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meurerpurde toute cruauté, exa^pté celles derainphithéâtre, qui chez les Romains ne comptaient pas. Mais l'itiis, sous le règne de son pcre^ ne se fit pas faute, comme dit Suétone, d'un peu de tyrannie et de viotoce ; il faisait demander par le peuple ou par les soldats la lôte de ses ennemis. Instruit d'un complot formé par un consulaire, il invita le coupable à souper et le fit tuer en sortant de table. Je ne pense pour^ tant pas comme un spirituel érudit de nos jours que Titus^ s'il eût vécu plus longtemps, eût clé un Néron; mais je crois qu il n eût Jamais été un Marc-Auréle.
Et surtout il faut dire que les cruautés de la guerre n'étaient rien à la réputation d'humanité de qui que ce fût. Josèphe, ce flatteur de litus, raconte les exterminations de son peuple, sans songer ni à les accuser ni à les excuser. Titus n*en est pas moins à ses yeux le plus clément de tous les princes. Des ennemis, des rebelles, des ])arl)ares, des Juifs, étaient un gibier si légitimement acquis au bourreau, au feu et à l'amphithéâtre, qu^on pouvait en tuer onze cent mille sans cesser d'être le plus doux des hommes. On mettait sa clémence ailleurs.
Du reste, môme les légendes apocryphes des Juifs, si antihistoriques qu'elles soient, par leurs rancunes prouvent leurs souffrances. Tous les Juifs n'étaient pasconuiieJosèphe gagnés à leur vainqueur et les commensaux de sa cour. Tour beaucoup d'entre eux, Titus n'est pas le moins du monde les délices du genre humain. C'est le plus exécrable des réprouvés. Après avoir proiané le sanctuaire et déchiré de son cpéc h voile du temple, il en voit sortir du sang et comprend qu'il a outragé la Divinité. Bourrelé de remords, il s'embarque pour lltalie ; mais son navire est prés de faire naufrage. « Le Dieu de ces gens-là, dit-il, n'est puissant que sur les eaux. C'est sur les eaux qu'il a fait périr Pharaon et Sisara [sic). Que ne
pouvons-nous oombattre sur teiire contre lui?» Une vcmx lui
ivpoiid : «Scélérat, fils de scélérat, engcauco d'Iilsaù! j'ai une petite créature qu on appelle moudieroii, va sur terre et combats contre elle. » La tempête cesse, Titus débarque, un petit moucheron'entre dans ses narines. Pendant sept ans, il bourdonne dans son cerveau, lui oie le sommeil el la paix. Un jour, Titus entre parbasard dans une forge, et s*aperçoit que le bruit des roarteaui fait faire silence au mouvement intérieur qui le dévore. Ce remède trouvé, il en use, et fait venir dans son palais un forgeron pour marteler saqs cesse à ses côtés. Mais, aubout de trente jours, l'insecte recommence à martelerdesoncèté, et la souffrancedu prince devient abominable. Il meurt enfin ; le rabbin Pinlia, fils d'Eruba, assiste à l'ouverture de son corps. On trouva dans sou crâne une hirondelle du poids de deux talents (environ cent livres), d'autres disent une colombe de deux livres qui avait un bec de cuivre et des griffes de fer. L'insecte en dévorant le cei*veau de Titus, s'était grossi à ce pointé Puériles sottises qui témoignent bien de la pauvreté du génie rabbinique, mais qui témoignent aussi des ressentiments et des souffrances du peuple de Juda.
Ainsi, en bien peu d'années, la nation judaïque avait traversé des pbases bien difièrenles. Nous Tavons vue d*abord au commencement du premier siècle de notre ère , portant le joug commua, mais jouissant de la liberté, de la sécurité, de la prospérité commune des nations de Tempire romain; plus en progrès même que d'autres nations, quant au nombre, quaut à la richesse, quant à l'importance; attendant le Messie et l'attendant comme prochain, mais Tattendant en paix et avec confiance.
Est venu le crime du Calvaire. Pour ce crime, les diverses
< Voir Joit.
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nuances du judaïsme se sont momentanément unies ; mais elles se sont unies pour ensuite se diviser de nouveau et se combattre avec plus de fureur. Pour c(\ crime, on a abusé du principe de la soumission envers Rome; et ce qui en sort, c'est l'esprit de révolte contre Rome. Par ce crime, Israël a rejeté le Messie humble, pacifique, spirituel, céleste, qui lui élait donné; et il s'est livré d autant plus à tous les faux Messies, ambitieux, guerroyants, charnels, terrestres, que le démon ou la folie pouvait susciter. Par ce crime enfin, Israël a prononcé Fanathéme contre lui-môme, et cet anatlièmc déjà s'accomplit.
Sont venues ensuite, entre le crime de Golgotha et la guerre déclarée, trente-quatre années où Israël s'est enfoncé de plus en plus dans l'anathème, pins divisé, pins insoumis, plus livré aux imposteurs, persécuteur plus obstiné chaque jour du Christ et de son Église, plus oublieux des avertissements de sa propre loi . Israël , qui , par crainte des Césars et par amour, dit-il, jKHir Moïse, a fait périr le Christ, attaque de plus en plus, par une triple révolte. César, Moïse et le Christ.
liais enfin le dernier délai est expiré, et nous avons vu éclater la révolte. Les aristocrates, les gens sages, le grand nombre, selon Joséplic, aurait voulu l'éviter; les démocrates, les insensés, le petit nombre, selon Joséphe, ont trouvé moyen d'ycomprometire le grand nombre avec eux-mêmes. Patriotes qui poussent leur patrie à sa perte; hommes religieux qui engagent leur religion dans une guerre fatale, contre un pouvoir respectueux après tout envers elle; ou plutét sectaires désespérés, satisfaisant malgré eux à Fanathéme prononcé contre eux par eux-mêmes ou parleurs pères.
Cependant, après une campagne malheiu euse. Dieu, dans sa miséricorde, a voulu, par les guerres civiles de Rome, accorder à Jérusalem un temps de répit. Dix-huit mois se sont
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passés peuilaiil les(iuels la rcvollc judaujuc, toujours refoulée et GÎTOODScrite» n a été cependant que faiblenOient attaquée. Eh bien, ce temps de grâce n*a été eiuployô ni à ménager la paix ni à so foi lifier pour la guerre. 11 a été employé à s'cntr*é^orger. Pleines d'énergie, mais aussi pleines de démence, les factions sont demeurées, toujours dominant dans Jérusalem, y opprimant toujours les amis de la paix, toujours rebelles contre Uoine ; mais eu luèine temps toujoui^ armées contre elles-mêmes et se déclarant.
Et, lorsque Borne, libre enfin de ses querelles intérieures, a pu reprendre les lioslilités eonlre Jérusalem, ces lionunes, s'atiiicliani de tout leur cœur ù éliminer les diauces de salut qui pouvaient rester pour leur ville et pour eux-mêmes, ont écrasé les soulèvements pacifiques du dedans, repoussé les exliortatious paciliques ilu dehors, proscrit tous les conciliateurs possibles, insulté Josèpbe, irrité Titus, ils ont si bien et si héroïquement fait; ils ont eu tant d'atrocité et tant de courage; ils ont tellement prolongé la lutte, qu'ils ont amené une catastrophe où tout a péri, la ville, le temple, le peuple et eux-mêmes. Ils semblent avoir tout combiné pour rendre le malheur aussi grand et aussi complet que possible.
Dans cette transformation si rapide, dans celle révolte si téméraire, dans ces discordes si insensées, dans cette obstination si aveugle, ne reconnail-on pas le doigt de IMeu poussant cette nation vers sa perte? Ne peut-on pas dire ici, dans la compassion et dans la douleur, ce qu on dit ailleurs dans l'admiration et la joie? « Ceci a été fait par le Seigneur, et c'est à nos yeux chose admirable »
' Josl, ralionalisie, et disposé à ne voir en rien Paction de la Providence, laisse pourliuil échapper cette phrase : « II est vrai que la chute d'aucun État ne pivsoute des circoiiNtaiices aussi sin<;ulières, tant dV-vénenieiils iniprévuty des révolutions si subites, cl 1 action aussi puissante de causes qui par-
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Maintenant, comme nous l'avons fait jusqu'ici, rapprochons
les malheurs du présent des avertissements du passé.
Le peuple de Juda était sous le coup d'un triple anathénic dont il était ou le dépositaire, ou le témoin, ou l'auteur. 11 était le dépositaire des prophéties de FAncien Testament, qui lui a])prenaieiil à quelles condilioiis la vocation divine lui avait été conférée, et quelles peines suivraient rintraction de cette loi. 11 avait été le témoin des prédictions évangéliques, puis* qii*à Tépoqnc de la ruine un grand nomhre de contemporains, et les pères ou les ^^Tands-péres de tout le reste, avaient pu entendre la parole du Sauveur. Enfin, il était l'auteur de ce terrible et solennel anathéme prononcé aux pieds de Tarcean de Gabballia : « Prends-le et crucifte-le... Que son sang retombe sur nous et sur nos entants I »
Les prophéties évangéliques ont été citées assez au long. L'anathéme juif est assez clair dans son terrible laconisme; c'est le suicide d'un peuple voté quarante ans à l'avance. Mais il est bon de rappeler ici les propiiéties de l'Ancieu Testament.
J'ai déjà cité celle d'Isaïe et d'Osée sur le libelle de répudiation envoyé à lépouse infidèle par son époux irrité; celle d'Isaie et de Jérémie, sur le vigneron divin enfin décidé à arracher la vigne stérile; la verge de Talliance brisée parZacharie.
Les Juifs pouvaient lire également dans d'autres propbétes du temps passé leur récente histoire ; « leur demeure deve-
tout aiUeui*s n'auraient eu que des eonséquences fiiibles, saperficîelles, faciles à combattre. Il est vrai qu'un encfaainement de prophéties, remontant à un millier d'années, faisait d'avance piessentir ces événemenli» et prévenait lellemeiit l'œil de Tobservateur, que, sans pénétrer plus avant dans les ressorts cachés des événements, Tesprît se persuadait immédiatement de cette panée, quMly avait là une puissance supérieure agissant sans internicdinire sur le monde, et que TÉtat qui s'écroulait ainsi avait, par le péchéde ses habitants, mérité la colère du Père oélcste. • m, id.
43i ROME ET U JUDÉE.
nue déserte et leur tahornaclc sans liabitants; » leur « dos courbé sous le joug pour de longs siècles; » la « cessation de leurs joies, de leurs fêles, de leurs néoménies, de leure sabbafs, » et la terrible image de « Dieu les comptant à la pointe du glaive et faisant périr son peuple dans le massacre*.»
Mais, do toutes les prophéties, nulle n'était frappante comme celle de Motee. On se rappelle ces bénédictions et ces malédictions solennelles qu'il prescrivit au peuple de prononcer, partagé en deux camps, l'un sur le mont Hébal pour maudire, l'autre sur le mont Gariiim pour bénir : « Si tu entends la voix du Seigneur ton Dieu, disait-il, le Seigneur te fera plus liant cpie toutes les nations
« Mais, si tu ne veux pas enlendrcda voix du Seigneur ton Dieu, ni garder et observer ses ordres et toutes ses cérémonies que je te prescris aujourd'hui, sur toi viendront et te saisiront toutes les nialédiclious que voici :
« Maudit scras'lu dans la ville et maudit dans la campagne I
« Maudit sera ton grenier, et tes restes maudits ! « Maudit sera le finit de tes entrailles et le fruit de la terrel....
« Le Seigneur t'enverra la faim et h âisetle, et la malédiction sur toutes les œuvres que tu feras, jusqu'à ce qu'il t'écrase et te perde sans délai. . .
« Le Seigneur te livrera chancelant à tes ennemis ; tu marcheras contre eux par un chemin et tu t'enfuiras par sept ( liemins pour te disperser dans tous les royaumes de la terre.
m Et ton cadavre sera la nourrUnre de tous les oiseaux da
eiel cl des bêles de la terre, sans que personne les chasse....
* Voir sur tout ceci : Isaîe, l, 1-5. Osée, ii, 13. — Isule, t, 1, Jérènie, ii» St. — Ps. uviti, 33-39. — Osée, ii. Il, 13. Isaîe, Ltr, 11.
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« Et en loat temps tu supporteras les vexationsi et tu seras opprimé par la violence, et nui ne Le délivrera...
« Et tes fils et tes fiUes seront livrées à un autre peuple; et pendant tout le jour ta vue défaillira à ce spectacle, et nulle force ne sera plus dans ta main
« L'étranger qui habite le même pays avec toi montera
au-dessus de toi et sera ton supérieur ; tu descendras et tu lui seras inférieur....
« Et il y aura sur toi des signes et des prodiges, et sur ta
race à jamais.
« Parce que tu n'auras pas servi le Seigneur ton Dieu au temps de ta joie et de Tallégresse de ton cœur et de l'abondance de toutes choses,
« Tu serviras Tennemi que t'enverra le Seigneur, dans la faim, la soif, la nudité et toute espèce de dénûment; et il
mettra un joug de fer sur ta nuque jusqu'à ce qu'il t'éci ase.
« Le Seigneur amènera sur UÂvneruUian venue de loin et des extrémités de la terre, semblable a dh aigle qui vole avec impétuosité ; une nation dont tu ne pourras comprendre la langue; uue nation pleine d arrogance qui n'aura pas de respect pour le vieillard ni de pitié pour Tenlant.
« Et elle dévorera les petits de tes troupeaux et les fruits de ta terre, jusqu'à ce que tu périsses; elle ne te laissera ni blé, ni vin, ni huile, ni bœufs, ni brebis
« Ët elle t'écrasera dans toutes tes villes; et, dans tout ton pays, tes mm hauU et puusantsenleiqitds tu avais eonfiance seront détrmts. Tu seras assiégé au dedans des portes de la cité. »
Vient ici la prophétie déjà citée de la famine et de l'enfunt mangé par sa mère.
4U AOME fiï U JUDfiB.
« Et vous resterez en petit nombre, vous qui auparavant
étiez noinbrcux coiniue les astres du ciel....
« Et de même que le Seigneur s'est réjoui sur vous en vous faisant du bien et en vous multipliant, de même il se réjouira
en vous perdant et en vons exterminant, alin que vous dispai*ais8iez de la terre dont vous aurez pris possession, «t Le Seigneur te dispersera ches tous les peuples depuis
le «MMili e de la terre jusqu'à ses extrémités....
« Chei ces peuples, tu ne t'arrêteras pas et il n'y aura pas
de repos ])our la plante de tes pieds.
« ]a' Seigneur te ramènera sur des vaisseaux en Kgy pic, par le ciiemin qu'il t'avait annoncé que tu ne verrais plus. Là tu seras vendu par tes ennemis comme esclave et comme ser^
vaille^ et il k'y alua i'eiiso.nm: vom t*acheteii »
J'aurais vraiment une bien faible idée de la mémoire du lecteur si je pœnais la peine de rapprocher en détail celte pix)-
pliéliede l'événement*. 3hiis il est bonde nous demander quel est le crime auquel Moïse attuclie de si durs aualhcmes ? Ce ♦
' Deut., tiTii et xxviit. — Voir aussi les pessages analogues dans le Lé- TÎtique, xxTi : c J*enTerrai cootra vous mon gbire ▼eogeur... J*ea?errai la peste au miUeu de vous... Je briserai le liàtOD de votro paix : dix femmes cuirout daos le mémo four... Vous inangeres la chair do tos fils et de vos filles. Je changerai vos villes en solilude, et je rendrai déserts m sanctuaires, et je dévasterai votre terre, et vee ennemis seront dans b stupeur lorsqu'ils viendront peur Thabiler (la stupébction et la pitié de Titus). Je vous disperserai parmi les nations. Ceux dVntre tous qui resteront, je mettrai la peur dans leur coeur; au pays de vos ennemis, le son d'une feutUe qui ^"ole les effraiera, et ils luiront comme devant le glaive; ils tomberont sans être attaqués... Vous périrez parmi les nations, et une terre ennemie tous (léTarera... Ils se desséclicront dans leurs propres iniquités sur la terre delenrs ennemis à cause des ]vci*h('s de leurs pères et des leui's. p 25, 59.
* Voir du reste, dans Bossiiet, Sermon sur la honte de Dieu envers le pécheur. ^Sermons, t. IV, p. 510 (édit. Versailles).