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CHAP. XVII. — SITUATION FINALS DU PEUPLE JUIF

à Jamnia sur le bord de la mer, à quelques lieues de Jérusalem. La race juive ne laissa pas que de retrouver un peu d unité par le rabbînisme, et beaucoup d'opulence par le

tialic.

ôlais, quelle que fût sa liberté ou son opulence, la perle irréparable était celle de sa religion. 11 n'y avait plus au monde un sanctuaire où Ton sacrifiât selon la loi de Moïse. Le temple de Garizim, en Sarnarie, impur et analhématisê, devenu même tout ù fait païen, avait été détruit deux cents ans auparavant par les Juifs eux-mêmes. Le temple d'Onias en Égypte, construit trois cent quarante ans avant cette époque à l'imitation du temple de Jt'^rusalem, avait été, au moment des derniers troubles, d'abord fermé, puis dépouillé de ses richesses, «afin détruit par ordre de César. Le temple de Jérusalem enfin n'était plus, je l'ai assczdit, qu'un amas de décombre3. Et ce qui était une huhiiliation de plus, les Juifs payaient encore Timpôt du double drachme au nom de ce temple déiruit : seulement cette joyeuse et volontaire contribution avait été convertie en une taxe lioideusc et sacrilège, payée au trésor de Jupiter Gapitoiin pour reconstruire le temple de cette idole. Cet impôt se proportionnait au «nombre des tètes ; le Juif était taxé pour la féeondité de sa race qui avait tait sa force, et pour la persévérance religieuse qui avait fait sa gloire K

Avec le temple, toute la force de la religion et de la nation

s'en allait. Tins de Saint des saints, plus de gi^and prêtre, •

* Voir Dion, apud Xiphil., lwi, 7. — Jos., de B., vii, 27 (6, G). — C'est le tribut d*uii demi-sicle (Exod., xxx, 13), et que N.-S. paya au moyen d*iiD «tater (4 drachmes), pour lui et saint Pierre (Matth., sxtu). lAberku vecligalis, dit TertuUien, Apolog.f IS. — ^^cç tô» Qm^v^m, Appien., in Syriac.,^, — Fiscuê Judaicus» Suet., m Donu, 19. '^ Uctanoe, de Morte penecutorf 25» et les monnaies do Nerva.

m mm lt la juoéë.

elle paysan l'Iiaimias, ôlii par les zélateurs, fut le dernier successeur d'Aaron. ilus de temple, plus de saailic plus de prêtre. Plus de culte, plus de lévite. Cette race de Lévi et cette maifion d'Aaron, mises à part pour Dieu et pour le service du temple, comme il est dit tant de fois dans les saints Livres, n'eurent plus aucune raison de demeurer distinctes. Ces généalogies sacerdotales si précieusement conservées et que, du fond mémo de la Babylonie, tout prôlre, avant de se marier, faisaitconsuiler à Jérusalem, furent dorénavant inutiles*. Comment eussent pu vivre, et le sacerdoce et la tribu de Lévi auxquels il était interdit de posséder la terre, que les dimes et les prémices seules devaient nourrir ; depuis que Juda, dépouillé de la terre, n'avait plus de dîmes ni de prémices à lui payer? Pourtant, on rencontre encore de loin en loin dans les livres talmudiqnes les mots de lévites et de prêtres d'Israël, de dîmes, d'oiTrandes envers les prêtres. Même chei les Juiis modernes, il y a de prétendus descendants d'Aaron qui se font encore ou se faisaient payer le droit de rachat des premiers nés; mais cette dcsreiidaiirc au moins douteuse el déchue de tous ses honneurs ne constitue plus un sacerdoce *.

Or sans grand prêtre; sans sacerdoce; sans le Sanhédrin qui, selon le Talmud, était depuis quarante ans effacé; sans la distinction des tribus laïques qui dis[)araissaient à plus forte raison lorsque disparaissait la tribu sacerdotale ; sans docteurs vraiment authentiques de la loi, puisque, selon le Talmud, l'imposition des mains avait cessé, et que seul le Messie devait la rétablir ^ : Juda était un peuple

' Jo>., in Appion., 1 . 7.

* « Ceux se juétentlent ji.ii'onitcs le sont par des généalogies innTlaines, et n'oseraient inangor les lu'stiaiix que la loi leur assigne. » M.Diach, de riliu nionie de VÈglise et de la Synagogue.

Trailé sanhédrin, lô, 2; 14, 1. — AvodaZara, 8, 2.

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«lôcapité. Il n'avait plus de puissance temporelle, si ce n'est infime, humiliée, suboixlonnée à la puissance victorieuse et vengeresse de Rome; il n*eut plus de pouvoir spirituel, nulle autorité, interprèle légitime de la loi dv. Moïse, nul ministre obligé du culte et de la prière ^ Juda fut une église sans prêtre, une nation sans gouvernement, une société sans chef, une famille dont le père est mort, dont la maison est détruite et dont les titres sont dispersés.

£t il ne s'agissait pasici, comme au temps de la captivité de Babylone, d'une simple suspension de la vie judaïque. Penilant la captivité, et la distinction des tribus, et les généalogies des familles, et l'existence séparée des races lévitiques et sacerdotales, et Texerdce même du grand pontificat avaient subsisté. Par-dessus tout avait subsisté Tespêranoe assurée et prochaine du retour*. Mais aujourd'hui rien de tout cela ne subsistait, et Pespérance moins que tout le reste. Les promesses de l'avenir manquaient comme les traditions du passé. En résumé, la religion de Moïse avait été la i cligion d'un seul peuple, et ce peuple était dispersé; d'un seul pays, et ce pays ne lui appartenait plus; d'une seule ville, et cette ville était rasée; d'un temf*le unique, et ce temple était anéanti; d'un sacerdoce, et ce sacerdoce avnit disparu; d'un grand prêtre unique, et il n'y avait plus de grand prclre.

• « Il n'y n pas irautijriU'' |Mtiii ilt teniiiiK r ccMjiii est ou non ohligatoiro (l'Iiez les Juils) » — Silvvslfc de S;uy. Lcllrc à un CouM'iller du roi de France. Paris, 1817 : « Nos ralibins no. sont pas, roinine l« s curés, les ministres nécessaires dn culte; rolliee des prières ne s'cfTit lue pas par leur organe. Ils ne sont pas les confidents de nos consriencis; leur pouvoii- ne peut rien pour le salut de nos :imes. « Des Consibluires israclites, par M. Sinirer, mcnibie d'un eonsistoiie. Fariis, 18::9, cités par M. Uradi, Harmonie, etc., t. 1, p. hil , 11. '27.

* Voir IV lieg.f cap uU. — Joseph., Anliq., x. — Euseli., Demonstr. evang.j m.

m BOMi ET U JUDfiE.

Cï'lait lo temps prédit par le prophète : « Bien des jours passeront pour Israël sans le vrai Dieu, sans prêtre, sans docteur cl sans loi^ »

Le vrai Dieu, la loi véritable, le sacerdoce légitime, Théréditô des promesses, où était-elle? Où se coulinuait la tradition du Sinaï? Quels étaient les vrais disciples de Moïse, le véritable Israël , les descendants spirituels d'Abraham dont les Juifs n'étaiout plus les cufanls que par la cliair? Le peuple élu, le peuple d'adoption? Le fîls puiué qui venait d'être préféré au (ils ainé, comme Isaac l'avait été à Ismaëi, Jacob à Esati, Joseph à ses frères, Ephraîm à Manassé, Saûl aux auli es onfauls de Cis? Où se couliiuiait et sous quelle forme se continuait tout ce qui venait de périr à Jérusalem, la loi, le temple, le sacerdoce, le sacrifice? C'est ce que nous dirons aillem^.

Toujours est-il qu'Israël se sentit lui-même hors de sa religion, et abdiqua cette loi qui défaillait entre ses mains. Une songea ni à continuer ni à transporter ailleurs son culte et • sou sacerdoce; il n'essaya pas de se rebâtir un temple, de se faire des prêtres, de nommer un grand pontife; il dédaigna (et il tant lui en faire lionneur) cette conti*efaçon hérérodoxe du mosaisme aboli. 11 se contenta du peu qui lui restait, et du seul débi is de son existence religieuse el sociale qui lui étaitlaissé. il s'en tint à la synagogue au lieu du temple, au rabbin au lieu du prêtre, au culte secondaire au lieu du culte solennel. Il chercha un peu d'unité dans la suprématie, non d'un pontilicat, mais d'une; école. L'école, fondée à Jamnia, par la famille de ce rabbin Gamaliel, célèbre dans le Talmud, cher à l'Évangile, fut, sous la protection romaine, une sorte de centie pour le peuple juif. On y jugea les cas de con-

< n Puralip.» XV, 5.

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