CUAP. XVIII. — LES HÉRÉSIARQUES
Et surtoiil ces calamités avaient un caractère pai liculièrement néfaste qui ajoutait à la douleur une sorte d'eUroi religieux. Le Capilole anéanti était pour Rome plus qu'un malheur; c'était un opprobre^ un présage fatal, la plus <^r;inde douleui', dit Tacile, que depuis sa fondation Rome eut éprouvée. La soumission de plusieurs légions à un empire barbare était une tache pour ainsi dire inexpiable. Les abominations de Jérusalem, où un million d*hommes avait péri et où une mère avait mangé son enfant, n'étaient pas seulement la douleur d'une ville assiégé; c'était le stigmate d'une ville maudite. De plus, tant de prodiges avaient été racontés, tant de présages avaient annoncé ces révolutions, tant d'actes néfastes les avaient appelées; elles semblaient si évidemment le fruit de la colère divine, qu'il en demeurait, profonde dans les âmes, une impression de cette peur mystérieuse à laquelle les Romains appliquaient particulièrement le mot de reU(jion,
En outre, nul n'ignorait que quelque chose de semblable avait été prédit aux chrétiens par la parole de Motre-Seigneur, aux Juifs par leurs prophètes et par Moïse, aux piûtens par cette voix universelle de l'Orient que les écrivains attestent. Avec plus ou moins de clarté pour chacun, une attente douloureuse avait donc précédé la douleur. Pour chacun aussi, avec plus ou moins de clarté, une certaine espérance s'était mêlée à cette altoiite; c' avaient été pour Israël ces espérances si amèrement déçues d'émancipation et de gloire ; pour l'Orient, la perspective d*une révolution qui devait le relever et le glorifier; pour bien des peuples soumis à Rome, l'espoir de la liberté; pour bien des chrétiens, Fattente du derniei* avènement du Sauveur; pour quelques-uns même, celle de son règne visible sur la terre. Tout s'était donc réuni pour troubler les âmes, la crainte, la douleur, Te^pé-
m ROME ET LA JUDÉE.
raiice, une crainte et une espérance mystiques que les événements avaienl exalLces cl qu ils n'avaient pas satisr faites.
Aussi tout se pacifiait, sauf les âmes. Le monde respirait, mais comme le malade respii e, encore tout ému de la crise où il a failli périr. L'esprit Imniain ne rentre pas dans ses limites aussi promptement que la mer. Les oscillations des âmes sont de plus longue durée que les oscillations des empires, et pendant longtemps le contre -coup mystique, superstitieux, exalté, de celle courte secousse révolulionnaire, se fit sentir dies les peuples.
C'est ce contre-soup dont je veux parler. Je dois examiner cette action pour ainsi dire spii ituclle des événements politiques dans les Irois classes de la société ; Juifs, Chicliens et tientils.
J'ai peu à revenir sur le judaïsme. Là il est déjà clair qu il y avait eu une profonde douleur, une douleur pleine de menaces sunialurelles, et une folle espénime criiellenieiit «léçue. MttUieureusement Israël n'avait pas lecuailli les iruits de cette leçon amére. H n'avait appris ni le repentir ni même la patience, il était vaincu et accablé, sans que sa force fût encore brisée, encore moins son cœur soumis. L'attente désespérée du Messie, la Dauisse interprétation des prophètes, le désir impatient de liberté et de domination qui l'avait conduit à sa ruine, devait l'y conduire encore. Ces pensées voilées ('ouvaicnt >:ous la cendre; ces rugitiis errants de contrée en contrée, ces esclaves que l'on vendait pour quelques oboles sur tous les marchés de TOrient, ces captifs qui étaient la i)âture de l'amphithéâtre, ces mendiants dn bois d'Aricic, n'avaient pas renoncé à être les maitresdu monde. La suite devait le faire voir. Le peuple juif vaincu croyait même aux prophètes de la révolte plus facilement que
niAP. XVill. — LES HÉRÉSIARQUES. m
le peuple juif heureux et libre ne s'était laissé enti*ainer à y croire. Il appartenait d*ayance è tous les préien-
dus fils de l'étoile qui pourraient surgir dans ses ténèbres, depuis qu'il avait mécoiiau I étoile des Mages, le véritable Orient. Il allait avec eux, s'éloignanl de plus en plus àe-sm intérêt véritable, de sa tradition première, de la voie de ses pères et de la loi de sou Dieu.
Arrôtons-nous davantage sur ce qui se passait dans l'Église ou du moins chez un certain nombre de chrétiens. Là aussi, bien que la propliétie eût pour eux une clarté tout autre, il y avait eu, outre la douleur d'assister à de telles scènes, outre le sentiment de respect et de crainte que devait inspirer le spectacle de ces justices de Dieu, il y avait eu une espérance déçue, par suite un trouble dans ces âmes. J'ai dit ailleurs^, quelles étaient leurs espérances, autrement héroïques et autrement fortes que ne sont les nôtres. Elles avaient lu dans les Evangiles le second avènement du Sauveur annoncé en même temps que le châtiment de Jérusalem, et, ne distinguant pas assez les deux prophéties, elles s'étaient mises à espérer comme prodiaine le second avènement, en même temps qu'elles attendaiait comme prochaine la mine de Jérusalem. Quand Jérusalem fut tombée, elles s'étonnèrent de ne pas voir le Christ venir ; chaque aimée devait rendre l'attente plus vive et la faii*e monter jusqu'au murmure. Kous voyons une trace de cette attente dans l'èpitie attribuée à saint Barnabe et qui a dû être écrite peu après la chute de Jérusalem*. 11 admet d'abord Topinion des rabbins qui
* Voir ci-dessus, p. 7, 8.
* Voir i, 15, 21. — Daniel, i\, 24, 27. — Consummata enim tentalio, sicut scriptiiin est, sicut Daniel dicit, ad])ro|tiiiqu;i\ it. Proplcr hoc eniin Doininus intcrcidit le«ipi»s et dies, ut acccderet dileclus illius ad Ikercdilatem suam. Dicit sic propheta (Dan., vu, 24} : « Régna in terris decem regnabunt et
464 hOM ET U JUDÉE.
fixait à six mille ans la durée du monde, et d'après laquelle il n'aurait guère dû croire le monde près de sa lin; mais il ajoute ensuite que « la tentation suprême dont parle Daniel (l'Antéchrist) approche; » que « Dieu a abrégé les temps et les jours pour hflter l'entrée de son bîen-aimé dans son héritage. » Il voit dans les dix Césars depuis le grand Jules jusqu'à Yespasien, dans Vespasicn et dans ses trois prédécesseurs éphémères, se réaliser ce qu'a dit le prophète des dix qui régneront sur la terre, qui seront réduits à trois, et ces trois à un. Et il conclut : « Le temps n'est pas loin où tout doit fuiir avec le mal, le Seigneur n'est pas loin, et avec lui la récompense. »
Ghei les chrétiens d'origine judaïque, ce sentiment prenait un «utre caractère. Non-seulement ces hommes qui pleuraient leur pairie avaient hâte que Dieu leur en rendit une autre, et que la Jérusalem des deux leur iiit ouverte; mais à ces élans de la foi et de la douleur s'iyoutait une pensée, sinon de vengeance, au moins de rétribution sévère. N'y auraitil pas aussi un arrêt contre Rome qu'on avait vue elle-même si prés de périr, Rome» cette commune ennemie des Juifs et des chrétiens, qui avait profané le temple de Jérusalem et inondé le Vatican du sang des martyrs? D'ailleurs, la chute du genre humain i)0uvait-elle avoir lieu sans que la chute de Rome la précédât? Rome était tellement devenue le centre nécessaire, Fempire romain, k forme nécessaire des choses
resurget rétro pusilltu et deponct très m untmi. » De hoc ipso, didt îtonm Daniel : • Et Tidi qaarlani liertîem nequam eC fortem et ssrioran csteris bestiis et appirebiiit illi decem cornua, et ascendit aliud cornu brève in niedio illonim» et dejedt cornua tria de majoribus cornibus. • (vu, 1, 8.) Intelligera ergo debemus. Bp. S. Baniab., 4. ÔuhcSv, T£e««, U <Ç ivd^wti U tels IÇoMaxtXietc fnm, vnvOMhtm tk mtvra... Ibid», 15^ — ^TT**
«ÙT05, St.
CUAP. XVUl. LES HÉRÉSIARQUES. 465
humaines, que Ton ne coimprenait pas plus le mondo sans Rome que Rome sans le monde. Rome l ésumant en clic les vices du inonde, le monde souillé des crimes de Rome, étaient responsables l'un pour l'autre. Le diâtiment de Rome et la ruine du genre humain étaient des événements qui de longtemps ne se séparèrent pas, soit dans les craintes, soil dans les espérances des chrétiens.
Telles étaient les pensées qui agitaient bien des âmes chrétiennes. Dans une certaine mesure, elles pouvaient être innocentes; poussées trop loin, elles pouvaient enfanter le mor|iure, la rébellion, Thérésie; et l'Église en ce moment, si elle n*eût eu confiance que dans les précautions humaines, si elle ne se fôt sentie préservée d*en haut, pouvait se croire hien exposée aux coups do 1 liùiésie. Depuis six ans, elle était proscrite ; elle ne vivait plus au grand jour; les assemblées des fidèles étaient rares, nocturnes, souterraines, abrégées par la crainte, interrompues par le péril. Souvent ^'évêque était obligé de se cacher ; les j)rêlres se dispersaienl. Ce n'était plus par des réunions libres, nombreuses cl û'équentes; c'était d'homme à homme, de bouche à bouche, par des visites secrètes et rares, que la foi s'entretenait. Elle avait ses voyageurs dévoués, ses pieux et clandestins visiteurs, recoonaissabies aux signes secrets dont ils faisaient usage, aux lettres mystérieuses dont ils étaient porteurs. La prédication se faisait ainsi de province en province, de contrée en contrée, de maison en maison, de riiùle à l'hôte, de l'ami ;i Tami; tout au plus dans quelque assemblée subitement et nuitamment convoquée autour d'un passant qui était arrivé le soir, qui allait repartir le matin
31ais, on le sent, cette prédication individuelle et clandes-
* Voir les épitras de saint Jean, les Constkntions apostoliques sur le$ iMtemfarmalm, et sartoul répftre de saint dénient sar la virginité.
400 fiOHE ET U JUDÉE.
line, cette vie de pieuses visites pouvait favoriser, non-seuiement l'oisiveté de quelques-uns, le iMvardage de certaines
veuves, mais l'hypocrisie et la fraude de bien des faux docleurs. Le levain n'a jamais manqué même au milieu de la farine la plus pure. Le chrétien voyait arriver certain frère auquel il ne savut trop s*il devait ouvrir ou fermer sa porte, mais qui venait de loin, poudreux, épuisé. Introduit dans une maison, le nouvel arrivé gagnait de là dans une autre ; il s'établissait auprès d'une vierge pour lui lire les saintes Écritures ; il s'approchait d*un frère souffraiit qu*il avait la prétention d'exorciser; il rencontrait des veuves qui depuis des années n'avaient pas goûlé le pain de la parole ni entenJu les prières d'un confesseur de la foi ^ 11 apportait avec lui de saints livres, rares et précieux trésors; mais, au milieu de ces saints livi es, se trouvaient de faux évangiles, de prétendues lettres des apôtres, des révélations apocryplies. 11 arrivait ainsi en dessous après avoir gagné la confiance d'une veuve ou d'un malade, gagnant celle de la communauté; supplantant révéque prisonnier ou fuj^ilif; se faisant attribuer les dignités de l'Église, déjà llatleuses pour l'and)ition ; se faisant chef de la parole sainte pour en trafiquer. Le denier de l'autel, la collation prélevée sur la pauvreté des saints, grossissaient son trésor. Souvent, on était luin, et par la distance et par le péril, de celte liiérarcliic qui avertit, juge, préserve; si quelque messager arrivait d'une église lointaine et respectée, l'évéque intrus empêchait qu'il ne fût reçu. Le christianisme vivait dans ce demi-jour de la retraite, de la solitude, de la proscription, favorable, si la protection d en haut avait manqué, aux fausses lueurs de l'imposture.
* Clément, Ad Virg.t i, 12.
SttbmlroierutU, dit saint Jude, éf». iv. ~ • Ces hommes Murteoiduiniliett
CHâP. XVIIL — LES BÉRÊSIARQUES. 467
11 ne faut donc pas s'étonner si, dans cette situation Immainement si périlleuse, au milieu d'une époque si Uoubiée, et en un siède si plein d'imposture, les iaux docteurs se soient de loin en loin produits dans l'Eglise. « Mes petits enfonts, (lit l'Apôtre, vous avez entendu que l'Anlechrist doit venir, et aujourd'hui, en effet, il se lait beaucoup d'antechrists. Iteaucoup de séducteurs et de faux prophètes se sont produits dans le inonde. » Des femmes mêmes se faisaient pi ophétesses, nouvelles Jézabels qui enseignaient radullcre et le mépris de la loi de Dieu. Chaque église, pour ainsi dire, avait î»on £aux propriété contre lequel elle devait lutter^
Et nous retrouyons ici toujours subsistant ce que nous avons remarqué, ce double courant d'iiérésies, l'un judaïque, lautre aniijudaïque , qui faisait remonter les chrétiens égarés, ou vers la synagogue, ou vers le tempte des idoles.
Les événements mêmes dont on était témoin donnaient à cette pente une force nouvelle. Ceux qui étnient juifs ou enclins au judaïsme se rattachaient avex* ])lus de passion à la synagogue expirante et captive; ils exaltaient d'autant plus ce culte qui avait cessé, ce sacerdoce disparu, ces rites abandonnés; et, à force de grandir la loi de Moïse qui était morte, ils arrivaient à diminuer la loi vivante du Christ. Ce fut au milieu des désastres du judaïsme, à Pella, lieu de refuge des chrétiens de Jérusalem, que naquit la secte des Êhionites, appelée ainsi ou du nom de son auteur, ou d'un mot hébreu qui signifie pauvre, à cause de l'idée pauvre et basse qu'elle se faisait du Christ. D'autres sectes, ?(azaréens^ Usséens, Minéens, pullulèrent alentour. Pour eux tous, comme pour ces judaisants que saint Paul avait déjà combattus, la loi de Moïse
de OMIS ; miisîk ne sont pas de nous. » IJoAn., ii, 19, et les deux premiers chapitres de VApocalyp»e.
' I Jean., ii, 18; iv, 1, 1 1. — HJoan.* 7. — loc^ cil.
m AOaiE ST LA JUUÉiL
était toujours la loi suprême; lénisalmn la ville sainte ;
la circoncision et les œuvres de la loi étaient les moyens indispensablei^ du salut ; la virginité un sacriiicc inutile, la polygamie un droit; le sabbat un devoir diligé, quoiqu'ils célébrassent en même temps le dimanche. Saint Paul, qui avait tant poussé l'Eglise à sortir des pratiques juives, saint Paul n'était pour eux qu'un réprouvé et un apostat : né païen, prélendaient-ils, il avait souhaité épouser la fille d'un prêtre juif et s*étaitpour cda soumis à la drconcisiou; puis, drcu dans son attente, il était devenu l'ennemi de la circoncision et de la synagogue. Saint Pierre, au contraire, qui un instant, nous le savons, avait paru céder aux prétentions judaïques, saint Pierre était Tapôtre sur lequel ces sectaires prétendaient s'appuyer. Ainsi, amoindrissant, comme leurs prédécesseurs, la réforme chrétienne, ils amoindrissaient comme eux la personne du Christ. Selon eux, Jésus n'avait été qu'un homme, fils de Marie et de Joseph, mais qui, par son parlait accomplissement des œuvres de la loi, avait seul mérité d'être justifié, et sur lequel, au moment de son baptême, la vertu divine, le Christ, était descendue sous la forme d'une colombe. Quiconque accomplirait parfaitement les œuvres de la loi, serait justifié comme lui et serait Christ ùson tour. Celte doctrine, on le voit, n'était qu'un judaïsme à peine christianisé ^ D'autres chrétiens, au contraire, nés dans la gentilité.et
1 Voyez sur tout cela PhiUuophumena, ru, S4. — Epi|»h., Uxr.» xis» 5; XXIX, 7; xxx, 15, 18. — Irénée. 1, 96; m, ii. — Tertull.,ife Prmicript., 48; de Came ChrkU, U, — Ignat., Epia, ad Philadelph. — BuMb., BiU,, m, 27. — Hieronym., m Matth., ixt, 12; Ep. 39. — StoUiergp Histoire delareligion, 2* part., S* époq., i, 8S (t. TII, p. 393). — TiUtiaMMit, Uémcim pour tenrir à VHisUdre eeeUriasIiqaet t. Il tParis, 1694). Sur le$lfa%aréen$, id., p. 115 et suiv.; turles ÉbicniUSf 116 etraÎT.
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CHAP. XVIil. ~ LES flâRÊSIARQOES. 469
antipathiques au jiidnïsine, triomphaient des douleurs d'Israél, s'écriaient que Dieu l'avait réprouvé et réprouvaient tout oe qui venait de lui. Ils flétrissaient dans la synagogue nonseulement le présent, mais le passé, non-seulement Jean de Giscala, mais Moïse ; non-seulement les rites devenus inutiles, mais les dogmes toujoui-s vrais. Ils se jetaient ainsi avec une impulsion nouvelle dans les voies que les hérésiarques de la génération précédente avaient ouvertes.
C estainsi que leniagicien Simon riait continué par Ménandre, Samaritain comme lui; magicien comme lui, et, selon les Pères, plus qiie lui: et ainsi doublement réprouvé par la loi judaïque. C'était cette même haine des Juifs, de leurs livres saints, de la foi au Dieu créateur conservée dans le judaïsme. Ménandre, comme Simon, était venu combattre les mauvais anges, auteurs et maîtres du monde; il était le suppléant de la vertu première, demeurée, elle, dans les ténèbres impé* nétrables qu'elle habite, et il était descendu ici-bas pour sauver les hommes. 11 leur apportait, par son baptême, nonseulement la rédemption, mais TimmortaUté. Le disciple de Ménandre ne pouvait ni vieillir, ni mourir. Déception qui dut être courte! Aussi la secte ménandrienne dura-t-elle peu ^
Simon se continuait aussi par une autre secte, plus suivie, parce qu'elle était plus dépravée. Nicolas, un des sept premiers diacres de Téglise de Jérusalem*, en avait été le fondateur peut-être involontaire. On avait abusé d'une parole équivoque et d'une action indiscrète de ce personnage, vénéré d'ailleurs, et la secte naissante avait pris le nom de Nicolaïtes. Pour eux aussi la création était Tœuvre d'un dieu inférieur, du dieu du septième ciel., Sabaoth; la régénération était Tœu-
• Pkilosoph.t vil, 28.— Irénéc, 1, 2, 3.— Justin, Apol., i, 2(3, ÔG. — Bpiph.« Hser.^ ixti. — TertuH., de Animât 50.
• Act. ?i, 5.
470 tmSL KT LA JUDÉE.
' vrc de la veHu suprême. Chrbl^ fils du Dieu suprême, s'était uni à Ji'sus, lils (lu dieu iurérieur, pour venir sur la terre el délivrer les liomines; mais à 1 heure de la souDûraace et de la mort ils » étaient séparés : Jésus était demeuré en oe inonde pour y être crucifié; Christ était remonté dans la plénitude de sou iiiuuutabilité divine. Mais, si la création était l'feuvre d'un dieu intérieur^ destinée à être régénérée par un dieu plus haut, toute loi monde au monde, la loi de Moïse en particulier, n était qu'une loi inférieure qu'une autre loi devait reiuidacei-. Ou protestait ainsi, et au profit des révelies^ cenU'e l'ordre physique du monde, et au proût des passions contre lordro moral. La divinité supérieure, la déesse du huitième ciel, Féquivalente de TÉpinoia simo> nienne, Barhélo (tille du Seigneur i, appelée aussi du nom infâme de Prounikos, changeait la morale bumaiae, déclarait sans mérite les actions qui passent pour vertueuses, sans feclie celles qui sont réputées mauvaises. Elle abolissait le mariage, elle instituait la communauté des fenuncs; elle plaçait toutes les abominations à coté de toutes les folies ^
Telles étaient ces hérésies bien plus dangereuses que les hérésies judaïques ; ramenant au paganisme par sa porte la |)his lionlcuse, pai la débauche; disj)ensant également de la vertu et du martyre; et surtout, parla divination, par les orades, par la magie, réveiUant dans Tâme de celin qui avait été païen, les souvenirs les plus puissants de son enfance et les instincb les plus dominants de son époque. Aussi
• Voyei sur les Mcolailes, Apoc, ii, iO, 15. — Iréiiée. i, 27; m, 11. — CleincDs Alcxand., Stromal., ni. — Euseb., f/i»/., m, 89. — Epiph^n., Hxr., xxr. — \gmlu, aâ Trallian. — ftolberg, 3* période, 3* époque, I, g 68.— On peut appliiiuer à cette flede le» passages des saiiites fierîtures, contre les hérétiques, qui inlecdiseBt le mariage (I Tim., ir, 5), prêchent la conununaulé des femmes (llPetr., ii) en nient h néceiaité des œuTPes. (Jac, H, 14-SG.)
CUAP. XVIil. — LES HÉRÉSIARQUES. 471
les âmes faibles se laissaient-elles en grand nombre tomber
dans cet abîme ; elles se relevaient parfois, puis retombaient encore. 11 y avait là une des atlraclions les plus dangereuses et du paganisme et de ce temps^
Mais, en face de cette douUe et contradictoire impulsion, judaïque et païenne, par laquelle l'esprit de mensonge c!ier« chaii à égarer les Hdèles, ( chose étrange 1) on essaya, sinon de concilier, da moins de réunir les deux erreurs opposées dans une suprême erreur.
Pendant que les Nazaréens se répandaient dans la Pérée au delà du Jourdain; pendant que Ménandre enseignait à Antîoche; pendant que les Nicolaites assiégeaient les églises naissantes de Smyme et de Pergame; Gérinthe dogmatisait à Éphèse, à côté de l'apùtre saint Jean devenu comme l'évéque supérieur des églises d'Asie Mineure. Gérinthe était Juif d'origine, mais Juif d'Alexandrie, instruit aux sciences d'Egypte, fait pour être le point de jonction entre les hérésies judaïques et les hérésies païennes. A Simon il ciupruntait l'idée d'un dieu inférieur, créateur du monde, séparé et même ignorant du principe suinême*; aux Êbionites, leur distinction entre Jésus et le Christ, Tun homme, l'autre Dieu, momentanément réunis du joiu' du baptême au jour de la passion. Tels étaient ses blasphèmes, que saint Jean, se rencontrant un jour au bain avec lui, se serait écrié : « Fuyons d'ici, de peur que le toit ne s*écroule sur Gérinthe et sur nous'. »
* UemtmpMtor., i, 10.
*\)uNélW TeSlIptiitcC ^tpctvM tèv»s'a{J4<v, dUX*S«o^a{ii.iu; rive; jur/jn^ttUr-
' irénée, m, 5. — Vo|«i 8«r CérindM, IiMe, xxi, 96. ~ Philosoph., m, 53 (qui copie nint IiMe). — TerlaU., de Pmtcr., 4S. — Euseb., Jftfl., tu, iS, et m, S5. — C'est cette secte qui peraU être dcsi-
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472 nOM ET LV JUO&E.
Mais surtout Cérinthe, le premier, à ce qu'il parait,
donna une foi ine doctrinale à ces rêves de la fin des temps, devenus, depuis la chute de Jérusalem sui*lout, l'attente inquiète de bien des chrétiens, la oonsolatioD de bien des Israélites. Il la donna terrestre et grossière, telle qu'elle conTenait aux plus faibles d*entre les chrétiens, aux plus cliarnels d'entre les Juifs. Un ange, disait-il, lui était apparu, sous la dictée duquel il s'était empressé d'écrire. D après cette révélation, le Christ devait un jour régner sur la terre, souverain visible des hommes ressnscités ; Jérusalem serait le centre de cet empire divin, el mille années se passeraient en iétes, en banquets, en réjouissances*. C'est là ce règne de mille ans, cette royauté temporelle de Jkusalem, . traduction mal comprise des prophètes, interprétation charnelle des promesses évungéliqucs, éternelle chimère du peuple juif, rêverie sécuhiire de bien des chrétiens.
Telles étaient ces erreurs. Nous dirons plus tard, entre <XîS sentiers impurs qui s'ouvraient à droite et à gauche, par quelles voies et de quel pas marchait T Eglise. Mais, pour le moment, ce qu'il nous importe de remarquer, et ce qui caractérise cette époque, c est que toutes ces erreurs, païennes ou juives d'origine, étaient enseignées avec une prétention à rinspiratioa directe. Leurs docleui'S étaient des pro-
i:!»!'»' sons le lioiii (If « loli^iiun des ;iny<'S j» [Cnlos , ii, 18), et qui est fomlialtiii* (l.iiis U's deux |iriiiiièi es éj>itre« fie saint Je;it). — Voyez .mssi Slolherg, t. VII, § 82, \k ô, 0. — D"u|trt:> saint Épijihime (m, '28), (lériutlio ;uiralt été chrélitio dès Tcpoque de Tadmission dans l'Église du ccntuiiao Corneille. Cela serait difficile & accorder mec Tbéodoret (ii. S), qui le plioe «et» Douittien, et imjMMHble avec TertnlUen, 4|ui le fait eoatantporain d*bdrieo; mais oe denier avis est inadmissîMe.
* Calus presbyler apud Eiiseb.» IHst,, m» S8, et Nieeph. GaUist., m, 1 4. — Tbeoderet., Hmnt, f«b,» ti, S. — Denys d*AleK. apnd BuMb., if., VII, â5. — TiHemont, Uimim iur r/kttl. eeel,, i. Il, p SS9 et suit., Kiu* les MillàKiires.
COAP. XVIiK — LES UÉRfiSlARQUËS. 473
pliètes, sinon des dieux; leurs livres des révélations. Simon était dieU} Ménandre une émana lieu de Dieu; les Nazaréens avaient leur évangile de saint Pierre ou des Hébreux^; les Êbionites, leurs prétendus voyages de saint Pierre racontés par saint Clément; Cérinthe, son Apocalypse ; les Nicolaïtes, leur évangile selon les Égyptiens, où ils lisaient leur maxime de prédilection, « qu'il faut abuser de la chair. » Voilà jusqu'à quel point les âmes étaient troublées, et quel effort tentait l'esprit de mensonge pour ressaisir le sceptre du monde. Tant de révolutions politiques, accomplies en quelques mois, avaient rompu l'équilibre des âmes, et les avaient préparées à ces conceptions à la fois insensées et gigantesques, f|ue saint Jean appelle admirablement « les liauleure de Satan*. » Les faux prophètes pullulaient : dansTOrient surtout, terre désignée par les prophètes, surgissaient, au sein même des Églises, de ces docteurs soi-disant inspirés, les uns païens, de ceux qui « enseignaient à commettre l'adultère et à man ger la viande des idoles, » les autres, judaïsants , qui « se disaient Juifs et qui ne Tétaient pas, mais qui étaient de la synagogue de Satan*; » tous « nuages sans eau-qui sont emportés par le vent; arbres sans fruit, deux fois morts; flots d'une mer tumultueuse qui jetaient autour d eux la confusion comme Técume; étoiles errantes, réserveés dans l'éternité aux ténébreuses tempêtes de l'enfer o Tous avaient quelques adeptes qui les acceptaient pour des astres miraculeux
' lliéodorct, II, 2. — On ajoute qu*ils oomemtent révangilc de saint Matthieu original en hébreu. » Épipiiane, xxix, 7. — Hieron., Ftr. UL, 3.— Sur les faux Actes des apôtres éu ÉfaioniteR, Épiph., m, 15,16, 23. Sur V Apocalypse de G'irinibe, Galus et Thdodoret, lac. cit,
< Apùc., II, 20.
» iMd,, 9.
* Jud , 12, 15.
474 BOUE £T LA JIDÉE.
et bienfoisants. C'était bien de ee» jours où Tango des ténèbres se transforme en ange de luniièrc, et où, si Dieu n'eiil abrégé les jours d'épreuve, les élus mêmes eussent été sédnits.