Pères (le l'Eglise, par un Mit formol, soit par l'exemple donné au Vatican, il Ibnda le droit ])ublic de la persécution; il la fit entrer dans la législation de l'Empire comme un principe constitutionnel, et ce principe, sévèrement gardé par le lànatisme des multitudes, devint sacré poui' les empereurs. Sous les princes les plus modérés et les plus sages, il y eut des trêves plutél que la paix ; la persécution fut suspendue, jamais abolie ; le christianisme amnistié, non autorisé. C'est ainsi qu'en un jour d'end)arras, sans délibération sérieus(i, sans une vue plus haute, Mron commenta ce duel de trois sièdes entre l'Empire païen et l'Eglise, où l'Empire devait périr à force de tuer, l'Église triompher à force de souffrir *.

Tacite en est ici notre témoin, qui ne saurait être trop souvent cité :

« Pour faire cesser les murmures, Néron mit en avant des accusés et soumit aux tourments les plus recherchés des

hommes détestés pour leurs crimes et que le peuple appelait du nom de (Chrétiens. Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tempire de Tibère, avait été mis à mort par le procurateur

' Noa licet esse iw.

* Hoc inîtio in Christiaiios sasWri cœptimi. Post etiam datts legibtis rdigio vetabatar ptlftnKpie edîdis proposilis efarôtiaoum dsse non Ucebat. Snlpit Sev., Hi$t. 9tte., n, 41 . — Selon saint Meliton, év6que de Sardes» an temps de Maro-Aurële, « Néi-on et Domitien, seuls parmi les empereurs, ont prétendu vouer le cbristiamame à la persécution et au mépris, et de leur tentative insensée sont venues les accusations populaires contre les Chrétiens. • A[m\ Knseb., iv, 25.— Nero... primiis omnium persecutus est Dei servos. Lactint. De morU persccul , 3. — Loges istae quasTriyaniis ex parte fnis. trains est... fuasnullus Uaiiriauus... nullus Vespasianus... nuUus Plus,.*. nuUus Vents impresBit. Teiiull., apolog*t ^^

CHAP. II. - LES mSfiCOTIOIfS. 41

Vontius Pila tus. Un moment contenue , cette pernideuse superstition débordait de nouveau, non-seulement dans la Judée, d'où le mal était venu, mais à Rome même, où se réunissent et se perpétuent tous les i rinies et toutes les turpitudes. On saisit d abord ceux qui avouaient, puis, sur leurs indices, une immense multitude, convaincue beaucoup moins du crime d'incendie que de la haine que leur portait Te genre humain. Et il y eut une sorte de dérision dans leur suppliée : on les couvrit de peaux de b^tes pour qu'ils fussent dévorés par des chiens ; on les attacha à des croix ; on les fit périr par le feu, et, à la chute du jour, ils servirent de nocturnes flambeaux. Néron avait afTcrt ses jardins pour ee s])e<'lucle n î les jardins du Vatican où s'élève aujourd'hui Saint-l'ieiTe;, « et, comme il donnait en ce moment les jeux du cirque*, on le vit, vêtu en cocher, se mêler au peuple en conduisant son char. Aussi, bien qu'il s'agit de eruninels dignes des derniers supplices, un mouvement de pitié s'élevait dans le peuple, et il senoblait qu'ils fussent immolés comme victimes non au bien public, mais au caprice barbare d'un seul homme. »

Dans les annales des premiers Césars, si fécondes eu sanglantes tragédies, rien de pareil ne se rencontre avant cette époque, n y avait eu d'abominables proscriptions politiques, des actes aveugles de vengeance et de peur ; quelquefois, mais plus rarement, des tortures cruelles ajoutées au meurtre; presque jamais des exécutions en masse. La justice impériale aimait à procéder sans bruit ; elle préférait le suicide à l'exécution, le meurtre dans un cabinet au supplice sur la place publique. On avait bien vu, sous Tibère, vingt exécutions le même jour. On avait bien vu, peu d'années aupara-

* Prd>ablement dans les jeux qui avaient lien rin 27 au 30 juillet. L'ineendie avait duré du 49 au 95. La résolution de Néron aurait été ainsi immédiate.

Tant, quatre cents esdares, suspects d'avoir tué ou laissé tacr leurmaltre, eondlnits ensemble an supplice; et la pensée

(I nn tel niassncre avait ému de pitié et poussé presque à la révolte le peuple romaiu. Mais, niéiiie après ces exemples, i;*é(ait un spectacle nouveau qui, ce jofir4à, excitait une fois de plus la stérile compassion du peuple de Rome. Illen-seulenient le nombre des suppiicit's était extraordiiiaiie; mais ce luxe de tortures infligées à un aussi graud nonibre d'hommes, cette solennité de châtiment et cet étalage de la cruauté, cette ironie ajoutée aux tourments, cet air de fête donné au supplice, ces hommes transfonnés en l>é(es fauves pourla chasse, en flambeaux pour Tillumination de la nuit, tout cela était quelque chose dinoui, même peur le peuple qui afvait vécu sous Tibère, sous Caligula, sous Messaline, sous A^rippine et sous ^éron. 11 ne s'agissait pas seulement de calmer la colère du peuple en rendant ]^us éclatante et plus cruelle la punition des prétendus incendiaires ; mais, en lu^e d'un ennemi notn eau, le pouvoir sentait le besoin d*arr»es nouvelles* en face d'une résistance inouïe comme celle de la conscience, il cherchait des supplices ineufs; il tourmentait d'autant plus les corps, qu'il avait affaire aux âmes, et que les âmes lui échappaient. Contre un rival qui lui disputait !e monde, il voulait une plus solennelle vengeance pour effrayer le monde.

Il resta de cette sanglante fMe un prolMl souvenir. Environ trente ans après, les poètes idolâtres, rappelant le règne de >éron et de ses favoris, peignaient cette « tunique doukmreuseS faite de résine, de dre et de papyrus, dans la^ qieBe ?{éron, en son jour de ilHe, enfiarmait les hommes

* Tunicâ praa^nle molestâ. Martial, x, et siutent Jurtel c4 «m «cik liatie, 1, 155; tui, 235.

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CHAP. II. — LES PKRSÉClTlOiNS. 45

- i^eupai)]es de sacrilège » (aocusalion vulgaire contre les Chrétiens), œ « pal qui Inverse le gmier et vient placer sa pointe sons leur mentofi, leur gorge d'oii la fumée s'exhale, kurs iiicmbres qui ilainboient) et le long silk)ii de sang qui bouillonne à travers l'arène. » Un airtre homme, sinon témoin oculaire de ces atrocHês, eentemporaÎB d!u moins et parfeîlement instraH; Sénèque, i[u\ à ce*te époque tombait déjà dans la disgrîlce de Néron ; qui, peu après 1 incendie et les cruautés qui le suivirent, commença à s'éloigner de le cour et prévit sa fin prochaine, Sénèque semUe plus d'une Ans avoir écrit sous l'empire de ce deniier et abominable souvenir des jardins du Vatican ^

* La puissance (îes tyrans, dil-il, marclic ayant auprès d'elle le fer et le feu, les chaînes, les hèles féroces qu'elle est prête à lancer sur des entrailles humaines. Songe ici à la j)ris<Mi, aux noix, aux chevalets, aux eitjcs de fer, au pal qui travme le corps de rhomnio et ressort {lar >a bouche, aux chars qui en s^cloignant déchirent en niorci aux les membres écartelés, à cette tu- Bâ|M lîssiie et frottée de matières inflammables, à toutes les autres ioventîoas àà la cruauté. Ep .14.

Aappelle-tAi eahii.». f ni ne cent pas de rire, pendant que les tortariiirs» .irrités par aa aMâté Biéme, enayaient oontra lui toiH les suppliées... Qael^ chose qa» ta soeiima..., plus cruelle est le flaiwBe appracMe de nos membres, le cbevalet» les lames de fer et le glaive qui, frappant sur àn plaies déji ouvertes, les rend plus m$ et plus profoades. U y a poorlml quelfu^on qui a souflbrt tout cela et ii*a pas poossé un gémiasement; c^est trop peu dire, il a*a pas tenandi de lépk; c'ort trop peu diie, il D,*a pas même répondu à ses beuireaux; c*at trop peudnv «Bcore» il a ri et de boa cœur. Ep. 78.

Quoi doue ! si le fer est suspendu sur le eau d*in hcmne ooun^ax; si on outre tantôt telle partie, tantôt telle autre de son corps; s'il peut voir do SCS yeux ses propres oitrailles; si. par intervalles, alîa de mieax lui laine sentir la torture, on rouvre ses plaies a denii-fermécs pour en feite sortir un sang nouveau:... il souflre sans doute; nulle vertu humaine népeuiaeua 4'pai]gner la douleur. Mais il est saas crainte; il contemple de baut a» proju-es $«uflrance«. Ep. 15.

Cette pensée (de Timmortalité de Tàme) eilace de nos àmee tout ce qui

Ce jour-là iloiu', les iiiai tyi'ologcs de l'Eglise, ouverls dès le leiideuKiin du Calvaire, cl dans lesquels élaienl déjà éciits les noms d'Eiieiùie, des deux Jacques, de bien d'autres sans doute, se couvrirent en abondance d'une glorieuse liste qui, coimncncéc en ce |)reinier siècle, auj<mrd Imi même, au dixneuvième siècle de l'Eglise, s' eiiricliilcliaque jour de quelque nom nouveau. De Rome, la persécution parait s*ètre particulièrement répandue en Italie. I^lîlan fut riche en martyrs. >'azaire, qui y était venu de Ivoiiie eu prècliaui la loi, y périt avec le jeune Celse* qu'il eunueiiait aveclui pour le préserver de la corruption du siècle^ Gervais et Prêtais, son frère, les auraient, à ce qu'il semble, suivis de près*. Leur père Vital, leur nièi e Valérie, soulli ii ent aussi le mai tyre. Vital, témoin à Ravenne du supplice du clu'étien Ui-sin, vit ce confesseur faiblir : il l'exhorta à haute voix et mérita de prendre place à côté de lui A Pise, le nom de Paulin et de Torpès *; à Aquilée, ceux d'Uennagoras et de Fortunat'; à Tauruiine, celui

est sordide, tout ce qui est bus, tout ce qui est crael; elle nous enseigiie que les dieui s<nit témoins de toutes nos actions, qu*il fiiot mériter leur api>rolittic«, nous i)réj)arer i Tavenir qu'ils nous destinent, nous pro|)oser pour but réterntté. A celui dont Tesprit a conçu rétemité, nulle armée, nul fracas guerrier, nulle menace ne peut inspirer d*épouvante. Que peut-il craindre, celui pour qui la mort est une espénuce? Ep. lOS. (Quidni non timeat qui roori sperat^)

' Paulin, m vU, Ambrât. — Ennod. earmen^, 18. — Ambros term,, 14. — (làudent. <erm., 17. — Paulin. carm.,^é. — Ep. 12. — Snriiis,»! 12 sept. MariyrûL ronNmvm 10 mai et SSjoiUet — Tillemont, HUL EccL, i. U, p. 93.

' Ambros., Ep.53, S4. ^Augustin., De civitate Dei, xan, 8; ùmfe»., n, Ifdeairâ provwrluis. — Menxa Gr»eor., 14 odob. — Mariyrol, roman., 19juin. — Tillemont, II, p. 85.

^ Martyr. rom.elBoUand.t ad M jan. et 28 april. — Fortunat., i, 1, earmen 2.

* Mari, rom.t 12juil.— T^liolius, 17 mai. — ltnlia $acra, 1. 1, p. 841. ' Foi-tun tt. in viiâ martyr. , 4. — iMartyrol. de saint Jérôme. — fiolland., 38 apr.— Mariyrol. roman., 12 jul.

CilÂP. II. - LES PERSÊCUTlOiNS. 45

de Pancrace^ inscrits dans les fastes de TÉglise, sont attribués à cette première e» glorieuse moisson que 1 Italie et la Sicile envoyèrent au ciel.

La persécution ne tarda probablement pas à gagner les proYÎnces. Vers ce temps, à Icône, la vierge Thède, la première martyre de son sexe, comme saint Kliciiiio avait été le premier martyr du sien, passa par le triple supplice du feu, des lions, de la nudité, toujours protégée par la grâce de Dieu, et les lions se couchèrent è ses pieds, n'osant offeitser ni sa beanté parjimc blessure, ni niéiiie sa jniiclc par nn regard*. En Egypte, l'évangéliste saint Marc, premier évôquc d'Alexandrie, fut trainé pendant deux journées attaclié à une corde, couvrant le sol de son sang et de sa chair, mais consolé durant la uuit par des visions célestes'. Kn Espa'^uj^nne ins( riplion rend grâce à ^érou qui avait « purgé la province des brigands et de ceux qui propageaient une superstition nouvelle. »

Les Clnétiens voyaient doue s'accomplir les prédictions du Sauveur, et elles ne cessèient de s'accomplir pendant trois siècles. La persécution suscitée dans les synagogues contre ceux d'entre eux qui étaient nés juifs, leur expulsion, leur flagellation, la poursuite exercée contre eux de cités en cités, ç' avait été là le signe qui devait précéder tous les autres. Maintenant tous les Chrétiens, quelle que fut leur origine, en-

Martyr, rom.^ 3 april.

s TertuU., De bapt., 17. — Method. in, emwivio virg, « Augustin, in Fautt,, m, virg., 44. — Ambras., Devirgimt* ii.^ Greg. Nyss. in canUc. Eom, i4.~Chrysost., Hom., 7*2. — Greg. Naiiani., Carmen, 4; Orat., XTiii,i8. ^Tbeodoret, De vitâ Palrum,^9. —Euteb., DePoi., S. — Snlpic. Serer.» Dialog. ,11,14. — Basil Seleuc. th tn* (. Thedm. — Hiero- Djni., Yir, Ulusl,, 1, Ep, SS. — Tillemont, t. II, p. 65.

* Martyr, rom.» BoUand.» et Bed. 35 april. — Martyrol. de saint Jérôme, 83 sqpl; — Le martyre de saint Marc est de Pan 68.

Iraienl dans la lice. Pendanl trois siècles ils allaient coniparaitre dans les assanUées des juges, témoigner devant les magistrats et les rois. Le frère allait livrer son frère à la mort; les enfants allaient s'élever ( outre leurs père et mère ci les faire mourir. « Beaucoup, avait-il ét('; dit, seront scandalisés, et la charité de plusieurs se refroidira. » S'il y eut, en effet, des confesseurs et des martyrs, il y eut des traîtres et des apostats. S'il y eut des Gamaliel pour abriter et dèicudre les témoins de la foi, des Joseph d' Arimatliie pour ensevdir les restes des martyrs, il y eût des Judaâ pour les trahir, et des apostats pour renier le Christ, comme Pierre, sans se repentir connue lui.

Alais le signe des persécutions ne devait pas être le seul parmi les signes précurseurs de Torage.

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HUAPITRË III

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