CHAP. XV. — S1É6E DE JÉRUSALEM
qucs-uns de ses soldats sortissent du temple pour aller défendre l'enceinte de Bûzétlia. La résistance alors fut vive; Titus eutàpayer de sa personne, et, selon Josèphe etSuétone, tna de sa main douze combattants Dans une sortie, les machines romaines furent incendiées, une tour de bois s'écroula; mais à ces balistes, qui lançaient à deux stades des pierres de cinquante livres, les Juifs, artilleurs inhabiles, ne répondaient que faiblement. Le quinzième jour du siège (25 xantliicus — 23 avril) * la brèche fut ouverte, et les Juifs ne la défendirent même pas. La vaste enceinte de Bézétha tomba donc entre les mains de Titus; et il put planter sa tente romaine dans le lieu où Sennachérib avait eu la sienne, non loin du Calvaire et dans l'intérieur même de Jérusalem.
Mais, Bézétha conquise, il avait Âcra à emporter, pour être maître seulement de la partie inférieure de Jérusalem; et la lutte devenait plus acharnée à mesure que l'on approchait de l'enceinte du temple. Lorsque après cinq jours de combats et cinq nuits d'alerte, la muraille d'Acra eut enfin cédé (3 artémisius — 30 avril), comme celle de Bézétha, les Romains se crurent les maîtres de c^tte enceinte; ils ne Fêtaient pas. Les Juifs tinrent bon dans leurs ruelles, où les Romains se perdaient; ils les acculèrent dans ces passages tortueux connus d'eux seuls. Le lendemain Acra n'appartenait plus aux Romains. 11 leur fallut encore quatre jours de combats pour la reprendre et en rester maîtres ' (5 artémisius — 2 mai) .
* Jos., V, 19 [n, h). Suct.,tn rit., 5.
* Josèpbe dit le 7 (rartéinisius (4 mai). Cette date est contredite {lar celles qui suivent, et le 7 d'aiiémisius était certainenient plus que le quiazième jour du siège. Faiil-il lire le 7 des calendes d'ai téuiisius, c'est-â-dîrc le 24 nnthicus (22 avril) ? Cette locution est peu dans le style de Josèphe. — Ydr Jo6.. de B., v, 20 (7, 2). — Xiphil., uvi, 5.
s Jos., T, 24 (8, 2).
On en était là, après vingt-cinq jours de siège. La partie la plus vaste de Jérusalem, mais en même temps la partie inférieure et la moins forle, Acia et Bézétha étaienl seules aux mains des Romains; toute la partie élevée et fortifiée de la ville sainte restait à conquérir. Le temple et la forteresse Antonia étaient toujours oœupés par les soldats d'l:!lùazar et de Jean; ISioii, la haute ville, appartenait toujours à Simon. L'insurrection gardait donc toutes ses citadelles. Elle occupait trois positions se touchant les unes les autres, où rien n'était plus aisé aux partis iiisur^^és que de s'entendre et de se concerter, le jour où ils voudraient le faire. Elle gardait toujours pour remparts, d'un cété la muraille salomonieiuie et les escarpements du temple; de l anhc les tours et les précipices qui, à Touest et au midi, bordaient Sion. Si même elle se décidait à abandonner iérusalem, la retraite ne lui était point fermée : la ville n*étaît pas encore investie.
Mais clic u entretenait pas une pamlle pensée. Et chez les hommes armés, et même dans une partie du peuple, le fanatisme juif était loin d'être éteint. Ou par fanatisme, ou par contrahite, ou par peur, la masse de la population s'était retirée, comme les soldats, dans Sion et dans le temple. Le temple surtout avait été pour eux l'asile le plus aimé ol le plus sur. Dussent-ils y périr, c'était encore une <:onsolation que de mourir iù ^ Un de ces faux prophètes, si nombreux alors, fous ou stipendiés, criait dans Jérusalem que Dieu ordonnait au peuple de monter dans le temple et qu il lui tlonncrait là des signca de salul {fsr^ix -ôî;
Ces signes de salut, peu auparavant, un autre
* Dion, apud MpluL, ei Théodose, un, 4, G. — Obslinatio par vins ' fcininisquc, ac si transferre sedes cogeruntur, major vide melus qvikm morlis. Tac.» V, 13.
Uiyiiized by
COAP. XV. — SIÊGB DB JÉRUSALEM. 37f
Ue ces prophètes envoyait le peuple les clierclier sur le mont des Oliviers ; mais nul ne se rappelait que, d^uis plus de quarante ans, et dans le temple, et sur le mont des Oliviers, et sur le Calvaire, ils avaient été doiiiiés au peuple par Celui qui était plus que tous les prophètes. Celui-là était le seul qu'on n'eut jamais écouté.
n est vrai que la faim et la maladie se faisaient ^ntir d'une mauière cruelle. Que nous admettions lo clulFre de populalion que fait supposer Josèphe, ou le cliittVe moitié moindre que donne Tacite, il est clair qu'une telle accumulation d'houiines avait dû enfanter immédiatement mortalité ciïroyable. La ville manquait de magasins et avait grand peine à s'approvisionner. Chaque nuit, un certain aomiipe de maraudeurs ou d*affamés sortaient par les portes du Midi, se ^dissaient dans la vallée de Gilion, et, an ris(iuc d'être égorgés par les cavaliers arabes qui battaient la plaine, allaient ramasser quelques vivres dans cette campagne dévastée. Le pain eût-il été abondant, à une telle multitude l'air et le sol devaient manquer encoi e plus que le pain.
Il est vrai encore qu*aux souffrances ssgoutaient les présages sinistres. Si la révolte avait ses prophètes, Dieu avait les siens. Ce Jésus, fils d'Ananus, ce paysan inspiré dont nous avons parlé plus haut, ne cessait pas depuis sept années de parcourir les rues en criant : Malheur à Jérusalem! Lorsque le siège commença, dit Joséphe, il jugea que les oracles étaient accomplis et qu'il avait droit de se reposer. Après avoir donc crié comme à l'ordinaire : «I Malheur à la ville! Malheur au temple I Malheur au peuple ! » il ajouta : « Malheur à moi! » et une pierre jetée
* Jofièpbe dit sept ans et cinq mm, mais e^e^t an aMim aq^ ans et sept mois, la première apparitien de Jésus datant de la Cite des Tabernaelea (scptenibre), et le siège n'ayant commenoé qu*eit avril, m, ôï [b, 5).
. du dehors par une balislc, vint lui donner la mort quand la parole était encore sur ses lèvres.
Nais ni ces souffrances de la multitude ni ces avertissenicnts d'en haut ne tonchaienl les chefs de la rcvolle. Il semble même que, se liant à la disette et à la maladie pour éclaircir la population de Jérusalem, ils souhaitassent peu la Toir diminuée par la fuite. Car ils tenaient les portes fermées contre les traîtres qui eussent voulu aller rejoindre le camp romain ; ils n'étaient pas fâchés de garderies pontifes, les riches, les amis de la paix, comme 'des otages précieux, sinon h leur salut, du moins à leur vengeance. Eux-mêmes et leurs soldats ne souffraient pas encore de la faim. Ce qui était resté de blé dans la ville, ce qu'on ayait pu dérober de grains et de légumes dans la campagne, leur appartenait. Os avaionl tous les droits et tous les profits de la tyrannie. Maîtres absolus de Jérusalem, ne craignant rien d'un peuple qui était stupélié par la souffrance et la peur ou fasciné par le fana* tisme, tranquilles et fiers derri^e les inébranlables murailles de David, d'IIérode et de Salomon, nourris de la disette du peuple et triomphant de la mortalité qui le décimait S ces hommes se raillaient de la victoire des Romains, et, après avoir défendu plus ou moins vivement la ville inférieure, se préparaient à soutenir pour Sion et le temple une lutte autrement désespérée.
Les Romains au contraire, après la pénible conquête de Bézélha et d'Acra, étaient laii'^ués, presque abattus; ce succès avait exalté les vaincus et découragé les vainqueurs. On disait dans leur camp que ce qui restait à prendre était imprenable. Tel était le prestige de Ténergie judaïque, que
* Dès le premier moment, dit Joseph, gn\oe au maiiqDe d*eqpoe, une maladie analogue ii la }>estc çOopàv), et, bientAt après, la ùm, »
iweni sentir, mu, 45 (0, 5).
CHAP. XV. — SIÈGE DE ifiMJSAUBH. 375.
de nombreux transfuges passaient du camp dans la ville, et, las de l'attaque, se condamnaient à tous les périls de la défense ; les assiégés firent trophée de ces déserteurs S Aussi Titus fit-il suspendre les opérations du siège (du 8 au 11 artémisius, 5 au 8 mai), doimant à ses soldats quelques jours pour oublier, aux Juifs pour réfléchir.
Ces jours d'ailleurs, il voulait les employer à effrayer ses ennemis ou à les séduire. Sous le prétexte de payer la solde de ses troupes, il en fit sur le plateau de Scopos une revue solennelle. Du haut du rodier d'Antonia, des galeries tlu temple, des tours et des maisons de Sion, les Juifs accourus en foule eurent tout loisir pour contempler la plaine reluisante d^acier, d'argent et d'or, les légions sous les drapeaux, les vivres abondants qu*on leur distribuait. Ils purent se rassasier de la vue de ce camp romain, objet d'envie pour les affamés, de regret pour les captifs, de terreur pour les laibles, mais aussi de haine et de colère pour les combattants.
En même temps qu'il frappait les yeux, Htus essayait de gagner les cœurs. Dans Bézétha et dans Acra, il avait défendu de tuer un homme désarmé, de détruire une maison ; il n'avait abattu que des remparts. Pour achever de gagner les esprits, il envoya Josèplie au pied de la muraille (dans cette guerre, on ne recevait pas de parlenientaiie) porter des paroles pacifiques à qui il pourrait et où il pourrait se fiiire entendre. Joseph prononça, selon lui, un magnilique et peu probable discours qui lui valut des injures et môme des flèches. H exalta la tolérance romaine qui, respectueuse pour une religion étrangère, se laissait arrêter par ses ménagements enversle temple; il promit «la main droite »de César à qui la voudrait prendre; il avertit qu'au jour de l'assaut la
' IKon, (ipudTkeod.f uvi, 5.