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CHAP. XVI. - DERNIERS COMBATS. 4SI

d'attente, à Taiibe du jour, s*approch&rent des murailles

(15 xanlh., 22 avi il), ils ne virent personne. Ils franchirent la muraille : tout se taisait; seulement le ieu brûlait dans la citadelle. Ils jetèrent un cri comme celui dont ils accompagnaient les mouyements du bélier; deux femmes seulement, sortant des couloirs souterrains où elles s'étaient cachées, vinrent à ce cri.

Elles racontèrent ce qui s'était passé poidant la nuit. Eléazar avait rejeté toute idée ou de fuite ou de résistance. 11 avait rassemblé ses hommes, et leur avait proposé d en ûnir parle suicide. On avait hésité; on avait versé quelques larmes; l'éloquence d'Éléazar l'avait emporté. Ses auditeurs l'avaient interrompu; « saisis comme par une impulsion irrésistible et livrés à un démon S s'étaient hdtés à qui accomplirait le premier ce tragique dessein. Ils avaient embrassé leurs, femmes, donné à leurs enfants un dernier baiser, et, tout en pleurant de désespoir, comme s'ils eussent obéi à une force étrangère, ils les avaient percés de coups. Vas, un homme n'avait eu la pensée d'épargner ceux qu'il aimait. Ceux-là morts, ils avaient eu soif de les rejoindre. Ils avaient entassé toutes les richesses du palais pour les in< cendier^ choisi au sort dix d'entre eux chargés d'égorger le reste, s'étaient étendus sur le sol à côté de leurs femmes encore })alpitantes, avaient embrassé leurs cadavres et tendu la gorge à Tépée. Api'ès avoir bravement tué tous leurs compagnons, les meurtriers avaient tiré au sort une seconde fois; celui que le sort désigna avait tué les neuf autres; et, sa tâche linie, après s'être assuré que personne ne restait vivant autour de lui, il avait mis le feu au palais, s'était percé de son épée et était tombé sur tous ces morts. Neuf cent soixante êtres humains avaient péri ainsi. Deux femmes

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quirpar bonbeur poar elles, n'avaient là ni père ni marî^ cinq enfants échappés à la sollicitude paternelle, s'étaient caciiés dans les souterrains; et ce lui par eux que les ilomains coBDurant celte horrible tragédie.

Llnsurreetîon judaïque se terminait ainsi par une scène di^e de son conrage, digne anssi de sa fiviu'sio. Un descendant de Judas le Gaulonite fermait pai' sa mort la carrière de révolte et de meurtre que ses ancêtres avaient ouverte, quatre-vingts ans auparavant. Les Romains admirèrent ceux qui les avaient ainsi déçus, et Josèphe, ce déserteur de la cause Judaïque, admire ceux qui étaient restés si désespérément fidèles & cette cause Oubliant tous ses raisorniements contre le Sin( ide dans la caverne de Josapat, il se prosterne devant le suicide des hommes qu'il déteste le plus. Tant à cette époque, lous, même les Israélites, étaient séduits par le funeste héroïsme des morts volontaires !

M'est-il permis de ni'ariélt r ici pour remarquer combien rhistoire est parfois justiiiée par la topographie? Des voyageurs modernes, en petit nombre et tardivment,.ont reconnu la plage dangereuse de la mer Morte, et visité le rocher qui avec son château a perdu son nom de Massada (forteresse), et s'appelle simplement Sebbeh. Ils ont gravi, non sans péril, quoique nul sicaire ne fût là-haut pour faire ronlor dos pierres sur eux, Tun de ces sentiers dont parle Josèphe, et l'ont trouvé au moins aussi difficile qu'il le dit*. Ils sont arrivés sur le premier plateau, auquel la pierre cal-

* Jo8 ,Tii» 34,35(8,9).

* H. de SsHi'cy, 1. 1, p. 300 et mît. -~ J'ai cependant peine à croire que le sentier par lequd cet intrépide Tojageur est monté sur )e plateau de Sebbeh tmk celui que Josèphe appelle la Couleuvre, Joeeph désigne deux sentiers, Fun arrÎTant par l*eccident et s'appuyaiit sur le rodier de Laucé; Pautrc arrivant de Torient, du e6té de la mer Morte, et plus escarpé encore : c^est cdni-ei qu'il nomme la CtmUwsrc.

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caiic dont il est formé avait fait donner le nom de Leucé (blanc). De là, ils ont gravi le plateau de Massada, marchant sur la cime, bien amincie par les pluies et les éboulements, du remblai que les Romains élevèrent, il y a mille sept centquati'C-vingt-cinq ans. Arrives sur la plalo-l'ornie liérodicnne, ils ont reconnu une porte ogivale qui menait dans le palais, le palais même avec ses mosaïques, la citadelle asmonéenne de Jonathas, le mur d'enceinte, des citernes, des magasins creusés dans la partie verticale du roclier et accessibles seulement par des passages souterrains. Us ont fait rouler de douze cents pieds de haut les pierres hérodiennes sur les sables de la mer Morte. Et, de celte hiiuteiu-, ils voyaient le mur de circonvallation de Sylva^ en grande partie reconnaissaUe, construit en fragments rocaUleux, garni de quatre redoutes, et qui s'ouvre pour safeîr le rodier de Massada, comme entre les deux branches d'une tenaille. Les historiens antiques ont un renom d'inexactitude qui ne laisse pas que d*ètre parfois mérité; mais parfois aussi la terre et la pierre fournissent à leur récit des pièces justificatives singulièrement authentiques.

J'ai hâte d'arriver au terme de tous ces meurtres et de toutes ces douleurs. Malheureusement, je n'ai parlé jusqu'ici que de la Palestine, et il y avait des Juifs par toute la terre. Ce qui arriva à ceux qui habitaient hors de l'empire romain, nous ne le savons pas; mais il n'est pas probable que le Parthe Vologèse, qui envoyait une couronne à Titus, ait manqué l'occasion de malti*aiter les Juifs opulents de ses Etats, qui avaient fourni des auxiliaires à la défense de Jérusalem. Quant aux Juifs de l'empire romain, ils étaient en généra! demeurés paisibles. Plus éloignés du centre religieux, plus refroidis par leur prospérité commerciale, plus en contact avec les paiens, les prophéties ne les tenaient pas

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autant en éveil. Mais la chute de Jérusalem, qui aurait dû

les ('pouvanler et les abattre, les excita et les souleva. La victoire de Titus jeta sur le monde une foule de fugitifs israélites. Tous les sicaires n'étaient pas à Massada; et de ce parti, le plus ancien et le plus tenace des partis révolutionnaires juifs, bien des victimes, l)ien des missionnaires, bien des héros apparurent dans les synagogues. Leur doctrine,que Dieu est le seul Souverain, se propagea davantage au moment où la main du souverain terrestre pesait plus lourdement sur la Judée.

A Alexandrie, où les chefs de la synagogue, dans leur prudence, cherchèrent à rétouifer, elle n'amena que des querelles entre Juifs, et une persécution des sicaires fugitife livrés par la synagogue elle-même à la justice romaine. Mais à Cyrène, un tisserand nommé Jonathas persuada à la populace Israélite de le suivre dans le désert, lui (N'Omettant, comme tant d*autres, des miracles et des apparitions^ Le préfet Catuiius poursuivit et tailla en pièces ces malheureux; mais, comme ce n'étaient point là des sévérités lucratives, Il imagina de mettre en cause raristocratie judaïque, <|ui avait au contraire dénoncé les révoltés. Bon nombre de Juifs opulents périrent; bon nombre de patrimoines furent confisqués. Yespasien cependant intervint et dîsgraciaCatullus en même temps qu'il fit brôl^ Jonathas.

Ailleurs, d aulres causes amenèrent d'autres persécutions. Ves[ Men, qui connaissait les prophéties relatives au roi fils de Di ..u, fit rechercher les descendants de la famille royale hébraïque, et en mit quelques-uns à mort, non sans laisser à ses successeurs Domitiea et Trajan l'héritage de celte défiance et de ces rigueurs.

Là s*arrète, pour un temps du mcnns et sauf les lacunes de l'histoire, la séiie des calamités du peuple juif. 11 est difficile

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lie les résumer par des chiffres. Josèphenous dounc le nombre des morts de Jérusalem ; il ne donne pas celui des morts de toute la nation; il dut être immense. Dans les guerres antiques, la mort oontre la population virile, Tesdavage contre la population désarmée était de droit; la servitude pour les premiers, la liberté pour les seconds était une grâce; et les Romains, plus libéraux en ce genre que la plupart des peuples de l'antiquité, accordèrent souvent cette grâce à des vaincus, rareuient à des rebelles. En réunissant les chiffres partiels que donne Josèplie en différents endroits de son ouvrage S

« Tués par Pions àJénisateni, il. 25 (14, 0). . . . 3,600

A Cëfiii^ 10,000

A ScjthopoUs 15,000

A Ascalon 3,500

A Plolëmals, u, 54 % 3,000

£d Égypte, vu, 34 (8) 60,000

A Damas, ibid. (AiUeu» Joseph dit 10,000). ... 8,000

AJafipé. 8,400

• Sur une montagne 3,000

Dans un combat i Ascalon 10,000

Dans les embuscades 8,000

A Japha 15,000

SnrleGarisim 11.600

A JotajMt 40,000

A Joppc 4,200

A Tarichcc 0.500

Prisonniers de Tarkbée tués à Tibériade 1,200

A Gamala 5,000

A Giscala. iv, 9 (2, 5) 0,000

Dans rWumco 10,000

A Gerasa, iv,28(d, i). 1.UU0

A Machei-onte 2,700

Dans le bois de Jartlès, vu, 26 (C, 5} 5,000

A Massada (vu, 25, 6, 4) 900

A Cyrèoe 5.000

A Jérusalem 1,100,000

nous arrivons h un chiffire de un million trois cent mille

hommes, ([ui serait encore bien au-dessous du total réel.

Par contre, Josèphe nous donne ici le nombre des prisonniers, n Testime à quatre-vingt-dix<^pt mille pendant toute la {.Miorre cl il ajoute que les marchés syriens furent encombrés de CCS ca[)tifs. Troj) nombreux pour cire cliers, trop indépendants pour faire de bons esclaves, les Juifs étaient une pauvre denrée ; et il y a assez de vraisemblance dans la tradition clirélicnnc qui raconte que ces Juifs, à qui le Seigneur avait été vendu pour trente deniers, étaient eux* mêmes vendus trente pour un denier. Somme toute, si Ton compte les prisonniers et les morts, il n'est pas improbable que sur trois millions d'habitants la Talestine en ait perdu deux millions. On peut donc dire avec Joséphe : «i Jamais peuple depuis le commencement du monde n'avait vu autant de crimes, jamais cilé n'avait tant souffert*, » ce qui icvieutaux paroles de l'Evangile : Il n'y a pas ou de jours de thbulation pareils et jusqu'à la lin des jours il n'y en aura pas de semblables.

On s'étonnera peut-être que tant de massacres aient été accomplis sous le régne de Vcspasieu, l'un dos plus modérés d'entre les Césars, et par l'ordre de Titus, qu'on appela depuis les « délices du genre humain. » 11 est bien vrai que Titus, pondant ses deux ans et deux mois de règne, a su de-

* Ka9* gXovtôv icoXiu&v, dit-il, tandis que les chiffres dn morts qu'il donne dans le même passagn s'appliquent seulemeut au siëgc de Jérusalem, mit» ttSt^v rr.v iseiM^nMei, Qo n'a pas toujou» rBiiMuri|ué cette difiérence. ti, 45 (9, 3).

Ydci en outre quelques chiffres partiels donnés par Josi'phc :

A J .1 pha 2,150 prisonniers.

AJotapat 1,200

A Tarichée 36,400

A Giscala 5,000

Dons riduméc 1,000

* Jos., V, 26 (10, 5).

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