CHAP. XV. — SIÉ6B DE JÉRUSALEM
fille; ses soFdalsr avaient proclamé imperalor; son pèrel avail désigné pour le consulat. 31ais il ne laissa pas que d'abaisser sa gloire devant l'évidence de Fîntervention divine : à la vue (les trois tours liérodicnncs, seules intactes au milieu de la destruction générale, et dans lesquelles son ennemi eut pu si aisément se défendre : « Jamais force humaine, s'écria-t^il, jfi^aurait vaincu de telles murailles : c'est Dieu qui a combattu pour nous et chassé les Juifs de leurs remparts*. »
11 s'occupa d'arrêter les massacres. 11 eut grand'peine à sauver la population désarmée, et encore ne put-il sauver bien des vieillards, dont le soldat jugeait la conservation inutile. Ce qui n'excitait pas tiop de colère et pouvait avoir quelque valeur sur le marché fut poussé dans l'enceinte du temple et enfermé dans ce qui avait fait autrefois la Cour des Femmes. Un triaf^c fut fait. Ceux qui furent reconnus pour avoir porté les armes furent mis à mort, à 1 exception de quelques beaux jeunes gens réservés pour orner le triomphe. Ceux qui avaient plus de dix-sept ans furent gardés pour les mines et pour T amphithéâtre. Le reste fut vendu comme esclaves. Quelque sommaire que fût l'examen, sa durée fut telle, que beaucoup* qui refusaient la nourriture ou à qui on la refusait moururent de faim pendant l'attente.
Un mot des chefs de la révolte. Josèphe ne dit pas la lin d'Ëléaxar. Jean, caché dans une caverne, finit, mourant de faim, par mettre sa main dans cette main romaine tant de fois repoussée. Quant à Siniori, les soldats qui gardaient l'enceinte du temple virent tout à coup sortir de terre une figure vêtue d une tunique blanche et d'un manteau de
* Jos., de B.. VI, -45 (9, 1).
* Josî'phc ilit 11,000, mais ce nomhi e est inndinissihle. La Cour des Femmes, large de l/io roudées, sur une longueur égale, pouvait contenir au plus 11,000 personnes en tout.
pourpre. Ils eurent un premier moiiveinenl (l'olonncment; puis Us s'approchèrent, et Simon so fit connaître. Lui aussi, la faim le chassait des souterrains. Tous deux iiirent gardés pour (jnc Titus décidât de leur sort.
On peut d'après Joï^èplic résumer ainsi les calamités de Jé^ rusalem. La population qui en temps ordinaire se pressait à lérosalem et autour de Jéinisalem pour lesl(Hes de la Piflque éUiil de trois miliious ; dans cette dernière année, malgré la guerre, il dut 8*y trouver réunis au moins douze cent mille âmes, fugitifs ou pèlerins. Sur ce nombre, quarante mille, originaires de la ville, firent leur soumission avant la fin du siège et reçurent leur liberté ; un grand nombre d'autres fut vendu comme esdaves. Voilà le compte des survivants. Quant aux morts, Josèphe, on se le rappelle^ en compte six cent mille enterrés aux frais de la ville (cent quinze mille huit cent quatre-vingts par une seule porte et dans l'espace d'un mois et demi); ilfeut y ajouter les riches dont les familles payèrent les funérailles, ceux qui demeurèrent sans sépiflture, ceux qui périrent dans les combats ou les massacres ; et il ne craint pas de porter à onze cent mille le nombre total des victimes pendant le siège ^
(À'ia no me semble pas impossible. Lm liiicrrc, dans l'antiquité, même lorsqu'elle était conduite par un Titus, se faisait sans pitié. Les dix-lmit mois de répit que les luttes intérieures des Romains avaient laissés aux Juifs avaient contribué à accumuler autour de Jérusalem et dans la faible partie du sol bébraïque qui était encore libre tout ce qu'il y avait, d*un bout de la Palestine à Tautre, d'effrayés, de dépossédés et d'insoumis. Tout cela fut pris comme au piège lorsque Jérusalem fut assiégée. Toute cette masse, rapidement èclaii.cie
* Voir Jos., Ti, 41 (8, 3), 44 (9, 5).
GHAP. XV. — SIÉI» DE J&BUSALBM. 411
par la faim et la maladie, s'enfuit d'abord do la campagne dans la ville, puis de Bézétha dans Acra, d'Acra grimpa sur l'aire du temple et dans Sion, fut massacrée dans le temple^ fut massacrée dans Sion, plus nombreuse et plus serrée que nulle part ailleui'S.
Quarante ans auparavant, il avait été dit auprès de la porte Judidaire qui menait d*Acra dans Bézétha : « Ne pleurez pas sui moi, fdlcs de Jérusalem, mais pleurez sur vous-mOmes et sur vos enfants, parce qu'il viendra bientôt un jour où l'on dira : « Heureuses les stériles, heureuses les enci trailles qui n'ont pas engendré et les mamelles qui n'ont pe^ « nourri I » Alors ils commenceront à dire aux montagnes : « Tombes sur nous, » et aux collines : « Couvrez-nous ^ » Restait maintenant pour Titus, après avoir statué sur les habitants, à statuer sur la ville. Après cette lutte de cinq mois, ce quintuple siège, ces cbaussées construites à cinq reprises, ces mcendies multipliés, il ne pouvait guère rester que des ruines où les soldats romains cherchaient' de l'or. Titus, qui, le temple une fois sacrifié, aimait mieux que la nation juive n'eût plus en Jérusalem le luyei* de ses espérances et de ses rêves, fit raser tout ce qui restait et du temple et de la ville. Il excepta une portion de muraille à l'Occident pour servir d'abri aux troupes qu'il laissait sur cette terre maudite; il excepta aussi les trois tours d'Uippîcos, de Phasaêl et de Mariamne, comme des témoms de ce qu'avait été Jérusalem. Selon les éciivains chrétiens, la maison où le Christ avait fait la Cène avec ses disciples et où le Saint-Ëspiit était descendu sur les apètres resta aussi debout, ainsi que quelques synagogues situées comme elle sur la montagne de Sion^ Selon quelques auteurs, le pinacle du
« Luc, XXIII, 28-50.
« Ei)i[)li., de Ponderib. et nummis, 14.
M ROMB ST U JODtB.
temple sur icquel Jésus avait été porté par le lenlalcur, ou du moins la tour qui formai! Tangle sud-est, demeura intacte jusqu'au cinquième siède'. De nouveaux désastres ilcvaioiil (^iraccr niéiiic ces ruinos. Aujourd'Imi, quelques tombeaux, des fragments de l'enceinte extérieure du temple, la porte Dorée, murée et à moitié détruite, quelques restes de portes épalemeni murées dans l'enceinte du temple, l'arcade au-dessus de laquelle Jésus fut présenté au peuple, quelques fondations de murailles et de portes rasées, quelques colonnes romaines à peine visibles sous le plâtre turc, la place et le revêtement de quchjues piscines, sont tout ce qui reste de l'ancienne Jérusalem.
Quelques mois plus tard, Titus, prêt à partir pour Tltalie, repassait une dernière fois h Jérusalem. H trouvait achevée l iiHivre de deslnit'liou qu'il avait ordonnée. La tlixièinc légion campait au milieu de ces décombres, occupée encore à fouiller ce sol, et se faisant montrer par les prisonniers les cachettes (|ui lui reudMienl encore quelques richesses. De pauvres vieillards, qu'on avait laissés par pitié sur ces ruines, pleuraient sur les cendres du temple. De malheureuses femmes, devenues le jouet dégradé du soldat, étaient avec eux le seul reste de la synaj^o^qie*. Quelques chrétiens, peut-être, revenus de leur fuite de Pella, avaient commencé à se réunir et à reprendre obscurément leurs assemblées dans le cénacle. Sauf ces rares linhilants, et les trois tours hérodiennes, isolées au milieu de ce désert, il n'y avait plus trace de cette ville, qui avait été avant le|$iége une ville de plus de
' Puidonct', Fnrhirid., cl lo |>MfM'in do Rordo;iiix. Encore |ieut-oiisup|M)- Ser que lo pinacle tlonl parlent ces deux écrivains était d'une construction plus récente. En tous »*as, ce ne ])ouvait être la cime |)i incipalc du tcun»le, mais un édifice bâti à un des angles de reiKX'intc extérieure.
• Josèphe, vu, 54 (8, 7). .
CUAP. XV. SIÉGË m JÉRUSALEM.
cent mille amcs ; qui, au temps du siège, avait compté dans son sein plus d'un million de fugitifs ou de combattants. «< U semblait que ce sol n'eât jamais été habité^ », dit Josèplie, ou, pour parler comme Notrc-Seigneur, dont cet historien est si souvent le copiste involontaire : a Les ennemis de Jérusalem l'avaient reoTcrsée, elle et ses enfants qui étaient au milieu d'elle; ils ne lui ayaient pas laissé pierre sur pierre'. »
La campagne environnante, dépouillée à cinq lieues de distance par les travaux du siège, foulée aux pieds des soldats, sous le sabot des chevaux et sous les roues des machines, rendue par Tabsencc de culture à son aridité naturelle, avec ses aqueducs détruits, le liisson et le Gédron mis à sec pour jamais, avait pris cet air de tristesse désolée qu'elle ne devait plus quitter. « Dans les jours du rabbin Joclianan (contemporain de ces événements), la terre, disent les juils, a pris une autre forme'. » Titus, le premier pèlerin de Jérusalem déchue, en eut la premier la mélancolique impres* sion. Il fit un retour sur lui-même et vers ce Dieu que, pareil aux Athéniens, il adorait et ignorait, il mit de côté l'orgueil du vainqueur, il pleura; il détesta sa propre gloire ; il prit le ciel à témoin qu'il ne voulait pas se glorifier d'avoir été rinslrument d un supplice aussi rigoureux*. Un païen ajoute que, lorsque plus tard les villes d'Orient lui offrirent des couronnes d'or, il les refusa, disant que ce n'était pas lui
' lM.,de b., rii,i.
* Luc, iix, 44.
* Talmud de Jénisa*em. Sota 1S.
* Jm., vu, i5 (5, 3). — Josèpbe nous donne la première description de Jérusakiii déchue analogoe à celle de M. (ie Chateaubriand : c Tout le pays avait été démlé dans un rayon de 90 stades. L^aspect en était déplo~ rablc ; tous les arbres avaient été coupés, i t cotte terre, ornée autrefins de bois et dejantins, présentait Tiroage d'un désert. L*étranger, qui avait vu
qui avait vaincu et qu*il n'avait lait que prêter son bras à Dieu irrité contre les Juifs ^
Un mot d'un grand homme équivoque, tiré d'un livre apocryphe, peut bien nous représenter le sentiment populaire au sujet do Jérusalem, et combien son niallieur avait, aux yeux des païens, quelque cliose de néfaste et de surnaturel. Selon Fhiiostrate, Vespasien invita son Apollonius à venir le trouver en Judée. Non, répondit le philosophe, je n'entrerai pas dans celle terre souillée ; ses habitants l ontproianéeeLpar ce qu'ils ont Sàii et par ce qulls ont souffert*.
Ihi reste, ni Titus, ni Apollonius, ni les païens, n'étaient pcul-élrc aussi élrangors que nous le pensons aux ])rophéties qu'ils voyaient s'accomplir. Titus, à qui Josèplie avait fait lire dans Midiée l'élévation de son pére, avait pu lire bien plus clairement dans Daniel et ailleurs la chute de Jérusalem et la véritable cause de celle chute : « Apvès soixante-neuf semaines, avait dit Daniel, le Christ sera mis à mort, et le peuple qui Taura renié ne sera plus son peuple. Un peuple avec son prince viendra détruire la ville et le sanctuaire, et leur lin sera la désolation, et, après la guerre, une ruine qui ne cessera pas.... L'abomination de la désolation sera dans le temple, et la désolation durera jusqu'à la fin des joivrs*. i»
jadis la Jutlée ot les i)iaj,Miifi<(ut's campagiies qui cnvimnnaient Jérusalem, n'aurait pu sVnijicclier île verser des lannes... Quii oiîqiie, connaissant Jériisalt iu, y eut été subitement transporlf', iTeut j»u la reconnuitre, et eût cherché la ville SIM* son propre craplaccuient. » «Philostr., vi,29.
* Ôiate â^fwfffltv, ôiire îwaôov. Philostr., in VU. ÀpolL, v, 27. 'Daniel, IX, 20, 27.
CIIAPITllE XVI
DëRMëRS goubàts
Et Ml Umm piostenwàt le, t« et lilios luos qui ia te suni.
rt ils te déiniironi eotiâreinent toi et tei tiens, qui
sont au milieu de loi.
Luc, XIX, 44.
JlÀton&'DOUS d'adiever l'histoire des malheurs d'Israël en ce siècle.
Le mouvement de pitié que les ruines de Jérusalem avaient inspiré à son vainqueur pouvait ôlre le fait d'un Romain, d'un César, de Titus. Les païens de rOccident pouvaient bien avoir <|uelqtte compassion pour des Juifs. Mais il n'en était pas de môme de ces idolâtres arabes, syriens, phéniciens, voisins du peuple de Juda et ses ennemis depuis quinze siècles. Ceux-là répondirent par des acclamations de joie aux hurlements de douleur de Sion. Lorsque Titus apparut au milieu d eux avec les trophées de sa victoire, des richesses et des captifs, chacune des étapes de son voyage fut un triomphe. Dans les deux Césarées, à Béryte, à Antioche, le peuple se précipita sur ses ])as, les villes lui oflrirent des couronnes ; des jeux, des spectacles et des supplices célébrèrent son passage. A Césarée,
416 AOME ET U JUDÉE.
lieu où il célébra le jour natal de son frère (24 octobre), deux mille cinq ceub Juifs fuiciil ou biiiiés, ou dévorés ])ar les bêtes, ou contraints de s'^orger dans rampbithéàtre. A Béryte, le jour de naissance de son père (17 novembre), il y eut aussi une grande tuerie à la santé de Yespabien : le clément Titus célébrait ainsi ses fêtes de faniille. A Antioche, sénat et peuple vinrent au-devant de lui à trente stades de distance, lui demandant de nouvelles rigueurs enver^ les Juife. A Zeugma^sur l Euphralc, frontière extrême de Tempire, leroi parthe Yologèsc envoya une courouue d'or au vainqueur de ces Juifs, ennemis communs de Rome et de Ctésiphon. Tout le paganisme oriental se réjouissait ainsi de la chute de Jérusalem. Les soldats syriens étaient fous d'orgueil et de joie : « Reste avec nous, disaient- ils à Titus, ou emmène-nous tous avec toi. » 11 n'eût tenu qu'à lui de se séparer de son père et de fonder un empire d'Orient. Vespasien en eut la crainte, et ne fut rassuré que lorsque Titus, débarqué à Pouzzoles et se hâtant de calmer les soupçons paternels, lui écrivit : « Me voici, mon père, me voici »
Titus César, prince de la jeunesse, imperator, consul, associé à rempilé de son père *, arrivait ainsi en Italie, où un triomphe plus solennel Tattendait (printemps 71). Josèphe décrit, avec peu de fierté nationale, il faut en convenir, ce triomphe, qui élait le convoi funèbre de Jérusalem. Titus eut cette gloire particulière qu'un empereur vint au-devant de
^Ihiet., in TU., 5.
* Xiphil., uvi. — Tacit., HUi,, vt» 58. — L association de Titus k rempire est dtablie fmr les monnaîet et ks iii8cri|>iioiis, où , du vivant de son ]>èrp, il est désigné i>ar le mot Imperatorp placé avant son nom. — Suétone {in fit.y 6), rappelle partUipemet tiUoremin^^erii.^V1lÙM dit : Impemtwm Cmam Vespniud, Hi$t. it., vu. — Voyei anssî Pline le Jeoie, Panegtfr,, 8. — Selon le peu croyable Philostrate, en arrivant à Rome, Titus aurait ap|iris son élcclîoii h Femplre, v, 30.
CUAP. XVL ^ OEBNIERS COMBATS. 417
Ihî. Vespasien partit dès la veille pour rencontrer son fils, et,
à l'aube du jour, tous deux rentrèrent solennellement dans Rome. Le cortège, selon l'expression emphatique de Josèphe, était comme un fleuve non interrompu^ d*argent, d*ivoire, d'or, de riches éiofies ; de couronnes d'or garnies de pierres précieuses, de dieux portés sur les brancards sacrés, d'animaux de l'Orient avec leurs guides et leurs caparaçons habi* tuels; de curiosités, telles que Tarbre du baume, qui passait pour appartenir à la seule Judée, et que les Romains se vantaient d'avoir défendu contre les Juifs eux-mêmes*. Marchaient aussi, plus glorieux butin, des prisonniers, ou plutôt Télite des prisonniers, couverts de vêtements magnifiques, comme pour dissimuler leur épuisement et leur douleur. Sur quelque cent mille captifs que la guerre avait donnés, on en avait trié sept cents, les plus beaux par la figure et par la taille, les plus beaux aussi par la renommée de leur courage; et, à leur tête, Simon, ills de Gioras, portant au cou le lacet qui allait servir à l'étrangler, et qu'on menait en le flagellant comme on avait mené Yerdngétorix devant le char de César. Suivaient les représentations des villes prises, hautes de trois ou quatre étages ; des bas-reliefs incrustés d'argent et d'ivoire, iiguranl toutes les scènes, même les {dus affreuses, de la guerre. On portait jusqu'à des vaisseaux. On portait enfin ces dépouilles du temple que j'ai tant de fois nommées, les candélabres, les coupes d'or, le voile du temple, la table des pains de proposition, le chandelier à sept branches, le livre de la loi. Et, à la suite de tous ces trophées, les deux princes venaient sur le char triomphal, sous les lauriers et sous la pourpre, Dpmitien à cheval auprès d'eux*.
' *PtCVT« irST«Ul9». TU, 17 (5» 5).
< Pline, HiU. m, S5.
* Jos., TU, 16-19 (5, 4-7). — Suet., ht Yetp., 8 ; in TiL, 7.
418 ROJAK ET U JUDÉE.
Il y eut un temps d'arrêt avant d'arriver au temple de Jupiter (]apitolin. Jupiter ne permetLiit pas qu'on se pi ésciilùt devant sa demeure sans avoir fait couler pour sa satisfaclion rpielques gouttes de sang. On s'arrêta donc sur le forum, devaut la prison 31amcrlinc, sauclifiôe quatre ans auparavant par le séjour de saint Pierre et de saint Paul; etlon jeta Simon, fils de GiorasS dans le TuUiamun, cachot où avaient péri avant lui Jugurtha, Lentulus, Céthégus, Vercingétorix. Un instant après, on vint dire aux Césai's qu'il avait vécu et que le programme de la fêle était rempli. Le peuple poussa un grand cri de joie ; les prières solenndles se tirent ; les princes étaient maintenant dignes du dieu. La journée s'acheva dans les festins ; seul, le vieux Yespasien trouva la cérémonie un peu longue: Je suis bien puni, dit-il, de la sottise que j*ai eue, yiem et plébéien, d'ambitionner le triomphe'.
Ces triomphes prouvent quelle était l'imporlaiice de la victoire. On avait eu beau mépriser ce petit peuple juif; il n'en avait pas moins tenu la puissance romaine en échec poidant quatre ans. Le temple de Janus fut fermé. Titus et Yespasien prirent le titre d'imperaîores. Le triomphe d'Auguste fut inscrit sur les monnaies*. Treize ans après cetie victoire, elle était rappelée par un monument demeuré un des types les plus purs dcrarchitccturc impériale. L'arcdc Titus, placé en face de l'amphilhéàtie de Yespasien, retrace toutes les scènes du triomphe, les dépouilles sacrées, le Jourdain vaincu et Rome conduisant le triomphateur. Les Juife de Rome se fai-
* Jos.y TU, 18 (5, 7), et Dioo, apud Theod., vm, 7. — Dion ajipeUe Simon Barporas, ce qui peut vouloir dire adultère ou étranger.
* Voir Saet., in Vesp., S, IS ; les monnaiei nuviir. ato., avec le captif nu et garrotté, qui suit le quadrige triomphal ; et surtout Tare de Titus.
> ITIkilA CAPTA. » imSA DEVlCTA, M tTOABtt. — IMVM. ATQ. —
LOYAAIAC EAAnKYlAC—TiGiDMAïuvAUs (combat svr le lacdeGénésareth). La Judée est figurée par une femme assise an pied dhm palmier.
CHAP. XVI. — DERMim COMBATS. 410
usaient, dit-on, une loi de ne pas passer sous eet arc de
triomphe, moniimenl de leurs souffrances et de leur châtiment. C'est ainsi que la victoire de Titus était encore célébrée sous Domitîen, meurtrier de Titus et Bunemi de sa mémoire*.
Au moment de ce triomphe, la guerre n'était pourtant pas complètement finie. Titus avait laissé derrière Im trois points encore occupés par Tinsurreetion :Hérodioa, dans lintéricur de la Judée ; Massada, sur la rive occidentale de lu mer Morte; Machéronte, sur l'autre rive: trois citadelles, palais et arsenaux, bâtis par le roi Héroda pour être les abris de son despotisme, et qui devenaient les derniers abris de la libellé.
Lucilius Bassus, chargé de gouverner la Palestine, soumît promptement Hérodion (71 ). Blachéronte, qumque sa position
fut très-forte, résista peu. Les insurgés qui l'occupaient étaient las de la guerre ; maitres du château, ils rachetèrent lem* vie en livrant la ville au pillage et les habitants au massacre^.
n n en fut pas de même de Massada. C'était un rocher à pic de toutes parts, haut de douze cents pieds du côté de la mer Morte, de neuf cents environ du côté de la terre^ accès* sible seulement par des sentiers étroits, dangereux, escarpés, où il faut poser le pied juste où Ta posé celui qui vous précède, et où la tète tourne dès qu'on regarde aïKlessous de soi. Sur le plateau qui couronne ce rocher et qui n'a pas moins de sept stades (quatorze cents métra) de circuit, les
* In8cripti<m de Rome en l'iionneur dcTitus : svbutis rop. rok. iiosnBTS rEMnciosissims. Gruter» 244. — De inéine à Intcmntnie, ibid., 245. — €ruter rapporte une autre inscription où ks Juifs sont nommés, et qui est beaucoup plus prolixe ; mais il ne dit pas où elle a été trouvée, et elle est à lK>n droit suspecte (F. p. 244; et GrsBTius» Thetaur, ArUiq.), t. iil, p. 111.
• Jo8., vu, 25 (6, 4).
m ROME ET U JUDÉE.
rois Asmonéens avaient bâti une citadelle; Hérode Tavait enceinte d'un rour, avec des tours de soixante coudées, et,
comme à son ordinaire, y avait ajouté un palais, des tlicrmes, des pavés de marbre et de mosaïque. 11 y avait laissé, pour Fusagc futur des révolutionnaires juifs, des armes pour dix mille hommes, une immense quantité d*eau dans les citernes, de vastes magasins où, au bout d'un siècle, le vin et le blé étaient intacts; tout, jusqu'à des terres en culture
Ce nid d'aigles, je l'ai dil, était occupé par les sicaires. Un descendant de Judas le Gaulonile, Éléazar, fils de Jaïr, avait établi là sa bande armée, rançonnant le pays d'alentour, indiilèrent aux luttes de Jérusalem et se tenant fiére» ment debout après sa chute*. Il n'avait plus là qu'une poignée d'hommes ; mais leur courage et la puissance de leur situation les rendait redoutables, et ce ne fut que la seconde année après la victoire do Titus que Flavius Sylva, successeur de Bassus, vint attaquer Massada {1%.
Le siège se lit dans toutes les règles. Établis sur le rocher de Leucé, qui servait comme de marchepied pour escalader Massada, les Romains comblèrent le ravin qui sépare ces deux hauteurs, au moyen d'un remblai de trois cents coudées ; ils élevèrent peu ù peu ce remblai sur une largeur de cinquante coudées jusqu a la hauteur des murailles; ils y amenèrent Fhélépoleetles béliers. En même temps, une circonvallation tracée dans la plaine enlevait aux assiégés toute espérance de fuite ; ils purent apprendre là que la pelle du soldat romain était aussi vaillante au moins que leur épée.
Aussi, quand le premier mur eut été renversé par le bélier; quand une seconde muraille, élevée pendant le siège, eut été détruite par le feu; quand les Romains, après une nuit
* Jos., VII, 51, 52 (8, 5, 4).
* Voir Jos., de B., ii, 52 (17, 9); ir, 24 (7, 2).